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Interview

Jules Alingete : « …je ne suis pas dans les 138 millions, je suis dans les 43 millions prélevés par BGFI BANK dans les comptes de la BCC »

Au vue de l’actualité, l’Inspecteur Général des Finances chef de service, Jules Alingete Key, a accordé une interview exclusive au Magazine HESHIMA, par le biais du micro de Thierry KAMBUNDI de la Radio Top Congo FM.

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La famille de l’ancien Président Joseph Kabila est accusée de détournement de 138 millions de dollars des caisses de l’Etat, avec la complicité de la banque BGFI-RDC. Cette enquête internationale menée par 19 médias internationaux vous cite comme personne ressource ou, en tout cas, s’est appuyée sur un rapport de l’IGF. Confirmez-vous les conclusions de cette enquête ?

Cet ensemble de medias qui a mené ces investigations avait envoyé des questionnaires à un certain nombre de services d’autorité dont l’Inspection Générale des Finances  a reçu près de 40 questions auxquelles il fallait répondre. Ces questions tournaient essentiellement autour de la BGFI BANK, c’est-à-dire dans cette enquête ils voulaient savoir ce qui s’est passé avec les 43 millions de dollars de l’affaire BGFI-EGAL.

Est-ce l’affaire que l’IGF avait révélée en mai dernier ?

Oui, l’IGF l’a révélé et elle est connue d’ailleurs de tous. Ils voulaient également savoir qu’est-ce qui s’est passé dans les contrats de péage sur la nationale N°1 Kinshasa-Moanda, sur Kasumbalesa-Lubumbashi et Lubumbashi-Kolwezi. Les enquêteurs ont également posé des questions sur les avances fiscales faites par la Gécamines au Trésor Public. Voilà les 3 questions essentielles qu’ils ont posées dans leur questionnaire et l’Inspection Générale des Finances a fourni les réponses en fonction des informations…

Vous leur avez fourni tous les détails dont ils avaient besoin ?

Oui, parce qu’ils ont dit clairement que l’Inspection Générale des Finances a répondu à toutes leurs préoccupations. Nous avions eu une concertation avec des services concernés dans la lutte contre la corruption et le détournement, donc nous avions répondu. En ce qui concerne l’affaire BGFI, nous avions clairement répondu que l’Inspection Générale des Finances avait enquêté sur cette affaire des présumés financements de la Société EGAL sur les fonds de la Banque Centrale du Congo. Nous sommes arrivés à découvrir que la BGFI BANK avait pris 43 millions de dollars dans le compte de la Banque Centrale du Congo et nous n’avions pas pu établir un ordre quelconque qui avait été donné par une autorité de la Banque centrale. Donc, nous avions pu comprendre que BGFI a fait cela de son propre chef et après plusieurs réunions de concertation avec BGFI, cette banque a reconnu les faits et a même proposé qu’il y ait un remboursement échelonné de ce montant de 43 millions.

Donc, à l’issue de nos échanges avec BGFI, EGAL, on a découvert que le ministère des Finances et beaucoup d’autres personnes étaient impliqués dans ça. Nous avions mis la société EGAL hors cause parce que la BGFI a reconnu d’avoir pris cet argent et n’a pas pu nous prouver et que cet argent a été versé à la Société EGAL. Voilà pourquoi nous avons responsabilisé la BGFI qui a accepté et qui, au moment où nous parlons, est en train de négocier les modalités de remboursement de ces 43 millions de dollars revenant à la Banque Centrale. Les restes sont des propos de ces enquêteurs qui n’engagent qu’eux-mêmes.

Vous ne vous reconnaissez-pas dans ce rapport alors que vous leur avez fourni tous les éléments ?

Ce que nous reconnaissons est que nous avons bien affirmé suivant des rapports de l’Inspection Générale des Finances que la BGFI BANK a pris 43 millions de dollars du compte de la Banque Centrale sans qu’il y ait autorisation de la Banque Centrale du Congo et sans qu’il y ait contrepartie. Par conséquent, la BGFI était obligée de restituer ces fonds. Sur ce terrain-là, la BGFI ne nous a pas contredits. Sur plusieurs fronts, nous avions eu plusieurs réunions au ministère des Finances, à la Banque Centrale, à l’Inspection Générale des Finances et même à la Justice. Toutes les parties y compris la BGFI, nous nous sommes mises d’accord que celle-ci restitue les 43 millions de dollars. Nous sommes maintenant au niveau de définir les modalités pratiques de restitution de cet argent.

Est-ce que vous trouvez normal que pour des révélations comme ça, les ONG et les médias internationaux fassent des révélations aussi graves alors qu’il y a des services de l’Etat comme l’IGF qui pouvaient mener des enquêtes et aboutir à des tels résultats ?

Mais l’Inspection Générale des Finances a mené ces enquêtes depuis le début de l’année. Pour nous, ce n’est pas une surprise.

Vous vous êtes limités aux 43 millions de dollars de la BGFI, mais vous n’êtes pas allé au-delà. Là on parle d’un réseau bien organisé, selon les enquêteurs, autour de l’ancien Président de la République qui a siphonné un montant ci-important ?

Nous n’avons pas les mêmes informations avec les enquêteurs. Je ne sais pas quelle est leur source d’informations. Ce dont on a eu à faire c’est d’identifier un problème de 43 millions de dollars avec la BGFI et celle-ci a reconnu et on est en train d’examiner avec la justice, le ministère des Finances et la BGFI elle-même sur les modalités de restitution de ces fonds. Les restes sont leurs informations, ils savent où ils les ont obtenu. Moi je ne suis pas dans les 138 millions, je suis dans les 43 millions prélevés par BGFI BANK dans les comptes de la Banque Centrale du Congo et elle s’est engagée à restituer. 

Propos recueillis par THIERRY KAMBUNDI

Interview

Comprendre le Service National: Entretien Exclusif de JP Kasongo Kabwik

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Heshima Magazine : L’opinion congolaise entend souvent parler d’un Service national paramilitaire en RDC. Pouvez-vous expliquer les raisons de sa création ?

Général Major Jean-Pierre Kasongo Kabwik : Avant de vous parler des raisons de sa création, je vais d’abord définir le Service National. Qu’estce que c’est ? Le Service National est un service paramilitaire créé par le Décret-loi 032 du 15 Octobre 1997 qui le définit comme un service paramilitaire d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions civiques et patriotiques en vue de la reconstruction de notre pays. Comme service paramilitaire, le Service National est à cheval entre ce qui est civil et ce qui est militaire.

HM: Cette initiative de feu Laurent-Désiré Kabila avait quelle motivation ?

Les raisons essentielles, c’est pour mobiliser les actions civiques en vue de la reconstruction du pays. C’est-à-dire, en 1997, lorsque feu le président Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, il trouve que le pays avait besoin d’être reconstruit, c’est ainsi qu’il va créer un service qui va s’occuper de la mobilisation de toutes les forces, toutes les énergies des fils et filles du pays en vue de contribuer à la reconstruction.

Le Service National a plusieurs missions, je citerai entre autres la création des centres de production à travers le pays, l’encadrement de la jeunesse pour la pousser à contribuer à la production agricole, organiser la jeunesse en vue de la défense de la nation, de la patrie… Il y a plusieurs autres missions qui sont dévolues au Service National. Par exemple, le Service National contribue à la constitution d’une réserve stratégique dans plusieurs domaines et, principalement, dans le domaine de l’autosuffisance alimentaire. Il y a une nécessité de constituer des réserves stratégiques, un stock qu’on met à part, en cas de besoin, en cas de crise, en cas de pénurie, on peut aller récupérer quelque chose pour servir la nation. 

HM: En tant que numéro un de ce service pouvez-vous nous dire combien de Kuluna sont actuellement transférés au centre pilote de Kanima Kasese?

 Il faut avouer que le Service National a connu un moment de léthargie pendant plusieurs années. A sa création, ce service avait donné de l’espoir au peuple congolais parce que plusieurs actions avaient commencé à être menées. Avant la guerre d’agression de 1997-1998, on avait entendu parler du Service national en ce sens que plusieurs activités avaient été créées notamment dans l’encadrement de la jeunesse où plus ou moins 7 000 jeunes avaient été envoyés à Kaniama Kasese pour être encadrer. Plusieurs tonnes de maïs et des produits vivriers sortirent du centre.

Après 1998, avec la guerre d’agression, je comprends qu’il n’y ait plus assez de moyen pour financer le service jeune qui venait à peine d’être créé. C’est pour ça qu’on n’avait plus entendu parler du Service National pendant plusieurs années. Le voilà maintenant en train de faire parler de lui.

HM:  Depuis quand occupez-vous les fonctions de commandant du Service National ? 

Si ma mémoire est bonne, j’ai été nommé au Service national le 15 juillet 2018. J’ai été reconduit à ce même poste, curieusement presque à la même date. Je crois le 14 ou le 15 juillet 2020, deux ans après.

HM: Cela fait 4 ans depuis que vous occupez ces fonctions. Quelle est votre vision pour ce service ?En tant que son commandant, je n’ai pas une vision pour le Service national. Lorsqu’il a été créé, on lui a doté des missions. La vision, c’est celle du commandant suprême. Au-dessus de moi, il y a un commandant suprême, c’est comme dans les Forces armées. Donc, il y a un commandant suprême des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Police nationale et du Service national. Je mets en œuvre la politique et la vision du commandant suprême du Service national qui est le Chef de l’Etat.

Cette vision, c’est comme je vous l’ai dit, le Service national contribue efficacement à la reconstruction et au développement du pays dans plusieurs domaines. Sur le plan agricole, il contribue efficacement à l’autosuffisance alimentaire. Sur le plan de l’encadrement de la jeunesse c’est un service qui permet d’éradiquer, entre autres, le banditisme urbain, notamment par l’encadrement de la jeunesse désœuvrée, à laquelle on donne du travail. 

HM : Concrètement, combien de jeunes délinquants avez-vous transférés de Kinshasa à Kaniama Kasese ?

A ces jours, nous avons réussi à transférer plus ou moins 2.000 jeunes désœuvrés qu’on  appelle « Kuluna » de la ville de Kinshasa vers Kaniama Kasese. Parmi eux, 33 sont des femmes. Ils évoluent bien. Ceux qui avaient été transférés, le 04 novembre 2020, ont parachevé leur formation paramilitaire. Ils viennent de parachever la professionnalisation, c’est-à-dire, selon les instructions du Commandant suprême, en dehors de la formation paramilitaire, [il y a] de l’encadrement civique et patriotique. C’est-à-dire : il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d’eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de choses pour leur Nation. En plus de la formation à l’autodéfense, ils subissent la professionnalisation afin d’apprendre un métier de telle sorte que lorsqu’ils sont réinsérés dans la société, qu’ils soient utiles et qu’ils oublient leurs anciennes pratiques.

HM: Quelles sont les différentes activités qui sont organisées dans le centre de Kaniama Kasese ?

L’agriculture est la première activité qu’on a pu relancer dans le centre. Ce n’est pas la seule. Je vous ai parlé de la professionnalisation, nous organisons aussi d’autres activités, notamment dans cette phase de professionnalisation. Nous avons réussi à former des gens qui sont commis à la construction. Parmi eux, il y a des maçons, des ferrailleurs, des charpentiers…, avec comme mission, dans les jours qui viennent, de construire des bâtiments d’utilité publique. Ils sont déjà en train de les construire. Le centre dans lequel ils ont été formés est en train d’être construit par eux-mêmes. Autrefois, ils dormaient sous des tentes. Aujourd’hui une grande partie est en train de dormir dans des bâtiments en matériaux durables qu’eux-mêmes ont construit. Parmi eux, nous avons formé des menuisiers qui sont en train de fabriquer des bancs scolaires.

Et nous allons pouvoir les mettre à la disposition de plusieurs écoles. Ce qui va contribuer aussi à la politique de la gratuité de l’enseignement que le président de la République prône dans notre pays. Parmi eux, il y a des ouvriers agricoles, des agents commis à la mécanisation agricole. C’est une mécanisation bien spécifique. Il y a par exemple des opérateurs de tracteurs. Un opérateur de tracteur n’est pas le même que celui qui conduit un camion. C’est une particularité.

Nous avons des gens qui peuvent opérer avec une moissonneuse batteuse, nous avons des gens qui vont bientôt devenir des moniteurs agricoles, donc des gens qui peuvent encadrer les paysans dans l’agriculture. Il y a plusieurs activités en dehors de l’agriculture. Maintenant, nous venons de lancer un programme très ambitieux de reboisement pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous le faisons à Kaniama-Kasese. Parmi eux, il y a des gens que nous avons formés pour faire de forages d’eau potable. Donc, il y a toute une panoplie d’activités qui sont organisées par le Service National.

HM: En encadrant ces jeunes délinquants, constatez-vous une amélioration dans leur comportement ?

Il y a ce que nous appelons au Service national l’encadrement civique et patriotique. Donc, ces jeunes compatriotes ont été reprogrammés mentalement. Plusieurs d’entre eux ne savaient même pas qu’ils étaient utiles à la société et qu’ils pouvaient aussi servir leur nation. Il fallait aller tout doucement avec eux, d’abord les mettre en confiance. Qu’ils comprennent qu’ils sont Congolais au même titre que les autres, bien que eux avaient choisi la voie de commettre de crimes, de violer les lois de la République. Il fallait d’abord les mettre en confiance en leur disant : « que vous êtes ici, on a encore besoin de vous et on aura encore besoin de vous, vous êtes utiles ».

On les a reprogrammés, il fallait laver les cerveaux, les endoctriner, leur faire voir que la nation a encore besoin d’eux. Nous leur avons dit : « Vous êtes suffisamment forts pour contribuer au développement du pays ».Ce n’est pas un travail facile. Car Il y en a, parmi eux, qui viennent de la prison, il y en a, parmi eux, depuis leur naissance, qui n’ont été que des enfants de la rue et qui n’ont bénéficié que de l’éducation diffuse. Des gens comme eux, il fallait les reprogrammer. Cela n’a pas été facile. Cela nous a pris beaucoup de temps pour le ramener à réfléchir comme des bons citoyens congolais.

HM: Dans l’encadrement de la formation de ces jeunes, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Il y a des difficultés sur le plan de l’encadrement de ces jeunes. Il y a une forte résistance pour quelqu’un qui était habitué, le matin, il se réveille, il n’est soumis à aucune discipline, à aucune règle. Il va faire tout ce que bon lui semble et que si vous l’emmenez dans un centre où il doit se réveiller à 5 heures du matin, il doit se laver pour s’apprêter à faire la formation, où il sait que tout ce que nous faisons dans ce centre est soumis à un règlement, ce n’était pas facile. Pour quelqu’un qui doit savoir que pour manger, il faut de l’ordre établi, toute activité qui doit être faite doit se faire selon un règlement préétabli, cela n’est pas facile. Il y avait de la résistance.

Ça c’était la première difficulté. La deuxième difficulté, c’est un genre de crainte ou de peur. La troisième, c’est le manque de confiance en eux-mêmes. Ils se posaient souvent des questions : « est-ce que c’est faisable ? Est-ce que je serai utile à la société demain ? » Ces genres des questions influaient négativement sur la formation. Il fallait beaucoup de temps, les mettre en confiance, les réorienter. Aujourd’hui, ils sont en confiance et voient que l’avenir est rassuré ou garanti pour eux aussi.

HM: En août 2021, le ministre des Droits humains s’était opposé à ce transfèrement des « Kuluna » vers le centre pilote de Kaniama-Kasese. Il avait qualifié cette opération « d’attentatoire » aux droits humains. Pensez-vous que le traitement de ces jeunes dans ce centre répond aux nomes ? 

Il ne s’agit pas d’une question de violation des droits humains. La première chose, c’est que ces jeunes gens n’ont pas été emmenés contre leur propre gré. Lorsqu’on les emmenait à la police, il y avait plusieurs personnes de différents milieux.. Ils avaient le choix. Certains voulaient s’engager ainsi pour se donner une deuxième chance, afin de refaire leur vie en passant par la formation au Service National et d’autres qui estimaient qu’ils pouvaient faire face à la justice, ceux-là étaient orientés vers la justice. Et ceux qui venaient aussi au Service national, avant de les enrôler, ils signaient un acte d’engagement.

Donc, il ne s’agissait pas d’une question de violation des droits humains ni dans leur récupération, ni même dans leur acheminement, encore moins dans leur encadrement spécifique dans le centre. Ils sont convenablement pris en charge.

Olyncia Muhong Kashema

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Interview

Interview Exclusive: Rose Mutombo vante la fin du régime des intouchables

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Heshima Magazine : Presqu’une année après votre arrivée à la tête du Ministère congolais de la Justice. Que doit-on retenir ? Que considérez-vous comme performance de la dame Ministre que vous êtes ?

Rose Mutombo : Sans fausse modestie, je puis vous dire que plusieurs actions ont été posées pendant mes dix mois à la tête de ce Ministère, mais beaucoup reste encore à faire au regard d’énormes défis que notre pays a emmagasinés depuis des décennies. Ces actions paraissent moindres par rapport à la densité des défis. A titre illustratif, je vais épingler la réactivation du cadre de concertation entre le Conseil supérieur de la magistrature, du moins son bureau et le Ministre que je suis. 

Les grandes questions qui intéressent l’administration de la justice et la politique judiciaire y sont débattues. L’amélioration significative des conditions carcérales des personnes par une alimentation de qualité avec un menu diversifié. 

Le repas communément appelé « Voungulé » est relégué au passé, la régularité de la ration des prisons subventionnées, l’amélioration des conditions salariales des magistrats dont la rémunération est passée du simple au double depuis juillet 2021. La fin du régime des intouchables. L’ouverture de l’Ecole de formation du personnel pénitentiaire du Centre de détention de Luzumu dans la province du Kongo Central.

HM: Depuis quelques années, on parle de la réforme de la justice, mais on a comme l’impression que la situation va de mal en pis. Pourquoi le changement dans ce domaine n’est pas toujours au rendez-vous alors que le Chef de l’Etat s’en plaint ?

 Le jugement sur la justice congolaise ressemble à l’anecdote du « verre à moitié plein, verre à moitié vide ». En effet, les états généraux de la justice tenus du 27 avril au 2 mai 2015 avaient listé un certain nombre de recommandations dont l’amélioration des conditions sociales du personnel judiciaire, le renforcement des capacités dudit personnel et la couverture judiciaire. Depuis mon avènement, je me suis affairée comme indiqué précédemment à obtenir l’amélioration des conditions salariales des magistrats. Pour l’année en cours, il est prévu le recrutement des magistrats et le désengorgement des centres urbains par l’affectation des magistrats dans l’arrière pays avec une prime de brousse. 

HM: Le chef de l’Etat avait, en 2021, indiquait que « la corruption continue même dans la justice censée la combattre  ». Avez-vous un plan pour déraciner la corruption dans tous les segments de la justice ?

 Pour endiguer dans la mesure du possible ou du moins, amoindrir son impact dans le secteur de la justice, il me parait plus qu’indispensable de faire respecter le code de l’agent public de l’Etat pour tout le personnel. Particulièrement pour les magistrats, j’ai suggéré au bureau du Conseil supérieur de la magistrature lors de nos différentes rencontres, de rendre opérationnelles les chambres disciplinaires avec l’amélioration des conditions de travail. Le magistrat n’a plus à se cacher derrière une modicité du traitement, sa rémunération ayant été sensiblement revue à la hausse. Il revient donc au Conseil supérieur de la magistrature, organe de discipline des magistrats, de sanctionner tous les magistrats véreux et corrompus, la magistrature étant un corps d’élite.

 HM: Il semble que beaucoup de dossiers de détournement déposés par l’Inspection générale des finances au ministère de la Justice trainent dans les tiroirs. Quel est votre plan ?

L’Inspection Générale des Finances, reconnaissons-le, a abattu ces deux dernières années, un travail remarquable. Chaque fois que je suis saisie par elle, même par simple ampliation, j’use promptement des prérogatives me reconnues au travers l’article 70 de la loi organique portant organisation, fonctionnement de l’ordre judiciaire en donnant injonction aux Procureurs généraux. 

HM : Parlant de la sanction contre les magistrats véreux, jusqu’où comptez-vous aller? En combien de temps ?

Je tiens à préciser que conformément à l’article 152 de la Constitution, le régime disciplinaire des magistrats est le fait du Conseil supérieur de la magistrature. En clair, depuis la promulgation de la Constitution de février 2006 et les lois organiques subséquentes, les magistrats sont gérés par leurs pairs. Toutefois, dans le cadre de la collaboration institutionnelle, je veille à ce que la discipline soit assurée au sein de ce corps. 

HM:  Le chef de l’Etat a dernièrement demandé au gouvernement de finaliser avec le concours du Conseil supérieur de la magistrature le processus de recrutement des magistrats. Où en sommes nous ? Pensez-vous que c’est une carrière attractive ?

Le recrutement des magistrats est plus qu’une nécessité car le déficit quantitatif est énorme en considération des états des lieux établis à cet effet lors des assises des états généraux de la justice de 2015. La Politique Nationale de la Réforme de la Justice, PNRJ, en a établi le gap en termes de 10.000 magistrats mais en ayant égard à l’impact financier qu’une telle opération devrait avoir, il parait judicieux de procéder graduellement à ce recrutement. C’est dans ce cadre que pour l’année 2022, il est prévu de recruter seulement 2.000 magistrats. 

HM : Au sujet de Congo Holdup, vous avez officiellement saisi le procureur pour l’ouverture d’une instruction judicaire sur les révélations de détournements de fonds publics. Comment évolue ce dossier ?

Comme je l’ai indiqué ci-haut, en référence à l’article 70 de la loi organique portant organisation et fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire, j’ai effectivement donné injonction au Procureur général aux fins d’ouvrir des enquêtes. Mais il sied de préciser que ledit article in fine, stipule que le Ministre de la Justice qui donne injonction des poursuites, ne doit pas interférer dans la poursuite de l’action publique. C’est aussi cela l’Etat de droit avec la séparation des pouvoirs.

 HM:  Presque toutes les prisons de la RDC sont dans un état vétuste et les prisonniers y vivent dans des conditions inhumaines. Quelle est le plan de la République à cet effet ? 

Dès ma prise de fonction à la tête du ministère de la Justice, j’ai, grâce aux partenaires techniques et financiers et les cadres de l’administration pénitentiaire de mon ministère, élaboré la cartographie pénitentiaire des prisons qui en urgence doivent être construites ou réhabilitées. Nous nous sommes engagés avec les moyens du gouvernement ainsi que ceux des partenaires, à rétablir certaines prisons. C’est le cas de la prison de Kabare dans la province du Sud-Kivu qui a été livrée à la fin du mois de février 2022 et grâce à un nouveau concept, la Prison de Munzenze de Goma et de Bukavu seront réhabilitées. Cette question reste tout de même un grand défi.

 Propos recueillis par HESHIMA

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Interview

Mélissa Amisi Sharufa, Un combat pour la lutte contre le cancer

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Heshima Magazine : Mélissa Amisi Sharufa, vous êtes très présente sur les réseaux sociaux avec votre fondation. Que faites-vous exactement ? 

Mélissa Amisi Sharufa : Je suis actuellement cadre dans une entreprise. Et depuis 2017, je suis la fondatrice et présidente de la Fondation Bomoko, une structure qui lutte contre les cancers, notamment ceux qui touchent les seins, le col de l’utérus, la prostate, la leucémie (cancer du sang) et certains types de cancers qui touchent les enfants. 

HM :Vous êtes très active avec la Fondation Bomoko. Quelles sont les actions à impact visible qui sont menées par votre structure en faveur des hommes et femmes atteintes de cette pathologie ? 

Depuis 2017, nous nous sommes focalisés sur trois axes d’intervention : prévenir les cancers par la sensibilisation et la disponibilité de l’information liée aux cancers pour tous, faciliter l’accès au dépistage et au diagnostic grâce aux partenariats avec les hôpitaux et les centres hospitaliers pour la réduction des coûts des examens et, enfin, soutenir et accompagner les malades qui souffrent de cancer avec des soins de fin de vie pour préserver leur dignité, dans le cas de ceux qui sont en stade final et avec des levées de fonds, accompagnement financier et moral pour ceux dont la situation peut être médicalement récupérable. 

HM Quelles difficultés rencontrez-vous dans ce que vous faites ?

 La première difficulté est pour moi d’ordre culturel. Et c’est bien ressenti lorsqu’on est en face de certaines personnes, malades ou pas. Par exemple, je dirais qu’il est de notre culture de ne pas avoir l’habitude de faire des check-up annuels lorsqu’on atteint déjà plus de 50 ans. 

Ceci entraîne automatiquement des comportements comme l’automédication, le diagnostic tardif et même le déni de la maladie. Pour plusieurs, le cancer est une maladie dite spirituelle et dont le traitement n’est que traditionnel ou par la prière et les jeûnes. 

HM Pensez-vous qu’en RDC, cette pathologie est mieux connue ? 

Toujours dans notre Congo, il y a des personnes qui ne connaissent même pas ce qu’est un cancer. Au-delà de l’aspect culturel, il y a comme autre difficulté le manque d’adhésion citoyenne à la lutte ; la participation de la masse aux activités liées au cancer est encore faible et assez compréhensible. Le cancer est parfois jugé comme maladie des riches à cause des coûts élevés du diagnostic et du traitement. La plupart des traitements n’étant pas disponibles au pays, il est difficile sur le terrain de pouvoir mener à bien des levées de fonds pour aider les malades à aller se faire soigner à l’étranger. Et pour finir, l’une des difficultés demeure la disponibilisation des informations et des examens de dépistage dans tous les coins et recoins de notre grand pays. Ceci demande particulièrement des moyens financiers consistants et un accompagnement concret de l’Etat ainsi que de ses partenaires techniques et financiers.

HM :Quelles sont vos ambitions dans les jours à venir ?

J’ambitionne de faire de notre centre de santé l’un des plus grands centres de cancérologie du pays et pourquoi pas de l’Afrique. Nous l’avons inauguré en février dernier et nous sommes situés en plein cœur de la capitale, Kinshasa, sur l’avenue Boera numéro 51 dans la commune de Kalamu, pour être plus précise. Au-delà du centre, mon combat se situe également dans la prise en compte des cancers dans la politique nationale de santé. Pour cela, je travaille sur des propositions qui seront soumises dans les meilleurs délais au – près des décideurs pour favoriser, pour un premier temps, toutes les actions menées par les structures comme la notre dans la sensibilisation. Et sur le long terme, œuvrer pour qu’il y ait plus de fonds disponibles (subventions) pour faire avancer la recherche, rendre certains examens de dépistage et traitements gratuits dans le but de sauver plus de vie.

HM: Dans le cadre du mois de mars, le magazine Heshima consacre une édition exclusivement à ce que font les femmes. Que pensez-vous de cette initiative ? 

Je remercie le magazine Heshima pour cette opportunité de partager sur la lutte contre les cancers, car à chaque fois que l’on accorde un peu de place à ce sujet considéré comme tabou, on sauve indirectement des vies. On apporte une information importante et on touche certainement ceux qui n’ont pas pu mettre un nom à leur souffrance. Je profite de cette belle tribune pour inviter toutes les femmes qui me liront de Kinshasa à venir se faire consulter gratuitement tout au long de ce mois de mars au sein du centre de santé Bomoko. Je les invite à ne pas avoir peur de s’informer davantage sur les cancers qui nous touchent particulièrement et à ne pas avoir honte de parler des symptômes au médecin car il n’y a aucune maladie taboue. Merci.

Propos recueillis par Dido Nsapu

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