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De 1960 à aujourd’hui,les événements marquants de l’histoire du Congo-Kinshasa

Le 30 juin 1960, l’heure est à la commémoration de l’indépendance du pays. Ou plutôt à l’éducation. Celle de l’histoire de la colonisation de la Belgique sur le peuple congolais. L’occasion de faire la lumière sur cette période encore largement méconnue et tue. Au travers de cet article, plusieurs portes d’entrée sont proposées pour comprendre les enjeux et les conséquences de cette sombre partie de l’histoire.

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Le 27 janvier 1960, Grand Kallé & l’African Jazz jouent pour la première fois, à l’hôtel Plaza de Bruxelles, « Indépendance Cha Cha ». Le morceau de rumba, qui honore les leaders congolais de l’époque en plusieurs langues – lingala, kikongo –, célèbre l’indépendance à venir de ce qui est encore le Congo belge. Quelques heures plus tôt, en effet, ce jour là, les leaders politiques congolais et les délégués belges réunis au sein de la table ronde ont décidé de la date qui libérera le pays de plus de soixante-quinze ans de colonisation belge. Ce sera le 30 juin.

La réunion, qui, pour les autorités belges, ne devait être que consultative, dépasse au final toutes les attentes des dirigeants politiques congolais qui ont fait le déplacement. Pendant les plusieurs semaines qu’a duré la table ronde, Joseph Kasa-Vubu, de l’ABAKO, Patrice Lumumba – leader du Mouvement national congolais tout juste libéré de prison – et le Katangais Moïse Tshombé ont fait pression, via le Front commun. La Belgique, qui pensait conserver quelques piliers institutionnels de sa colonie, comme la Défense, les Affaires étrangères et le contrôle de la monnaie, lâche. En ce début d’année 1960, les représentants congolais exultent : l’indépendance n’a pas été octroyée par la Belgique mais bel et bien conquise par les Congolais eux-mêmes.

Le 30 juin 1960, le Congo belge accède à l’indépendance. Le pouvoir est partagé entre Joseph Kasa-Vubu, président, et Patrice Lumumba, Premier ministre. Rapidement, le pays sombre dans le chaos. Le 5 juillet, une mutinerie éclate au sein des troupes congolaises de la Force publique à encadrement belge.

Le 11, la riche province minière du Katanga (sud-est) fait sécession, entraînée par Moïse Tschombé, avec l’appui de puissances coloniales et des Etats-Unis. La période troublée qui suit est marquée par l’envoi de Casques bleus et l’assassinat de Lumumba en 1961. Le Katanga retourne sous l’autorité du gouvernement en 1963.

Mobutu prend le pouvoir et promeut l’authenticité

De 1964-1965, une vaste rébellion d’inspiration communiste embrase le pays. Le 24 novembre 1965, Joseph-Désiré Mobutu, commandant de l’armée, renverse le président Kasa-Vubu. L’évènement signe pour tous les Congolais le début d’une nouvelle ère, qui durera trente-deux ans. En 1971, l’ancien journaliste devenu militaire change de nom. Désormais, il faut l’appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga, une initiative personnelle qu’il s’appliquera finalement à mettre en place dans tout le pays autour du concept dit de l’authenticité. Il s’appuie sur son parti-Etat du Mouvement populaire de la Révolution (MPR).

Le Congo devient le Zaïre, Léopoldville devient Kinshasa et Élisabethville s’appelle désormais Lubumbashi. Les Congolais aux noms francophones sont invités à choisir de nouveaux prénoms et l’abacost (A bas le costume) est imposé comme tenue vestimentaire aux hommes en lieu et place du costume-cravate. Les Zaïrois doivent être tels qu’ils sont, mais pas comme on voudrait qu’ils soient.

En 1973, Mobutu instaure la «zaïrianisation», une politique de préférence nationale consistant à chasser les opérateurs économiques étrangers et nommer à leur place des Zaïrois. En 1976, le virus Ebola, qui peut provoquer une fièvre hémorragique, est identifié pour la première fois au Zaïre. Depuis, le pays a connu dix épidémies d’Ebola, dont la dernière, en cours, a déjà fait près de 300 morts.

De 1977-1978, Mobutu parvient à contenir, avec une aide étrangère, des tentatives de sécession du Katanga, rebaptisé Shaba. A Kolwezi des parachutistes français et belges évacuent les ressortissants étrangers. La longue dictature du «roi Léopard» maintient l’intégrité territoriale de l’exZaïre mais mate toute opposition et ruine l’économie.

La RDC et les Kabila père puis fils

Au Zaïre comme hors de ses frontières, la rébellion s’organise. Un mouvement hétéroclite armé, soutenu par les États-Unis de Bill Clinton, l’Angola de Dos Santos et les armées rwandaises et ougandaises, se forme : l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). À sa tête, un ancien marxiste congolais, Laurent-Désiré Kabila.

Le 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir à Kinshasa. Il se proclame chef de l’Etat, après huit mois d’une rébellion partie de l’Est, soutenue notamment par le Rwanda, qui chasse le maréchal Mobutu. Il rebaptise le pays République démocratique du Congo. Affaibli par la crise économique et discrédité auprès des Occidentaux, le régime de Mobutu tombe. Le président déchu s’enfuit dans sa ville natale de Gbadolite, puis s’envole d’abord au Togo, puis au Maroc. Quelques mois plus tard, il meurt d’un cancer de la prostate alors que le Zaïre devient la République démocratique du Congo (RDC).

Le vent d’espoir qui avait soufflé lors des dernières années de l’ère Mobutu a vite tourné. Le multipartisme est supprimé et une nouvelle Constitution met le président à la tête des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Laurent-Désiré Kabila est aussi chef de l’armée, de l’administration et de la diplomatie.

Laurent-Désiré Kabila, d’une rébellion à l’autre

Le pays s’engage rapidement dans un conflit meurtrier. Car le nouveau chef d’État fait volte-face en 1998 et rompt avec ses anciens alliés rwandais et ougandais. En août, des révoltes éclatent dans le Kivu, à l’est. Elles dégénèrent vite en conflit régional : les forces gouvernementales, soutenues par l’Angola, la Namibie et le Zimbabwe, s’opposent à des rébellions appuyées par le Rwanda et l’Ouganda. La « Première Guerre mondiale africaine » fera 4 à 4,5 millions de personnes, selon l’International Rescue Committee. Elle durera jusqu’en 2003. Entretemps, Laurent-Désiré Kabila est assassiné, le 16 janvier 2001, et remplacé par son fils, Joseph, 28 ans, pour une période de transition.

En août 1998, une nouvelle rébellion éclate au Kivu (Est) avant de dégénérer en conflit régional, opposant forces gouvernementales, soutenues par l’Angola, la Namibie et le Zimbabwe, à des rébellions appuyées par le Rwanda et l’Ouganda.

 Joseph Kabila : crise politique et rébellions

Le 26 janvier 2001, Joseph Kabila succède à son père assassiné. Il est élu président en 2006 lors des premières élections libres depuis l’indépendance, puis réélu en 2011 lors d’élections marquées par des violences et des fraudes.

 En mai 2012 débute dans le Kivu la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23), surtout composé d’ex-rebelles congolais tutsi. Cette rébellion est vaincue fin 2013.

La guerre se prolongera jusqu’en 2003.

En 2015, la perspective d’un maintien au pouvoir de Kabila au-delà de son dernier mandat, qui s’achève en décembre 2016, déclenche de violentes manifestations avec des dizaines de morts.

 Les années de « glissement »

En décembre 2006, il est élu président au second tour devant Jean-Pierre Bemba avec 58 % des voix, lors des premières élections libres de la RDC depuis l’indépendance. Cinq ans plus tard, Joseph Kabila réitère. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) le proclame président, avec 48,95 % des voix. Malgré la contestation du chef de file de l’opposition Étienne Tshisekedi de l’UDPS, Joseph Kabila conserve le fauteuil présidentiel, au Palais de la nation.

  Une place qu’il s’évertuera à conserver à partir du 19 décembre 2016, date qui signe pourtant la fin de son mandat présidentiel. Des manifestations réclamant son départ sont sévèrement réprimées. Mais les autorités le martèlent : le pays est dans l’incapacité logistique d’organiser des élections. Une justification qui arrange bien Joseph Kabila, qui, pendant ce temps-là, peut conserver le pouvoir.

En septembre 2016, le Kasaï (centre) bascule dans la violence après la mort d’un chef coutumier tué par les forces de sécurité. Fin 2016, un accord politique permet à Kabila de rester jusqu’à des élections prévues fin 2017, mais le scrutin sera repoussé fin 2018. Plusieurs manifestations réclamant son départ sont sévèrement réprimées.

2019, arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi

Le 5 novembre 2017, après deux reports, la Ceni annonce une date pour des élections. Ce sera le 23 décembre 2018. Joseph Kabila, sous pression de la Communauté internationale, et interdit par la Constitution de se présenter à un troisième mandat, annonce ne pas être candidat. Il désigne à sa place un dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary. L’opposition, qui fait bloc au début, se divise. Félix Tshisekedi, avec l’appui de Vital Kamerhe, se désolidarise de Martin Fayulu, soutenu notamment par Jean-Pierre Bemba et le Katangais Moïse Katumbi, dont les candidatures n’ont pas été acceptées par le pouvoir. C’est finalement la coalition du fils d’Étienne Tshisekedi – décédé le 1er février 2017 –, Cap pour le changement (Cach), qui l’emporte, après des semaines de controverses.

Après des élections de décembre 2018, Félix Tsishekedi remplace Joseph Kabila à la tête de la RDC. «Certains estiment que cette date marque le début d’une nouvelle ère pour la RDC. Par contre, pour d’autres, l’arrivée de Félix Tshisekedi signe des changements de gouvernance et sociétaux.

2020-2021, entre espoirs et difficultés

Comme l’ensemble de la planète, la République Démocratique du Congo n’a pas été épargnée par l’épidémie du coronavirus. Touché dans un deuxième temps, le continent africain continue d’ailleurs de dénombrer contaminations et décès.

 En 2020, la RDC vit encore et toujours des temps compliqués. À l’est du pays, l’épidémie d’Ebola frappe les habitants. Dans le reste du pays, les groupes armés congolais et étrangers continuent de sévir. «Les conditions de vie restent difficiles, la monnaie est dépréciée, le peuple a du mal à joindre les deux bouts.

 Raymond Befonda

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Lumumba : des hommages à la figure tutélaire de l’indépendance du Congo

Né le 2 juillet 1925 à Onawa, dans la province du Sankuru, Patrice Emery Lumumba était un homme politique de premier plan qui incarnait l’espoir d’émancipation du Congo fraichement indépendant. Depuis son assassinat, le 17 janvier 1961, la République lui rend des hommages.

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Patrice Emery Lumumba fut le tout premier chef du gouvernement du Congo (actuelle République démocratique du Congo) durant trois mois après l’indépendance, acquise le 30 juin 1960. Avec Joseph Kasa-Vubu, premier président du Congo indépendant, Patrice s’illustra par son discours historique au Palais de la Nation lors de la rupture historique avec la Belgique le 30 juin 1960. A cette occasion, Léopoldville (devenue Kinshasa en 1966) est en liesse.
Le 17 janvier 1961, date de l’assassinat tragique de Patrice Emery Lumumba, est décrété jour de célébration nationale pour le pays. Il est fait Héros national depuis 1966 et dont la date de décès, le 17 janvier 1961, est décrétée jour férié. Ce lundi 17 janvier 2022, des hommages dus à son rang sont organisés à l’occasion des 61 ans d’anniversaire de sa disparition. Une messe d’action de grâce est prévue ce jour à la Cathédrale Notre Dame du Congo.

Comme chaque année, des dizaines de personnalités politiques, toutes les forces vives de la nation de différents horizons, ne dérogent nullement à la tradition. L’occasion est accordée à une forte affluence. Une foule compacte prend d’assaut, munie de gerbes des fleurs, la stèle de Lumumba érigée sur la Place dite de l’Echangeur, à Limete, à Kinshasa.
En septembre 1961, Lumumba est arrêté et démis de ses fonctions par le chef d’Etat-major de l’armée, Mobutu Sese Seko (à l’époque Joseph Désiré Mobutu). Il est assassiné dans l’ancienne province du Katanga (sud-est de la RDC) avec deux de ses collaborateurs, le 17 janvier 1961, à l’âge de 35 ans, par des colons belges avec une complicité locale.


Mémoire réhabilitée


Moins de 5 ans plus tard, Mobutu accède au pouvoir par un coup d’Etat et gouvernera le pays jusqu’en 1997. Devant soixante mille personnes, le général Mobutu a rendu un vibrant hommage à Patrice Lumumba qu’il a qualifié officiellement de héros national en 1966. « C’est parce qu’il avait parlé de l’indépendance économique qu’il a été tué. Nous voulons réhabiliter sa mémoire ». Le boulevard Léopold III sera débaptisé et portera désormais son nom. Un monument à sa mémoire sera érigé à l’entrée de la ville sur la route menant vers l’aéroport de N’djili. Puis le général Mobutu a demandé à l’énorme foule d’observer une minute de recueillement à la mémoire de Lumumba.
Provoquant un engouement international, cette mort a contribué à faire du leader congolais un Héros national en RD Congo, une icône du panafricanisme et de l’histoire des indépendances africaines. A l’heure de la commémoration de l’anniversaire de son décès il y a 61 ans, trois questions ont concouru de comprendre l’homme et sa lutte pour l’indépendance de son pays.
Prenant la parole après le roi Baudouin et Joseph Kasa-Vubu, Patrice Lumumba dénonce le fédéralisme comme une manœuvre néocolonialiste soutenue par la Belgique pour fragiliser le Congo fraichement indépendant.


« Sous le camouflage du mot fédéralisme, on veut opposer les populations du Congo […]. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est que ceux qui préconisent le fédéralisme, préconisent en réalité le séparatisme », dit-il. « Ce qui se passe au Katanga, ce sont quelques colons qui disent : ce pays devient indépendant et toutes ses richesses vont servir à cette grande nation, la nation des Nègres. Non, il faut le Katanga État indépendant, de telle manière que demain c’est le grand capitalisme qui va dominer les Africains », martèle Lumumba.

Cette prise de position allait sans doute sceller son sort. Il est mort assassiné le 17 janvier 1961 près d’Élisabethville au Katanga à l’âge de 35 ans. Il est considéré en République démocratique du Congo comme le premier « héros national » du pays et comme le père de l’indépendance congolaise.


Les circonstances de son assassinat


Au cours de sa brève carrière politique, Patrice Lumumba s’est mis à dos la Belgique ainsi que de nombreuses puissances occidentales en pleine guerre froide. Lumumba était déjà vu comme un agitateur depuis la création en octobre 1958 du Mouvement national congolais (MNC), un parti unitaire et radical revendiquant l’indépendance par la liquidation du régime colonial.


En décembre 1958, il avait assisté à la Conférence des peuples africains à Accra, qui constitua un tournant essentiel dans le cheminement de sa pensée politique. Il y rencontra, entre autres, le Ghanéen Kwame Nkrumah, le Guinéen Sékou Touré, le Camerounais Félix Roland Moumié et l’Antillo-Algérien Frantz Fanon, qui ont notamment en commun la lutte pour l’émancipation.


Son discours d’indépendance totale en 1960 dénonçant les abus de la politique coloniale belge fut considéré comme un affront. Sa prise de parole virulente a poussé la Belgique à soutenir l’indépendance du Katanga. S’en est suivi une série de tensions militaro-politique impliquant une panoplie d’acteurs y compris la participation présumée de l’OTAN, du M16 britannique et de la CIA.


Cette dernière organisation ira jusqu’à soutenir le coup de force militaire de Joseph Mobutu durant lequel Lumumba sera fait prisonnier. Transporté dans plusieurs lieux de détention, Patrice Lumumba et deux de ses partisans, Maurice Mpolo et Joseph Okito, seront assassinés en janvier 1961. Le mode opératoire ne sera officiellement connu qu’en 2003. Dans le documentaire télévisé CIA guerre sécrète, on explique enfin que Mobutu a fait dissoudre le corps de Lumumba dans de l’acide après l’avoir fait tuer.


A-t-il réellement été tué par un peloton d’exécution avec deux de ses ministres ? Officiellement, on ignore comment il a été tué mais il existe de nombreuses thèses et suppositions. Son corps n’a jamais été retrouvé et les circonstances exactes et le lieu d’exécution de sa mort n’ont jamais été entièrement élucidées et font toujours débat. Le rapport de la commission d’enquête du parlement belge de 2001 avait conclu à la « responsabilité morale » de la Belgique dans l’assassinat. Le gouvernement belge a présenté des excuses officielles en 2002.


En juillet 2020, un tribunal belge a décidé qu’une dent prélevée sur le cadavre de M. Lumumba devait être donnée à sa fille Juliana qui avait écrit une lettre au roi de Belgique pour demander sa restitution.

Raymond Befonda

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RDC : Frustration après un nouveau report du rapatriement des restes de Lumumba

La République démocratique du Congo a reporté à juin la cérémonie de restitution par la Belgique d’une « relique » de l’héros de l’indépendance du pays. Un nouveau report qui frustre la famille biologique du tout premier Premier ministre congolais.

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« La cérémonie de la remise de la dépouille est ajournée », annonce l’entourage d’Alexander de Croo, le Premier ministre belge. « Ajournée à la demande des autorités congolaises », ajoute la source citée par RFI. Initialement, la Belgique devait officiellement remettre le 21 juin 2021 au président Félix Tshisekedi une dent qu’un commissaire de police belge affirme avoir prélevée sur le corps de Lumumba lorsqu’il a contribué à le faire disparaître.

Mais à la veille de cette cérémonie qui précédait les 61 ans de l’accession du pays à l’indépendance, la Présidence congolaise avait annoncé le report des hommages à ces restes de Lumumba en raison d’une hausse « exponentielle » des cas de Covid-19 au 17 janvier 2022, date commémorant les 61 ans de la mort de Lumumba.

Et à quelques jours de l’événement, un nouveau report est annoncé. De quoi frustrer la famille biologique du héros national. Juliana Lumumba, la fille de cet ancien Premier ministre congolais dit avoir été prévenu récemment par l’ambassade de Belgique en RDC. Elle se dit d’ailleurs quelque peu « étonnée de » ne pas avoir été contactée directement pas les autorités congolaises. « On aurait aimé que les choses soient faites avec dignité et respect », regrette-t-elle. Juliana Lumumba apparaît d’autant plus amère que selon ses dires tout était prêt en Belgique pour l’évènement.

Oui, en Belgique en effet. Mais pas à Kinshasa et à Lumumbaville. Dans ces deux villes, les préparatifs sont à l’arrêt. Voilà pourquoi le report a été fait à la demande des autorités congolaises. A l’Echangeur de Limete, dans la capitale congolaise, où doit être érigée la sépulture du héros de l’indépendance, les travaux n’ont pas été achevés. Dans la province du Sankuru où une ville a été créée en son honneur, Lumumbaville, rien n’est fait pour rendre viable cette cité. Le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, qui séjourne dans ce coin du pays, devait « installer les autorités de Lumumbaville » ce jeudi 6 janvier 2022. Cette ville est née de l’agglomération de Wembo-Nyama. Elle est composée de deux communes : celle de Wembo-Nyama, du nom de l’entité où Patrice Emery Lumumba a passé sa petite enfance, et celle de Ewango dont fait partie Onawa, le village natal de cette illustre personnalité congolaise.

S’il faut s’en tenir au programme du 30 juin 2021, les reliques de Patrice Lumumba devaient également arriver à Shilatembo, village situé dans le Haut-Katanga où l’homme avait été assassiné. Là-bas aussi, il n’y a pas d’échos sur les travaux du site qui devait accueillir cette cérémonie.       

Heshima

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Alliances politiques en RDC :les côtés pile et face de la médaille

L’Union faisant la force. Les politiques congolais créent souvent des alliances ou des coalitions pour gagner la présidentielle ou obtenir la majorité parlementaire. Seulement, comme les alliés ne partagent pas forcément les mêmes centres d’intérêts, les rassemblements hétéroclites formés sont souvent sujets aux multiples tensions. Retour sur la longue histoire des alliances en RD Congo.

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 Malgré leur court moment d’existence, les alliances ont permis à pas mal de politiciens congolais d’atteindre leurs objectifs. C’est grâce notamment à ses alliés que Laurent-Désiré Kabila, dans le cadre de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), avait réussi à évincer le Président Mobutu, le 17 mai 1997.

En 2019, au terme des élections de décembre 2018, le Front commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le Changement (CACH) s’étaient entendus après six mois de négociations sur la formation d’une coalition, en signant un accord de gouvernance aux termes duquel 42 portefeuilles de l’Etat revenaient au premier et 23 au second. L’accord était signé entre Néhémie Mwilanya et Jean-Marc Kabund. En effet, Félix Tshisekedi était contraint car, lorsque la CENI l’avait déclaré vainqueur de la présidentielle le 10 janvier 2019, il n’avait pas pu remporter la majorité au Parlement. C’est le FCC de Joseph Kabila qui avait la quasi-totalité des sièges dans les deux chambres du Parlement, dans les Assemblées provinciales et même parmi les gouverneurs.

Toutefois, l’histoire politique congolaise est faite d’amour et de désamour entre politiciens, ce qui fait que les alliances se font et se défont régulièrement. Il est de coutume de retrouver les mêmes visages, le matin dans l’opposition et dans le camp présidentiel à midi, constat qui pousse d’aucuns à conclure que les alliances politiques se concluent davantage pour des intérêts partisans que pour le bien du peuple.

 Alliances, tout sauf un havre de paix

En réalité, les alliances et coalitions ne sont que des unions de façade, fragiles, au sein desquelles la cohabitation est souvent difficile. Comme l’illustre le deuxième discours du quinquennat du Président Félix Tshisekedi sur l’état de la Nation, prononcé en décembre 2020, les rivalités et querelles politiciennes prennent le dessus au sein de celles-ci au point de tout paralyser : « Malheureusement, la réalité des faits est que, malgré les efforts que j’ai déployés, les sacrifices que j’ai consentis et les humiliations que j’ai tolérées, cela n’a pas suffi à faire fonctionner harmonieusement cette coalition. Cela n’a pas non plus empêché l’émergence de difficultés de tous ordres au sein de celle-ci, rendant ainsi aléatoire la concrétisation du changement tant réclamé par notre peuple ».

 Avec le FCC-CACH, l’entente n’était toujours pas au rendez-vous dès le départ. Des sources concordantes indiquaient que, si le gouvernement issu de la première alter nance tardait, c’était à cause d’une mésentente entre les délégués du CACH et ceux du FCC. De Kingakati (Kinshasa) à Mbuela (Kongo central), les partenaires au pouvoir n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur le quota pour la composition du Gouvernement.

N’en pouvant plus, Fatshi prendra finalement la résolution de faire table-rase. « Face à cette situation qui menaçait à la longue le fonctionnement normal de nos Institutions dont Je suis le Garant, il me fallait absolument réagir, mieux agir», indiquera-t-il. Le 23 octobre 2020, Félix Tshisekedi avait lancé un appel à tous en vue d’un rassemblement dans une Union Sacrée de la Nation, ce avant d’engager des consultations. Pour le président Tshisekedi, le moment de « rompre avec (la) coalition FCC – CACH devenue paralysante pour l’action du Gouvernement » était venu.

 Par ailleurs, le cas de Modeste Bahati démontre aussi que les alliances connaissent souvent des soubresauts au sein d’elles. Autrefois, le manque d’unanimité autour de la personne qui devait briguer la présidence du Sénat était à la base des discordes au sein du FCC. N’ayant pas digéré le fait qu’Alexis Thambwe Mwamba ait été désigné comme candidat, Bahati Lukwebo dont le regroupement « Alliances des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) » est un poids lourd, avait préféré tourner casaque. Du coup, il avait traversé vers le camp de Félix Antoine Tshisekedi où l’Union sacrée de la Nation était en gestation.

Finalement, il a réussi à avoir ce qui lui était refusé au FCC.

 Le point de départ des alliances en RDC

Autour des années 1950, le vent des indépendances commence à souffler sur le continent africain, ne laissant pas indifférents quelques leaders et animateurs de différents cercles culturels au Congo. Ces derniers ne tarderont pas à sentir la nécessité de se constituer en groupes de réflexion et de pression afin de solliciter l’indépendance de leur pays. A la suite d’une succession des mouvements populaires, les leaders d’opinions congolais sont conviés à la table-ronde de Bruxelles avec leurs « homologues » belges. L’indépendance était dans la poche, une date était même proposée et actée. Une formalité doit cependant être remplie : les nouveaux dirigeants du Congo doivent être élus. C’est alors que de partis politiques œuvrant dans la plus grande clandestinité ainsi que des regroupements connus vont se joindre à quelques associations culturelles, voire claniques pour aller aux élections.

L’Alliance des bakongo (Abako) que dirigent dans l’ombre l’Abbé Loya et Kasa-Vubu, le Mouvement national congolais (MNC) de Lumumba, le Parti solidaire africain (PSA) d’Antoine Gizenga, etc. seront le fruit des premières alliances politiques au Congo. La première pierre devant construire l’édifice Congo, orphelin de ses belges concepteurs, a été posée sur une alliance Kasa-Vubu-Lumumba (Gizenga, Bolikango et autres).

Les alliances sous Joseph Kabila

En 2006, la RDC s’apprête à vivre ses premières élections générales, libres, transparentes et démocratiques. Joseph Kabila, président de la transition, est candidat à la présidentielle. Conscient des clivages sociaux existant, il lance son opération séduction à l’attention de quelques partis politiques aux idéologies proches de sa formation politique, le PPRD. Ainsi, l’Alliance pour le renouveau au Congo (ARC) d’Olivier Kamitatu, le Mouvement social pour le renouveau (MSR) de Pierre Lumbi Okongo et d’autres partis se joindront au PPRD afin de maximiser les chances d’obtenir une majorité présidentielle. L’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) est donc lancée et c’est tambour battant qu’elle va, dès l’entame des élections, à la conquête des sièges.

Kabila arrive en tête des élections au premier tour. Cependant, il n’a pas obtenu la majorité absolue, étant talonné de près par Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC). À ce stade, il n’est plus question de réfléchir par deux fois, les alliances s’imposent. Kabila en sait quelque chose, Bemba doit tenter le coup. Les proies sont connues: Antoine Gizenga, un des pères fondateurs de la Nation congolaise et président du Parti lumumbiste unifié (PALU) est arrivé 3ème au premier tour. Il est très populaire dans les provinces de l’ancien Bandundu et de Kinshasa. Nzanga Mobutu, un des fils du Maréchal déchu en 1997 par le père de Joseph Kabila, a, quant à lui, raflé la 4ème place grâce à sa prééminence dans la province de l’Équateur nostalgique de son défunt père Mobutu Sese Seko, et enfin, Oscar Kashala, ce médecin installé aux États-Unis, occupe la cinquième position. Kabila parvient à enrôler Gizenga et Nzanga, alors que Bemba n’aura que Kashala et d’autres candidats partenaires, mais qui ne pèsent malheureusement pas sur la balance. Kabila remporte le second tour.

Tout chemin mène à Rome !


Elu en 2011 pour un deuxième mandat, son dernier tel que le prévoit la Constitution congolaise, Kabila doit quitter le pouvoir en 2016. Et les opposants politiques ne sont pas prêts à le laisser finir son mandat en paix. Des réunions et des rencontres s’organisent à Gorée au Sénégal, à Ibiza en Espagne ou encore à Paris en France. La plus importante de ces rencontres a eu lieu en 2015 à Genval, une bourgade bruxelloise. Elle est présidée par Etienne Tshisekedi le légendaire opposant aux différents régimes d’après Kasa-Vubu et y prennent part la quasi-totalité des opposants congolais.

Kinshasa tremble et le camp Kabila tangue. L’AMP devenue MP quelques années auparavant va perdre quelques-uns de ses cadres, et ce ne sont guère des poids-plume : Olivier Kamitatu, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Dany Banza, José Endundo, Muando Nsimba que rejoint le célèbre et riche homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, exilé en Belgique après des démêlés avec la Justice congolaise. Que de grands noms qui ont décidé de quitter Kabila à qui ils reprochent d’être trop silencieux au sujet de son avenir politique. Ils s’en vont créer le Groupe des sept (G7) et rejoindre l’aréopage des opposants à Kabila.

Kabila ne dit mot et reste protégé par l’article 70 de la Constitution qui le maintient à son poste jusqu’à l’investiture d’un nouveau président. Une disposition qui trouvera tout son sens lorsque la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), dans un point de presse, déclarera son incapacité à organiser les élections en 2016, soit à l’expiration du dernier mandat de Kabila.

Le Congo est trempé de la tête aux pieds dans une sorte de crise de légitimité des institutions. Successivement deux dialogues seront organisés pour calmer le jeu, apaiser les esprits le temps que la Ceni organise les élections tant attendues. Un gouvernement chapeauté par l’opposant Samy Badibanga, transfuge de l’UDPS de Tshisekedi sera investi en 2016 avant d’être remplacé en 2017, juste quelques mois après par   celui de Bruno Tshibala, un autre bras droit d’Etienne Tshisekedi, décédé en février 2017.

Le camp présidentiel peut souffler, mais l’opposition qui a perdu quelques-uns de ses cadres n’abdique pas. Avec un Katumbi à qui certaines presses attribuent des milliards en banque, l’opposition n’arrête pas de rugir. À la mi-2017, Katumbi déplace une bonne partie des opposants, ils sont venus d’Europe, d’Amérique et de Kinshasa et ont posé leurs valises à Johannesburg pour parler du Congo.

À l’issue de ce grand forum, il sera décidé la création d’une grande plateforme : Ensemble pour le changement. Cette fois-ci Katumbi ne se cache pas, c’est lui qui en est le patron. À Kinshasa, Kamerhe dont le parti est signataire des accords issus des dialogues de l’Union africaine et du Centre interdiocésain, n’est plus en odeur de sainteté avec Kabila. Il met un terme à leur partenariat, sans cependant convaincre ses lieutenants ayant juré fidélité à Kabila.

 Le Front commun pour le Congo !


Dans un entretien avec son premier ministre Bruno Tshibala, Joseph Kabila pique ce dernier : «… maintenant que nous travaillons ensemble, devons-nous continuer à nous considérer comme ennemis ou nous pouvons nous associer dans une grande famille ? ». Une question qui n’a su trouver de réponse séance tenante, mais qui aura dérangé tous les rêves de Tshibala.

En 2018, après de nombreuses réunions sous forme de derniers réglages, tous les opposants politiques prenant part au Gouvernement Tshibala dont José Makila, Jean-Lucien Busa, Oly Ilunga, Ingele Ifoto, Basile Olongo et bien d’autres optent pour une alliance avec la Majorité présidentielle (MP). Un mastodonte voit le jour, c’est le Front commun pour le Congo, un ensemble des plateformes et partis politiques réunis autour de Joseph Kabila. Certains approuvent cette initiative tandis que d’autres n’y adhèrent pas. Ainsi, Lisanga Bonganga, pourtant membre du gouvernement Tshibala et Kin-Kiey Mulumba, Kabiliste invétéré, ne signeront pas la charte créant le FCC. Kin-Kiey refusera même de soutenir Ramazani Shadary, le candidat désigné pour le compte du FCC.

Genève, un amour s’est brisé !

 Lorsque la Ceni avait annoncé la date des élections, rassurant que celles-ci se tiendront sans ambages en décembre 2018, l’opposition politique s’était de manière assez étonnante unie. En octobre 2018, les 7 ténors de l’Opposition, à savoir Vital Kamerhe, Jean-Pierre Bemba, Félix Tshisekedi, Freddy Matungulu, Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Adolphe Muzito se réunissent afin de se choisir un candidat commun à la présidentielle… C’est Lamuka qui naissait.

Les Congolais s’étaient émerveillés à l’idée que ces politiques, certains agacés par la tête de Kabila et d’autres désireux de gérer autrement le Congo, puissent désigner un candidat commun. Avec l’implication de la Fondation Kofi Annan et autour d’Allan Dos, les opposants réunis à Genève, en Suisse, se choisirent Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe qui avaient signé les lettres d’engagement se retireront le lendemain de l’accord signé. Le prétexte avancé était le refus de leurs militants respectifs. Les deux vont se retrouver quelques jours plus tard à Nairobi au Kenya, ce pays touristique de l’Est de l’Afrique pour décider, qui des deux sera candidat à la présidentielle.

 Heshima Magazine

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