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Acacia Bandubola : L’interview

Une année après sa nomination à la tête du Ministère de l’économie nationale du premier gouvernement de l’alternance, un portefeuille majeur, Acacia Bandubola Mbongo s’est livrée au magazine Heshima.

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Heshima Magazine : Madame Bandubola, une année après votre entrée au gouvernement, quels sont les actes que l’on peut considérer comme marquants, que vous avez posé en faveur de la population ?
Vous savez, le Ministère de l’Economie Nationale de part ces attributions a notamment la mission stratégique de protéger le consommateur final par la surveillance et le contrôle du marché intérieur. Lorsqu’on parle de consommateur final, c’est en fait la population qui est visée. Ainsi pour garantir
le pouvoir d’achat de cette population nous avons :

  • Redynamisé le Comité de suivi des prix des produits de première nécessité, qui est
    une structure importante de concertation permanente entre les différents acteurs qui
    interviennent dans l’approvisionnement du marché intérieur ainsi que des délégués de
    services et institutions publiques publics et privés. A cet effet, nous avons intégré les représentants des associations des consommateurs afin qu’ils participent aux discussions.
  • Veillé à maintenir l’approvisionnement du pays en produits de première nécessité avant, pendant et après covid-19 pour éviter la surchauffe des prix suite aux velléités de certains opérateurs économiques d’anticiper sur le taux de changes ou de procéder à la rétention des stocks ;
  • Mis sur pied une mission de surveillance du marché ; dans le souci de veiller toujours à sauvegarder le pouvoir d’achat de la population, pendant la période de la pandémie
    de la covid -19.
    Pour ce faire, nous avons effectué plusieurs descentes sur terrain auprès des producteurs
    et importateurs grossistes, pour garantir le niveau des stocks des produits de premières nécessités et ce, toujours au profit de la population, car lorsqu’il y a pénurie des produits essentiels, c’est le consommateur final qui subit la hausse anarchique des prix.

Vous étiez dans le Top 10 du sondage Le Point en juin dernier. En quoi le Ministère de l’Economie a été utile à la Nation, par rapport à l’approvisionnement de marchés congolais, depuis que le coronavirus est entré en RDC ?
Vous savez, moi je ne travaille pas en fonction des sondages mais plutôt avec l’objectif de véritablement contribuer à l’émergence de notre pays, en accompagnant la vision du Chef de l’Etat. Ceci dit, les sondages peuvent constituer une motivation à mieux faire. Le Ministère de l’Economie Nationale, sous le leaderships politique de Son Excellence Monsieur le Président de la République et la supervision de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre Chef du Gouvernement, a pris plusieurs mesures en vue d’assurer l’approvisionnement du pays à savoir notamment :

  • Le soutien pour la relance des activités économiques au moyen d’un financement du FPI ;
  • L’exonération des impôts, droits, taxes et redevances sur l’importation et la vente des intrants et produits pharmaceutiques ainsi que sur les matériels et équipements médicaux liés à la pandémie de la COVID-19 durant une période de 6 mois ;
  • Le démantèlement des barrières policières et des postes de contrôle à l’intérieur du territoire;
  • La suppression des taxes illégales et de certaines taxes provinciales sur les produits agricoles ;
  • Les visites d’inspection des principaux importateurs des produits de première nécessité qui a donné la certitude de la disponibilité des stocks conséquents capables de couvrir les besoins nationaux jusqu’à fin août 2020 ;
  • Le lancement de la vente des produits agricoles en provenance de l’intérieur du Pays à des prix abordables.

L’allègement de la procédure de traitement des importations aux points d’entrée de KASUMBALESA,
de MATADI et de KASINDI.

Peut-on aujourd’hui dire que les différents départements du Secrétariat général à l’Economie Nationale fonctionnent bien et dans des bonnes conditions ?
Le Secrétariat général est le bras séculier du Ministre, en ce qu’il m’assiste dans l’accomplissement des attributions prévues par l’Ordonnance n° 020/017 du 07 mars 2020 fixant les attributions des Ministères. La collaboration est bonne ; j’apprécie à juste valeur leur travail. J’attache une grande importance à l’amélioration des conditions de travail de mes agents.


On vous a vu à l’oeuvre pour le réajustement de la structure des prix des produits pétroliers au Sud-Est et au four et au moulin en faveur de la levée de la grève. Pourquoi faut-il toujours attendre les revendications des opérateurs économiques pour agir ?
Les modalités pour réajuster les prix des produits pétroliers sont règlementées et bien connues de toutes les parties prenantes membre du Comité de suivi des prix des produits pétroliers. Il ne s’agit donc pas d’attendre les revendications des opérateurs du secteur, mais nous travaillons en concertation dans un cadre bien précis du comité sus évoqué, Etant l’autorité de régulation des prix je dois y veiller.

Vous avez lancé officiellement en juillet le contrôle économique à travers toute la République.
Que visez-vous en déployant des inspecteurs économiques sur le terrain ? Comment reconnaître les vrais inspecteurs ?

⮚ Faire respecter la législation et la règlementation économique et commerciale par la répression des
infractions économiques auprès des opérateurs économiques ;
⮚ Vérifier l’application du décret de 1er ministre sur la suspension de la TVA ;
Informer, sensibiliser les opérateurs économiques sur leurs obligations et droits vis-à-vis du Ministère de l’économie et les réformes encours initiées dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires ce qui constitue un objectif pédagogique d’une mission.


Depuis la dernière spéculation due à la dévaluation du franc congolais, les prix de produits de consommation sont restés chers alors que la monnaie connait une certaine stabilisation. En quoi consiste le travail du Comité de suivi des produits de première nécessité ?
● Quand on observe une certaine stabilisation du Franc Congolais, le prix ne s’ajuste pas à la baisse, économiquement ça se justifie.
Il y a un temps d’adaptation existant entre le moment de la dépréciation du Franc Congolais et le moment de la baisse des prix, une période pendant laquelle le prix reste rigide (comportement habituelle du marché). Le Gouvernement est en train de mettre tout en œuvre pour que les opérateurs
économiques renouvellent effectivement leur confiance en la politique monétaire de la Banque Centrale.
● Le rôle du comité de suivi des produits de première nécessité est de réguler les prix sur le marché et assurer le suivi du niveau de stock des produits de première nécessité.

La mission primordiale est de s’assurer en dépit de la pandémie de Covid-19 qu’il n’ait pas hausse de prix de denrées alimentaires sur le marché, ce qui peut inquiéter la couche de la population qui vit « au taux du jour », d’où la nécessité pour le Gouvernement par le biais du Ministère de l’Economie Nationale à se pencher sur la question pour que ceux qui vendent les produits de première nécessité ne
puissent pas inquiéter les consommateurs en augmentant le prix sans explications convaincantes.


La FEC dénonce des arrestations et détentions d’entrepreneurs pour raison de paiement de droit et taxes à l’importation en RDC. Qu’en pensez-vous étant donné que vous travaillez avec les opérateurs économiques ?
C’est fort comme accusation. Les opérateurs économiques sont nos partenaires, le rôle de notre ministère n’est pas de les harceler ou les inquiéter. Quand l’opérateur économique est en situation d’illégalité, le cas légal et réglementaire est clair là-dessus. A travers l’arsenal des sanctions administratives et financières ainsi que les amendes transactionnelles.

Vous avez proposé un projet d’arrêté ministériel au gouvernement portant
fixation de la nomenclature des activités et modalités de modification du Numéro d’identification nationale. Quel est l’objectif que vous voulez atteindre ?

Cet arrêté très important vient apporter des innovations en ce qu’il prend en
compte la nouvelle configuration du pays qui était passé de 11 à 26 provinces.
Il était donc nécessaire que le nouveau numéro prenne en compte cette réalité. En outre il fallait se conformer aux nouvelles dispositions de l’OHADA en la matière.

Qui sont appelés à posséder un Numéro d’identification nationale ?
Numéro d’Identification Nationale est attribué à toute personne physique ou morale exerçant une activité commerciale, industrielle, agricole, libérale ou de service sur toute l’étendue du territoire national.

Vous avez été atteinte du coronavirus et vous en êtes guérie. Comment avez-vous vécu cela ?
La COVID-19 existe bel et bien. Ayant été moi-même infectée et ayant perdu des êtres chers de ma propre famille, je pense pouvoir à juste titre, témoigner de son existence. Pour autant, ce n’est pas une fatalité. Il faut demeurer dans l’espérance d’un avenir meilleur. Cette période n’a pas été facile pour
moi et en parler même actuellement, n’est pas aisé. Mais au-delà de tout, il faut rester positif, surmonter les épreuves qui nous atteignent pour en sortir plus fort.

Vous êtes la première femme à occuper la tête du Ministère de l’Economie Nationale en RDC, un pays où la femme est éperdument à la recherche d’un modèle de leadership ou d’épanouissement, comment concevez-vous cela ?
Je lance un message fort à la jeune femme. Le Chef de l’Etat est le premier du reste, à avoir compris que la femme était capable de faire aussi bien, sinon mieux que l’homme. (Rire)

La mise en oeuvre de la gratuité de l’enseignement de base est un message fort lancé à la population.
Envoyez les enfants à l’école, et surtout la jeune fille. La jeune femme doit être décomplexée et croire en elle-même, en ses capacités. Si je peux modestement être pour certaines, un exemple de détermination, cela sera pour moi une joie et un honneur.

HESHIMA MAGAZINE

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Kinshasa face à la vie chère : une capitale parmi les plus coûteuses d’Afrique

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Entre loyers élevés, produits importés onéreux et salaires souvent modestes, le coût de la vie dans la ville de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), alimente constamment les inquiétudes des ménages. Comparée à d’autres villes du pays et même à certaines métropoles africaines, la capitale congolaise reste l’une des plus chères pour vivre au quotidien. 

Dans les marchés, les transports ou les quartiers résidentiels, les Kinois constatent une hausse continue des dépenses. Pour de nombreux ménages, boucler le budget mensuel devient un véritable défi. Le prix des denrées alimentaires, du logement et des services essentiels ne cesse d’augmenter, creusant l’écart entre revenus et coût de la vie.

Au niveau national, Kinshasa demeure de loin la ville la plus chère de la République démocratique du Congo. Dans des villes comme Lubumbashi, Kisangani ou Mbuji-Mayi, certains produits et loyers restent plus abordables, notamment en raison d’une demande moins forte et d’un rythme économique différent. « En 2022, basé à Kinshasa pendant un an, mon employeur me louait un duplex de 3 chambres (+/- 200 m2), aux Résidences La Forge, à 3000 dollars par mois. Je n’en revenais pas, car dans d’autres capitales africaines où j’ai été en poste, j’aurai eu la même chose à 1.500 dollars. Mais en visitant d’autres amis logés dans ces résidences fermées comme la Concession Utexafrica, ou le River Side Suites… j’ai compris que ces prix exagérés de loyer étaient comme une « norme », dans cette ville. », avait témoigné en juillet 2024 Benjamin Babunga, un Congolais qui était en mission à Kinshasa.

Kinshasa, une des villes les plus coûteuses d’Afrique

A l’échelle africaine, la situation de Kinshasa attire l’attention. Plusieurs classements internationaux placent régulièrement Kinshasa parmi les villes les plus coûteuses du continent pour les expatriés et certains travailleurs internationaux. Selon Forbes Afrique, Bangui, en République centrafricaine, Libreville au Gabon, Victoria, aux Seychelles, Djibouti, Durban, Luanda et Kinshasa figurent parmi les villes les plus chères d’Afrique, particulièrement pour les expatriés. Ce coût de la vie élevé est souvent lié à la cherté des logements de standing, à l’importation de produits et à l’insécurité. « L’obsession sécuritaire et le goût de l’entre soi ont accentué l’envie de rester à tout prix à la Gombe, le centre des affaires, à Kinshasa. Mais je trouve que l’Etat congolais se désintéresse du secteur immobilier que les propriétaires d’immeubles fixent leurs prix comme bon leur semble. », avait expliqué Benjamin Babunga.

Dans certaines études récentes, la capitale congolaise apparaît même en tête du classement africain et autour de la 13ᵉ place mondiale pour le coût de la vie. D’autres analyses expliquent cette situation par les contraintes logistiques, le manque d’infrastructures et la forte dépendance aux produits importés, qui renchérissent les prix dans la capitale. Les comparaisons montrent aussi que vivre à Kinshasa peut rester légèrement moins cher que dans certaines capitales africaines comme Addis-Abeba, mais avec un pouvoir d’achat souvent beaucoup plus faible pour les habitants.

Des habitants asphyxiés…

Au niveau des habitants, la répercussion de cette réalité se traduit par des arbitrages quotidiens : réduire certaines dépenses, multiplier les activités génératrices de revenus ou s’éloigner du centre-ville pour trouver des loyers plus accessibles. Même là encore, des communes comme Ngaliema, Kintambo, Bandal, Lingwala, Lemba et tant d’autres commencent aussi à augmenter les loyers. « Il est très difficile de trouver aujourd’hui une maison de deux chambres et salle de bain à 250 dollars. Pourtant, nos revenus ne varient pas. », se plaint un père de famille qui dénonce une asphyxie économique.

Au-delà du loyer, le transport constitue également l’une des principales préoccupations des habitants. Les tarifs des taxis et minibus augmentent régulièrement, en raison du prix du carburant et de l’état des routes mais aussi de la faiblesse de l’Etat dans la gestion du secteur. Pour de nombreux travailleurs, se rendre au bureau représente désormais une part importante du budget mensuel. Face à cette situation, les ménages développent des stratégies d’adaptation. Certains réduisent les portions, d’autres remplacent certains aliments par des produits moins chers. Les dépenses jugées non essentielles sont reportées, tandis que la solidarité familiale joue un rôle crucial pour amortir le choc dans ces périodes difficiles.

Cette situation fait développer la débrouille chez certains Kinois. Dans les rues animées de Kinshasa, cette débrouille reste une seconde nature. Mais derrière cette capacité d’adaptation se cache une réalité plus fragile : celle de ménages qui avancent chaque jour avec la même question – comment faire face à la prochaine hausse des prix et nouer les deux bouts.

Ville géante en pleine croissance, Kinshasa concentre les opportunités économiques du pays, mais aussi ses contradictions. Tant que les infrastructures, la production locale et les revenus ne suivront pas le même rythme, la capitale congolaise continuera de symboliser, pour beaucoup, la difficulté de vivre dans l’une des villes les plus chères du continent.

Heshima

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Chute du roi dollar en RDC : entre réjouissance et inquiétude des Congolais

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Depuis environ un mois, le franc congolais s’est fortement apprécié : les taux officiels de la Banque centrale du Congo (BCC) sont tombés sous la barre des 2 200 CDF pour 1 dollar, alors qu’ils avoisinaient 2 885 CDF fin août – une appréciation de l’ordre de 10 à 15 %. Sur le marché parallèle, le dollar est parfois descendu encore plus bas : il s’est échangé jusqu’à 1 750 CDF dans certains quartiers, reflétant une chute rapide d’une monnaie qui sert pourtant de valeur refuge à l’épargne des citoyens. Cette dégringolade suscite beaucoup plus d’inquiétude que de réjouissance.

En République démocratique du Congo (RDC), le franc congolais connaît une appréciation depuis plus de trois semaines. Il a augmenté de 10 à 15 % depuis le 19 septembre 2025. Le nouveau gouverneur de la Banque centrale, André Wameso, a assuré le 6 octobre à la presse qu’il s’agit du résultat exclusif de la conduite de la politique monétaire par la banque. Cependant, cette appréciation de la monnaie nationale crée une érosion financière dans les ménages dont les économies sont pour la plupart en devises.

Pourquoi le franc s’est-il apprécié ?

La Banque centrale a mené deux actions majeures pour parvenir à l’appréciation du franc sur le marché de change. « La banque a joué sur deux leviers pour déterminer le nouveau taux de change. Il y a eu surchauffe sur les marchés, il n’y avait pas suffisamment de devises. Première décision : la Banque centrale injecte 50 millions de dollars sur le marché pour empêcher qu’il y ait trop de francs congolais. La Banque centrale est venue pallier ce manque de devises. Mais quelle était la vraie mesure ? La Banque centrale a demandé aux banques commerciales de reconstituer leur réserve obligatoire en francs congolais […] Nous avons ensuite choisi le moment où les entreprises sont obligées de payer une partie de leurs impôts dans la monnaie locale. Ces deux effets combinés ont fait en sorte que les francs congolais sont devenus rares et ce qui est rare est cher. C’est ce qui explique l’appréciation du franc congolais », a expliqué André Wameso.

Si la majorité des Congolais réclamaient la baisse du taux de change, sa dégringolade brutale n’a pas réjoui les ménages. Cette chute n’a pas conduit à une baisse proportionnelle des prix des biens et services sur le marché. « J’ai énormément perdu mon pouvoir d’achat. Une boîte de lait de 2 500 grammes qui coûtait 20 dollars (56 000 francs, avant la baisse du taux) est vendue le mardi 14 octobre 2025 à 54 000 francs. Je suis payé en dollars, je dois désormais débourser 30 dollars au taux de 1 800 francs pour acheter ce lait, soit 50 % de perte du pouvoir d’achat », a expliqué Henry Bolia, un père de famille résidant au quartier Mbudi, dans la commune de Mont-Ngafula, à l’ouest de Kinshasa.

Une jeune entrepreneure avoue avoir licencié certains de ses travailleurs à cause du coût supplémentaire suscité par cette chute du taux de change. Elle pointe notamment le coût additionnel du transport pour ses agents, les prix des courses n’ayant pas bougé. « Je changeais 25 dollars [au taux de 2 800 francs] pour payer le transport de sept agents à raison de 10 000 francs par personne. Aujourd’hui, je dois débourser près de 40 dollars pour la même dépense. Il en est de même pour l’achat de carburant pour alimenter le groupe électrogène », a-t-elle affirmé.

Théoriquement, si le franc s’apprécie, le coût des biens importés tels que le carburant, certains aliments transformés, des appareils électroménagers et des médicaments importés devrait diminuer, ce qui allège les factures des ménages. Mais dans le contexte actuel, les prix baissent sans suivre le même rythme que le taux de change.

Une appréciation de « courte joie » ?

Malgré la perte de leur pouvoir d’achat, certains Congolais continuent de soutenir cette appréciation du franc avec l’espoir d’une baisse des prix des biens et services. Mais une autre catégorie estime que cette baisse du taux de change est une courte joie, craignant une remontée fulgurante du dollar dans les jours à venir. « Un beau jour viendra où le taux va encore monter. Les produits vivriers ne changent pas de prix. Les vêtements ne changent pas de prix. Rien ne change de prix. Et un jour viendra où le dollar va reprendre son chemin », déclare un habitant de Kinshasa interrogé par la Deutsche Welle.

De son côté, le gouverneur de la Banque centrale assume sa politique et rassure : « Ce n’est pas un phénomène passager […] Nous disposons de plus de 7 milliards de réserves de change. La Banque centrale du Congo peut donc injecter des liquidités en devises grâce à ces réserves. » Cette politique suscite toujours un certain scepticisme, y compris dans les rangs de l’opposition et de la société civile.

Des mesures populistes ?

Malgré la technicité du nouveau gouverneur de la Banque centrale, une partie de l’opinion politique pense que ces mesures sont populistes et risquent de causer des dégâts économiques dans les ménages. « Il est évident que cette appréciation du franc est artificielle, politique et populiste », dénonce Prince Epenge, porte-parole de LAMUKA. Économiste et juriste, mais aussi membre de la société civile, Jonas Tshiombela s’inquiète des conséquences de ce phénomène dans un contexte social déjà tendu : « Nous sommes dans une situation depuis un peu plus de 20 ans, voire 30 ans. Nous n’avons jamais connu une appréciation de notre monnaie de cette manière. Tout le monde se plaint, on injecte des millions de dollars pour rechercher l’équilibre. Mais là, on a créé un autre problème qui risque de déboucher sur une explosion sociale. »

Selon lui, cette situation peut conduire à une révolte populaire si elle n’est pas bien gérée. « On est en train de jouer avec le feu. Attention avec la colère des pauvres, elle risque de déboucher sur des situations incontrôlables que l’État ne saura pas mesurer. C’est ce que je crains, parce que la colère est partout », a-t-il ajouté.

Attention à une forte appréciation du franc

Loin de rassurer, la forte appréciation du franc congolais sur le marché face au dollar américain inquiète et déstabilise les calculs dans plusieurs ménages. Le gouvernement, de son côté, assure vouloir corriger cette situation avec la Banque centrale du Congo. L’État doit reprendre son pouvoir réel en stabilisant le marché de change afin d’éviter des effets économiques néfastes à moyen et long termes.

Économiste, le député Flory Mapamboli tire la sonnette d’alarme sur le risque d’une forte appréciation du franc congolais face au dollar. « Si cette appréciation continue, les recettes courantes baisseront. Les comptabilités des entreprises sont tenues en dollars, les salaires du secteur privé sont payés en dollars, alors que les dépenses publiques en francs congolais resteront constantes », a-t-il alerté.

Pour cet élu de Kasongo-Lunda, cette situation pourrait même entraîner une contraction de la demande globale et perturber les équilibres macroéconomiques, car plus de 85 % des transactions et 90 % des dépôts bancaires se font en dollars. Tout en félicitant la Banque centrale pour les efforts consentis, Flory Mapamboli pense que la priorité doit être la stabilité, pas l’appréciation excessive du franc congolais. Il recommande à la Banque centrale et au gouvernement de stabiliser la monnaie et d’éviter les fluctuations excessives dans les deux sens ; d’accélérer les réformes de la monétique pour créer un switch national en monnaie locale et enfin de promouvoir les paiements numériques en francs congolais.

Heshima

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Subventions coûteuses du carburant en RDC : le prix à payer pour stabiliser les prix

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La République démocratique du Congo (RDC) maintient depuis plusieurs années une politique de subvention massive des prix du carburant afin de préserver la stabilité à la pompe et le pouvoir d’achat des ménages. Mais cette stratégie, saluée pour son impact social immédiat, exerce une pression considérable sur les finances publiques, alerte la Banque mondiale dans son dernier rapport. En pratique, ce mécanisme creuse l’endettement de l’État, qui cumule des arriérés de plusieurs centaines de millions de dollars envers les importateurs. Une situation qui inquiète les institutions financières internationales, à commencer par celles de Bretton Woods.

Dans son rapport sur la situation économique en RDC, rendu public fin juillet, la Banque mondiale a alerté sur les risques de détérioration de l’économie congolaise, notamment en raison du conflit qui perdure dans l’est du pays. Parmi les menaces identifiées figure la subvention des manques à gagner accordée aux pétroliers.

En compensant ces pertes, Kinshasa vise à maintenir un prix bas à la pompe pour les consommateurs. L’État intervient ainsi pour éviter une flambée des tarifs, dans un contexte où le taux de change pénalise les importateurs et où les coûts logistiques et macroéconomiques restent élevés. Sans ces aides, le litre d’essence avoisinerait 5 300 à 5 400 francs congolais. Mais l’impact sur l’économie et les finances publiques est jugé préoccupant par l’institution financière internationale. Un mois plus tôt, le FMI avait déjà mis en garde le gouvernement contre les risques liés à cette politique de subvention.

Une dépense de 300 millions USD en 2024

Selon la Banque mondiale, les subventions directes au carburant ont coûté environ 300 millions de dollars à l’État congolais en 2024. D’après les chiffres transmis par le gouvernement au FMI, 288 millions de dollars ont été remboursés cette année-là au titre d’arriérés partiels datant de 2023.

En 2025, près de 270 millions supplémentaires ont été versés pour solder le solde de la dette de 2023 ainsi que les créances des deux premiers trimestres de 2024. Ces deux plus gros remboursements ont été effectués grâce à des prêts bancaires syndiqués : 145 millions de dollars débloqués en février 2024 et 214 millions en novembre 2024. À cela s’ajoute un manque à gagner fiscal estimé à 86,8 millions de dollars par an, soit environ 0,1 % du PIB, selon les autorités citées par la Banque mondiale.

Les subventions perturbent les finances du pays  

Si elles permettent de maintenir la stabilité des prix à la pompe, les subventions pétrolières pèsent lourd sur les finances publiques. En 2022, plus de 400 millions de dollars ont été déboursés par le gouvernement à ce titre, alors que seulement 80 millions étaient inscrits au budget. Le ministre des Finances de l’époque, Nicolas Kazadi, expliquait alors que l’enveloppe prévue ne suffisait pas à apurer la dette de l’État envers les opérateurs pétroliers.

Depuis plus de trois ans, le FMI exhorte Kinshasa à réformer ce système jugé trop coûteux. Pour sa part, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, défendait ces subventions, arguant qu’elles visent à contenir les prix des biens et services. « 40 % du prix du carburant que vous consommez est payé par l’État. Lorsque le carburant prend l’ascenseur, tout prend l’ascenseur. En contenant son prix, nous agissons directement sur le quotidien des ménages », expliquait-il en 2022.

Parmi les pistes envisagées figure la mise en place d’un cadre permettant d’ajuster les prix des carburants en fonction de leurs coûts réels. Mais, selon le dernier rapport de la Banque mondiale, ce mécanisme « n’est pas pleinement appliqué », ce qui maintient des tarifs artificiellement bas et creuse les dépenses publiques. D’où la nécessité, selon Mercedes Vera Martin, cheffe de mission du FMI pour la RDC en 2022, de réformer ce système de subventions afin d’en limiter le coût et de le remplacer par des aides ciblées en faveur des ménages les plus vulnérables. Elle préconisait alors de réorienter ces fonds vers les besoins prioritaires : santé, éducation et investissements dans des infrastructures essentielles.

Des coûts des subventions allégés en 2025

En août 2024, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, estimait que l’État congolais supportait un manque à gagner mensuel d’environ 15 millions USD pour maintenir les prix des carburants. Ce déficit, qui avait atteint près de 40 millions USD par mois, a été sensiblement réduit. Concrètement, le gouvernement prend en charge entre 2 100 et 2 300 francs congolais par litre, afin que le prix payé par l’usager reste autour de 3 500 FC, alors que le coût réel se situe entre 5 300 et 5 400 FC.

Selon les chiffres publiés en mai 2025, les manques à gagner liés aux subventions se sont établis à 31,5 millions USD pour l’ensemble de l’année 2024, soit une baisse de 89 % par rapport aux 288 millions USD enregistrés en 2023. Pour le premier semestre 2024, la dépense s’élevait à environ 16 millions USD, un montant similaire ayant été constaté au second semestre.

« Le FMI salue les efforts du gouvernement congolais dans la réduction des pertes et manques à gagner (PMAG) du secteur pétrolier : –89 % entre 2023 et 2024 », a indiqué le compte X du ministère de l’Économie nationale. « Nous avons observé une diminution significative de ces pertes, avec un impact très positif sur les finances publiques. Nous encourageons le gouvernement à poursuivre ses efforts », déclarait en mai dernier Calixte Ahokpossi, chef de mission du FMI pour la RDC.

Lutte pour la fin des subventions structurelles

Ces avancées s’inscrivent dans le cadre des efforts visant à assainir et rationaliser les subventions pétrolières, afin d’assurer une gestion plus efficace et transparente des finances publiques. En 2022, un audit de la Structure des prix des produits pétroliers (SPPP) avait été confié au cabinet Mazars. Avant même la publication de ses conclusions en 2023, le gouvernement avait engagé, dès avril 2022, des mesures proactives pour contenir les dépenses publiques, notamment en excluant le secteur de l’aviation internationale de la liste des bénéficiaires.

En octobre 2023, cette rationalisation a été étendue au secteur minier, qui représentait près de 20 % des manques à gagner. À long terme, l’exécutif entend réduire progressivement l’écart entre les prix de marché et les prix de vente au détail, dans l’objectif de mettre fin aux subventions structurelles sur les produits pétroliers.

Heshima

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