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Interview

INTERVIEW EXCLUSIVE de Jules Alingete: vérités sur Bukangalonzo et les détournements en RDC

Au coeur de la lutte contre les détournements des fonds publics et autres faits de megestion, l’Inspecteur générale des finances, Jules Alingete Key, Inspecteur Général, passe pour l’une des pièces maîtresses de la stratégie anti-fraude de l’ère Tshisekedi. Dans une interview exclusive accordée à Heshima Magazine, il revient sur les missions de sa structure mais aussi des dossiers chauds déballés par l’IGF.

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Heshima : Monsieur l’Inspecteur général, depuis un certain temps votre nom est évoqué par plusieurs Congolais. Voudriez-vous vous présenter ?

 Je suis Jules Alingete Key, âgé de 57 ans, marié et père de deux enfants. Je suis Inspecteur général des finances, chef de service de l’Inspection générale des finances ( IGF), et je suis inspecteur des finances depuis janvier 1989.

Quelles sont les missions liées à votre fonction d’inspecteur général ?

 Jules Alingete Key : Je suis la personne qui gère techniquement, administrativement et financièrement l’Inspection générale des finances. L’IGF a pour mission de veiller à la bonne exécution des lois et règlements en matières des finances publiques. Plus précisément, l’Inspection générale des finances, qui est un service d’audit supérieur placé auprès du gouvernement, dispose d’une compétence générale en matière de contrôle des biens et finances publiques. Mon équipe et moi contrôlons la gestion des établissements publics, la gestion des entreprises du portefeuille de l’Etat, la gestion des provinces et des entités territoriales décentralisées ( ETD), mais aussi l’utilisation des biens publics, à savoir les véhicules acquis par l’Etat, les maisons de l’Etat, la manière dont ils ont été acquis, affectés et utilisés. Voilà un peu l’étendue de la mission de l’IGF. Souvent les gens ont tendance à penser qu’elle ne contrôle que les fonds publics, mais notre compétence va jusqu’aux biens publics.

Quelles sont les innovations que vous avez apportées au sein de l’Inspection Générale des Finances depuis votre nomination à sa tête ?

Quand je suis arrivé à la tête de l’IGF, j’avais promis de lui bâtir une nouvelle voie. Je ne voulais pas rester sur les sentiers battus parce que je considère que le niveau où j’avais trouvé le service, son fonctionnement et son opérationnalité laissaient à désirer. Voilà pourquoi je me suis fixé un certain nombre d’objectifs qui constituent les innovations dans le travail de l’inspection. Premièrement, j’avais décidé de changer la méthode de communication des résultats du travail, considérant que le propriétaire des fonds publics pour lesquels nous faisons l’inspection et le contrôle est la population. 

Dans mon entendement, celle-ci doit être au courant de la manière dont les personnes désignées pour générer ces fonds ont procédé. J’ai obtenu de ma hiérarchie l’autorisation, lorsqu’on termine un contrôle, de communiquer pour que la population soit informée de la manière dont les fonds publics ont été gérés. Deuxièmement, j’ai souhaité beaucoup travailler sur l’intégrité au sein de l’IGF. Parce que j’avais pris l’engagement de lutter sévèrement et vigoureusement contre les antivaleurs dans les finances publiques, à savoir le détournement des deniers publics, les malversations ainsi que les faits de corruption. 

Et pour y arriver, il fallait qu’il y ait à l’intérieur de l’IGF des inspecteurs intègres. Or, pour avoir des gens intègres, il faut les motiver. C’était le troisième élément. Pour les motiver, j’ai travaillé sur la rémunération. J’ai doublé la rémunération. Et je suis arrivé à le faire sans demander un moyen supplémentaire au gouvernement. Ce qui était comme frais de fonctionnement alloué au service, je l’ai orienté vers la motivation des agents et inspecteurs des finances.

Quatrièmement, j’ai travaillé pour améliorer les conditions de travail au niveau des bureaux et dans tout ce qu’on a comme infrastructures et outils informatiques. À mon arrivée, j’ai trouvé dans les bureaux des inspecteurs des chaises en plastique. Les conditions étaient inimaginables. J’ai dû pratiquement réhabiliter tout le bâtiment de l’Inspection générale des finances : les bureaux des inspecteurs, les salles de réunions, les restaurants, le parking… pour que les inspecteurs travaillent dans de bonnes conditions. Je ne me suis pas arrêté là. J’ai travaillé également dans le cadre de l’innovation.

J’ai trouvé des structures administratives de l’IGF qui sont parties prenantes du domaine d’intervention de l’IGF.

 Lors de ma prise de fonction, j’ai trouvé quatre grandes structures à l’IGF qui dataient d’au moins 35 ans depuis la création du service, donc en 1987, soit une structure avec compétence de suivre les recettes, une autre pour les dépenses, une autre encore pour faire la contre-vérification et la dernière structure suivait la situation des entreprises du portefeuille de l’État. Après les états des lieux et tenant compte de l’évolution des finances publiques, il a fallu s’adapter aux nouvelles méthodes pour une meilleure performance de travail. J’ai porté le nombre des structures à neuf.

La structure s’occupant des dépenses a été éclatée en deux parties, l’une s’occupant des marchés publics, ce qui constitue aujourd’hui une spécialité et l’autre s’occupant des dépenses autres que les marchés publics. Le contrôle de recettes a été divisé en trois structures : une structure de contrôle des recettes fiscales, une autre de contrôle des recettes douanières, et l’autre encore de contrôle des recettes non fiscales, c’est-à-dire les recettes provenant des taxes.

 J’ai créé une structure spécifique qui s’occupe désormais de l’audit parce que la mission de l’Inspection est beaucoup plus liée au contrôle et à la recherche des faits de détournement. Mais comme nous avons aussi la vocation d’être un service d’audit supérieur, on peut aussi diligenter des audits dans les structures de l’État de manière à ce qu’on puisse rationnaliser la gestion. J’ai crée une structure qui s’occupe du suivi de la gestion des ETD et des provinces et une structure s’occupant des entreprises du portefeuille de l’État ainsi que des établissements publics. Il faut ajouter à cela la structure de contre-vérification qui existait déjà. 

Donc, j’ai éclaté les quatre structures en neuf structures spécialisées. Avec ça, nous avons maintenant des unités spécialisées dans tous les domaines des finances publiques pour bien faire le travail. Comme autre innovation, j’ai trouvé qu’il y avait un problème de vieillissement du personnel. Lors de ma prise des fonctions, le dernier membre du personnel était âgé de 55 ans, c’était inimaginable que le poids d’un travail si important puisse se reposer sur des personnes aussi âgées au-delà de 55 ans. Donc, je me suis engagé à procéder à un recrutement.

Au stade actuel, j’ai déjà réussi à recruter 85 nouveaux inspecteurs des finances qui sont déjà opérationnels. Et j’attends d’ici un mois recruter 65 autres pour porter le nombre des nouvelles recrues à environ 150. 

Voilà ce que j’ai eu à faire. Et l’IGF bénéficiait des frais de fonctionnement lui alloués par le Trésor public. J’ai dû travailler sur un nouveau texte qui reconnait à l’Inspection générale des Finances une rétrocession de 10 % de celles reconnues aux régies financières. C’est-à-dire, aujourd’hui, les régies disposent de leur rétrocession parce qu’elles mobilisent les recettes. L’IGF étant un instrument d’encadrement des recettes en appoint aux régies financières, elle bénéficie pour sa part de 10 % attribuées aux régies. Nous avons aussi, pour la première fois, ouvert l’IGF aux corps des métiers spécifiques. Avant moi, elle n’était composée que des économistes et des juristes inspecteurs des finances. Aujourd’hui, avec les modifications apportées aux textes, elle regorge des juristes, des économistes, des ingénieurs en informatique et des ingénieurs en travaux publics. Et ça c’était important parce que nous contrôlons beaucoup de marchés publics et de construction des bâtiments.  

Il a fallu que nous ayons des inspecteurs de cette formation-là qui puissent se joindre à ceux d’une formation des financiers et des économistes pour améliorer le travail. Les informaticiens étaient nécessaires parce qu’aujourd’hui la numérisation, la digitalisation de l’économie devient une nécessité. On ne peut plus se permettre d’opérer un contrôle archaïque comme on le faisait sur papier. Bien sûr les inspecteurs savent déjà manipuler l’outil informatique. 

À ce jour, nous avons la capacité de contrôler une banque avec 1000, 2000 opérations par jour, car nous comptons des agents spécialisés dans l’outil informatique. Le but de toutes ces spécialisations est de détenir une équipe forte et compétente. J’ai également initié la patrouille financière dans les régies financières. 

Quels en sont les résultats ?

Les résultats des innovations que j’ai entreprises sur le plan de la rémunération, sur le plan des conditions de travail sont évidents comme décrit dans les lignes cihaut. Vous pouvez tirer les conséquences sur le plan de rajeunissement du corps des inspecteurs et des textes sur le fonctionnement de l’IGF. Le contrôle de l’IGF se situe à 3 niveaux. Elle accomplit un contrôle a posteriori, c’est-à-dire, on laisse les animateurs gérer et ceux-ci sont contrôlés et sanctionnés en cas de failles après un laps de temps. L’IGF peut également initier un contrôle a priori afin de prévenir la mégestion. Dans le but d’intervenir à temps pour éviter que les actes de gestion puissent être nuisibles. 

L’inspection peut aussi prévoir un contrôle concomitant. Tel est le rôle de la patrouille financière. Il s’agit d’un contrôle qui se déroule au même moment où les personnes sont en pleine activité dans leurs tâches habituelles de gestion, c’est-à-dire nous mettons les inspecteurs à côté des gestionnaires quotidiennement, de telle manière que les actes posés peuvent être contrôlés de manière à empêcher un cas de suspicion des faits de détournement. Cette méthode permet d’arrêter l’hémorragie financière ou les malversations avant que l’opération ne soit validée. Et nous estimons que cela porte des fruits.

Comment sélectionnez-vous les personnalités ou institutions à contrôler ?

 Nous travaillons sur base d’un programme d’action annuel. Ce programme recense l’ensemble d’opérations que nous voulons mener. Ce programme est approuvé par notre hiérarchie qui donne le go. Donc nous, nous recensons le problème. Comment le recensons-nous ? Premièrement, en fonction des dénonciations qui nous viennent de partout, des gens qui dénoncent des faits de megestion dans les entreprises ou autres considérations… Nous recensons ces faits qui nous sont communiqués et examinons nous-mêmes la nécessité d’agir en fonction de l’architecture économique actuelle composée d’entreprises, d’établissements et des services publics. Nous retenons les points sensibles. Nous exprimons notre intention de mettre sous surveillance Nous travaillons sur base d’un programme d’action annuel. Ce programme recense l’ensemble d’opérations que nous voulons mener. Ce programme est approuvé par notre hiérarchie qui donne le go. Donc nous, nous recensons le problème. Comment le recensons-nous ? Premièrement, en fonction des dénonciations qui nous viennent de partout, des gens qui dénoncent des faits de megestion dans les entreprises ou autres considérations… Nous recensons ces faits qui nous sont communiqués et examinons nous-mêmes la nécessité d’agir en fonction de l’architecture économique actuelle composée d’entreprises, d’établissements et des services publics. Nous retenons les points sensibles. Nous exprimons notre intention de mettre sous surveillance

Lorsque vous parlez de la hiérarchie, à quelle institution faites-vous allusion ?

L’IGF dépend de l’autorité directe du Président de la République, chef de l’Etat. 

Qui peut donner des ordres à l’IGF ?

 Généralement, quand nous exécutons les contrôles, la hiérarchie ne donne pas des orientations d’aller dans l’un ou l’autre sens. Elle n’interfère en rien dans le contrôle de telle structure, telle province, tel aspect…. L’intervention de la hiérarchie se limite à donner son aval pour le contrôle en fonction de notre décision et de lui faire rapport. Quand nous exécutons le contrôle, la hiérarchie n’attend que les conclusions que nous allons amener. On a la liberté d’exécuter notre contrôle comme nous voulons et une fois les résultats obtenus, nous en faisons rapport à la hiérarchie. La justice peut intervenir pour nous demander des précisions sur des sujets qui lui semblent utiles, de même que toutes les autorités administratives qui souhaiteraient que l’IGF les contrôle. Nous avons déjà été saisis par le Premier ministre, certains membres du gouvernement, les gouverneurs des provinces sur des faits avérés de détournements.

Combien de missions avez-vous déjà entreprises depuis la prise de vos fonctions ?

 À ce jour, pour l’année 2021, nous avons déjà effectué 60 missions dans plusieurs domaines. En 2020, à ma prise de fonction, une trentaine de missions ont été effectuées.

Plusieurs personnes ciblées par vos conclusions sont protégées par des immunités parlementaires. Quels sont les moyens utilisés pour contrer cette protection quand celles-ci ne sont pas levées ?

C’est une question très importante et essentielle pour notre travail. La moitié des personnes que nous contrôlons sont des personnes jouissant des immunités. Ils sont députés, sénateurs ou membres du gouvernement et les poursuivre nécessite obligatoirement l’approbation du Parlement. Ceux-ci se protègent entre eux. Nous aimerions que ces immunités, conçues au départ pour protéger les hommes politiques dans le cadre de l’activité politique, ne viennent pas entraver l’administration de la justice en ce qui concerne les infractions de droit commun, notamment les détournements des deniers publics. Il faut faire le distinguo entre immunités conçues pour protéger de l’activité politique par rapport aux faits de gestion assumés dans une administration. Cette situation va changer dans les prochains jours. Nous militons efficacement pour qu’on puisse reformer les immunités. Elles peuvent exister, mais il faut qu’elles soient bien définies pour permettre à ce que les personnes qui ont mal géré et qui ont détourné soient interpellées par la justice quel que soit leur titre de parlementaire.

Quelles sont les différentes étapes que l’IGF doit respecter avant que ses conclusions soient envoyées aux cours et tribunaux ? Quelles sont les pièces qui accompagnent un rapport d’enquête ? A qui transmettez-vous les rapports de vos enquêtes ?

Nous commençons par signer un ordre de mission. Nous désignons des inspecteurs qui doivent exécuter ladite mission. Les inspecteurs doivent informer l’entité à contrôler tout en passant par son plus haut responsable. Ils communiquent leur arrivée, présentent au responsable de l’entité la nature de leur mission ainsi que ses raisons. L’entité à contrôler est obligée d’accepter que le contrôle soit effectué puisqu’on ne peut pas opposer à l’Inspection générale des finances des secrets professionnels. Celui-ci met à la disposition des inspecteurs tous les éléments requis, à condition que cela cadre avec les objectifs de la mission. 

À la fin du travail, les inspecteurs rédigent un document qu’on appelle une feuille d’observation. C’est un document qui recense les faits trouvés qui nécessitent des réponses de la part des gestionnaires de l’entité. Cette feuille d’observation est donnée au responsable de l’entité qui retrace les faits saillants de mégestion au sujet desquels l’Inspection générale des finances souhaiterait obtenir des réponses. Une fois remis à l’entité responsable, celui-ci a 5 à 7 jours pour préparer les éléments de réponse par écrit.

 Le responsable de l’entité contrôlé écrit à l’Inspection en donnant ses avis motivés sur les observations. C’est ce qu’on appelle la procédure contradictoire. L’Inspection reçoit les réponses de l’entité contrôlée et passe à une autre étape qui est le débat contradictoire.

 Cette étape permet une meilleure compréhension des écrits. Il s’agit d’un échange afin d’apporter plus de lumière. A l’issue de ces échanges, un procès-verbal des débats contradictoires ayant eu lieu entre l’IGF et l’entité contrôlée est rédigé.

Après le débat contradictoire, l’Inspection générale des finances se fondant sur son intime conviction va tirer les conséquences définitives.

 S’il y a des faits infractionnels, l’IGF use de sa qualité d’OPJ pour auditionner, dresser des procès-verbaux pour étayer les faits de détournement. Il convient de souligner que toute mégestion ne constitue pas un détournement. Une fois passée cette étape, nous établissons un rapport final. Ce dernier comprendra nos observations définitives et les faits de détournement détectés dans ces rapports sont d’office envoyés à la justice. Nos observations sur la gestion du contrôlé et les faits de détournement constaté mis ensemble sont envoyés à notre hiérarchie pour information avec qui nous aurons des séances de travail pour expliquer le cheminement de notre démarche et quelles sont les faits définitifs. A ce niveau, la hiérarchie peut à son tour transmettre les conclusions à une autorité administrative qui a le pouvoir de sanctionner administrativement les personnes que nous avons contrôlées. Le Chef de l’Etat peut les transmettre au Premier ministre, celui-ci instruit les ministres qui assument la responsabilité sur les entités contrôlées et prévoit de sanctions. En cas de contrôle des ministres, le Chef de l’Etat envoie le rapport au Premier ministre pour que celui-ci interpelle les ministres mis en cause.

Si on comprend bien, vous envoyez d’abord à la Présidence et c’est elle qui va envoyer aux cours et tribunaux ? Vous n’envoyez pas directement ? 

Pas du tout. Une fois le travail fini, quand il y a des faits infractionnels, nous avons l’obligation de transférer le dossier à la justice parce que nous sommes des OPJ. Ce que nous transférons à la justice ce sont des faits infractionnels. Le reste, les fautes de gestion y compris les faits infractionnels, nous les notons dans un rapport adressé aussi à notre hiérarchie.

 Combien de procès-verbaux de l’IGF ont aidé la justice à récupérer les sommes ou objets détournés ? Pouvez-vous nous citer quelques exemples ?

Nous avons eu à dresser plus de 80 procès-verbaux. Grace à la patrouille financière nous avons pu éviter plusieurs cas de détournements. Pour les missions où l’Etat a pu récupérer des fonds détournés, elles ont été effectuées a postériori sur le contrôle des faits passés. Vous avez d’ailleurs appris quand nous avions contrôlé les fonds Covid, le ministre de la santé était passé pour reverser les reliquats qu’il détenait. Si nous n’avions pas contrôlé, il n’allait pas les reverser.

 Une fois le dossier au niveau de la justice, il appartient maintenant à cet organe, lorsque la personne est condamnée pour détournement des deniers publics, de mener des actions pour récupérer les fonds détournés. Ce n’est plus la tâche de l’Inspection générale des finances.

3 provinces sur 26 ont été auditées. Sur base de quels critères ont-elles été sélectionnées ?

  Je voulais rectifier vos propos en vous donnant le nombre des provinces contrôlées à ce jour par l’Inspection générale des finances. Nous avons commencé par contrôler la ville-province de Kinshasa, suivie de la province de l’Equateur. Pour la ville-province de Kinshasa, nous avions contrôlé et avions émis des observations. Ces observations se justifiaient parce que le gouverneur venait à peine d’entamer son mandat il y a 6 ou 7 mois. Nous avions attiré son attention sur ce qu’il devait faire en matière de gestion.

Pour la province de l’Equateur, nous avions contrôlé parce qu’il y a eu des faits de détournement notamment des fonds en provenance du gouvernement central qui lui étaient destinés, alors que ces fonds étaient restés à Kinshasa et ont servi à d’autres fins. La troisième province contrôlée, est la province de Lualaba. La quatrième, celle du Haut-Katanga. Ensuite nous avons contrôlé les provinces comme celle du Kwango, du Haut-Lomami, du Maniema, du Kongo Central et pour finir par la province du Tanganyika.

La troisième province contrôlée, est la province de Lualaba. La quatrième, celle du Haut-Katanga. Ensuite nous avons contrôlé les provinces comme celle du Kwango, du Haut-Lomami, du Maniema, du Kongo Central et pour finir par la province du Tanganyika.

 Contrairement à ce que vous dites, vous voyez vous-même, le nombre des provinces déjà contrôlées. On peut être à une dizaine de province en moins d’une année.

 Et nous sommes en train de poursuivre, nous allons bientôt contrôler la province du Maï-Ndombe, du Sankuru où il y a des problèmes, la province du Sud-Kivu aussi. Nous avons un programme pour terminer le travail dans l’ensemble des provinces. Donc jusque-là, on a contrôlé peut-être neuf ou dix provinces déjà.

Vous ne ciblez pas, vous comptez contrôler toutes les provinces de la RDC ?

Oui, il faut implémenter la bonne gouvernance partout. On n’a pas intérêt à cibler. La bonne gouvernance doit être identique, même dans des provinces dites « petites provinces ».

 Un de ces gouverneurs de province, à savoir Richard Muyej (gouverneur du Lualaba) est toujours retenu à Kinshasa consécutivement à cet audit. Que lui reprochez-vous ?

Non, le gouverneur n’est pas retenu à Kinshasa. Lors de notre contrôle dans la province du Lualaba, le gouverneur était malade. Il s’était rendu en Afrique du Sud pour des raisons de santé. Et il est revenu par Kinshasa, parce qu’il était parti de là.

A son retour, il a fait voir que le contrôle a eu lieu en son absence alors que c’est lui qui devrait tout d’abord discuter avec l’IGF des conclusions. Ainsi, nous avons eu le temps de mettre à sa disposition nos conclusions et nous avions eu à discuter. Et au jour d’aujourd’hui, nous sommes en phase de clôturer et donner des observations définitives qui vont faire l’objet de notre rapport dans les jours à venir. Le gouverneur n’est donc pas retenu à Kinshasa… Il était normal qu’il puisse aussi se reposer avant d’aller affronter la gestion de sa province.

 Le dossier Bukanga-Lonzo est celui qui fait le plus parler. Aujourd’hui combien de personnes sont mentionnées comme responsables de détournements dans ce dossier ? Quel est le montant global supposé être détourné ? Quels sont les éléments probants de ce dossier ?

Il est malséant pour moi aujourd’hui de m’exprimer sur ce dossier vu qu’il se trouve entre les mains de la justice congolaise. Moi en tant que bras de la justice, j’ai fait mon travail. Je l’ai transmis à la justice, il n’est pas bon que je puisse continuer à être sur ce dossier et à en parler constamment.

Mais je veux seulement que vous puissiez retenir que dans le dossier Bukanga Lonzo, contrairement à tout ce que vous avez entendu, il y a 9 personnes qui sont concernées par la megestion ou la débâcle du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo. A ce jour, le dossier se trouve au niveau du parquet général près la Cour constitutionnelle. Si l’instruction commence, donc il y aura au moins 9 personnes qui vont répondre à des interrogations du parquet général près la Cour constitutionnelle. S’agissant de ce que le pays a perdu, je veux que nous puissions nous entendre sur un point sur lequel tout le monde s’accorde : c’est une débâcle. Bukanza Lonzo est un fiasco, c’est un échec! Maintenant le problème, c’est la détermination de la responsabilité de cet échec.

Qu’est-ce qui s’est passé pour que Bukanga Lonzo soit un échec? C’est là la question à laquelle la justice doit répondre afin d’aider tout le monde à comprendre. En ce qui concerne l’IGF, nous affirmons que la reconstitution de tous les paiements effectués au profit de ce projet totalisent 287 millions de dollars. Dans ce montant, 285 millions sont sortis du compte général du Trésor à la Banque centrale et près de 2 millions du FPI. Alors voilà en quoi a consisté la démarche de l’IGF : pour les 287 millions, nous sommes allés sur place, pour nous imprégner des réalités sur le terrain, afin de reconstituer l’inventaire existant de ce qui reste aujourd’hui de cet argent . Pour l’existant, nous l’avons évalué à plus ou moins 80 millions au terme de notre mission. Les 80 millions de dollars étaient composés de 40 millions de la ligne électrique qui n’a pas été construite et les autres 40 millions représentent le bâtiment et tout ce qu’on avait trouvé comme engins endommagés. Donc, aujourd’hui, sur les 287 millions, l’inventaire de l’existant a donné 80 millions. C’est pour cela on dit que nous avons perdu près de 205 millions de dollars. Il faut maintenant entrer dans les détails pour expliquer où sont partis les 205 millions. Dans l’évaluation des pertes, vous constaterez des faits de surfacturation, c’est-àdire, on sort 10 millions pour les envoyer en Afrique du Sud afin d’acheter les équipements agricoles. Quand les équipements arrivent les factures qui sont présentées à la douane sont de loin inférieures au montant décaissé. Sur 10 millions décaissés, vous remarquez que les factures de ces équipements-là déclarés à la douane ont couté 2 millions. Nous avons exclu l’hypothèse d’une mauvaise déclaration à la douane parce que Bukanga Lonzo était exonéré.

Donc, celui qui déclare n’a pas intérêt à tripoter sur la facture parce qu’il ne paie pas la douane. Il avait tout intérêt à dire que cela lui a coûté 10 millions vu qu’il est exonéré. Il ne paie rien. De ce fait, nous avons considéré qu’entre le paiement envoyé en Afrique du Sud et ce qui nous est rentré comme équipement il y a une grande différence, ce qui nous fait déjà une surfacturation au-delà de 100 millions de dollars. Dans les 200 millions, le plus important de la perte se situe dans la surfacturation.

Et sur le reste de ces biens qui sont arrivés, comme personne n’avait pris soin. de bien gérer Bukanga Lonzo, les différents gestionnaires se sont accaparés des machines et consorts.

 Donc, il y a eu aussi dilapidation des biens qui sont arrivés, c’est pour ça que vous avez vu on vous a dit que des biens de Bukanga Lonzo se retrouvaient par ci, par là. Il y a des biens qui sont arrivés au moment où Bukanga Lonzo était abandonné et des engins ont été volés et beaucoup de biens ont été perdues. Pourquoi nous disons que Bukanga Lonzo est une débâcle ? Parce que ce n’est pas tous les ans que 300 millions de dollars sont disponibilisés ! Si le parc Bukanga Lonzo avait été bien géré, je pense qu’il devait devenir aujourd’hui un endroit où il y aurait eu développement de plusieurs activités… Aujourd’hui Bukanga Lonzo c’est la brousse ! Il n’y a rien ! Vous ne trouvez personne.

D’ailleurs la ligne électrique qui est là, capable d’alimenter la moitié de la ville de Kinshasa ou pour ne pas exagérer peut être 30 % de la ville de Kinshasa en électricité, est complètement en brousse et n’est d’aucune utilité à ce jour. Donc ce n’est pas toutes les années que nous aurons 300 millions de dollars pour les jeter à l’eau comme ça. Si le projet avait été bien géré, il aurait contribué au décollage économique de notre pays. On aurait évité aujourd’hui l’importation de certaines denrées comme le maïs et bien d’autres…

Des sources vous accusent d’avoir bloqué la récolte des maïs dans le parc Agro-industriel Bukanga-Lonzo ? Est ce vrai ?

c’est faux. Le parc agro-industriel est géré par le ministère de l’Agriculture. Je ne suis jamais allé à Bukanga-Lonzo. Le rapport de ce parc est l’œuvre de quatre inspecteurs généraux des finances qui ont eu un ordre de mission officiel d’une durée de trois mois et ont fait rapport. Notre travail se limite là

Certaines personnes pensent que c’est un acharnement. En faites-vous une affaire personnelle ?

 Je n’ai pas créé l’affaire Bukanga Lonzo. Avant ma nomination comme Inspecteur Général, plusieurs personnes criaient déjà au scandale, parlant de mauvaise gouvernance sur Bukanga-Lonzo. C’est d’ailleurs le Premier Ministre Ilunga Ilunkamba qui a été le premier à nous instruire de manière officielle à ouvrir une enquête. Le tort peut être de mon équipe et moi, c’est d’avoir fourni des détails et preuves sur cette escroquerie. Il n’y a aucun problème individuel, ce n’est pas une affaire personnelle de Monsieur Alingete et ça ne le sera jamais.

Vous avez crié au scandale pour le dossier de retransmission en direct des matchs des Léopards. Quelles sont les suites de votre enquête ?

Les Congolais doivent retenir que ce dossier est un vrai scandale. Les personnes visées dès le départ dans ce dossier ont voulu faire diversion avec des points de presse pour embrouiller les Congolais. Où sont-elles aujourd’hui ? Pourquoi se sont-elles tus ? Aujourd’hui le dossier a évolué et les procès-verbaux se trouvent au parquet général. Et les personnes concernées sont absentes du pays, nous les attendons pour qu’elles se présentent devant la justice. Le principal accusé qui devrait donner les noms des co-auteurs, a voyagé le 20 mars, 3jours après mon exclamation au « scandale » à ce sujet. A-t-il fui ? Pourquoi ne rentre-t-il pas ? A son retour il répondra devant la justice, et à travers lui ses complices qui aboient dans la presse, parce qu’ils savent que nous avons des pièces justificatives solides qui les accusent très lourdement. Ils seront également sanctionnés.

Quels sont les éléments qui les accusent ?

D’abord la personne qui perçoit le paiement de la retransmission, c’est un établissement, une personne physique, qui n’a pas de numéro d’impôt, qui n’est pas reconnue auprès de l’administration fiscale. L’Etat congolais ne peut payer autant d’argent de cette manière. Deuxièmement de 2019- 2020, l’Etat congolais a payé sur le compte de cet individu 4.500.000 dollars pour les frais de retransmission. Après examen et enquête de ce compte, il s’avère que cet individu a envoyé à la CAF moins de 2 millions. Donc, ce monsieur doit nous expliquer où est le solde reçu du Trésor public ! Le vol et le mensonge sont deux esprits qui marchent ensemble. Tout voleur est menteur. L’esprit que vous voyez chez les voleurs qui volent dans les sacs au grand marché ou dans les maisons, c’est le même esprit que vous trouverez chez les gestionnaires publics habillés en cravate. Ce sont des menteurs qui passent difficilement aux aveux. Mais, nous serons patients.

Où en êtes-vous avec le dossier des exonérations et compensations. Quel est le compte rendu de ce dossier ?

  rations et compensassions et l’IGF a sauvé les finances publiques. Depuis un temps, c’était devenu une forme de mafia organisée qui privait le Trésor public des moyens importants. Un désordre incroyable. Mon équipe et moi, sommes intervenus car les exonérations étaient monnayées. Plusieurs personnalités nous ont fait la guerre, refusant la rupture de la fraude. Aujourd’hui les exonérations ont été rationalisées, on a mis fin aux fausses exonérations, c’est un combat gagné et nous en sommes fiers. Les compensations étaient également une aventure. Mettre fin à ce réseau de détournements sera parmi les points les plus importants de mon passage à la tête de l’IGF.

Quel rôle joue l’IGF dans l’amélioration des recettes des régies financières ?

Il faut être de mauvaise foi pour ne pas le reconnaitre. Premièrement nous avons combattu les exonérations et compensations et nous avons gagné. Deuxièmement l’encadrement des régies est un lieu où nos inspecteurs passent plusieurs mois aux postes frontaliers des impôts pour veiller au travail correct du personnel de l’administration.

Troisièmement, nous avons lancé une campagne en direction des opérateurs économiques pour cesser avec la fraude fiscale en établissant des déclarations vraies et correctes mais aussi grâce à l’aide de la patrouille financière dans la gestion quotidienne des entreprises de porte feuille de l’Etat. De ce fait, les résultats qui se ressentent dans l’amélioration de la collecte des recettes est un travail collectif, sans toutefois tout souligner les efforts de l’IGF. Ce n’est pas le fruit du hasard. Je remercie les responsables des régies pour leur travail.

 Heshima : D’après certaines sources, vous êtes en conflit avec la FEC. Pouvez-vous contrôler les entreprises privées ? On a l’impression de vous voir partout même cherchant à remplacer la DGI.

Il n’existe aucun conflit avec la FEC. Nous avons compétence de contrôler les entreprises privées en ce qui concerne les paiements d’impôts. Cela est bel et bien inscrit dans les textes de nos prérogatives. Nous n’avions pas encore actionné ce levier,  nous sommes tout d’abord en train d’assainir le secteur public. Nous y arriverons dans les prochains jours. Nous vérifierons le paiement des impôts de la part des opérateurs économiques. Nous mettons en place la contre-vérification fiscale, c’est-à-dire aller vers les opérateurs économiques privés et nous assurer que le travail de la DGI (Direction générale des impôts) a été fait correctement. Nos missions ne se chevauchent pas. L’administration fiscale a la mission de collecter et vérifier si l’impôt est correct. C’est le contrôle au premier degré. L’IGF quant à elle, intervient pour vérifier si le travail fait par l’administration fiscale a été réellement bien fait. La contre-vérification est de notre compétence.

En dehors des félicitations qui vous sont adressées pour vos actions, des plaintes sont aussi formulées. Certaines personnes vous accusent de surmédiatiser vos enquêtes ou encore de vous acharner de manière subjective sur quelques individus. Ne poussez-vous pas certains coupables à dissimuler leurs forfaits ?

Personne ne sait que quelqu’un a volé. Avant, le rapport était là, il suivait le circuit administratif normal et des gens avaient la possibilité de bloquer ce rapport.

L’inspection ici a toujours fait son travail. C’est la méthode que moi j’ai décidé de changer. Nous nous sommes dit que cette méthode-là de contrôler, sans informer le propriétaire des fonds qui est la population que “ son argent a été volé”, n’a pas freiné les fossoyeurs, les criminels. Ils ont continué parce qu’ils disposent des moyens d’aller étouffer les rapports, tout cela en partie, parce qu’on travaillait en silence. C’est ainsi que nous avons changé des méthodes, nous contrôlons et nous en informons le propriétaire par une communication. C’est ce qui gêne aujourd’hui. Ce n’est pas une surmédiatisation, c’est ce qui gêne.

Pourquoi les séances de parlement, sont parfois des séances pour que la population sache comment ils sont en train de travailler ? Mais à qui appartiennent les fonds publics ? Mais c’est à la population. Alors, pourquoi vouloir priver l’information au propriétaire des fonds ? 

C’est là la stratégie des criminels. C’est pour cela nous communiquons et depuis que nous avons commencé à le faire, nous voyons qu’ils reculent. Parce que nous avons dit, avec la communication, si la sanction administrative ne vient pas, ou que la sanction judiciaire tarde, la communication engendre la clameur publique, la sanction sociale ou la réprobation sociale. Et eux, ils ont peur de tout ça. C’est pour cela nous nous sommes dit que nous allons demeurer dans cette méthode, celle qui nous permet de faire reculer les antivaleurs dans tous les cas. 

A tout moment dans l’histoire d’un pays, lorsque les antivaleurs atteignent un niveau donné, le pouvoir a le devoir d’adopter des méthodes pour repousser ces antivaleurs. Lorsqu’il s’élève une criminalité aigue, le gouvernement procède par des procès publics. Vous verrez lorsque les Kulunas tuent dans une maison quelconque, papa, maman et tous les enfants, l’Etat vient, les arrête, et les amène par exemple dans un terrain de football, et là il établit un procès public en présence de tout le monde. Ce sont des méthodes utilisées dans les cas où les antivaleurs atteignent des niveaux insupportables. Il faut des méthodes exceptionnelles mais légales, pour faire reculer les antivaleurs. Aujourd’hui, les antivaleurs dans la gestion des finances publiques ont atteint des niveaux incroyables. Les Congolais étaient en train d’applaudir ceux qui volaient leur argent. Il fallait faire reculer les antivaleurs, voilà pourquoi nous sommes en train de communiquer.

Est-ce que vous êtes justiciable devant la justice congolaise ? Comment appréciez-vous la plainte pour diffamation lancée contre vous par les avocats du Sénateur Matata ?

Par rapport à cette plainte, moi je la considère comme du théâtre. Si vous n’avez pas le temps de suivre du théâtre à la télévision parce que vous êtes temps est trop pris, vous pouvez lire cette plainte pour vous divertir. Parce que c’est de la comédie évoquée par cet avocat. Peut-être qu’il avait besoin de soutirer de l’argent à son client et aller faire le fanfaron. C’est du théâtre! 

On ne peut pas poursuivre un inspecteur parce qu’après avoir fait son travail, il constate qu’il y a eu détournement. C’est de l’escroquerie et je n’ai jamais vu cela, nulle part au monde. Je ne sais pas s’ils ont fait cela pour détourner l’attention de l’opinion publique, mais c’est de l’escroquerie. Il n’y a diffamation contre vous que si la justice vous a déjà innocenté. Ce n’est que dans ce cas que vous pouvez crier qu’il y a eu diffamation. Et de quelle diffamation parlent-ils aussi longtemps que la justice ne s’est pas encore prononcée sur votre sort ? 

Et puis, pour votre information, les inspecteurs des finances ne peuvent être poursuivis pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions qu’après autorisation préalable, expresse et écrite de son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat. Voilà pourquoi je considère cela comme du théâtre. 

Nous sommes en train de faire notre travail. C’est comme on dirait, une personne porte plainte contre un policier parce que ce dernier a arrêté un voleur. Le policier arrête un voleur et celui-ci porte plainte contre le policier à l’auditorat parce qu’il a été arrêté pour vol, n’est-ce pas du théâtre ? 

La Rdc est classée dans le top 20 des pays où règnent la corruption mais également les détournements des fonds de l’Etat. Quelle est votre stratégie pour rompre avec cette image négative de la Rdc ?

 C’est tout ce que je suis en train de faire. Vous me rejoignez lorsque vous avez constaté que la RDC se trouve parmi les pays où le taux de corruption devient trop élevé. Et moi, qu’est-ce que je fais ?

 Je suis arrivé et j’ai pris l’engagement devant le gouvernement, le président de la République et la Nation congolaise de repousser cet état des choses. J’ai défini les méthodes pour que nous puissions faire reculer le taux de corruption. Je n’agis pas seul, je suis accompagné du SENAREF dont je salue la bravoure de son coordonnateur, l’avocat général Kisula. Il y a l’APLC (l’Agence pour la prévention de la lutte contre la corruption) dont les agents font un travail très important aujourd’hui. Il y a aussi d’autres services qui nous accompagnent, il y a la justice congolaise, la Cour des comptes que je ne peux oublier, qui fait un travail important en dépit de tous les obstacles dressés devant elle, des gens y travaillent pour la rendre plus opérationnelle. Tous font un travail important que beaucoup de gens ignorent. Nous avons tous pris conscience de l’état de corruption, de détournements, des malversations, nous sommes déterminés à faire reculer ces antivaleurs de notre société. C’est tout ce que nous sommes en train de faire.

Nous arrivons au terme de l’interview. Au regard de tous les éclaircissements apportés, aujourd’hui, êtes-vous satisfait de votre travail ?

Pas encore, je pense que si Dieu nous prête vie nous allons travailler davantage parce que nous ne sommes qu’à 10% de notre objectif qui est de faire reculer les antivaleurs et nous ne pouvons être satisfaits parce que pendant que nous sommes là, il y a quelque part des personnes qui continuent de commettre des malversations. Ce n’est qu’un début du travail que nous faisons avec tous les services mis ensemble.

Nous louons et félicitons par rapport à notre travail, Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat. C’est l’acteur aujourd’hui de la bonne gouvernance et de la répression de la mauvaise gouvernance. N’eut-été sa volonté, nous n’aurions rien fait à ce jour.

En substance, il nous a dit : « Je ne veux pas de telle ou telle chose, je vous donne tout mon appui, vous avez toutes vos prérogatives, exercez-les ! » C’est pour cela que nous sommes fiers de l’attitude affichée par notre hiérarchie qui nous demande de faire le travail tout en respectant les lois de la République. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui ça commence à donner petit à petit des résultats. Nous le remercions sincèrement. Je vous remercie également pour l’interview.

Propos recueillis par Olyncia MUHONG

Interview

Georges KAPIAMBA :« le système de gestion, …qui a existé dans ce pays depuis 1960, jusqu’à maintenant, est une gouvernance de prédation »

Président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), Me Georges Kapiamba estime que la lutte contre l’impunité doit être considérée dans la société congolaise comme un engagement national, exigeant la participation de tous. Pour lui, on doit en parler et sensibiliser ceux qui semblent se taire. Il le dit dans l’interview qu’il a accordée à HESHIMA Magazine.

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 HESHIMA : Maître Georges Kapiamba, vous êtes président de l’ACAJ, voudriez-vous nous rappeler les différentes missions de votre ONG ? 

Me Georges Kapiamba : Les missions de l’organisation peuvent s’articler en trois points. Permettez-moi, avant de les énumérer, que je puisse rappeler que depuis le 12 septembre de l’année en cours, l’ACAJ a totalisé onze ans, onze ans d’expériences, de travail. Tout le travail a tourné autour de trois missions, à savoir la promotion et la protection des droits de l’homme. La deuxième mission est d’assurer la diffusion, la vulgarisation de tous les instruments juridiques internationaux relatifs au droit de l’homme. Dans les instruments juridiques il faut ajouter même les nationaux. Enfin, la troisième mission, est celle qui est relative à l’accès à la justice, c’est-à-dire une contribution qui vise la catégorie des personnes les moins nanties, les pauvres, ceux qui ne savent pas consulter un avocat par manque de moyens, ceux qui ne savent pas où déposer leurs plaintes ou déposer leurs requêtes. Nous essayons de leur venir au secours pour qu’elles aussi aient accès à la justice. Enfin, il y a aussi la catégorie des personnes qui sont en détention, qui ne savent qui consulter, surtout qui sont en détention dans des lieux tenus par des services de sécurité, vous savez que ce sont des endroits difficilement pénétrables. 

Si vous devez faire l’évaluation de votre propre action, la situation a-t-elle évolué ou pas ? Les Congolais accèdent-ils facilement à la justice aujourd’hui ?

Oui, la situation, nous pouvons le dire ainsi, le soutenir, le Congolais a non seulement pris conscience de la place qu’occupent les valeurs des droits de l’homme, mais aussi de l’implication, de l’éveil de chacun pour la participation presque de tout le monde, surtout les jeunes dans la revendication des droits fondamentaux des citoyens. 

Ce n’était pas le cas, rappelez-vous, pour ceux qui ont vécu pendant la période du règne de feu Maréchal. Personne ne pouvait s’occuper de la gestion des biens publics. Maintenant, ce n’est plus le cas, les gens sont devenus de plus en plus exigeants. C’est aussi un travail de sensibilisation, pas seulement l’ACAJ, mais l’ensemble d’organisation des défenses des droits de l’homme, des médias qui travaillent chaque jour pour assurer la diffusion de la sensibilisation. La formation de ces valeurs des droits de l’homme ont contribué à cet éveil des consciences. Et aussi il faut mentionner le fait que sur le plan de la gouvernance de notre pays, il y a eu des acquis, parmi lesquels la constitution de 2006, qui est l’une des meilleures constitutions en ce qui concerne les pays de l’Afrique, surtout de l’Afrique centrale.

Quel a été votre apport par rapport à la constitution du 18 février 2006 ? 

Notre apport, il faut dire avec toute modestie qu’il ne faut pas seulement me voir dans les 11 ans, je suis dans l’engagement associatif depuis plus de 30 ans. Donc, j’ai pris cet engagement depuis l’Université. Beaucoup de mes collègues qui me connaissent et que je rencontre souvent, que ce soit au pays ou à l’étranger, témoignent toujours, affirmant que : « Lui, c’est depuis l’université ». Donc, ce que nous avons fait, que ce soit dans mon ancienne structure qui était l’ASADHO, comme ici au sein de l’ACAJ, qui est une structure plus spécialisée sur la question d’accès à la justice, la défense des droits des citoyens par le recours à la justice, au fait notre idée avec les autres compatriotes était  de considérer que beaucoup de gens recourent à la violence parce qu’ils ne connaissent pas l’existence des mécanismes juridiques qui sont organisés pour réclamer leurs droits ou les défende.

La population a une mauvaise image des animateurs de la justice parce que l’issue des dossiers judiciaire la déçoit beaucoup, les cas du procès 100 jours, Eteni Longondo… N’est-ce pas que c’est décourageant ?

 Tout à fait. Dans les dossiers que vous avez cité, même nous ACAJ, qui avons fait l’observation, qui avons dénoncé, nous avons fait des plaidoyers pour que le pouvoir judiciaire se mêle de l’affaire, que ces soient des affaires au moins emblématiques qui allaient permettre d’écrire une nouvelle page de la gouvernance judiciaire de notre pays. Nous avons tous étaient déçus par la suite, et nous sommes déçu jusqu’à ce jour. Pourquoi, parce que non seulement que les enquêtes n’avaient pas été très approfondies sur le plan technique, à cause aussi de beaucoup de raisons, mais il y a eu beaucoup de trafics d’influence politique qui ont déraillé même le cours de la justice et on a assisté à des décisions du genre où, quelqu’un est condamné au premier et deuxième degré s’offrait facilement la liberté provisoire au niveau de la Cour de cassation. 

Les cautions qui étaient payées étaient de loin insignifiantes par rapport même à la somme lui réclamée par la société. Bref, c’est une déception et aujourd’hui moi je le dis souvent, nous le disons aux plus hauts responsables, je l’ai dit aussi au nouveau président du Conseil supérieur de la magistrature : « Vous avez un défi à relever aujourd’hui ». C’est principalement de poser des actes qui vont permettre aux citoyens de comprendre que, ce qui s’est passé n’était qu’un accident de parcours et que les magistrats, nos magistrats, notre justice a compris qu’il y a moyen d’écrire notre histoire d’un état de droit. C’est décevant et aussi c’est décevant pour nous tous. 

L’année dernière, vous avez dénoncé le fait que plusieurs ministres du gouvernement Ilunkamba avaient détourné, curieusement ceux-ci étaient reconduits dans le gouvernement Sama Lukonde. Pensez-vous que l’impunité prendra un jour fin dans ce pays ?

 La lutte contre l’impunité doit être considérée dans notre société comme une cause nationale pour laquelle nous devons tous nous mobiliser. Nous devons en parler, nous devons sensibiliser ceux qui semblent se taire, nous devons leur dire, c’est vous qui avez le pouvoir, il faut faire cesser l’impunité à tous les niveaux. Aujourd’hui nous assistons tous au cas de Monsieur Vidye Tshimanga, ex-conseiller spécial chargé des questions stratégiques du Président de la République. Nous avons vu la vidéo et puis, un jour après il y a le Procureur Général de Kinshasa/Matete qui a ouvert un dossier RMP, c’est-à-dire un dossier pénal à sa charge, pour enquêter sur notamment l’éventualité d’actes de corruption, enrichissement illicite, blanchiment des capitaux et consorts. Trois jours après Gombe fait la même chose. Et tout cela c’est sous l’impulsion de leur chef, le Procureur général près la Cour de Cassation, qui a veillé à ce que les choses changent, parce qu’il n’est pas normal que nous soyons dans une société où on parle des détournements des millions, et que les magistrats soient là en train de croiser les bras et que quelques dossiers qui passent par la filière judiciaire puissent faire l’objet des marchandages.

Me Kapiamba, lorsque vous avez suivi la vidéo de M. Vidye Tshimanga, quelle a été votre réaction à l’ACAJ ?

 D’abord, c’était un choc pour nous parce que c’est un collaborateur du chef de l’Etat, lui qui porte le programme de la lutte contre la corruption. Que le chef de l’Etat puisse avoir à ses côtés quelqu’un qui agit de manière qui contrarie avec son discours, ça ne pouvait que nous choquer et nous dérouter. Deuxièmement, c’est aussi un sentiment de satisfaction, par rapport au travail réalisé par vos confrères journalistes, qui surement doivent savoir que tel monsieur a toujours l’habitude de procéder de telle manière… que maintenant nous voudront le mettre sur la place publique, l’exposer pour que les gens sachent qu’il ne mérite pas d’être au côté du Président de la République, qui prône la lutte contre les antivaleurs. Le dernier sentiment était d’exiger la justice, une enquête pour que les Congolaises et Congolais sachent finalement au bout de cette enquête ce qui s’est passé.

Aujourd’hui c’est Vidye Tshimanga, hier c’était Kabund qu’on a accusé d’enrichissement illicite, Kabund qui a aussi dénoncé des détournements des centaines de millions de dollars qu’on amènerait dans des paradis fiscaux. Comment faire pour éradiquer ce genre de pratiques tout autour du chef de l’Etat ?

 Alors deux choses. D’abord nous devons faire très attention lorsqu’il y a des révélations de ce genre, qui touchent directement à la dignité, à l’honneur de nos compatriotes. Vous les médias et les ONG des droits de l’homme, nous avons des approches trop rigoureuses qui nous obligent de vérifier avant d’en parler. Et si ce sont des faits établis, soutenus par des preuves, en ce moment-là on doit les confier à la justice. Mais, comment faire en sorte que cela ne puisse pas se reproduire, surtout contre les proches des plus hauts responsables de notre pays ? Premièrement, il y a la sensibilisation des Congolaises et Congolais, en commençant par tous les enfants qui sont à l’école primaire, il faut que ce soit enseigné. Le deuxième axe, c’est la répression rigoureuse. La répression suppose que nous ayons un appareil judiciaire intègre, un appareil judiciaire efficace. L’efficacité proviendrait des niveaux de formation et la mise à jour de ses membres.

Monsieur Jules Alingete est venu avec l’esprit rebondissant sur ce que le peuple congolais attendait.

L’IGF vient de célébrer ses 35 ans d’existence, que pensez-vous du travail qu’abat ce service de l’Etat ?

 Travail magnifique ! Vous savez que, l’ACAJ, nous accompagnons, nous soutenons le travail abattu par l’ensemble de l’équipe de l’Inspection Générale des Finances. Dès les premiers moments, je peux vous assurer… Monsieur Jules Alingete est venu avec l’esprit rebondissant sur ce que le peuple congolais attendait, c’est-à-dire mener ses enquêtes avec indépendance, avec professionnalisme et informer l’opinion. Les gens n’ont pas aimé cela. Ce n’est pas tout le monde, mais ceux qui bénéficiaient de ce détournement, de la corruption. 

Donc, je dois vous avouer que l’ACAJ, nous sommes fier du travail qu’abat ce service, ses inspecteurs, nous continuons toujours à les soutenir et aujourd’hui il s’est ajouté la Cour des comptes dont 53 magistrats ont finalement prêté serment, après avoir attendu pour beaucoup d’entre eux, plus de cinq ans. Ils ont prêté serment, nous espérons qu’ensemble avec l’IGF, la CENAREF, sans oublier l’APLC, ces organes de l’Etat vont devoir maintenant mener la guerre qu’il faut avec le soutien de la société civile, des Congolaises et congolais parce que le souci des Congolais est qu’il ne faudrait plus qu’un seul dollar, un seul franc du contribuable congolais puisse être détourné par un représentant de l’Etat, sans qu’il ne puisse subir la rigueur  de la loi. Mais, le grand challenge c’est quoi, le défi ? C’est que les magistrats doivent aussi se mettre dans le même esprit, ne considérant que quand l’IGF mène ses enquêtes, ses audits, des gages de responsabilité, il ne faut pas les négliger. Il faut chercher à les approfondir mas, en associant les experts en la matière parce que nous constatons que beaucoup de dossiers sont traficotés à ce niveau-là sous le seul prétexte que ce sont des OPJ…

Ne trouvez-vous pas que le fait que l’IFG ne mène pas des enquêtes à la Présidence de la République et au Parlement affaiblit sa lutte contre la corruption ?

 Vous savez que l’IGF a eu à mener des enquêtes sur certaines opérations de la Présidence, ç’a été fait, malheureusement les rapports n’ont pas été rendus publics. Je crois que c’est cela qui fait douter de l’efficacité et de l’indépendance dans la gestion de ce dossier-là par l’IGF parce qu’elle avait déjà habitué l’opinion à mener une enquête, à auditer et puis à rendre public, c’est une exigence même de la bonne gouvernance, mais cela ne s’est pas fait à la Présidence. Ç’a été aussi le cas au Parlement, que ce soit l’enquête qui devait être menée à l’Assemblée nationale, comme au Sénat, on a vu ce qu’il y a eu. Je sais par contre qu’en ce qui concerne les enquêtes de l’IGF au Parlement, lorsqu’elle avait fini, elle avait transmis le rapport au Procureur général près la Cour de Cassation et d’ailleurs même un dossier pénal a été ouvert.

 Rappelez-vous que l’ancien procureur général avait saisi le Sénat pour obtenir la levée des immunités notamment de son ancien président, du questeur… ce sont des dossiers qui sont pendants. Alors, ce sont peut-être les limites qui caractérisent le travail de l’IGF, mais qui ne doivent pas lui enlever toutes les prouesses qu’elle a pu réaliser en peu de temps. Maintenant qu’il y a la Cour des comptes, qui a une compétence générale, en tant que juridiction de contrôle supérieur juridictionnel, avec la capacité juridique qu’elle a, nous espérons qu’au moins ce vide-là sera comblé par le travail de la Cour des comptes.

Avec plus ou moins 60 magistrats à la Cour des comptes, ne trouvez-vous pas que cela est insignifiant, vu l’étendue du pays ?

 C’est vrai, ce n’est pas beaucoup, mais il faut qu’ils commencent par faire le travail. Que les 53 s’affirment d’abord, rassurent l’opinion, qu’ils sont là conformément à leur loi organique, comme ceux qui s’assurent du bon emploi de l’argent public parce que c’est cela la mission de la Cour des comptes. Et le bon emploi de l’argent public doit se faire partout dans toutes les institutions, il n’y a pas une seule qui peut les échapper. 

Ils ont la compétence de contrôler et lorsqu’ils constatent qu’il y a eu des fautes de gestion, ils poursuivent ceux qui sont impliqués, avec possibilité de les condamner parce que c’est cela l’avantage de la Cour des comptes, elle va prononcer des décisions qu’on appelle « arrêts » contre les agents de l’Etat, principalement les comptables, les ordonnateurs, les gestionnaires, les contrôleurs, mais aussi les personnes qu’on appelle les « comptables de fait ».

 La Cour peut condamner notamment au remboursement de la somme d’argent, mais aussi recommander des poursuites pénales devant le juge compétent et recommander même la révocation. Donc, nous espérons que l’IGF va se mettre en synergie, ce que nous souhaitons, avec la CENAREF, l’APLC, avec les organisations de défense qui sont impliquées dans la lutte contre la corruption de manière que nous puissions être capables de relever ce défi.

Me Kapiamba, avez-vous à ajouter ? Le mot de la fin, consiste à appeler nos compatriotes, de considérer que la lutte contre la corruption est une affaire de nous tous, chacun là où il se trouve, il exerce ses activités. Pourquoi les Congolais quittent-ils leur pays, notre riche pays pour aller ailleurs ?

 C’est parce que le pays n’est pas organisé, il n’offre pas des perspectives d’avenir. Parce que les ressources naturelles que Dieu nous a données, qui sont mal exploitées, ne bénéficient pas à nous tous. Pourquoi cela ne bénéficie pas à nous tous ? Parce que le système de gestion, de gouvernance, qui a existé dans ce pays depuis 1960 jusqu’à maintenant c’est une gouvernance de prédation c’est-à-dire il y a des prédateurs, nous avons des dirigeants qui construisent leurs vie sur la prédation. Donc, nous devons immédiatement choisir de nous engager dans la lutte contre la corruption parce qu’elle un obstacle à jouissance des droits de l’homme.

Propos recueillis par Hubert MWIPATAYI

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Interview

Florimond MUTEBA: On sent chez Alingete un courage, mais il est combattu

Quarante ans de lutte contre la corruption, le Professeur Florimond Muteba, Président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), lève le voile sur la manière dont les institutions habilitées à faire le contrôle se débrouillent. Il relève ici les éléments qui font que la lutte contre la corruption en RD Congo se fasse à cloche-pied. Entretien.

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HESHIMA Magazine : Professeur Florimond Muteba, vous êtes connu comme l’un des chevaliers de la lutte contre la corruption. Peut-on savoir les missions dévolues à l’ODEP ? 

Florimond Muteba : L’Observatoire de la dépense publique, en fait, notre principale mission est le suivi, le contrôle des finances publiques. Nous faisons le contrôle citoyen des finances publiques, la manière dont les recettes sont mobilisées, comment les dépenses sont faites, d’une manière rationnelle ou non, le suivi du cycle budgétaire, la lutte contre la corruption. Nous sommes principalement dans les finances publiques. En résumé, le contrôle citoyen des finances publiques en RDC. 

HM: Environ vingt ans après la création de l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), quel bilan peut-on dresser de votre action ?

Bon, vous savez l’ODEP a contribué à beaucoup d’avancées. Je prends d’abord la phase de la préparation de la loi des finances. L’ODEP a contribué beaucoup à améliorer les séminaires d’orientation budgétaire, mais aussi à améliorer les lois de finances parce qu’une fois qu’elles sont déposées au Parlement, il réunit une série d’organisations, qui sont aussi dédiées au suivi des finances publiques : nous faisons des observations pertinentes, nous allons discuter avec les ECOFIN à l’Assemblée nationale et au Sénat, pour améliorer le budget.

En matière d’éducation par exemple, nous avons beaucoup plaidé. Aujourd’hui nous atteignons jusqu’à 18 ou 20 % du budget, alors qu’à l’époque ce n’était pas ça. Il y a des domaines où nous n’avons pas réussi, comme l’agriculture. 

HM: En ce qui concerne l’éducation, il y a la volonté du Président de la République de vouloir faire la gratuité de l’enseignement. Ç’a contribué à améliorer le budget de l’éducation. Autre réussite, vous vous rappelez du procès des 100 jours. Ce procès est venu comment ?

 Au départ, il y a eu le rapport de l’ODEP qui dénonçait la mauvaise gestion de ce programme. La presse s’en est emparée à tel point que le pouvoir politique a décidé de laisser faire la justice. Même si par après la plupart de criminels ont été libérés, mais ç’a été un coup très très fort de la société civile dans la lutte contre la corruption. Il y a aussi d’autres réussites que nous avons eues. Prenons le cas de la Cour des comptes. Ça fait plus de dix ans que nous nous battons pour que la Cour des comptes soit restaurée. Pourquoi ? Parce que le contrôle, c’est très important. Dans un Etat où la fonction contrôle n’est pas vraiment assurée, les choses vont dans tous les sens.

Aujourd’hui, nous n’avons que l’Inspection Générale des Finances (IGF) et ensuite ce n’est que depuis deux ans que le contrôle de l’IGF a commencé à être opérationnel. Mais la Cour des comptes, 60 magistrats qui n’avaient pas prêté serment, 10 ans après que la loi organique a été votée et promulguée par Joseph Kabila en novembre 2018. C’est quand même une réussite du travail auquel nous avons contribué avec le Comité d’orientation de la réforme des finances publiques et d’autres parties prenantes. Nous avons contribué surtout à inséminer dans la population la culture du contrôle. Vous savez, aujourd’hui la question de la lutte pour la réduction du train de vie des institutions, ce n’est plus l’apanage de l’ODEP seul. C’est presque toute la population qui le réclame. Donc, cela veut dire pour nous que ce n’est pas seulement des cas emblématiques comme ce que je viens de citer, mais c’est surtout la culture que nous avons réussi à insuffler au sein de la population. Parce que c’est elle qui est concernée par les finances publiques. Du coup, à partir du moment où la population s’est appropriée notre combat, il est devenu un combat populaire. Donc, moi je peux mourir aujourd’hui, ce n’est pas un problème, parce que la population a récupéré ce que j’ai fait. Elle peut continuer, il n’y a pas un problème. C’est cela la plus grande réussite pour nous.

HM: L’ODEP lance souvent des alertes, publie des rapports. Etes-vous satisfait de la manière dont les enquêtes sont faites et même de l’issue des dossiers ? Non. On n’est pas satisfait. Je vous donne un exemple. Concernant la Société TRANSCO, nous avons lancé des alertes, il y a un ou deux ans. Comment ces informations nous étaient parvenues ? 

Ce sont les syndicalistes de la société qui, très mal traités, d’autres au chômage, ont continué le combat, affirmant que la société est mal gérée.

Quand ils sont venus à l’ODEP, nous avons dit non, ce n’est pas possible, les conditions dans lesquelles la société a été créée étaient compliquées, tout s’est passé de gré à gré, à l’époque de Matata Ponyo. Même l’assistance des sociétés françaises qui étaient venues, tout était fait de gré à gré. Alors, les syndicalistes nous ont amené plus de 100 pièces à conviction, pièces qui pouvaient démontrer que vraiment il y a eu mégestion. Nous sommes allés avec nos avocats au Tribunal de Matete, nous avons déposé cela. L’avocat général qui s’occupait du dossier a fait du bon travail. Et au moment donné, il a même lancé un mandat d’arrêt provisoire contre le DAF (Directeur administratif et financier, Ndlr). Et ensuite un mandat d’amener au DG a.i.

Mais, quelle n’était pas notre surprise de voir que quand les nouveaux bus sont arrivés, on est allé donner les clés de ces bus aux mêmes personnes, qui ont été libérées entretemps. Comment ? On n’a jamais compris. Par des interventions venues d’en haut. Je ne vais pas accuser ici qui que ce soit. Mais les interventions sont venues d’en haut pour qu’on libère ces malfaiteurs. Aujourd’hui où nous parlons, c’est vrai que on a réussi à les écarter de la Direction, mais qu’est-ce qui s’est passé ? Vous voyez, donc on ne peut pas dire qu’on est satisfait. Parce que des choses aussi flagrantes puissent se terminer en queue de poisson. Regardez par exemple la question des 100 jours. Est-ce que nous pouvons être satisfaits de voir que des criminels, congolais comme nous, soient aujourd’hui en liberté ? Ils circulent et d’autres ont même repris le chemin de la politique. Satisfait du côté de l’Etat, non, du côté des tribunaux, non. Parce que même s’il y a quelques symboles, comme le procès des 100 jours, vous voyez comment il s’est terminé ? En queue de poisson ! Donc, il y a un problème de véritable volonté de ceux qui disent combattre la corruption. Est-ce que la volonté y est vraiment ? 

HM: On a comme l’impression que la corruption a la peau dure en RDC. A quel niveau doit-on régler la lutte contre la corruption ?

 Vous savez, en 2007, Transparency International avec nous, moi aussi j’étais parmi les experts qui avaient travaillé sur ces analyses-là, avions produit un document sur le système national d’intégrité en RDC. C’est la meilleure analyse qu’on ait faite sur la question de la corruption dans notre pays. Dans ce document, nous sommes arrivés à une conclusion : pour que la lutte contre la corruption marche, le chef de l’Etat doit vraiment s’impliquer avec une volonté ferme comme on l’a vu dans beaucoup de pays. Regardez, Jacob Zuma a fini par la prison. Un ancien chef d’Etat, pour des faits qui ne dataient même pas de sa gouvernance à lui, qui dataient de 10 ou 11 ans avant, époque où il était impliqué dans une histoire de corruption. C’est pour vous dire que dans ce pays-là on sent la volonté. Lorsque la volonté vient d’en haut, le haut donne l’exemple et quand il le donne, il est évident qu’en bas tout le monde ait peur. Le grand problème que nous avons ce qu’il n’y a pas de volonté politique. C’était pire avec Kabila fils, c’était presque le même type de gouvernance. C’était quand même bien avec Laurent-Désiré Kabila. En dehors de la courte période de Laurent Kabila, cette volonté manque, elle manque.

HM:  Qu’est-ce que les états généraux de la lutte contre la corruption ont-ils donné ? 

Bon, je ne parle pas de ce qu’on a tenté de faire récemment. Mais à l’époque, je crois que c’était en 2009, il y a eu des états généraux bien organisés. Les conclusions étaient mises dans les tiroirs. On a voulu refaire encore des choses avec moins d’intégration, il n’y a pas longtemps, l’APLC a tenté de faire mais ce n’est pas ce qu’on avait fait à l’époque. Donc, c’est encore une fois un problème de volonté politique. Quand il y a volonté, on peut combattre la corruption, mais le niveau qu’elle a atteint chez nous, c’est un fléau qui a des conséquences. La corruption a un coup politique, un coup économique… le cas par exemple de Monsieur Kamerhe, c’était vraiment un bon exemple. Il a fait deux ans et puis… Si ce monsieur avait subi sa peine jusqu’au bout, cela aurait été un exemple formidable. Je n’ai rien contre lui, d’ailleurs je ne le connais pas. L’impunité règne. On fait semblant, ensuite les gens ne sont pas punis. Et puis il y a certaines déclarations… Lorsque notre président va en Europe, il passe sur une chaîne de télévision comme TV5 Monde où il dit que la retro-commission au Congo est légale… C’était une erreur de langage, ne jamais dire une chose pareille. Mais ça c’est encourager la retro-commission. Le manque de volonté politique est mortel pour la lutte contre la corruption.

HM: Qu’est-ce que les états généraux de la lutte contre la corruption ont-ils donné ? 

Bon, je ne parle pas de ce qu’on a tenté de faire récemment. Mais à l’époque, je crois que c’était en 2009, il y a eu des états généraux bien organisés. Les conclusions étaient mises dans les tiroirs. On a voulu refaire encore des choses avec moins d’intégration, il n’y a pas longtemps, l’APLC a tenté de faire mais ce n’est pas ce qu’on avait fait à l’époque. Donc, c’est encore une fois un problème de volonté politique. Quand il y a volonté, on peut combattre la corruption, mais le niveau qu’elle a atteint chez nous, c’est un fléau qui a des conséquences. La corruption a un coup politique, un coup économique… le cas par exemple de Monsieur Kamerhe, c’était vraiment un bon exemple. Il a fait deux ans et puis… Si ce monsieur avait subi sa peine jusqu’au bout, cela aurait été un exemple formidable. Je n’ai rien contre lui, d’ailleurs je ne le connais pas. L’impunité règne. On fait semblant, ensuite les gens ne sont pas punis. Et puis il y a certaines déclarations… Lorsque notre président va en Europe, il passe sur une chaîne de télévision comme TV5 Monde où il dit que la retro-commission au Congo est légale… C’était une erreur de langage, ne jamais dire une chose pareille. Mais ça c’est encourager la retro-commission. Le manque de volonté politique est mortel pour la lutte contre la corruption.

HM: Comment expliquer qu’avec le travail qu’abattent la justice congolaise, l’IGF, la Cour des comptes, le parlement, que le niveau de corruption soit toujours ascendant ?

 D’abord le parlement. Le contrôle parlementaire aujourd’hui est impossible. Pourquoi ? Vous savez vous-même dans quelles conditions le parlement était mis en place. Le rôle qu’a joué la corruption dans sa mise en place. Pensez-vous qu’un ministre qui est issu d’une majorité qui a été créée de cette façon-là, ce ministre sera un jour contrôlé, sanctionné par une motion de censure du parlement ? Jamais ! Le contrôle parlementaire est impossible parce que les gens d’un même camp vont se serrer les coudes. Le ministre Kibasa a échappé, sans problème. Pourquoi ? Même majorité ! La corruption rend le parlement inopérant. Du côté par exemple de l’autre contrôle, l’IGF fait un travail, pour l’instant presque seule. Bon, on peut encourager le travail qu’elle fait.

HM: L’IGF fête ses 35 ans d’existence ce 15 septembre. Que pensez-vous de son travail, ses points faibles, ses points forts ?

Le principal point faible de l’IGF, c’est un contrôle administratif. Vous voyez ? Ce contrôle administratif c’est le   contrôle de l’administration sur elle-même. L’IGF dépend du Président de la République, cela veut dire qu’en ce moment-là elle est limitée, il y a des choses qu’elle ne peut pas faire, qu’elle peut faire, mais finalement qui ne peuvent pas aboutir.

Parce qu’elle touche de loin ou de près proche de son patron, il peut être sanctionné injustement, il peut être écarté injustement, etc. Donc, le contrôle de l’IGF est limité par sa nature. Ce qu’il tente de faire actuellement, les patrouilles financières, c’est un pas en avant. Vous pouvez considérer que c’est un pas positif en avant, même s’ils sont un peu   coincés par leur nature, leur tutelle. Mais, ils font quand même un travail, ils sensibilisent sur la lutte contre le détournement. On sent chez Monsieur Alingete un courage, mais il est aussi combattu par ceux qui ne veulent pas que la gabegie financière s’arrête, le détournement s’arrête. Mais ça c’est de bonne guerre ! Aujourd’hui, la société civile qui a signé l’accord de partenariat avec l’IGF, essaie de l’accompagner, de le soutenir dans cette lutte, mais la résistance dans la culture de Congolais, surtout dans la culture des dirigeants congolais, la résistance est là. Et donc, cela lui crée aussi beaucoup d’ennuis.

Quant à la Cour des comptes, elle vient à peine d’être réhabilitée. Mais, regardez, combien de magistrats, ils sont soixante ! Vous voyez la grandeur du pays ? Comment ils vont travailler, ils ont très peu de moyens pour l’instant. Déjà soixante c’est très peu de moyens humains, mais les moyens matériels et financiers sont pour l’instant minimes. Vous voyez l’Afrique du Sud qui est un pays beaucoup plus petit que le nôtre, il y a deux mille magistrats à la Cour des comptes. La faiblesse des contrôles, ce n’est jamais bon, ce qui fait que la corruption continue.

Le contrôle parlementaire, il y a zéro, le contrôle de la Cour des comptes, il est à un niveau minimal, l’IGF c’est un contrôle administratif… Oui, il effraie quand même, mais c’est un contrôle avec beaucoup de limites. La société civile fait le contrôle, comme l’ODEP, mais nous n’avons que notre courage, c’est tout, mais les moyens matériels, financiers, on n’en a pas. On travaille avec notre amour pour le Congo, avec le risque que nous avons face aux prédateurs. On a des ennemis un peu partout, mais qu’est-ce qu’on fait, on prie Dieu ! Seigneur, nous travaillons pour la bonne cause, protégez-nous (rire).

Interview réalisée par Hubert Mwipatayi

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Interview

Comprendre le Service National: Entretien Exclusif de JP Kasongo Kabwik

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Heshima Magazine : L’opinion congolaise entend souvent parler d’un Service national paramilitaire en RDC. Pouvez-vous expliquer les raisons de sa création ?

Général Major Jean-Pierre Kasongo Kabwik : Avant de vous parler des raisons de sa création, je vais d’abord définir le Service National. Qu’estce que c’est ? Le Service National est un service paramilitaire créé par le Décret-loi 032 du 15 Octobre 1997 qui le définit comme un service paramilitaire d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions civiques et patriotiques en vue de la reconstruction de notre pays. Comme service paramilitaire, le Service National est à cheval entre ce qui est civil et ce qui est militaire.

HM: Cette initiative de feu Laurent-Désiré Kabila avait quelle motivation ?

Les raisons essentielles, c’est pour mobiliser les actions civiques en vue de la reconstruction du pays. C’est-à-dire, en 1997, lorsque feu le président Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, il trouve que le pays avait besoin d’être reconstruit, c’est ainsi qu’il va créer un service qui va s’occuper de la mobilisation de toutes les forces, toutes les énergies des fils et filles du pays en vue de contribuer à la reconstruction.

Le Service National a plusieurs missions, je citerai entre autres la création des centres de production à travers le pays, l’encadrement de la jeunesse pour la pousser à contribuer à la production agricole, organiser la jeunesse en vue de la défense de la nation, de la patrie… Il y a plusieurs autres missions qui sont dévolues au Service National. Par exemple, le Service National contribue à la constitution d’une réserve stratégique dans plusieurs domaines et, principalement, dans le domaine de l’autosuffisance alimentaire. Il y a une nécessité de constituer des réserves stratégiques, un stock qu’on met à part, en cas de besoin, en cas de crise, en cas de pénurie, on peut aller récupérer quelque chose pour servir la nation. 

HM: En tant que numéro un de ce service pouvez-vous nous dire combien de Kuluna sont actuellement transférés au centre pilote de Kanima Kasese?

 Il faut avouer que le Service National a connu un moment de léthargie pendant plusieurs années. A sa création, ce service avait donné de l’espoir au peuple congolais parce que plusieurs actions avaient commencé à être menées. Avant la guerre d’agression de 1997-1998, on avait entendu parler du Service national en ce sens que plusieurs activités avaient été créées notamment dans l’encadrement de la jeunesse où plus ou moins 7 000 jeunes avaient été envoyés à Kaniama Kasese pour être encadrer. Plusieurs tonnes de maïs et des produits vivriers sortirent du centre.

Après 1998, avec la guerre d’agression, je comprends qu’il n’y ait plus assez de moyen pour financer le service jeune qui venait à peine d’être créé. C’est pour ça qu’on n’avait plus entendu parler du Service National pendant plusieurs années. Le voilà maintenant en train de faire parler de lui.

HM:  Depuis quand occupez-vous les fonctions de commandant du Service National ? 

Si ma mémoire est bonne, j’ai été nommé au Service national le 15 juillet 2018. J’ai été reconduit à ce même poste, curieusement presque à la même date. Je crois le 14 ou le 15 juillet 2020, deux ans après.

HM: Cela fait 4 ans depuis que vous occupez ces fonctions. Quelle est votre vision pour ce service ?En tant que son commandant, je n’ai pas une vision pour le Service national. Lorsqu’il a été créé, on lui a doté des missions. La vision, c’est celle du commandant suprême. Au-dessus de moi, il y a un commandant suprême, c’est comme dans les Forces armées. Donc, il y a un commandant suprême des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Police nationale et du Service national. Je mets en œuvre la politique et la vision du commandant suprême du Service national qui est le Chef de l’Etat.

Cette vision, c’est comme je vous l’ai dit, le Service national contribue efficacement à la reconstruction et au développement du pays dans plusieurs domaines. Sur le plan agricole, il contribue efficacement à l’autosuffisance alimentaire. Sur le plan de l’encadrement de la jeunesse c’est un service qui permet d’éradiquer, entre autres, le banditisme urbain, notamment par l’encadrement de la jeunesse désœuvrée, à laquelle on donne du travail. 

HM : Concrètement, combien de jeunes délinquants avez-vous transférés de Kinshasa à Kaniama Kasese ?

A ces jours, nous avons réussi à transférer plus ou moins 2.000 jeunes désœuvrés qu’on  appelle « Kuluna » de la ville de Kinshasa vers Kaniama Kasese. Parmi eux, 33 sont des femmes. Ils évoluent bien. Ceux qui avaient été transférés, le 04 novembre 2020, ont parachevé leur formation paramilitaire. Ils viennent de parachever la professionnalisation, c’est-à-dire, selon les instructions du Commandant suprême, en dehors de la formation paramilitaire, [il y a] de l’encadrement civique et patriotique. C’est-à-dire : il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d’eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de choses pour leur Nation. En plus de la formation à l’autodéfense, ils subissent la professionnalisation afin d’apprendre un métier de telle sorte que lorsqu’ils sont réinsérés dans la société, qu’ils soient utiles et qu’ils oublient leurs anciennes pratiques.

HM: Quelles sont les différentes activités qui sont organisées dans le centre de Kaniama Kasese ?

L’agriculture est la première activité qu’on a pu relancer dans le centre. Ce n’est pas la seule. Je vous ai parlé de la professionnalisation, nous organisons aussi d’autres activités, notamment dans cette phase de professionnalisation. Nous avons réussi à former des gens qui sont commis à la construction. Parmi eux, il y a des maçons, des ferrailleurs, des charpentiers…, avec comme mission, dans les jours qui viennent, de construire des bâtiments d’utilité publique. Ils sont déjà en train de les construire. Le centre dans lequel ils ont été formés est en train d’être construit par eux-mêmes. Autrefois, ils dormaient sous des tentes. Aujourd’hui une grande partie est en train de dormir dans des bâtiments en matériaux durables qu’eux-mêmes ont construit. Parmi eux, nous avons formé des menuisiers qui sont en train de fabriquer des bancs scolaires.

Et nous allons pouvoir les mettre à la disposition de plusieurs écoles. Ce qui va contribuer aussi à la politique de la gratuité de l’enseignement que le président de la République prône dans notre pays. Parmi eux, il y a des ouvriers agricoles, des agents commis à la mécanisation agricole. C’est une mécanisation bien spécifique. Il y a par exemple des opérateurs de tracteurs. Un opérateur de tracteur n’est pas le même que celui qui conduit un camion. C’est une particularité.

Nous avons des gens qui peuvent opérer avec une moissonneuse batteuse, nous avons des gens qui vont bientôt devenir des moniteurs agricoles, donc des gens qui peuvent encadrer les paysans dans l’agriculture. Il y a plusieurs activités en dehors de l’agriculture. Maintenant, nous venons de lancer un programme très ambitieux de reboisement pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous le faisons à Kaniama-Kasese. Parmi eux, il y a des gens que nous avons formés pour faire de forages d’eau potable. Donc, il y a toute une panoplie d’activités qui sont organisées par le Service National.

HM: En encadrant ces jeunes délinquants, constatez-vous une amélioration dans leur comportement ?

Il y a ce que nous appelons au Service national l’encadrement civique et patriotique. Donc, ces jeunes compatriotes ont été reprogrammés mentalement. Plusieurs d’entre eux ne savaient même pas qu’ils étaient utiles à la société et qu’ils pouvaient aussi servir leur nation. Il fallait aller tout doucement avec eux, d’abord les mettre en confiance. Qu’ils comprennent qu’ils sont Congolais au même titre que les autres, bien que eux avaient choisi la voie de commettre de crimes, de violer les lois de la République. Il fallait d’abord les mettre en confiance en leur disant : « que vous êtes ici, on a encore besoin de vous et on aura encore besoin de vous, vous êtes utiles ».

On les a reprogrammés, il fallait laver les cerveaux, les endoctriner, leur faire voir que la nation a encore besoin d’eux. Nous leur avons dit : « Vous êtes suffisamment forts pour contribuer au développement du pays ».Ce n’est pas un travail facile. Car Il y en a, parmi eux, qui viennent de la prison, il y en a, parmi eux, depuis leur naissance, qui n’ont été que des enfants de la rue et qui n’ont bénéficié que de l’éducation diffuse. Des gens comme eux, il fallait les reprogrammer. Cela n’a pas été facile. Cela nous a pris beaucoup de temps pour le ramener à réfléchir comme des bons citoyens congolais.

HM: Dans l’encadrement de la formation de ces jeunes, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Il y a des difficultés sur le plan de l’encadrement de ces jeunes. Il y a une forte résistance pour quelqu’un qui était habitué, le matin, il se réveille, il n’est soumis à aucune discipline, à aucune règle. Il va faire tout ce que bon lui semble et que si vous l’emmenez dans un centre où il doit se réveiller à 5 heures du matin, il doit se laver pour s’apprêter à faire la formation, où il sait que tout ce que nous faisons dans ce centre est soumis à un règlement, ce n’était pas facile. Pour quelqu’un qui doit savoir que pour manger, il faut de l’ordre établi, toute activité qui doit être faite doit se faire selon un règlement préétabli, cela n’est pas facile. Il y avait de la résistance.

Ça c’était la première difficulté. La deuxième difficulté, c’est un genre de crainte ou de peur. La troisième, c’est le manque de confiance en eux-mêmes. Ils se posaient souvent des questions : « est-ce que c’est faisable ? Est-ce que je serai utile à la société demain ? » Ces genres des questions influaient négativement sur la formation. Il fallait beaucoup de temps, les mettre en confiance, les réorienter. Aujourd’hui, ils sont en confiance et voient que l’avenir est rassuré ou garanti pour eux aussi.

HM: En août 2021, le ministre des Droits humains s’était opposé à ce transfèrement des « Kuluna » vers le centre pilote de Kaniama-Kasese. Il avait qualifié cette opération « d’attentatoire » aux droits humains. Pensez-vous que le traitement de ces jeunes dans ce centre répond aux nomes ? 

Il ne s’agit pas d’une question de violation des droits humains. La première chose, c’est que ces jeunes gens n’ont pas été emmenés contre leur propre gré. Lorsqu’on les emmenait à la police, il y avait plusieurs personnes de différents milieux.. Ils avaient le choix. Certains voulaient s’engager ainsi pour se donner une deuxième chance, afin de refaire leur vie en passant par la formation au Service National et d’autres qui estimaient qu’ils pouvaient faire face à la justice, ceux-là étaient orientés vers la justice. Et ceux qui venaient aussi au Service national, avant de les enrôler, ils signaient un acte d’engagement.

Donc, il ne s’agissait pas d’une question de violation des droits humains ni dans leur récupération, ni même dans leur acheminement, encore moins dans leur encadrement spécifique dans le centre. Ils sont convenablement pris en charge.

Olyncia Muhong Kashema

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