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Interview

INTERVIEW EXCLUSIVE de Jules Alingete: vérités sur Bukangalonzo et les détournements en RDC

Au coeur de la lutte contre les détournements des fonds publics et autres faits de megestion, l’Inspecteur générale des finances, Jules Alingete Key, Inspecteur Général, passe pour l’une des pièces maîtresses de la stratégie anti-fraude de l’ère Tshisekedi. Dans une interview exclusive accordée à Heshima Magazine, il revient sur les missions de sa structure mais aussi des dossiers chauds déballés par l’IGF.

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Heshima : Monsieur l’Inspecteur général, depuis un certain temps votre nom est évoqué par plusieurs Congolais. Voudriez-vous vous présenter ?

 Je suis Jules Alingete Key, âgé de 57 ans, marié et père de deux enfants. Je suis Inspecteur général des finances, chef de service de l’Inspection générale des finances ( IGF), et je suis inspecteur des finances depuis janvier 1989.

Quelles sont les missions liées à votre fonction d’inspecteur général ?

 Jules Alingete Key : Je suis la personne qui gère techniquement, administrativement et financièrement l’Inspection générale des finances. L’IGF a pour mission de veiller à la bonne exécution des lois et règlements en matières des finances publiques. Plus précisément, l’Inspection générale des finances, qui est un service d’audit supérieur placé auprès du gouvernement, dispose d’une compétence générale en matière de contrôle des biens et finances publiques. Mon équipe et moi contrôlons la gestion des établissements publics, la gestion des entreprises du portefeuille de l’Etat, la gestion des provinces et des entités territoriales décentralisées ( ETD), mais aussi l’utilisation des biens publics, à savoir les véhicules acquis par l’Etat, les maisons de l’Etat, la manière dont ils ont été acquis, affectés et utilisés. Voilà un peu l’étendue de la mission de l’IGF. Souvent les gens ont tendance à penser qu’elle ne contrôle que les fonds publics, mais notre compétence va jusqu’aux biens publics.

Quelles sont les innovations que vous avez apportées au sein de l’Inspection Générale des Finances depuis votre nomination à sa tête ?

Quand je suis arrivé à la tête de l’IGF, j’avais promis de lui bâtir une nouvelle voie. Je ne voulais pas rester sur les sentiers battus parce que je considère que le niveau où j’avais trouvé le service, son fonctionnement et son opérationnalité laissaient à désirer. Voilà pourquoi je me suis fixé un certain nombre d’objectifs qui constituent les innovations dans le travail de l’inspection. Premièrement, j’avais décidé de changer la méthode de communication des résultats du travail, considérant que le propriétaire des fonds publics pour lesquels nous faisons l’inspection et le contrôle est la population. 

Dans mon entendement, celle-ci doit être au courant de la manière dont les personnes désignées pour générer ces fonds ont procédé. J’ai obtenu de ma hiérarchie l’autorisation, lorsqu’on termine un contrôle, de communiquer pour que la population soit informée de la manière dont les fonds publics ont été gérés. Deuxièmement, j’ai souhaité beaucoup travailler sur l’intégrité au sein de l’IGF. Parce que j’avais pris l’engagement de lutter sévèrement et vigoureusement contre les antivaleurs dans les finances publiques, à savoir le détournement des deniers publics, les malversations ainsi que les faits de corruption. 

Et pour y arriver, il fallait qu’il y ait à l’intérieur de l’IGF des inspecteurs intègres. Or, pour avoir des gens intègres, il faut les motiver. C’était le troisième élément. Pour les motiver, j’ai travaillé sur la rémunération. J’ai doublé la rémunération. Et je suis arrivé à le faire sans demander un moyen supplémentaire au gouvernement. Ce qui était comme frais de fonctionnement alloué au service, je l’ai orienté vers la motivation des agents et inspecteurs des finances.

Quatrièmement, j’ai travaillé pour améliorer les conditions de travail au niveau des bureaux et dans tout ce qu’on a comme infrastructures et outils informatiques. À mon arrivée, j’ai trouvé dans les bureaux des inspecteurs des chaises en plastique. Les conditions étaient inimaginables. J’ai dû pratiquement réhabiliter tout le bâtiment de l’Inspection générale des finances : les bureaux des inspecteurs, les salles de réunions, les restaurants, le parking… pour que les inspecteurs travaillent dans de bonnes conditions. Je ne me suis pas arrêté là. J’ai travaillé également dans le cadre de l’innovation.

J’ai trouvé des structures administratives de l’IGF qui sont parties prenantes du domaine d’intervention de l’IGF.

 Lors de ma prise de fonction, j’ai trouvé quatre grandes structures à l’IGF qui dataient d’au moins 35 ans depuis la création du service, donc en 1987, soit une structure avec compétence de suivre les recettes, une autre pour les dépenses, une autre encore pour faire la contre-vérification et la dernière structure suivait la situation des entreprises du portefeuille de l’État. Après les états des lieux et tenant compte de l’évolution des finances publiques, il a fallu s’adapter aux nouvelles méthodes pour une meilleure performance de travail. J’ai porté le nombre des structures à neuf.

La structure s’occupant des dépenses a été éclatée en deux parties, l’une s’occupant des marchés publics, ce qui constitue aujourd’hui une spécialité et l’autre s’occupant des dépenses autres que les marchés publics. Le contrôle de recettes a été divisé en trois structures : une structure de contrôle des recettes fiscales, une autre de contrôle des recettes douanières, et l’autre encore de contrôle des recettes non fiscales, c’est-à-dire les recettes provenant des taxes.

 J’ai créé une structure spécifique qui s’occupe désormais de l’audit parce que la mission de l’Inspection est beaucoup plus liée au contrôle et à la recherche des faits de détournement. Mais comme nous avons aussi la vocation d’être un service d’audit supérieur, on peut aussi diligenter des audits dans les structures de l’État de manière à ce qu’on puisse rationnaliser la gestion. J’ai crée une structure qui s’occupe du suivi de la gestion des ETD et des provinces et une structure s’occupant des entreprises du portefeuille de l’État ainsi que des établissements publics. Il faut ajouter à cela la structure de contre-vérification qui existait déjà. 

Donc, j’ai éclaté les quatre structures en neuf structures spécialisées. Avec ça, nous avons maintenant des unités spécialisées dans tous les domaines des finances publiques pour bien faire le travail. Comme autre innovation, j’ai trouvé qu’il y avait un problème de vieillissement du personnel. Lors de ma prise des fonctions, le dernier membre du personnel était âgé de 55 ans, c’était inimaginable que le poids d’un travail si important puisse se reposer sur des personnes aussi âgées au-delà de 55 ans. Donc, je me suis engagé à procéder à un recrutement.

Au stade actuel, j’ai déjà réussi à recruter 85 nouveaux inspecteurs des finances qui sont déjà opérationnels. Et j’attends d’ici un mois recruter 65 autres pour porter le nombre des nouvelles recrues à environ 150. 

Voilà ce que j’ai eu à faire. Et l’IGF bénéficiait des frais de fonctionnement lui alloués par le Trésor public. J’ai dû travailler sur un nouveau texte qui reconnait à l’Inspection générale des Finances une rétrocession de 10 % de celles reconnues aux régies financières. C’est-à-dire, aujourd’hui, les régies disposent de leur rétrocession parce qu’elles mobilisent les recettes. L’IGF étant un instrument d’encadrement des recettes en appoint aux régies financières, elle bénéficie pour sa part de 10 % attribuées aux régies. Nous avons aussi, pour la première fois, ouvert l’IGF aux corps des métiers spécifiques. Avant moi, elle n’était composée que des économistes et des juristes inspecteurs des finances. Aujourd’hui, avec les modifications apportées aux textes, elle regorge des juristes, des économistes, des ingénieurs en informatique et des ingénieurs en travaux publics. Et ça c’était important parce que nous contrôlons beaucoup de marchés publics et de construction des bâtiments.  

Il a fallu que nous ayons des inspecteurs de cette formation-là qui puissent se joindre à ceux d’une formation des financiers et des économistes pour améliorer le travail. Les informaticiens étaient nécessaires parce qu’aujourd’hui la numérisation, la digitalisation de l’économie devient une nécessité. On ne peut plus se permettre d’opérer un contrôle archaïque comme on le faisait sur papier. Bien sûr les inspecteurs savent déjà manipuler l’outil informatique. 

À ce jour, nous avons la capacité de contrôler une banque avec 1000, 2000 opérations par jour, car nous comptons des agents spécialisés dans l’outil informatique. Le but de toutes ces spécialisations est de détenir une équipe forte et compétente. J’ai également initié la patrouille financière dans les régies financières. 

Quels en sont les résultats ?

Les résultats des innovations que j’ai entreprises sur le plan de la rémunération, sur le plan des conditions de travail sont évidents comme décrit dans les lignes cihaut. Vous pouvez tirer les conséquences sur le plan de rajeunissement du corps des inspecteurs et des textes sur le fonctionnement de l’IGF. Le contrôle de l’IGF se situe à 3 niveaux. Elle accomplit un contrôle a posteriori, c’est-à-dire, on laisse les animateurs gérer et ceux-ci sont contrôlés et sanctionnés en cas de failles après un laps de temps. L’IGF peut également initier un contrôle a priori afin de prévenir la mégestion. Dans le but d’intervenir à temps pour éviter que les actes de gestion puissent être nuisibles. 

L’inspection peut aussi prévoir un contrôle concomitant. Tel est le rôle de la patrouille financière. Il s’agit d’un contrôle qui se déroule au même moment où les personnes sont en pleine activité dans leurs tâches habituelles de gestion, c’est-à-dire nous mettons les inspecteurs à côté des gestionnaires quotidiennement, de telle manière que les actes posés peuvent être contrôlés de manière à empêcher un cas de suspicion des faits de détournement. Cette méthode permet d’arrêter l’hémorragie financière ou les malversations avant que l’opération ne soit validée. Et nous estimons que cela porte des fruits.

Comment sélectionnez-vous les personnalités ou institutions à contrôler ?

 Nous travaillons sur base d’un programme d’action annuel. Ce programme recense l’ensemble d’opérations que nous voulons mener. Ce programme est approuvé par notre hiérarchie qui donne le go. Donc nous, nous recensons le problème. Comment le recensons-nous ? Premièrement, en fonction des dénonciations qui nous viennent de partout, des gens qui dénoncent des faits de megestion dans les entreprises ou autres considérations… Nous recensons ces faits qui nous sont communiqués et examinons nous-mêmes la nécessité d’agir en fonction de l’architecture économique actuelle composée d’entreprises, d’établissements et des services publics. Nous retenons les points sensibles. Nous exprimons notre intention de mettre sous surveillance Nous travaillons sur base d’un programme d’action annuel. Ce programme recense l’ensemble d’opérations que nous voulons mener. Ce programme est approuvé par notre hiérarchie qui donne le go. Donc nous, nous recensons le problème. Comment le recensons-nous ? Premièrement, en fonction des dénonciations qui nous viennent de partout, des gens qui dénoncent des faits de megestion dans les entreprises ou autres considérations… Nous recensons ces faits qui nous sont communiqués et examinons nous-mêmes la nécessité d’agir en fonction de l’architecture économique actuelle composée d’entreprises, d’établissements et des services publics. Nous retenons les points sensibles. Nous exprimons notre intention de mettre sous surveillance

Lorsque vous parlez de la hiérarchie, à quelle institution faites-vous allusion ?

L’IGF dépend de l’autorité directe du Président de la République, chef de l’Etat. 

Qui peut donner des ordres à l’IGF ?

 Généralement, quand nous exécutons les contrôles, la hiérarchie ne donne pas des orientations d’aller dans l’un ou l’autre sens. Elle n’interfère en rien dans le contrôle de telle structure, telle province, tel aspect…. L’intervention de la hiérarchie se limite à donner son aval pour le contrôle en fonction de notre décision et de lui faire rapport. Quand nous exécutons le contrôle, la hiérarchie n’attend que les conclusions que nous allons amener. On a la liberté d’exécuter notre contrôle comme nous voulons et une fois les résultats obtenus, nous en faisons rapport à la hiérarchie. La justice peut intervenir pour nous demander des précisions sur des sujets qui lui semblent utiles, de même que toutes les autorités administratives qui souhaiteraient que l’IGF les contrôle. Nous avons déjà été saisis par le Premier ministre, certains membres du gouvernement, les gouverneurs des provinces sur des faits avérés de détournements.

Combien de missions avez-vous déjà entreprises depuis la prise de vos fonctions ?

 À ce jour, pour l’année 2021, nous avons déjà effectué 60 missions dans plusieurs domaines. En 2020, à ma prise de fonction, une trentaine de missions ont été effectuées.

Plusieurs personnes ciblées par vos conclusions sont protégées par des immunités parlementaires. Quels sont les moyens utilisés pour contrer cette protection quand celles-ci ne sont pas levées ?

C’est une question très importante et essentielle pour notre travail. La moitié des personnes que nous contrôlons sont des personnes jouissant des immunités. Ils sont députés, sénateurs ou membres du gouvernement et les poursuivre nécessite obligatoirement l’approbation du Parlement. Ceux-ci se protègent entre eux. Nous aimerions que ces immunités, conçues au départ pour protéger les hommes politiques dans le cadre de l’activité politique, ne viennent pas entraver l’administration de la justice en ce qui concerne les infractions de droit commun, notamment les détournements des deniers publics. Il faut faire le distinguo entre immunités conçues pour protéger de l’activité politique par rapport aux faits de gestion assumés dans une administration. Cette situation va changer dans les prochains jours. Nous militons efficacement pour qu’on puisse reformer les immunités. Elles peuvent exister, mais il faut qu’elles soient bien définies pour permettre à ce que les personnes qui ont mal géré et qui ont détourné soient interpellées par la justice quel que soit leur titre de parlementaire.

Quelles sont les différentes étapes que l’IGF doit respecter avant que ses conclusions soient envoyées aux cours et tribunaux ? Quelles sont les pièces qui accompagnent un rapport d’enquête ? A qui transmettez-vous les rapports de vos enquêtes ?

Nous commençons par signer un ordre de mission. Nous désignons des inspecteurs qui doivent exécuter ladite mission. Les inspecteurs doivent informer l’entité à contrôler tout en passant par son plus haut responsable. Ils communiquent leur arrivée, présentent au responsable de l’entité la nature de leur mission ainsi que ses raisons. L’entité à contrôler est obligée d’accepter que le contrôle soit effectué puisqu’on ne peut pas opposer à l’Inspection générale des finances des secrets professionnels. Celui-ci met à la disposition des inspecteurs tous les éléments requis, à condition que cela cadre avec les objectifs de la mission. 

À la fin du travail, les inspecteurs rédigent un document qu’on appelle une feuille d’observation. C’est un document qui recense les faits trouvés qui nécessitent des réponses de la part des gestionnaires de l’entité. Cette feuille d’observation est donnée au responsable de l’entité qui retrace les faits saillants de mégestion au sujet desquels l’Inspection générale des finances souhaiterait obtenir des réponses. Une fois remis à l’entité responsable, celui-ci a 5 à 7 jours pour préparer les éléments de réponse par écrit.

 Le responsable de l’entité contrôlé écrit à l’Inspection en donnant ses avis motivés sur les observations. C’est ce qu’on appelle la procédure contradictoire. L’Inspection reçoit les réponses de l’entité contrôlée et passe à une autre étape qui est le débat contradictoire.

 Cette étape permet une meilleure compréhension des écrits. Il s’agit d’un échange afin d’apporter plus de lumière. A l’issue de ces échanges, un procès-verbal des débats contradictoires ayant eu lieu entre l’IGF et l’entité contrôlée est rédigé.

Après le débat contradictoire, l’Inspection générale des finances se fondant sur son intime conviction va tirer les conséquences définitives.

 S’il y a des faits infractionnels, l’IGF use de sa qualité d’OPJ pour auditionner, dresser des procès-verbaux pour étayer les faits de détournement. Il convient de souligner que toute mégestion ne constitue pas un détournement. Une fois passée cette étape, nous établissons un rapport final. Ce dernier comprendra nos observations définitives et les faits de détournement détectés dans ces rapports sont d’office envoyés à la justice. Nos observations sur la gestion du contrôlé et les faits de détournement constaté mis ensemble sont envoyés à notre hiérarchie pour information avec qui nous aurons des séances de travail pour expliquer le cheminement de notre démarche et quelles sont les faits définitifs. A ce niveau, la hiérarchie peut à son tour transmettre les conclusions à une autorité administrative qui a le pouvoir de sanctionner administrativement les personnes que nous avons contrôlées. Le Chef de l’Etat peut les transmettre au Premier ministre, celui-ci instruit les ministres qui assument la responsabilité sur les entités contrôlées et prévoit de sanctions. En cas de contrôle des ministres, le Chef de l’Etat envoie le rapport au Premier ministre pour que celui-ci interpelle les ministres mis en cause.

Si on comprend bien, vous envoyez d’abord à la Présidence et c’est elle qui va envoyer aux cours et tribunaux ? Vous n’envoyez pas directement ? 

Pas du tout. Une fois le travail fini, quand il y a des faits infractionnels, nous avons l’obligation de transférer le dossier à la justice parce que nous sommes des OPJ. Ce que nous transférons à la justice ce sont des faits infractionnels. Le reste, les fautes de gestion y compris les faits infractionnels, nous les notons dans un rapport adressé aussi à notre hiérarchie.

 Combien de procès-verbaux de l’IGF ont aidé la justice à récupérer les sommes ou objets détournés ? Pouvez-vous nous citer quelques exemples ?

Nous avons eu à dresser plus de 80 procès-verbaux. Grace à la patrouille financière nous avons pu éviter plusieurs cas de détournements. Pour les missions où l’Etat a pu récupérer des fonds détournés, elles ont été effectuées a postériori sur le contrôle des faits passés. Vous avez d’ailleurs appris quand nous avions contrôlé les fonds Covid, le ministre de la santé était passé pour reverser les reliquats qu’il détenait. Si nous n’avions pas contrôlé, il n’allait pas les reverser.

 Une fois le dossier au niveau de la justice, il appartient maintenant à cet organe, lorsque la personne est condamnée pour détournement des deniers publics, de mener des actions pour récupérer les fonds détournés. Ce n’est plus la tâche de l’Inspection générale des finances.

3 provinces sur 26 ont été auditées. Sur base de quels critères ont-elles été sélectionnées ?

  Je voulais rectifier vos propos en vous donnant le nombre des provinces contrôlées à ce jour par l’Inspection générale des finances. Nous avons commencé par contrôler la ville-province de Kinshasa, suivie de la province de l’Equateur. Pour la ville-province de Kinshasa, nous avions contrôlé et avions émis des observations. Ces observations se justifiaient parce que le gouverneur venait à peine d’entamer son mandat il y a 6 ou 7 mois. Nous avions attiré son attention sur ce qu’il devait faire en matière de gestion.

Pour la province de l’Equateur, nous avions contrôlé parce qu’il y a eu des faits de détournement notamment des fonds en provenance du gouvernement central qui lui étaient destinés, alors que ces fonds étaient restés à Kinshasa et ont servi à d’autres fins. La troisième province contrôlée, est la province de Lualaba. La quatrième, celle du Haut-Katanga. Ensuite nous avons contrôlé les provinces comme celle du Kwango, du Haut-Lomami, du Maniema, du Kongo Central et pour finir par la province du Tanganyika.

La troisième province contrôlée, est la province de Lualaba. La quatrième, celle du Haut-Katanga. Ensuite nous avons contrôlé les provinces comme celle du Kwango, du Haut-Lomami, du Maniema, du Kongo Central et pour finir par la province du Tanganyika.

 Contrairement à ce que vous dites, vous voyez vous-même, le nombre des provinces déjà contrôlées. On peut être à une dizaine de province en moins d’une année.

 Et nous sommes en train de poursuivre, nous allons bientôt contrôler la province du Maï-Ndombe, du Sankuru où il y a des problèmes, la province du Sud-Kivu aussi. Nous avons un programme pour terminer le travail dans l’ensemble des provinces. Donc jusque-là, on a contrôlé peut-être neuf ou dix provinces déjà.

Vous ne ciblez pas, vous comptez contrôler toutes les provinces de la RDC ?

Oui, il faut implémenter la bonne gouvernance partout. On n’a pas intérêt à cibler. La bonne gouvernance doit être identique, même dans des provinces dites « petites provinces ».

 Un de ces gouverneurs de province, à savoir Richard Muyej (gouverneur du Lualaba) est toujours retenu à Kinshasa consécutivement à cet audit. Que lui reprochez-vous ?

Non, le gouverneur n’est pas retenu à Kinshasa. Lors de notre contrôle dans la province du Lualaba, le gouverneur était malade. Il s’était rendu en Afrique du Sud pour des raisons de santé. Et il est revenu par Kinshasa, parce qu’il était parti de là.

A son retour, il a fait voir que le contrôle a eu lieu en son absence alors que c’est lui qui devrait tout d’abord discuter avec l’IGF des conclusions. Ainsi, nous avons eu le temps de mettre à sa disposition nos conclusions et nous avions eu à discuter. Et au jour d’aujourd’hui, nous sommes en phase de clôturer et donner des observations définitives qui vont faire l’objet de notre rapport dans les jours à venir. Le gouverneur n’est donc pas retenu à Kinshasa… Il était normal qu’il puisse aussi se reposer avant d’aller affronter la gestion de sa province.

 Le dossier Bukanga-Lonzo est celui qui fait le plus parler. Aujourd’hui combien de personnes sont mentionnées comme responsables de détournements dans ce dossier ? Quel est le montant global supposé être détourné ? Quels sont les éléments probants de ce dossier ?

Il est malséant pour moi aujourd’hui de m’exprimer sur ce dossier vu qu’il se trouve entre les mains de la justice congolaise. Moi en tant que bras de la justice, j’ai fait mon travail. Je l’ai transmis à la justice, il n’est pas bon que je puisse continuer à être sur ce dossier et à en parler constamment.

Mais je veux seulement que vous puissiez retenir que dans le dossier Bukanga Lonzo, contrairement à tout ce que vous avez entendu, il y a 9 personnes qui sont concernées par la megestion ou la débâcle du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo. A ce jour, le dossier se trouve au niveau du parquet général près la Cour constitutionnelle. Si l’instruction commence, donc il y aura au moins 9 personnes qui vont répondre à des interrogations du parquet général près la Cour constitutionnelle. S’agissant de ce que le pays a perdu, je veux que nous puissions nous entendre sur un point sur lequel tout le monde s’accorde : c’est une débâcle. Bukanza Lonzo est un fiasco, c’est un échec! Maintenant le problème, c’est la détermination de la responsabilité de cet échec.

Qu’est-ce qui s’est passé pour que Bukanga Lonzo soit un échec? C’est là la question à laquelle la justice doit répondre afin d’aider tout le monde à comprendre. En ce qui concerne l’IGF, nous affirmons que la reconstitution de tous les paiements effectués au profit de ce projet totalisent 287 millions de dollars. Dans ce montant, 285 millions sont sortis du compte général du Trésor à la Banque centrale et près de 2 millions du FPI. Alors voilà en quoi a consisté la démarche de l’IGF : pour les 287 millions, nous sommes allés sur place, pour nous imprégner des réalités sur le terrain, afin de reconstituer l’inventaire existant de ce qui reste aujourd’hui de cet argent . Pour l’existant, nous l’avons évalué à plus ou moins 80 millions au terme de notre mission. Les 80 millions de dollars étaient composés de 40 millions de la ligne électrique qui n’a pas été construite et les autres 40 millions représentent le bâtiment et tout ce qu’on avait trouvé comme engins endommagés. Donc, aujourd’hui, sur les 287 millions, l’inventaire de l’existant a donné 80 millions. C’est pour cela on dit que nous avons perdu près de 205 millions de dollars. Il faut maintenant entrer dans les détails pour expliquer où sont partis les 205 millions. Dans l’évaluation des pertes, vous constaterez des faits de surfacturation, c’est-àdire, on sort 10 millions pour les envoyer en Afrique du Sud afin d’acheter les équipements agricoles. Quand les équipements arrivent les factures qui sont présentées à la douane sont de loin inférieures au montant décaissé. Sur 10 millions décaissés, vous remarquez que les factures de ces équipements-là déclarés à la douane ont couté 2 millions. Nous avons exclu l’hypothèse d’une mauvaise déclaration à la douane parce que Bukanga Lonzo était exonéré.

Donc, celui qui déclare n’a pas intérêt à tripoter sur la facture parce qu’il ne paie pas la douane. Il avait tout intérêt à dire que cela lui a coûté 10 millions vu qu’il est exonéré. Il ne paie rien. De ce fait, nous avons considéré qu’entre le paiement envoyé en Afrique du Sud et ce qui nous est rentré comme équipement il y a une grande différence, ce qui nous fait déjà une surfacturation au-delà de 100 millions de dollars. Dans les 200 millions, le plus important de la perte se situe dans la surfacturation.

Et sur le reste de ces biens qui sont arrivés, comme personne n’avait pris soin. de bien gérer Bukanga Lonzo, les différents gestionnaires se sont accaparés des machines et consorts.

 Donc, il y a eu aussi dilapidation des biens qui sont arrivés, c’est pour ça que vous avez vu on vous a dit que des biens de Bukanga Lonzo se retrouvaient par ci, par là. Il y a des biens qui sont arrivés au moment où Bukanga Lonzo était abandonné et des engins ont été volés et beaucoup de biens ont été perdues. Pourquoi nous disons que Bukanga Lonzo est une débâcle ? Parce que ce n’est pas tous les ans que 300 millions de dollars sont disponibilisés ! Si le parc Bukanga Lonzo avait été bien géré, je pense qu’il devait devenir aujourd’hui un endroit où il y aurait eu développement de plusieurs activités… Aujourd’hui Bukanga Lonzo c’est la brousse ! Il n’y a rien ! Vous ne trouvez personne.

D’ailleurs la ligne électrique qui est là, capable d’alimenter la moitié de la ville de Kinshasa ou pour ne pas exagérer peut être 30 % de la ville de Kinshasa en électricité, est complètement en brousse et n’est d’aucune utilité à ce jour. Donc ce n’est pas toutes les années que nous aurons 300 millions de dollars pour les jeter à l’eau comme ça. Si le projet avait été bien géré, il aurait contribué au décollage économique de notre pays. On aurait évité aujourd’hui l’importation de certaines denrées comme le maïs et bien d’autres…

Des sources vous accusent d’avoir bloqué la récolte des maïs dans le parc Agro-industriel Bukanga-Lonzo ? Est ce vrai ?

c’est faux. Le parc agro-industriel est géré par le ministère de l’Agriculture. Je ne suis jamais allé à Bukanga-Lonzo. Le rapport de ce parc est l’œuvre de quatre inspecteurs généraux des finances qui ont eu un ordre de mission officiel d’une durée de trois mois et ont fait rapport. Notre travail se limite là

Certaines personnes pensent que c’est un acharnement. En faites-vous une affaire personnelle ?

 Je n’ai pas créé l’affaire Bukanga Lonzo. Avant ma nomination comme Inspecteur Général, plusieurs personnes criaient déjà au scandale, parlant de mauvaise gouvernance sur Bukanga-Lonzo. C’est d’ailleurs le Premier Ministre Ilunga Ilunkamba qui a été le premier à nous instruire de manière officielle à ouvrir une enquête. Le tort peut être de mon équipe et moi, c’est d’avoir fourni des détails et preuves sur cette escroquerie. Il n’y a aucun problème individuel, ce n’est pas une affaire personnelle de Monsieur Alingete et ça ne le sera jamais.

Vous avez crié au scandale pour le dossier de retransmission en direct des matchs des Léopards. Quelles sont les suites de votre enquête ?

Les Congolais doivent retenir que ce dossier est un vrai scandale. Les personnes visées dès le départ dans ce dossier ont voulu faire diversion avec des points de presse pour embrouiller les Congolais. Où sont-elles aujourd’hui ? Pourquoi se sont-elles tus ? Aujourd’hui le dossier a évolué et les procès-verbaux se trouvent au parquet général. Et les personnes concernées sont absentes du pays, nous les attendons pour qu’elles se présentent devant la justice. Le principal accusé qui devrait donner les noms des co-auteurs, a voyagé le 20 mars, 3jours après mon exclamation au « scandale » à ce sujet. A-t-il fui ? Pourquoi ne rentre-t-il pas ? A son retour il répondra devant la justice, et à travers lui ses complices qui aboient dans la presse, parce qu’ils savent que nous avons des pièces justificatives solides qui les accusent très lourdement. Ils seront également sanctionnés.

Quels sont les éléments qui les accusent ?

D’abord la personne qui perçoit le paiement de la retransmission, c’est un établissement, une personne physique, qui n’a pas de numéro d’impôt, qui n’est pas reconnue auprès de l’administration fiscale. L’Etat congolais ne peut payer autant d’argent de cette manière. Deuxièmement de 2019- 2020, l’Etat congolais a payé sur le compte de cet individu 4.500.000 dollars pour les frais de retransmission. Après examen et enquête de ce compte, il s’avère que cet individu a envoyé à la CAF moins de 2 millions. Donc, ce monsieur doit nous expliquer où est le solde reçu du Trésor public ! Le vol et le mensonge sont deux esprits qui marchent ensemble. Tout voleur est menteur. L’esprit que vous voyez chez les voleurs qui volent dans les sacs au grand marché ou dans les maisons, c’est le même esprit que vous trouverez chez les gestionnaires publics habillés en cravate. Ce sont des menteurs qui passent difficilement aux aveux. Mais, nous serons patients.

Où en êtes-vous avec le dossier des exonérations et compensations. Quel est le compte rendu de ce dossier ?

  rations et compensassions et l’IGF a sauvé les finances publiques. Depuis un temps, c’était devenu une forme de mafia organisée qui privait le Trésor public des moyens importants. Un désordre incroyable. Mon équipe et moi, sommes intervenus car les exonérations étaient monnayées. Plusieurs personnalités nous ont fait la guerre, refusant la rupture de la fraude. Aujourd’hui les exonérations ont été rationalisées, on a mis fin aux fausses exonérations, c’est un combat gagné et nous en sommes fiers. Les compensations étaient également une aventure. Mettre fin à ce réseau de détournements sera parmi les points les plus importants de mon passage à la tête de l’IGF.

Quel rôle joue l’IGF dans l’amélioration des recettes des régies financières ?

Il faut être de mauvaise foi pour ne pas le reconnaitre. Premièrement nous avons combattu les exonérations et compensations et nous avons gagné. Deuxièmement l’encadrement des régies est un lieu où nos inspecteurs passent plusieurs mois aux postes frontaliers des impôts pour veiller au travail correct du personnel de l’administration.

Troisièmement, nous avons lancé une campagne en direction des opérateurs économiques pour cesser avec la fraude fiscale en établissant des déclarations vraies et correctes mais aussi grâce à l’aide de la patrouille financière dans la gestion quotidienne des entreprises de porte feuille de l’Etat. De ce fait, les résultats qui se ressentent dans l’amélioration de la collecte des recettes est un travail collectif, sans toutefois tout souligner les efforts de l’IGF. Ce n’est pas le fruit du hasard. Je remercie les responsables des régies pour leur travail.

 Heshima : D’après certaines sources, vous êtes en conflit avec la FEC. Pouvez-vous contrôler les entreprises privées ? On a l’impression de vous voir partout même cherchant à remplacer la DGI.

Il n’existe aucun conflit avec la FEC. Nous avons compétence de contrôler les entreprises privées en ce qui concerne les paiements d’impôts. Cela est bel et bien inscrit dans les textes de nos prérogatives. Nous n’avions pas encore actionné ce levier,  nous sommes tout d’abord en train d’assainir le secteur public. Nous y arriverons dans les prochains jours. Nous vérifierons le paiement des impôts de la part des opérateurs économiques. Nous mettons en place la contre-vérification fiscale, c’est-à-dire aller vers les opérateurs économiques privés et nous assurer que le travail de la DGI (Direction générale des impôts) a été fait correctement. Nos missions ne se chevauchent pas. L’administration fiscale a la mission de collecter et vérifier si l’impôt est correct. C’est le contrôle au premier degré. L’IGF quant à elle, intervient pour vérifier si le travail fait par l’administration fiscale a été réellement bien fait. La contre-vérification est de notre compétence.

En dehors des félicitations qui vous sont adressées pour vos actions, des plaintes sont aussi formulées. Certaines personnes vous accusent de surmédiatiser vos enquêtes ou encore de vous acharner de manière subjective sur quelques individus. Ne poussez-vous pas certains coupables à dissimuler leurs forfaits ?

Personne ne sait que quelqu’un a volé. Avant, le rapport était là, il suivait le circuit administratif normal et des gens avaient la possibilité de bloquer ce rapport.

L’inspection ici a toujours fait son travail. C’est la méthode que moi j’ai décidé de changer. Nous nous sommes dit que cette méthode-là de contrôler, sans informer le propriétaire des fonds qui est la population que “ son argent a été volé”, n’a pas freiné les fossoyeurs, les criminels. Ils ont continué parce qu’ils disposent des moyens d’aller étouffer les rapports, tout cela en partie, parce qu’on travaillait en silence. C’est ainsi que nous avons changé des méthodes, nous contrôlons et nous en informons le propriétaire par une communication. C’est ce qui gêne aujourd’hui. Ce n’est pas une surmédiatisation, c’est ce qui gêne.

Pourquoi les séances de parlement, sont parfois des séances pour que la population sache comment ils sont en train de travailler ? Mais à qui appartiennent les fonds publics ? Mais c’est à la population. Alors, pourquoi vouloir priver l’information au propriétaire des fonds ? 

C’est là la stratégie des criminels. C’est pour cela nous communiquons et depuis que nous avons commencé à le faire, nous voyons qu’ils reculent. Parce que nous avons dit, avec la communication, si la sanction administrative ne vient pas, ou que la sanction judiciaire tarde, la communication engendre la clameur publique, la sanction sociale ou la réprobation sociale. Et eux, ils ont peur de tout ça. C’est pour cela nous nous sommes dit que nous allons demeurer dans cette méthode, celle qui nous permet de faire reculer les antivaleurs dans tous les cas. 

A tout moment dans l’histoire d’un pays, lorsque les antivaleurs atteignent un niveau donné, le pouvoir a le devoir d’adopter des méthodes pour repousser ces antivaleurs. Lorsqu’il s’élève une criminalité aigue, le gouvernement procède par des procès publics. Vous verrez lorsque les Kulunas tuent dans une maison quelconque, papa, maman et tous les enfants, l’Etat vient, les arrête, et les amène par exemple dans un terrain de football, et là il établit un procès public en présence de tout le monde. Ce sont des méthodes utilisées dans les cas où les antivaleurs atteignent des niveaux insupportables. Il faut des méthodes exceptionnelles mais légales, pour faire reculer les antivaleurs. Aujourd’hui, les antivaleurs dans la gestion des finances publiques ont atteint des niveaux incroyables. Les Congolais étaient en train d’applaudir ceux qui volaient leur argent. Il fallait faire reculer les antivaleurs, voilà pourquoi nous sommes en train de communiquer.

Est-ce que vous êtes justiciable devant la justice congolaise ? Comment appréciez-vous la plainte pour diffamation lancée contre vous par les avocats du Sénateur Matata ?

Par rapport à cette plainte, moi je la considère comme du théâtre. Si vous n’avez pas le temps de suivre du théâtre à la télévision parce que vous êtes temps est trop pris, vous pouvez lire cette plainte pour vous divertir. Parce que c’est de la comédie évoquée par cet avocat. Peut-être qu’il avait besoin de soutirer de l’argent à son client et aller faire le fanfaron. C’est du théâtre! 

On ne peut pas poursuivre un inspecteur parce qu’après avoir fait son travail, il constate qu’il y a eu détournement. C’est de l’escroquerie et je n’ai jamais vu cela, nulle part au monde. Je ne sais pas s’ils ont fait cela pour détourner l’attention de l’opinion publique, mais c’est de l’escroquerie. Il n’y a diffamation contre vous que si la justice vous a déjà innocenté. Ce n’est que dans ce cas que vous pouvez crier qu’il y a eu diffamation. Et de quelle diffamation parlent-ils aussi longtemps que la justice ne s’est pas encore prononcée sur votre sort ? 

Et puis, pour votre information, les inspecteurs des finances ne peuvent être poursuivis pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions qu’après autorisation préalable, expresse et écrite de son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat. Voilà pourquoi je considère cela comme du théâtre. 

Nous sommes en train de faire notre travail. C’est comme on dirait, une personne porte plainte contre un policier parce que ce dernier a arrêté un voleur. Le policier arrête un voleur et celui-ci porte plainte contre le policier à l’auditorat parce qu’il a été arrêté pour vol, n’est-ce pas du théâtre ? 

La Rdc est classée dans le top 20 des pays où règnent la corruption mais également les détournements des fonds de l’Etat. Quelle est votre stratégie pour rompre avec cette image négative de la Rdc ?

 C’est tout ce que je suis en train de faire. Vous me rejoignez lorsque vous avez constaté que la RDC se trouve parmi les pays où le taux de corruption devient trop élevé. Et moi, qu’est-ce que je fais ?

 Je suis arrivé et j’ai pris l’engagement devant le gouvernement, le président de la République et la Nation congolaise de repousser cet état des choses. J’ai défini les méthodes pour que nous puissions faire reculer le taux de corruption. Je n’agis pas seul, je suis accompagné du SENAREF dont je salue la bravoure de son coordonnateur, l’avocat général Kisula. Il y a l’APLC (l’Agence pour la prévention de la lutte contre la corruption) dont les agents font un travail très important aujourd’hui. Il y a aussi d’autres services qui nous accompagnent, il y a la justice congolaise, la Cour des comptes que je ne peux oublier, qui fait un travail important en dépit de tous les obstacles dressés devant elle, des gens y travaillent pour la rendre plus opérationnelle. Tous font un travail important que beaucoup de gens ignorent. Nous avons tous pris conscience de l’état de corruption, de détournements, des malversations, nous sommes déterminés à faire reculer ces antivaleurs de notre société. C’est tout ce que nous sommes en train de faire.

Nous arrivons au terme de l’interview. Au regard de tous les éclaircissements apportés, aujourd’hui, êtes-vous satisfait de votre travail ?

Pas encore, je pense que si Dieu nous prête vie nous allons travailler davantage parce que nous ne sommes qu’à 10% de notre objectif qui est de faire reculer les antivaleurs et nous ne pouvons être satisfaits parce que pendant que nous sommes là, il y a quelque part des personnes qui continuent de commettre des malversations. Ce n’est qu’un début du travail que nous faisons avec tous les services mis ensemble.

Nous louons et félicitons par rapport à notre travail, Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat. C’est l’acteur aujourd’hui de la bonne gouvernance et de la répression de la mauvaise gouvernance. N’eut-été sa volonté, nous n’aurions rien fait à ce jour.

En substance, il nous a dit : « Je ne veux pas de telle ou telle chose, je vous donne tout mon appui, vous avez toutes vos prérogatives, exercez-les ! » C’est pour cela que nous sommes fiers de l’attitude affichée par notre hiérarchie qui nous demande de faire le travail tout en respectant les lois de la République. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui ça commence à donner petit à petit des résultats. Nous le remercions sincèrement. Je vous remercie également pour l’interview.

Propos recueillis par Olyncia MUHONG

Interview

Comprendre le Service National: Entretien Exclusif de JP Kasongo Kabwik

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Heshima Magazine : L’opinion congolaise entend souvent parler d’un Service national paramilitaire en RDC. Pouvez-vous expliquer les raisons de sa création ?

Général Major Jean-Pierre Kasongo Kabwik : Avant de vous parler des raisons de sa création, je vais d’abord définir le Service National. Qu’estce que c’est ? Le Service National est un service paramilitaire créé par le Décret-loi 032 du 15 Octobre 1997 qui le définit comme un service paramilitaire d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions civiques et patriotiques en vue de la reconstruction de notre pays. Comme service paramilitaire, le Service National est à cheval entre ce qui est civil et ce qui est militaire.

HM: Cette initiative de feu Laurent-Désiré Kabila avait quelle motivation ?

Les raisons essentielles, c’est pour mobiliser les actions civiques en vue de la reconstruction du pays. C’est-à-dire, en 1997, lorsque feu le président Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, il trouve que le pays avait besoin d’être reconstruit, c’est ainsi qu’il va créer un service qui va s’occuper de la mobilisation de toutes les forces, toutes les énergies des fils et filles du pays en vue de contribuer à la reconstruction.

Le Service National a plusieurs missions, je citerai entre autres la création des centres de production à travers le pays, l’encadrement de la jeunesse pour la pousser à contribuer à la production agricole, organiser la jeunesse en vue de la défense de la nation, de la patrie… Il y a plusieurs autres missions qui sont dévolues au Service National. Par exemple, le Service National contribue à la constitution d’une réserve stratégique dans plusieurs domaines et, principalement, dans le domaine de l’autosuffisance alimentaire. Il y a une nécessité de constituer des réserves stratégiques, un stock qu’on met à part, en cas de besoin, en cas de crise, en cas de pénurie, on peut aller récupérer quelque chose pour servir la nation. 

HM: En tant que numéro un de ce service pouvez-vous nous dire combien de Kuluna sont actuellement transférés au centre pilote de Kanima Kasese?

 Il faut avouer que le Service National a connu un moment de léthargie pendant plusieurs années. A sa création, ce service avait donné de l’espoir au peuple congolais parce que plusieurs actions avaient commencé à être menées. Avant la guerre d’agression de 1997-1998, on avait entendu parler du Service national en ce sens que plusieurs activités avaient été créées notamment dans l’encadrement de la jeunesse où plus ou moins 7 000 jeunes avaient été envoyés à Kaniama Kasese pour être encadrer. Plusieurs tonnes de maïs et des produits vivriers sortirent du centre.

Après 1998, avec la guerre d’agression, je comprends qu’il n’y ait plus assez de moyen pour financer le service jeune qui venait à peine d’être créé. C’est pour ça qu’on n’avait plus entendu parler du Service National pendant plusieurs années. Le voilà maintenant en train de faire parler de lui.

HM:  Depuis quand occupez-vous les fonctions de commandant du Service National ? 

Si ma mémoire est bonne, j’ai été nommé au Service national le 15 juillet 2018. J’ai été reconduit à ce même poste, curieusement presque à la même date. Je crois le 14 ou le 15 juillet 2020, deux ans après.

HM: Cela fait 4 ans depuis que vous occupez ces fonctions. Quelle est votre vision pour ce service ?En tant que son commandant, je n’ai pas une vision pour le Service national. Lorsqu’il a été créé, on lui a doté des missions. La vision, c’est celle du commandant suprême. Au-dessus de moi, il y a un commandant suprême, c’est comme dans les Forces armées. Donc, il y a un commandant suprême des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Police nationale et du Service national. Je mets en œuvre la politique et la vision du commandant suprême du Service national qui est le Chef de l’Etat.

Cette vision, c’est comme je vous l’ai dit, le Service national contribue efficacement à la reconstruction et au développement du pays dans plusieurs domaines. Sur le plan agricole, il contribue efficacement à l’autosuffisance alimentaire. Sur le plan de l’encadrement de la jeunesse c’est un service qui permet d’éradiquer, entre autres, le banditisme urbain, notamment par l’encadrement de la jeunesse désœuvrée, à laquelle on donne du travail. 

HM : Concrètement, combien de jeunes délinquants avez-vous transférés de Kinshasa à Kaniama Kasese ?

A ces jours, nous avons réussi à transférer plus ou moins 2.000 jeunes désœuvrés qu’on  appelle « Kuluna » de la ville de Kinshasa vers Kaniama Kasese. Parmi eux, 33 sont des femmes. Ils évoluent bien. Ceux qui avaient été transférés, le 04 novembre 2020, ont parachevé leur formation paramilitaire. Ils viennent de parachever la professionnalisation, c’est-à-dire, selon les instructions du Commandant suprême, en dehors de la formation paramilitaire, [il y a] de l’encadrement civique et patriotique. C’est-à-dire : il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d’eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de choses pour leur Nation. En plus de la formation à l’autodéfense, ils subissent la professionnalisation afin d’apprendre un métier de telle sorte que lorsqu’ils sont réinsérés dans la société, qu’ils soient utiles et qu’ils oublient leurs anciennes pratiques.

HM: Quelles sont les différentes activités qui sont organisées dans le centre de Kaniama Kasese ?

L’agriculture est la première activité qu’on a pu relancer dans le centre. Ce n’est pas la seule. Je vous ai parlé de la professionnalisation, nous organisons aussi d’autres activités, notamment dans cette phase de professionnalisation. Nous avons réussi à former des gens qui sont commis à la construction. Parmi eux, il y a des maçons, des ferrailleurs, des charpentiers…, avec comme mission, dans les jours qui viennent, de construire des bâtiments d’utilité publique. Ils sont déjà en train de les construire. Le centre dans lequel ils ont été formés est en train d’être construit par eux-mêmes. Autrefois, ils dormaient sous des tentes. Aujourd’hui une grande partie est en train de dormir dans des bâtiments en matériaux durables qu’eux-mêmes ont construit. Parmi eux, nous avons formé des menuisiers qui sont en train de fabriquer des bancs scolaires.

Et nous allons pouvoir les mettre à la disposition de plusieurs écoles. Ce qui va contribuer aussi à la politique de la gratuité de l’enseignement que le président de la République prône dans notre pays. Parmi eux, il y a des ouvriers agricoles, des agents commis à la mécanisation agricole. C’est une mécanisation bien spécifique. Il y a par exemple des opérateurs de tracteurs. Un opérateur de tracteur n’est pas le même que celui qui conduit un camion. C’est une particularité.

Nous avons des gens qui peuvent opérer avec une moissonneuse batteuse, nous avons des gens qui vont bientôt devenir des moniteurs agricoles, donc des gens qui peuvent encadrer les paysans dans l’agriculture. Il y a plusieurs activités en dehors de l’agriculture. Maintenant, nous venons de lancer un programme très ambitieux de reboisement pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous le faisons à Kaniama-Kasese. Parmi eux, il y a des gens que nous avons formés pour faire de forages d’eau potable. Donc, il y a toute une panoplie d’activités qui sont organisées par le Service National.

HM: En encadrant ces jeunes délinquants, constatez-vous une amélioration dans leur comportement ?

Il y a ce que nous appelons au Service national l’encadrement civique et patriotique. Donc, ces jeunes compatriotes ont été reprogrammés mentalement. Plusieurs d’entre eux ne savaient même pas qu’ils étaient utiles à la société et qu’ils pouvaient aussi servir leur nation. Il fallait aller tout doucement avec eux, d’abord les mettre en confiance. Qu’ils comprennent qu’ils sont Congolais au même titre que les autres, bien que eux avaient choisi la voie de commettre de crimes, de violer les lois de la République. Il fallait d’abord les mettre en confiance en leur disant : « que vous êtes ici, on a encore besoin de vous et on aura encore besoin de vous, vous êtes utiles ».

On les a reprogrammés, il fallait laver les cerveaux, les endoctriner, leur faire voir que la nation a encore besoin d’eux. Nous leur avons dit : « Vous êtes suffisamment forts pour contribuer au développement du pays ».Ce n’est pas un travail facile. Car Il y en a, parmi eux, qui viennent de la prison, il y en a, parmi eux, depuis leur naissance, qui n’ont été que des enfants de la rue et qui n’ont bénéficié que de l’éducation diffuse. Des gens comme eux, il fallait les reprogrammer. Cela n’a pas été facile. Cela nous a pris beaucoup de temps pour le ramener à réfléchir comme des bons citoyens congolais.

HM: Dans l’encadrement de la formation de ces jeunes, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Il y a des difficultés sur le plan de l’encadrement de ces jeunes. Il y a une forte résistance pour quelqu’un qui était habitué, le matin, il se réveille, il n’est soumis à aucune discipline, à aucune règle. Il va faire tout ce que bon lui semble et que si vous l’emmenez dans un centre où il doit se réveiller à 5 heures du matin, il doit se laver pour s’apprêter à faire la formation, où il sait que tout ce que nous faisons dans ce centre est soumis à un règlement, ce n’était pas facile. Pour quelqu’un qui doit savoir que pour manger, il faut de l’ordre établi, toute activité qui doit être faite doit se faire selon un règlement préétabli, cela n’est pas facile. Il y avait de la résistance.

Ça c’était la première difficulté. La deuxième difficulté, c’est un genre de crainte ou de peur. La troisième, c’est le manque de confiance en eux-mêmes. Ils se posaient souvent des questions : « est-ce que c’est faisable ? Est-ce que je serai utile à la société demain ? » Ces genres des questions influaient négativement sur la formation. Il fallait beaucoup de temps, les mettre en confiance, les réorienter. Aujourd’hui, ils sont en confiance et voient que l’avenir est rassuré ou garanti pour eux aussi.

HM: En août 2021, le ministre des Droits humains s’était opposé à ce transfèrement des « Kuluna » vers le centre pilote de Kaniama-Kasese. Il avait qualifié cette opération « d’attentatoire » aux droits humains. Pensez-vous que le traitement de ces jeunes dans ce centre répond aux nomes ? 

Il ne s’agit pas d’une question de violation des droits humains. La première chose, c’est que ces jeunes gens n’ont pas été emmenés contre leur propre gré. Lorsqu’on les emmenait à la police, il y avait plusieurs personnes de différents milieux.. Ils avaient le choix. Certains voulaient s’engager ainsi pour se donner une deuxième chance, afin de refaire leur vie en passant par la formation au Service National et d’autres qui estimaient qu’ils pouvaient faire face à la justice, ceux-là étaient orientés vers la justice. Et ceux qui venaient aussi au Service national, avant de les enrôler, ils signaient un acte d’engagement.

Donc, il ne s’agissait pas d’une question de violation des droits humains ni dans leur récupération, ni même dans leur acheminement, encore moins dans leur encadrement spécifique dans le centre. Ils sont convenablement pris en charge.

Olyncia Muhong Kashema

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Interview

Interview Exclusive: Rose Mutombo vante la fin du régime des intouchables

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Heshima Magazine : Presqu’une année après votre arrivée à la tête du Ministère congolais de la Justice. Que doit-on retenir ? Que considérez-vous comme performance de la dame Ministre que vous êtes ?

Rose Mutombo : Sans fausse modestie, je puis vous dire que plusieurs actions ont été posées pendant mes dix mois à la tête de ce Ministère, mais beaucoup reste encore à faire au regard d’énormes défis que notre pays a emmagasinés depuis des décennies. Ces actions paraissent moindres par rapport à la densité des défis. A titre illustratif, je vais épingler la réactivation du cadre de concertation entre le Conseil supérieur de la magistrature, du moins son bureau et le Ministre que je suis. 

Les grandes questions qui intéressent l’administration de la justice et la politique judiciaire y sont débattues. L’amélioration significative des conditions carcérales des personnes par une alimentation de qualité avec un menu diversifié. 

Le repas communément appelé « Voungulé » est relégué au passé, la régularité de la ration des prisons subventionnées, l’amélioration des conditions salariales des magistrats dont la rémunération est passée du simple au double depuis juillet 2021. La fin du régime des intouchables. L’ouverture de l’Ecole de formation du personnel pénitentiaire du Centre de détention de Luzumu dans la province du Kongo Central.

HM: Depuis quelques années, on parle de la réforme de la justice, mais on a comme l’impression que la situation va de mal en pis. Pourquoi le changement dans ce domaine n’est pas toujours au rendez-vous alors que le Chef de l’Etat s’en plaint ?

 Le jugement sur la justice congolaise ressemble à l’anecdote du « verre à moitié plein, verre à moitié vide ». En effet, les états généraux de la justice tenus du 27 avril au 2 mai 2015 avaient listé un certain nombre de recommandations dont l’amélioration des conditions sociales du personnel judiciaire, le renforcement des capacités dudit personnel et la couverture judiciaire. Depuis mon avènement, je me suis affairée comme indiqué précédemment à obtenir l’amélioration des conditions salariales des magistrats. Pour l’année en cours, il est prévu le recrutement des magistrats et le désengorgement des centres urbains par l’affectation des magistrats dans l’arrière pays avec une prime de brousse. 

HM: Le chef de l’Etat avait, en 2021, indiquait que « la corruption continue même dans la justice censée la combattre  ». Avez-vous un plan pour déraciner la corruption dans tous les segments de la justice ?

 Pour endiguer dans la mesure du possible ou du moins, amoindrir son impact dans le secteur de la justice, il me parait plus qu’indispensable de faire respecter le code de l’agent public de l’Etat pour tout le personnel. Particulièrement pour les magistrats, j’ai suggéré au bureau du Conseil supérieur de la magistrature lors de nos différentes rencontres, de rendre opérationnelles les chambres disciplinaires avec l’amélioration des conditions de travail. Le magistrat n’a plus à se cacher derrière une modicité du traitement, sa rémunération ayant été sensiblement revue à la hausse. Il revient donc au Conseil supérieur de la magistrature, organe de discipline des magistrats, de sanctionner tous les magistrats véreux et corrompus, la magistrature étant un corps d’élite.

 HM: Il semble que beaucoup de dossiers de détournement déposés par l’Inspection générale des finances au ministère de la Justice trainent dans les tiroirs. Quel est votre plan ?

L’Inspection Générale des Finances, reconnaissons-le, a abattu ces deux dernières années, un travail remarquable. Chaque fois que je suis saisie par elle, même par simple ampliation, j’use promptement des prérogatives me reconnues au travers l’article 70 de la loi organique portant organisation, fonctionnement de l’ordre judiciaire en donnant injonction aux Procureurs généraux. 

HM : Parlant de la sanction contre les magistrats véreux, jusqu’où comptez-vous aller? En combien de temps ?

Je tiens à préciser que conformément à l’article 152 de la Constitution, le régime disciplinaire des magistrats est le fait du Conseil supérieur de la magistrature. En clair, depuis la promulgation de la Constitution de février 2006 et les lois organiques subséquentes, les magistrats sont gérés par leurs pairs. Toutefois, dans le cadre de la collaboration institutionnelle, je veille à ce que la discipline soit assurée au sein de ce corps. 

HM:  Le chef de l’Etat a dernièrement demandé au gouvernement de finaliser avec le concours du Conseil supérieur de la magistrature le processus de recrutement des magistrats. Où en sommes nous ? Pensez-vous que c’est une carrière attractive ?

Le recrutement des magistrats est plus qu’une nécessité car le déficit quantitatif est énorme en considération des états des lieux établis à cet effet lors des assises des états généraux de la justice de 2015. La Politique Nationale de la Réforme de la Justice, PNRJ, en a établi le gap en termes de 10.000 magistrats mais en ayant égard à l’impact financier qu’une telle opération devrait avoir, il parait judicieux de procéder graduellement à ce recrutement. C’est dans ce cadre que pour l’année 2022, il est prévu de recruter seulement 2.000 magistrats. 

HM : Au sujet de Congo Holdup, vous avez officiellement saisi le procureur pour l’ouverture d’une instruction judicaire sur les révélations de détournements de fonds publics. Comment évolue ce dossier ?

Comme je l’ai indiqué ci-haut, en référence à l’article 70 de la loi organique portant organisation et fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire, j’ai effectivement donné injonction au Procureur général aux fins d’ouvrir des enquêtes. Mais il sied de préciser que ledit article in fine, stipule que le Ministre de la Justice qui donne injonction des poursuites, ne doit pas interférer dans la poursuite de l’action publique. C’est aussi cela l’Etat de droit avec la séparation des pouvoirs.

 HM:  Presque toutes les prisons de la RDC sont dans un état vétuste et les prisonniers y vivent dans des conditions inhumaines. Quelle est le plan de la République à cet effet ? 

Dès ma prise de fonction à la tête du ministère de la Justice, j’ai, grâce aux partenaires techniques et financiers et les cadres de l’administration pénitentiaire de mon ministère, élaboré la cartographie pénitentiaire des prisons qui en urgence doivent être construites ou réhabilitées. Nous nous sommes engagés avec les moyens du gouvernement ainsi que ceux des partenaires, à rétablir certaines prisons. C’est le cas de la prison de Kabare dans la province du Sud-Kivu qui a été livrée à la fin du mois de février 2022 et grâce à un nouveau concept, la Prison de Munzenze de Goma et de Bukavu seront réhabilitées. Cette question reste tout de même un grand défi.

 Propos recueillis par HESHIMA

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Interview

Mélissa Amisi Sharufa, Un combat pour la lutte contre le cancer

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Heshima Magazine : Mélissa Amisi Sharufa, vous êtes très présente sur les réseaux sociaux avec votre fondation. Que faites-vous exactement ? 

Mélissa Amisi Sharufa : Je suis actuellement cadre dans une entreprise. Et depuis 2017, je suis la fondatrice et présidente de la Fondation Bomoko, une structure qui lutte contre les cancers, notamment ceux qui touchent les seins, le col de l’utérus, la prostate, la leucémie (cancer du sang) et certains types de cancers qui touchent les enfants. 

HM :Vous êtes très active avec la Fondation Bomoko. Quelles sont les actions à impact visible qui sont menées par votre structure en faveur des hommes et femmes atteintes de cette pathologie ? 

Depuis 2017, nous nous sommes focalisés sur trois axes d’intervention : prévenir les cancers par la sensibilisation et la disponibilité de l’information liée aux cancers pour tous, faciliter l’accès au dépistage et au diagnostic grâce aux partenariats avec les hôpitaux et les centres hospitaliers pour la réduction des coûts des examens et, enfin, soutenir et accompagner les malades qui souffrent de cancer avec des soins de fin de vie pour préserver leur dignité, dans le cas de ceux qui sont en stade final et avec des levées de fonds, accompagnement financier et moral pour ceux dont la situation peut être médicalement récupérable. 

HM Quelles difficultés rencontrez-vous dans ce que vous faites ?

 La première difficulté est pour moi d’ordre culturel. Et c’est bien ressenti lorsqu’on est en face de certaines personnes, malades ou pas. Par exemple, je dirais qu’il est de notre culture de ne pas avoir l’habitude de faire des check-up annuels lorsqu’on atteint déjà plus de 50 ans. 

Ceci entraîne automatiquement des comportements comme l’automédication, le diagnostic tardif et même le déni de la maladie. Pour plusieurs, le cancer est une maladie dite spirituelle et dont le traitement n’est que traditionnel ou par la prière et les jeûnes. 

HM Pensez-vous qu’en RDC, cette pathologie est mieux connue ? 

Toujours dans notre Congo, il y a des personnes qui ne connaissent même pas ce qu’est un cancer. Au-delà de l’aspect culturel, il y a comme autre difficulté le manque d’adhésion citoyenne à la lutte ; la participation de la masse aux activités liées au cancer est encore faible et assez compréhensible. Le cancer est parfois jugé comme maladie des riches à cause des coûts élevés du diagnostic et du traitement. La plupart des traitements n’étant pas disponibles au pays, il est difficile sur le terrain de pouvoir mener à bien des levées de fonds pour aider les malades à aller se faire soigner à l’étranger. Et pour finir, l’une des difficultés demeure la disponibilisation des informations et des examens de dépistage dans tous les coins et recoins de notre grand pays. Ceci demande particulièrement des moyens financiers consistants et un accompagnement concret de l’Etat ainsi que de ses partenaires techniques et financiers.

HM :Quelles sont vos ambitions dans les jours à venir ?

J’ambitionne de faire de notre centre de santé l’un des plus grands centres de cancérologie du pays et pourquoi pas de l’Afrique. Nous l’avons inauguré en février dernier et nous sommes situés en plein cœur de la capitale, Kinshasa, sur l’avenue Boera numéro 51 dans la commune de Kalamu, pour être plus précise. Au-delà du centre, mon combat se situe également dans la prise en compte des cancers dans la politique nationale de santé. Pour cela, je travaille sur des propositions qui seront soumises dans les meilleurs délais au – près des décideurs pour favoriser, pour un premier temps, toutes les actions menées par les structures comme la notre dans la sensibilisation. Et sur le long terme, œuvrer pour qu’il y ait plus de fonds disponibles (subventions) pour faire avancer la recherche, rendre certains examens de dépistage et traitements gratuits dans le but de sauver plus de vie.

HM: Dans le cadre du mois de mars, le magazine Heshima consacre une édition exclusivement à ce que font les femmes. Que pensez-vous de cette initiative ? 

Je remercie le magazine Heshima pour cette opportunité de partager sur la lutte contre les cancers, car à chaque fois que l’on accorde un peu de place à ce sujet considéré comme tabou, on sauve indirectement des vies. On apporte une information importante et on touche certainement ceux qui n’ont pas pu mettre un nom à leur souffrance. Je profite de cette belle tribune pour inviter toutes les femmes qui me liront de Kinshasa à venir se faire consulter gratuitement tout au long de ce mois de mars au sein du centre de santé Bomoko. Je les invite à ne pas avoir peur de s’informer davantage sur les cancers qui nous touchent particulièrement et à ne pas avoir honte de parler des symptômes au médecin car il n’y a aucune maladie taboue. Merci.

Propos recueillis par Dido Nsapu

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