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Alliances politiques en RDC :les côtés pile et face de la médaille

L’Union faisant la force. Les politiques congolais créent souvent des alliances ou des coalitions pour gagner la présidentielle ou obtenir la majorité parlementaire. Seulement, comme les alliés ne partagent pas forcément les mêmes centres d’intérêts, les rassemblements hétéroclites formés sont souvent sujets aux multiples tensions. Retour sur la longue histoire des alliances en RD Congo.

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 Malgré leur court moment d’existence, les alliances ont permis à pas mal de politiciens congolais d’atteindre leurs objectifs. C’est grâce notamment à ses alliés que Laurent-Désiré Kabila, dans le cadre de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), avait réussi à évincer le Président Mobutu, le 17 mai 1997.

En 2019, au terme des élections de décembre 2018, le Front commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le Changement (CACH) s’étaient entendus après six mois de négociations sur la formation d’une coalition, en signant un accord de gouvernance aux termes duquel 42 portefeuilles de l’Etat revenaient au premier et 23 au second. L’accord était signé entre Néhémie Mwilanya et Jean-Marc Kabund. En effet, Félix Tshisekedi était contraint car, lorsque la CENI l’avait déclaré vainqueur de la présidentielle le 10 janvier 2019, il n’avait pas pu remporter la majorité au Parlement. C’est le FCC de Joseph Kabila qui avait la quasi-totalité des sièges dans les deux chambres du Parlement, dans les Assemblées provinciales et même parmi les gouverneurs.

Toutefois, l’histoire politique congolaise est faite d’amour et de désamour entre politiciens, ce qui fait que les alliances se font et se défont régulièrement. Il est de coutume de retrouver les mêmes visages, le matin dans l’opposition et dans le camp présidentiel à midi, constat qui pousse d’aucuns à conclure que les alliances politiques se concluent davantage pour des intérêts partisans que pour le bien du peuple.

 Alliances, tout sauf un havre de paix

En réalité, les alliances et coalitions ne sont que des unions de façade, fragiles, au sein desquelles la cohabitation est souvent difficile. Comme l’illustre le deuxième discours du quinquennat du Président Félix Tshisekedi sur l’état de la Nation, prononcé en décembre 2020, les rivalités et querelles politiciennes prennent le dessus au sein de celles-ci au point de tout paralyser : « Malheureusement, la réalité des faits est que, malgré les efforts que j’ai déployés, les sacrifices que j’ai consentis et les humiliations que j’ai tolérées, cela n’a pas suffi à faire fonctionner harmonieusement cette coalition. Cela n’a pas non plus empêché l’émergence de difficultés de tous ordres au sein de celle-ci, rendant ainsi aléatoire la concrétisation du changement tant réclamé par notre peuple ».

 Avec le FCC-CACH, l’entente n’était toujours pas au rendez-vous dès le départ. Des sources concordantes indiquaient que, si le gouvernement issu de la première alter nance tardait, c’était à cause d’une mésentente entre les délégués du CACH et ceux du FCC. De Kingakati (Kinshasa) à Mbuela (Kongo central), les partenaires au pouvoir n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur le quota pour la composition du Gouvernement.

N’en pouvant plus, Fatshi prendra finalement la résolution de faire table-rase. « Face à cette situation qui menaçait à la longue le fonctionnement normal de nos Institutions dont Je suis le Garant, il me fallait absolument réagir, mieux agir», indiquera-t-il. Le 23 octobre 2020, Félix Tshisekedi avait lancé un appel à tous en vue d’un rassemblement dans une Union Sacrée de la Nation, ce avant d’engager des consultations. Pour le président Tshisekedi, le moment de « rompre avec (la) coalition FCC – CACH devenue paralysante pour l’action du Gouvernement » était venu.

 Par ailleurs, le cas de Modeste Bahati démontre aussi que les alliances connaissent souvent des soubresauts au sein d’elles. Autrefois, le manque d’unanimité autour de la personne qui devait briguer la présidence du Sénat était à la base des discordes au sein du FCC. N’ayant pas digéré le fait qu’Alexis Thambwe Mwamba ait été désigné comme candidat, Bahati Lukwebo dont le regroupement « Alliances des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) » est un poids lourd, avait préféré tourner casaque. Du coup, il avait traversé vers le camp de Félix Antoine Tshisekedi où l’Union sacrée de la Nation était en gestation.

Finalement, il a réussi à avoir ce qui lui était refusé au FCC.

 Le point de départ des alliances en RDC

Autour des années 1950, le vent des indépendances commence à souffler sur le continent africain, ne laissant pas indifférents quelques leaders et animateurs de différents cercles culturels au Congo. Ces derniers ne tarderont pas à sentir la nécessité de se constituer en groupes de réflexion et de pression afin de solliciter l’indépendance de leur pays. A la suite d’une succession des mouvements populaires, les leaders d’opinions congolais sont conviés à la table-ronde de Bruxelles avec leurs « homologues » belges. L’indépendance était dans la poche, une date était même proposée et actée. Une formalité doit cependant être remplie : les nouveaux dirigeants du Congo doivent être élus. C’est alors que de partis politiques œuvrant dans la plus grande clandestinité ainsi que des regroupements connus vont se joindre à quelques associations culturelles, voire claniques pour aller aux élections.

L’Alliance des bakongo (Abako) que dirigent dans l’ombre l’Abbé Loya et Kasa-Vubu, le Mouvement national congolais (MNC) de Lumumba, le Parti solidaire africain (PSA) d’Antoine Gizenga, etc. seront le fruit des premières alliances politiques au Congo. La première pierre devant construire l’édifice Congo, orphelin de ses belges concepteurs, a été posée sur une alliance Kasa-Vubu-Lumumba (Gizenga, Bolikango et autres).

Les alliances sous Joseph Kabila

En 2006, la RDC s’apprête à vivre ses premières élections générales, libres, transparentes et démocratiques. Joseph Kabila, président de la transition, est candidat à la présidentielle. Conscient des clivages sociaux existant, il lance son opération séduction à l’attention de quelques partis politiques aux idéologies proches de sa formation politique, le PPRD. Ainsi, l’Alliance pour le renouveau au Congo (ARC) d’Olivier Kamitatu, le Mouvement social pour le renouveau (MSR) de Pierre Lumbi Okongo et d’autres partis se joindront au PPRD afin de maximiser les chances d’obtenir une majorité présidentielle. L’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) est donc lancée et c’est tambour battant qu’elle va, dès l’entame des élections, à la conquête des sièges.

Kabila arrive en tête des élections au premier tour. Cependant, il n’a pas obtenu la majorité absolue, étant talonné de près par Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC). À ce stade, il n’est plus question de réfléchir par deux fois, les alliances s’imposent. Kabila en sait quelque chose, Bemba doit tenter le coup. Les proies sont connues: Antoine Gizenga, un des pères fondateurs de la Nation congolaise et président du Parti lumumbiste unifié (PALU) est arrivé 3ème au premier tour. Il est très populaire dans les provinces de l’ancien Bandundu et de Kinshasa. Nzanga Mobutu, un des fils du Maréchal déchu en 1997 par le père de Joseph Kabila, a, quant à lui, raflé la 4ème place grâce à sa prééminence dans la province de l’Équateur nostalgique de son défunt père Mobutu Sese Seko, et enfin, Oscar Kashala, ce médecin installé aux États-Unis, occupe la cinquième position. Kabila parvient à enrôler Gizenga et Nzanga, alors que Bemba n’aura que Kashala et d’autres candidats partenaires, mais qui ne pèsent malheureusement pas sur la balance. Kabila remporte le second tour.

Tout chemin mène à Rome !


Elu en 2011 pour un deuxième mandat, son dernier tel que le prévoit la Constitution congolaise, Kabila doit quitter le pouvoir en 2016. Et les opposants politiques ne sont pas prêts à le laisser finir son mandat en paix. Des réunions et des rencontres s’organisent à Gorée au Sénégal, à Ibiza en Espagne ou encore à Paris en France. La plus importante de ces rencontres a eu lieu en 2015 à Genval, une bourgade bruxelloise. Elle est présidée par Etienne Tshisekedi le légendaire opposant aux différents régimes d’après Kasa-Vubu et y prennent part la quasi-totalité des opposants congolais.

Kinshasa tremble et le camp Kabila tangue. L’AMP devenue MP quelques années auparavant va perdre quelques-uns de ses cadres, et ce ne sont guère des poids-plume : Olivier Kamitatu, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Dany Banza, José Endundo, Muando Nsimba que rejoint le célèbre et riche homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, exilé en Belgique après des démêlés avec la Justice congolaise. Que de grands noms qui ont décidé de quitter Kabila à qui ils reprochent d’être trop silencieux au sujet de son avenir politique. Ils s’en vont créer le Groupe des sept (G7) et rejoindre l’aréopage des opposants à Kabila.

Kabila ne dit mot et reste protégé par l’article 70 de la Constitution qui le maintient à son poste jusqu’à l’investiture d’un nouveau président. Une disposition qui trouvera tout son sens lorsque la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), dans un point de presse, déclarera son incapacité à organiser les élections en 2016, soit à l’expiration du dernier mandat de Kabila.

Le Congo est trempé de la tête aux pieds dans une sorte de crise de légitimité des institutions. Successivement deux dialogues seront organisés pour calmer le jeu, apaiser les esprits le temps que la Ceni organise les élections tant attendues. Un gouvernement chapeauté par l’opposant Samy Badibanga, transfuge de l’UDPS de Tshisekedi sera investi en 2016 avant d’être remplacé en 2017, juste quelques mois après par   celui de Bruno Tshibala, un autre bras droit d’Etienne Tshisekedi, décédé en février 2017.

Le camp présidentiel peut souffler, mais l’opposition qui a perdu quelques-uns de ses cadres n’abdique pas. Avec un Katumbi à qui certaines presses attribuent des milliards en banque, l’opposition n’arrête pas de rugir. À la mi-2017, Katumbi déplace une bonne partie des opposants, ils sont venus d’Europe, d’Amérique et de Kinshasa et ont posé leurs valises à Johannesburg pour parler du Congo.

À l’issue de ce grand forum, il sera décidé la création d’une grande plateforme : Ensemble pour le changement. Cette fois-ci Katumbi ne se cache pas, c’est lui qui en est le patron. À Kinshasa, Kamerhe dont le parti est signataire des accords issus des dialogues de l’Union africaine et du Centre interdiocésain, n’est plus en odeur de sainteté avec Kabila. Il met un terme à leur partenariat, sans cependant convaincre ses lieutenants ayant juré fidélité à Kabila.

 Le Front commun pour le Congo !


Dans un entretien avec son premier ministre Bruno Tshibala, Joseph Kabila pique ce dernier : «… maintenant que nous travaillons ensemble, devons-nous continuer à nous considérer comme ennemis ou nous pouvons nous associer dans une grande famille ? ». Une question qui n’a su trouver de réponse séance tenante, mais qui aura dérangé tous les rêves de Tshibala.

En 2018, après de nombreuses réunions sous forme de derniers réglages, tous les opposants politiques prenant part au Gouvernement Tshibala dont José Makila, Jean-Lucien Busa, Oly Ilunga, Ingele Ifoto, Basile Olongo et bien d’autres optent pour une alliance avec la Majorité présidentielle (MP). Un mastodonte voit le jour, c’est le Front commun pour le Congo, un ensemble des plateformes et partis politiques réunis autour de Joseph Kabila. Certains approuvent cette initiative tandis que d’autres n’y adhèrent pas. Ainsi, Lisanga Bonganga, pourtant membre du gouvernement Tshibala et Kin-Kiey Mulumba, Kabiliste invétéré, ne signeront pas la charte créant le FCC. Kin-Kiey refusera même de soutenir Ramazani Shadary, le candidat désigné pour le compte du FCC.

Genève, un amour s’est brisé !

 Lorsque la Ceni avait annoncé la date des élections, rassurant que celles-ci se tiendront sans ambages en décembre 2018, l’opposition politique s’était de manière assez étonnante unie. En octobre 2018, les 7 ténors de l’Opposition, à savoir Vital Kamerhe, Jean-Pierre Bemba, Félix Tshisekedi, Freddy Matungulu, Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Adolphe Muzito se réunissent afin de se choisir un candidat commun à la présidentielle… C’est Lamuka qui naissait.

Les Congolais s’étaient émerveillés à l’idée que ces politiques, certains agacés par la tête de Kabila et d’autres désireux de gérer autrement le Congo, puissent désigner un candidat commun. Avec l’implication de la Fondation Kofi Annan et autour d’Allan Dos, les opposants réunis à Genève, en Suisse, se choisirent Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe qui avaient signé les lettres d’engagement se retireront le lendemain de l’accord signé. Le prétexte avancé était le refus de leurs militants respectifs. Les deux vont se retrouver quelques jours plus tard à Nairobi au Kenya, ce pays touristique de l’Est de l’Afrique pour décider, qui des deux sera candidat à la présidentielle.

 Heshima Magazine

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Accords de Washington : la mise en œuvre traîne, un an après…

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Signés le 27 juin 2025 et entérinés, six mois plus tard, par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, dans un climat de fortes tensions, les accords de Washington n’ont toujours pas produit les effets escomptés. Un an après leur signature, la paix reste hors de portée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Leur mise en œuvre patine et paraît de plus en plus hypothétique, malgré les sanctions infligées au Rwanda par les États-Unis.

Après plusieurs cycles de discussions sans résultats décisifs, le processus de désescalade engagé entre Kinshasa et Kigali semble s’être enlisé. Pourtant, les deux parties poursuivent leurs rencontres dans le cadre des mécanismes prévus par l’accord. Le 24 juin 2026, lors de la sixième réunion du Comité mixte de surveillance (CMS), les deux délégations ont réaffirmé leur volonté d’accélérer la mise en œuvre de l’accord afin de réduire les tensions dans l’est de la RDC.

Mais sur le terrain, les avancées restent limitées. Selon le Baromètre des accords de paix en Afrique, un an après leur signature, les accords de Washington n’ont été mis en œuvre qu’à hauteur de 35 %. Sur les 30 engagements prévus, seuls trois ont été pleinement réalisés, notamment la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire et du Comité mixte de surveillance. Tous les autres volets accusent un retard important.

Le Baromètre relève toutefois quelques progrès. Du côté congolais, les opérations de neutralisation des FDLR, lancées à la fin du mois de mars 2026, obtiennent une note de 5 sur 10. En revanche, du côté rwandais, le retrait des troupes et la levée des mesures défensives n’atteignent qu’un score de 2,5 sur 10. Il apparaît également un profond déséquilibre dans les priorités d’exécution. Les engagements sécuritaires les plus sensibles restent pratiquement au point mort. Le déficit de confiance entre les deux parties continue de freiner la coopération et favorise la poursuite des hostilités sur le terrain.

Le Rwanda renforce sa présence

Alors que Kigali s’était engagé à retirer ses forces du territoire congolais et à lever certaines mesures défensives, plusieurs rapports indiquent au contraire un renforcement de sa présence militaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les autorités rwandaises justifient ce maintien par la menace persistante que représenteraient les FDLR et par la nécessité de préserver leur sécurité. Dans un rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, le Groupe d’experts indique que, depuis le lancement du processus de Doha en mars 2025, les territoires contrôlés par l’AFC/M23 se sont étendus de plus de 35 %. Le même rapport estime qu’entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais restent déployés dans l’est de la RDC.

Les sanctions américaines montrent leurs limites

Parallèlement, les négociations menées à Doha, sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, peinent-elles aussi à produire des résultats concrets. De même, la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis sur Kigali ne semble pas modifier le rapport de force sur le terrain. Washington a pourtant multiplié les sanctions contre des responsables rwandais accusés de soutenir l’AFC/M23 ou de tirer profit de l’exploitation illégale des ressources minières congolaises.

En juin dernier, les États-Unis ont sanctionné plusieurs ressortissants rwandais soupçonnés de participer au trafic d’or extrait illégalement dans l’est de la RDC. La raffinerie Gasabo Gold Refinery Ltd, basée à Kigali, ainsi que plusieurs membres de son réseau, sont accusés de blanchir cet or. « Les États-Unis ne permettront pas à des acteurs malveillants de tirer profit du commerce illicite des minerais et de déstabiliser la région », a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Quelques mois auparavant, l’administration Trump avait déjà pris des sanctions contre plusieurs officiers supérieurs des Forces de défense rwandaises. 

Malgré ces mesures, Kigali ne donne aucun signe de recul. Le porte-parole de l’armée rwandaise, le brigadier-général Patrick Karuretwa, lui-même visé par des sanctions américaines, a déclaré sur un plateau de télévision que « le Rwanda est à Goma et à Bukavu pour y rester ; se retirer serait suicidaire ».

Autre paradoxe : James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain en 2025 pour son rôle présumé dans le soutien au M23 et dans l’exploitation des ressources minières congolaises, a été promu ministre d’État chargé de l’Intégration régionale. Il est aujourd’hui l’interlocuteur officiel du Rwanda pour le volet économique des accords de Washington, pourtant parrainés par les États-Unis.

Le dialogue comme alternative

Face aux difficultés rencontrées par les initiatives diplomatiques, plusieurs acteurs politiques et organisations de la société civile congolaises plaident désormais en faveur d’un dialogue national inclusif. Pour eux, un dialogue interne pourrait permettre de consolider les accords de Washington en abordant d’autres causes profondes de la crise, notamment les questions de gouvernance, de cohésion nationale et de légitimité des institutions. « Sans dialogue national inclusif, Washington et Doha ne mèneront pas à une paix durable », ont notamment affirmé plusieurs organisations de la société civile.

Dans cette perspective, le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a reçu, le 7 juillet 2026, une délégation de responsables politiques congolais ainsi que des représentants de la CENCO, de l’ECC et des Églises de réveil. À l’issue des échanges, le chef de l’État burundais a insisté sur la nécessité d’un dialogue inclusif. La coalition C64 lui a, pour sa part, réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution du 18 février 2006.

Mais le consensus est encore loin d’être trouvé. Majorité et opposition divergent aussi bien sur les participants que sur le contenu du futur dialogue. Le pouvoir refuse que ce cadre serve de « blanchisserie » à ceux qui ont pris les armes contre la République, tandis que les responsables religieux plaident pour une participation sans exclusion.

Sur le fond également, les positions restent éloignées. Certains souhaitent un dialogue centré sur la cohésion nationale, d’autres veulent remettre sur la table l’ensemble de l’ordre politique issu des élections de 2023. Pour Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), le dialogue est devenu incontournable. Mais, prévient-il, il ne devra pas occulter les impératifs de justice et de lutte contre l’impunité.

Hubert Mwipatayi

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OIF : La bataille d’ambitions se déclenche en RDC

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À l’approche de la fin du second mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les lignes commencent à bouger en République démocratique du Congo. Kinshasa a annoncé son intention de présenter un candidat à la prochaine élection alors que Kigali compte maintenir Mushikiwabo pour un troisième mandat. Depuis, une bataille des ambitions se déclenche en République démocratique du Congo (RDC) et des noms circulent déjà.

La succession de Louise Mushikiwabo, dont le mandat arrive à échéance en 2026, ouvre une nouvelle phase de tractations au sein de l’OIF. En RDC, pays au poids démographique et linguistique majeur dans l’espace francophone, la perspective de voir émerger un candidat national suscite un intérêt croissant, tant dans les sphères politiques que diplomatiques.

Plus grand pays francophone du monde par le nombre de locuteurs, la RDC estime disposer d’une légitimité naturelle pour briguer le poste de secrétaire général. Plusieurs profils circulent déjà dans les cercles de pouvoir : anciens ministres, diplomates chevronnés ou figures issues des organisations internationales. Pour l’heure, aucun nom n’est officiellement avancé, mais les consultations internes se multiplient. Cette effervescence intervient dans un contexte africain particulier. Après deux mandats consécutifs confiés à une ressortissante rwandaise, soutenue à l’époque par la France, de nombreux États africains plaident pour une alternance équilibrée, tenant compte à la fois des régions et des sensibilités politiques. La RDC pourrait ainsi apparaître comme un compromis crédible, à condition de rallier un large consensus. Mais au-delà de tout, le mot de Paris sur l’élection du secrétaire général est non négligeable.  

Chez Macron, Tshisekedi a-t-il eu le feu vert de Paris ?

De retour de Davos le 21 janvier et après une escale privée à Bruxelles, le chef de l’Etat congolais s’était rendu le 23 janvier à Paris. Lors de ce court séjour, le président Tshisekedi a eu un déjeuner avec son homologue français Emmanuel Macron. Au cours des échanges, d’aucuns pensent que la question de l’OIF a été aussi abordée au-delà des questions bilatérales et celles relatives à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs. Juste après cette visite, Crispin Mbadu, ministre délégué près le ministre des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, a annoncé, le 30 janvier 2026, au conseil des ministres, l’intention de la RDC de présenter un candidat à la tête de cette organisation internationale.

À travers madame Louise Mushikiwabo, le Rwanda veut obtenir un troisième mandat à la tête de cette organisation francophone. Mais en réponse à cette candidature, la RDC a décidé de positionner son propre candidat. Et l’entente entre Kinshasa et Paris sur ce point semble avoir eu lieu. Ce qui risque d’ouvre également une bataille diplomatique entre Kinshasa et Kigali.

Mais la RDC semble désormais avoir une certitude sur sa candidature. « La francophonie est un processus, une élection. Ce ne sont pas des pays qui se présentent, mais des candidats. La France, à ce stade, est ouverte évidemment à toutes les candidatures, les candidatures qui peuvent se faire, si je ne me trompe pas, jusqu’au 15 mai. Nous serons évidemment très attentifs à ce processus », a déclaré Éléonore Caroit,ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, lors de son séjour à Kinshasa. D’après elle, « l’important pour nous, c’est que la RDC joue pleinement son rôle au sein de la francophonie ». 

Avant le choix de Fatshi, la bataille s’annonce rude 

Bien que le chef de l’Etat congolais devrait trancher sur le profil idoine, la bataille s’annonce cependant rude. Dans un contexte d’extrême tension entre Kinshasa et Kigali, qui soutient les rebelles de l’AFC/M23 dans l’est du Congo, Félix Tshisekedi a décidé de riposter en présentant une candidature concurrente pour le poste de secrétaire. Des noms sont immédiatement cités dans la foulée. C’est le cas de Christophe Lutundula, ancien ministre des Affaires étrangères de Félix Tshisekedi, madame Thérèse Kayikwamba Wagner, l’actuelle cheffe de la diplomatie congolaise est également citée aux côtés d’un troisième nom : Isidore Kwandja Ngembo. Ce dernier a été à la coordination nationale des 9èmes Jeux de la Francophonie en juillet et août 2023.

Mais deux noms semblent avoir percer en haut lieu. C’est d’abord celui du prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege et l’ancien ministre des Finances, Freddy Matungulu. À Kinshasa, le défi est donc double : désigner un candidat fédérateur et construire une diplomatie offensive capable de convaincre au-delà des alliances traditionnelles. L’OIF, souvent perçue comme une institution symbolique, est devenue un véritable enjeu de soft power, où chaque élection révèle les rapports de force du monde francophone. D’ailleurs, l’élection d’une Rwandaise à la tête de cette organisation a frustré plus d’un au sein de cet espace. Le Rwanda étant devenu un pays anglophone et membre à part entière du Commonwealth, cette élection de Louise Mushikiwabo avait égratigné l’image de l’OIF au sein de l’espace francophone.  

Denis Mukwege, profil sérieux et une voix morale

Son nom revient en boucle depuis 72 heures. Médecin gynécologue, militant infatigable des droits humains et prix Nobel de la paix, Denis Mukwege incarne depuis plus de deux décennies une voix morale majeure en République démocratique du Congo et bien au-delà. L’engagement de cet homme dépasse le cadre de la médecine. Né le 1er mars 1955 à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a été formé à la médecine au Burundi puis spécialisé en gynécologie obstétrique en France. Il rentre en RDC au début des années 1990, alors que le pays bascule dans une spirale de conflits armés. En 1999, il fonde l’hôpital de Panzi, à Bukavu. L’établissement devient rapidement un refuge pour des milliers de femmes victimes de violences sexuelles, utilisées comme armes de guerre dans l’est du pays.

Au-delà des soins chirurgicaux, le docteur Mukwege développe une approche holistique de la prise en charge : soutien psychologique, accompagnement juridique et réinsertion socio-économique. Cette vision globale, innovante à l’époque, fait de Panzi un modèle reconnu internationalement. En 2023, Mukwege s’essaie en politique et se porte candidat président de la République. Malgré sa défaite lors de la présidentielle remportée par Félix Tshisekedi, l’homme n’a pas cessé de défendre les causes du pays notamment la crise dans l’Est de la République.     

Freddy Matungulu, un profil de discipline  

Ancien ministre des Finances, professeur d’université et figure de l’opposition congolaise, Freddy Matungulu incarne depuis plus de deux décennies une parole rare dans le paysage politique du pays : celle de la rigueur économique et de l’éthique publique. Né à Kinshasa, Freddy Matungulu s’est d’abord fait connaître loin des tribunes politiques. Docteur en économie, il mène une carrière universitaire et internationale, travaillant notamment avec des institutions financières et des organisations de développement. Cette trajectoire technocratique le propulse en 2001 au ministère des Finances, dans un contexte de transition politique et de reconstruction économique post-conflit.

À la tête de ce portefeuille stratégique, Matungulu tente d’imposer des principes de discipline budgétaire et de transparence, dans un environnement institutionnel encore fragile. Son passage, bref mais marquant, lui vaut une réputation d’homme austère, peu enclin aux compromis, mais respecté pour sa compétence. Après son départ du gouvernement, il revient à l’enseignement et à la réflexion économique, tout en prenant progressivement position dans le débat public.

C’est dans l’opposition politique qu’il se forge une nouvelle identité. Fondateur et leader du parti Congo Na Biso (CNB), Freddy Matungulu défend une vision centrée sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la responsabilisation des élites. Ce parti a prôné l’alternance démocratique et a soutenu la candidature de Matungulu lors de la présidentielle de 2018, avant d’intégrer la coalition LAMUKA. Après ce scrutin remporté par Félix Tshisekedi, ce dernier va proposer sa candidature à la Banque africaine de développement (BAD).     

Thérèse Kayikwamba, la pièce maitresse de la diplomatie

Figure montante de la diplomatie congolaise, l’actuelle ministre d’État, ministre des Affaires étrangères de la RDC incarne une nouvelle génération de leadership congolais, à la croisée du multilatéralisme, de la rigueur technocratique et de l’engagement politique. Née au pays et formée dans de prestigieuses institutions académiques internationales, Thérèse Kayikwamba Wagner s’est imposée au fil des années comme l’un des visages les plus crédibles de la diplomatie congolaise. Son parcours, marqué par une solide expertise en relations internationales et en gouvernance, la distingue dans un paysage politique longtemps dominé par des profils traditionnels.

Avant son entrée au gouvernement, elle s’illustre au sein d’organisations multilatérales et de centres de réflexion stratégiques, notamment aux Nations unies, où elle travaille sur les questions de paix, de sécurité et de prévention des conflits. Cette expérience internationale affine sa lecture des rapports de force mondiaux et renforce sa capacité à défendre les intérêts congolais dans des enceintes souvent complexes. Elle est actuellement la pièce maitresse de la diplomatie du pays. Ce qui fait dire à certains que Félix Tshisekedi aura du mal à la laisser filer à l’OIF. 

Isidore Kwandja, l’homme des Jeux de la Francophonie 

Ce natif de Banga, localité située dans le territoire d’Ilebo au Kasaï, a effectué ses études secondaires à Tshikapa, l’actuel chef-lieu de sa province d’origine. Il a poursuivi ses études universitaires à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa où il a obtenu une licence en histoire. Isidore Kwandja est allé ensuite à l’Université catholique de Kinshasa où il a décroché un diplôme d’études supérieures en économie du développement. Avide d’approfondir ses études, il ne va pas s’arrêter là. Il s’est envolé pour la Belgique où il a emporté deux masters, dont l’un en développement international à l’Université catholique de Louvain et un autre en droit international, à l’Université Saint Louis de Bruxelles, avait retracé Heshima Magazine dans un portrait qui lui a été réservé. Après son passage en Belgique, toujours dans sa quête de perfection, il s’est retrouvé au Canada où il va gagner haut la main deux autres masters dont, l’un en administration publique, à l’École nationale d’administration publique et l’autre en sciences politiques, à l’Université d’Ottawa.

Son ambition ne se limitant pas là, il a également obtenu un nouveau diplôme en éthique publique à l’université Saint-Paul à Ottawa. Il parfait actuellement ses connaissances au cycle doctoral, toujours dans cette même université. Et c’est bardé de tous ces titres universitaires, qu’il entame sa carrière au Canada.

Une expérience professionnelle solide

Dans ce pays, où il a évolué pendant plus d’une décennie, Isidore Kwandja a accumulé une grande expérience professionnelle. Il a travaillé pendant 15 années au sein de l’administration publique canadienne. Il a notamment exercé comme analyste des politiques publiques à la Direction des Affaires internationales du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada.

Il a été également chargé d’analyse des politiques environnementales de dix pays membres de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), à savoir l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. Spécialisé en management des organisations publiques, en gestion axée sur les résultats et réforme des administrations publiques, Isidore Kwandja a aussi travaillé comme analyste des politiques publiques dans plusieurs autres ministères du gouvernement fédéral du Canada. Avec la Francophonie, il a une expérience particulière : celle d’avoir coordonné au niveau national les 9èmes Jeux de la Francophonie. Une expérience dont il n’hésite pas de brandir comme un atout pour être présenté comme candidat de la RDC au poste de secrétaire général de l’OIF.       

Christophe Lutundula, l’expérience politique 

Juriste de formation, parlementaire chevronné et ancien chef de la diplomatie congolaise, Christophe Lutundula Apala incarne une figure discrète mais centrale de la vie politique de la RDC, marquée par la constance, le dialogue et le sens de l’État. Né en 1960, Christophe Lutundula se forge très tôt une réputation d’intellectuel rigoureux. Docteur en droit international, il s’impose dans les années 1990 comme l’un des acteurs clés de la transition politique congolaise. Sa notoriété grandit lorsqu’il préside la Commission spéciale chargée d’examiner la validité des conventions économiques et financières signées pendant les guerres, un travail resté dans l’histoire politique du pays sous le nom de « rapport Lutundula ».

Ce rapport, salué pour sa minutie mais politiquement sensible, révèle des pratiques opaques dans la gestion des ressources naturelles et place Lutundula au cœur du débat sur la souveraineté économique et la responsabilité de l’État. Dès lors, il devient une référence morale et technique sur les questions de gouvernance. Il a été ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement Sama Lukonde. Son profil pour l’OIF pourrait apporter de l’expérience.    

Cette bataille s’annoncera rude au niveau des profils, avant le dernier mot de Félix Tshisekedi. Mais la RDC risque de ne pas être seule à la course. D’autres capitales africaines, notamment en Afrique de l’Ouest et du Nord, affûtent également leurs stratégies. À cela s’ajoutent les attentes des pays non africains de l’OIF, soucieux de voir l’organisation renforcer son rôle en matière de gouvernance démocratique, de jeunesse et de transformation numérique. Si rien n’est encore joué, une chose est certaine : la course à la succession de Louise Mushikiwabo est bel et bien lancée. Et dans cette bataille feutrée des ambitions, la RDC entend désormais faire entendre sa voix, convaincue que l’heure du leadership congolais au sommet de la Francophonie a peut-être enfin sonné.

Heshima

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Bilan du PDL-145-T en RDC : Entre espoirs concrets et défis persistants…

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Lancé en grande pompe par le président Félix Tshisekedi, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) se voulait un levier majeur de réduction des inégalités territoriales en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs années après son démarrage, l’heure est au bilan, entre avancées visibles sur le terrain et critiques sur la mise en œuvre.

Pensé comme un outil de transformation structurelle à la base, le PDL-145T avait pour ambition de désenclaver les territoires, améliorer l’accès aux services sociaux de base et stimuler les économies locales. Écoles, centres de santé, bâtiments administratifs, routes de desserte agricole : les projets identifiés répondaient aux besoins les plus pressants des populations rurales, longtemps marginalisées par les politiques publiques. Sur le terrain, des réalisations sont palpables. Dans plusieurs provinces, de nouvelles infrastructures scolaires et sanitaires ont vu le jour, permettant à des milliers de citoyens d’accéder plus facilement à l’éducation et aux soins. Le programme a également généré des emplois temporaires et relancé une certaine dynamique économique locale, notamment à travers les travaux publics.

Un bilan satisfaisant selon la Présidence de la République 

Depuis fin 2025 et début 2026, la Présidence de la République, à travers un conseiller, fait l’évaluation des travaux de ce vaste projet. Dieudonné Tshiakambila, conseiller spécial du Chef de l’État chargé du PDL-145T a été en tournée dans plusieurs provinces. « Lors de notre ronde dans l’espace Grand-Kasaï pour superviser la matérialisation du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), tout le monde est unanime que ce genre de bâtisses, dans les milieux très reculés, n’existaient pas avant. Ces ouvrages construits par le Chef de l’État sont très bien accueillis et très bien appréciés par la population, qui se sent enfin considérée au même titre que ceux des villes », a rapporté Dieudonné Tshiakambila après sa tournée.

Selon lui, des populations estiment que depuis le départ des Belges, rien de pareil n’a été construit et personne n’a jamais fait le déplacement jusqu’au fin fond de ces territoires comme il venait de l’effectuer afin de leur apporter soutien et espoir au nom du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, à travers les grands ouvrages qu’il est en train de réaliser pour la population de ces territoires. Cette évaluation concernait notamment les provinces du Kasaï Oriental, Kasaï Central et Kasaï.

Des objectifs pas atteints en 2025 !  

Cependant, le bilan reste contrasté. Des retards importants dans l’exécution des travaux ont été constatés, des problèmes de coordination entre les acteurs impliqués et des surcoûts ont été régulièrement dénoncés. Certaines infrastructures ont été livrées inachevées ou ne répondent pas toujours aux standards de qualité attendus. À cela s’ajoutent des critiques sur le manque d’appropriation locale et la faible implication des autorités territoriales dans certaines phases du projet.

Pour le gouvernement, ces difficultés s’expliquent en partie par l’ampleur inédite du programme et par des contraintes logistiques dans un pays-continent. Les autorités assurent que des mécanismes correctifs ont été mis en place afin d’améliorer la gouvernance du PDL-145T et d’accélérer la livraison des ouvrages restants.

Des agences d’exécution livrent leurs bilans

Le PDL 145 territoires a pour vocation de vaincre la pauvreté et les inégalités territoriales constatées dans le Congo profond. Exécuté par trois agences, à savoir le Bureau central de coordination (BCECO), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF), ce projet a connu une réalisation notable dans la section dirigée par la CFEF.     

La CFEF s’est concentrée sur 7 provinces de la RDC. Elle a réalisé plus de trois quarts du projet dans sa première composante. Au total 343 infrastructures ont été construites dont 202 écoles primaires, 109 centres de santé et 32 bâtiments administratifs. Globalement, les travaux exécutés sont évalués à 77% par cette agence d’exécution. Dans les zones où les travaux de construction des bâtiments sont déjà achevés et des infrastructures livrées, c’est un discours de soulagement que l’on peut écouter de la part des bénéficiaires. Ce projet est un programme d’investissements publics multisectoriels orienté vers le monde rural.

Pour les 43 territoires sur les sept provinces sous la responsabilité de la CFEF, le bilan est satisfaisant malgré les difficultés rencontrées dans l’exécution de ce programme. Dans le cadre de la mise en œuvre de la première composante qui consiste à améliorer l’accès des populations des territoires ruraux aux infrastructures et services socioéconomiques de base, la CFEF a reçu du gouvernement, depuis février 2022, la responsabilité de construire et équiper 360 écoles primaires, 232 centres de santé et 43 bâtiments administratifs dans les provinces du Kongo Central, du Kwango, du Kwilu, du Mai-Ndombe, de l’Equateur, du Nord et du Sud-Ubangi.

Fin 2024, la CFEF a construit et équipé un total de 339 infrastructures dont 198 écoles primaires, 108 centres de santé et 33 bâtiments administratifs. Ce qui correspond à 76% des travaux exécutés en ce temps-là. « Les résultats sont palpables, nous retrouvons les mêmes standards des bureaux de Kinshasa en provinces, de par la qualité des ouvrages construits et aussi celle des équipements », s’était réjouie la CFEF. Cette agence fiduciaire de coordination et de gestion des projets dit recevoir également un retour positif de la part des bénéficiaires. « Nous recevons également les impressions des bénéficiaires qui ne manquent pas d’exprimer leur satisfaction et leur joie en voyant leurs conditions de travail, la qualité des soins et d’éducations s’améliorer significativement grâce à la main-d’œuvre employée par la CFEF », ajoute l’agence.

Au Kongo Central, dans le territoire de Lukula, l’administrateur du territoire a remercié le coordonnateur national de la CFEF pour la qualité des bâtiments et les équipements placés dans ces infrastructures. « Lorsque nous étions en prospection, avant de commencer ces travaux, j’avais un sentiment de tristesse en se disant comment l’Etat peut fonctionner dans des telles conditions ? Aujourd’hui, quand vous allez en province, vous avez un administrateur du territoire qui est fier et n’a rien à envier aux bureaux de Kinshasa. Ils ont des bureaux qui ont le même standard que Kinshasa », a expliqué Alain Lungungu, coordonnateur national de la CFEF, dans des propos relayés en 2024 par Heshima Magazine.        

Des bénéficiaires témoignent…

Les conditions professionnelles des enseignants, des fonctionnaires de l’administration territoriale ou des patients ont sensiblement changé dans certains territoires du pays. Habitué à travailler dans un vieux bâtiment colonial, certaines administrations des territoires possèdent désormais des bureaux modernisés. « Nous sommes maintenant considérés. Quand vous travaillez dans des meilleures conditions, vous êtes considérés. Nous sentons que nous sommes obligés de rendre un bon travail au chef de l’Etat pour qu’il voie que l’administration fonctionne », a déclaré Emery Kanguma, administrateur du territoire de Masi-Manimba. Ces efforts de modernisation ont été aussi constatés dans les infrastructures sanitaires dans les provinces du Kwango et Kwilu. Le personnel de santé qui prestait dans des centres de santé construits en chaume exerce maintenant dans des bâtiments modernes et équipés.     

Dans le territoire de Kenge, au Kwango, des élèves d’une école, qui apprenaient sous un hangar de fortune, ont désormais un bâtiment en matériau durable et mieux équipé. « Nous étions dans des conditions très misérables. Nous sommes très heureux de travailler dans un bâtiment moderne », a déclaré un enseignant de l’école EP Ngondi Makosi. « Nous remercions le président de la République qui a pensé à ce que nous ayons un bijou pareil », a renchéri Jean-Noël Kubangila, directeur de cet établissement scolaire situé dans le secteur de Biteko. Pour un autre enseignant à Masi-Manimba, c’est une première qu’un chef de l’Etat investisse autant dans les infrastructures dans le Congo profond souvent délaissé au profit des villes.

Des difficultés rencontrées

La CFEF et ses équipes ont rencontré des difficultés majeures lors de l’exécution de ce projet. Parmi ces contraintes, figurent notamment l’accès difficile à certains sites des territoires couverts, conduisant à un accroissement des coûts logistiques ; l’inadéquation entre l’offre des matériaux et la demande induite par les besoins du programme ; les coûts de transactions (en temps et en argent) élevés pour accéder au financement, allongeant ainsi les délais de démarrage effectif des travaux ; les problèmes sécuritaires dans certains territoires ont retardé le démarrage effectif des travaux et enfin les cas d’inondation signalés dans certains sites choisis. Malgré ces contraintes, la CFEF a réalisé 77 % des travaux. Les entreprises sélectionnées étaient suivies sur le terrain par les missions de contrôle dont la tâche est de veiller aux aspects techniques et au respect des règles de l’art dans la construction de ces édifices.

PNUD et BCeCo dressent également leur bilan 

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a indiqué avoir livré 334 écoles sur 424 ; 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. De son côté, le Bureau central de coordination (BCeCo) annonce avoir atteint 82 % de réalisation, avec notamment 190 écoles livrées sur 414 ; 112 centres de santé sur 269, et 16 bâtiments administratifs sur 48 selon les moyens mis à sa disposition par le gouvernement.

Ce projet dans son volet partenariat avec PNUD-RDC a enregistré des résultats significatifs notamment 14 244 500 bénéficiaires qui ont vu leurs conditions de vie améliorées grâce aux infrastructures construites dans le cadre de ce programme. Au total, 286 centres de santé, 54 bureaux administratifs, 424 écoles primaires, 60 000 emplois temporaires créés dans plusieurs provinces du pays, d’après un rapport PNUD visuel consulté notamment par Heshima Magazine. 

Dans la province de la Tshopo, Mirandie Baza, élève à l’école primaire Madula avait fait savoir qu’avant, il s’asseyait par terre et quand il pleuvait, ils étaient mouillés. Mais aujourd’hui, « nous avons des bancs. Avant quand il pleuvait, on était mouillés mais maintenant on étudie dans des bonnes conditions », a-t-il témoigné.

Dans le Kasaï, Mme Sidonie Tshibola, résidente de Luebo, a salué les efforts du gouvernement pour ces infrastructures qui viennent améliorer leurs conditions de vie. « Nous disons infiniment merci à notre gouvernement. Depuis que nous sommes nés, nous n’avions jamais vu une telle infrastructure ici. Nous sommes très heureuses car autrefois, les femmes accouchaient à même le sol. Aujourd’hui, nous voyons un beau bâtiment avec la lumière, les bancs et les chaises. Nos enfants naîtront dans de bonnes conditions. Nous, les femmes enceintes étions autrefois dans des mauvaises conditions, aujourd’hui, nous avons un endroit digne d’un bon bâtiment, un bon endroit pour accoucher en sécurité. », a-t-elle fait savoir.

Le Représentant résident PNUD-RDC, Damien Mama, estime que le PDL 145-T est un exemple qui illustre l’engagement du gouvernement congolais à apporter des services dans les localités les plus reculées, les localités qui, pendant longtemps, n’ont reçu aucun service. Il a indiqué que tous les Congolais et Congolaises ont besoin et méritent d’avoir une bonne école, un bon centre de santé et que les administrateurs de territoires aussi aient des conditions de travail comme dans tous les ministères au niveau de Kinshasa.

Une initiative à pérenniser malgré les couacs…

L’évaluation du programme PDL 145 territoires en RDC montre des progrès encourageants malgré des résultats mitigés dans certains territoires, avec un taux d’exécution physique global estimé à environ 33% (au 15 novembre 2024), bien que les taux financiers soient plus élevés pour certaines agences d’exécution. Les principaux défis incluent les retards d’exécution, des infrastructures inachevées et des préoccupations concernant la qualité des ouvrages construits. Les raisons invoquées pour ces retards sont notamment le démarrage tardif des travaux, l’insécurité, l’enclavement de certaines zones et le vol de matériaux.  

Ce programme se concentre sur quatre composantes principales : l’amélioration de l’accès aux infrastructures et aux services de base dans les zones rurales, la promotion du développement des économies locales, le renforcement des capacités de gestion du développement local et la mise en place d’un système de suivi géo référencé pour évaluer en temps réel les progrès réalisés.

Au final, ce vaste et ambitieux projet apparaît comme une initiative ambitieuse qui a ouvert la voie à une nouvelle approche du développement en RDC. S’il n’a pas encore tenu toutes ses promesses, il a replacé les territoires au cœur de l’action publique, posant les bases d’un développement plus inclusif, à condition que les leçons tirées de sa mise en œuvre servent réellement à corriger le cap.

Heshima

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