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Interview

La patrouille financière de l’IGF est une action salvatrice pour la République. Elle témoigne de la ferme volonté du chef de l’Etat de mettre fin à l’anarchie dans les finances publiques»

En marge des 35 ans d’existence de l’Inspection générale des finances (IGF), son patron, Jules Alingete Key est revenu sur l’histoire de cette institution de contrôle des finances publiques. Face aux prouesses réalisées par son service, l’Inspecteur général-chef de service souligne la volonté politique du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi dans l’atteinte des résultats. Son arrivée à la tête du pays, avoue-t-il, a changé le cours de l’histoire de l’IGF en choisissant ce service comme son point d’appui dans le cadre de la lutte contre le détournement des deniers publics. Interview !

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 Heshima Magazine : Cela fait 35 ans depuis la création de l’Inspection générale des finances (IGF). Pourriez-vous nous dire à travers ces deux questions, quelles ont été les raisons de sa création et où en sommes-nous avec son parcours ? 

Jules Alingete : L’IGF, en tant que service public doté d’une autonomie administrative et financière, chargé de contrôle supérieur au niveau de l’exécutif, a été créé le 15 Septembre 1987. La base de cette création est consécutive aux réformes proposées par le FMI lors de son arrivée au Congo vers les années 1986, après avoir constaté le dysfonctionnement au niveau des finances publiques congolaises, notamment dans la mobilisation des recettes et de contrôle des finances publiques. La proposition du FMI consistait à ce que quatre services ou directions du Ministère des Finances de l’époque relevant du Secrétariat général aux Finances dudit ministère soient érigées en direction générale avec autonomie administrative et financière.

Il s’agissait de l’Inspection générale des Finances, de la Direction générale des Impôts, de la Direction générale des Douanes et Accises et de la Direction générale de la Dette publique. C’est donc depuis cette date que l’IGF évolue comme tel.

 Comment l’évolution administrative de l’IGF s’est faite au point d’être rattachée aujourd’hui au Président de la République ? 

De 1987 à 2003, l’IGF est restée rattachée à l’autorité directe du Ministre ayant les Finances et le Budget dans ses attributions. Pendant cette période, il avait été constaté que l’IGF était limitée dans l’exercice de ses missions de contrôle. En 2003, le législateur a estimé qu’il était bon de doter l’IGF d’une plus grande autonomie pour mener à bien ses missions en la rattachant directement au Président de la République. Fort malheureusement, seulement onze mois après, l’IGF a été replacée sous la tutelle du Ministère des Finances comme service au mois de février 2004.

Cette situation s’est maintenue jusqu’au 9 décembre 2019 lorsque le législateur a de nouveau décidé de ramener l’IGF sous l’autorité directe du Chef de l’Etat. Depuis trois ans, c’est ce statut qui prévaut jusqu’à ce jour. 

Au regard de la préséance en termes protocolaires, quelle position hiérarchique occupe l’IGF au sein de l’administration en rapport avec ses attributions ? 

Il y a lieu de noter qu’à la création de l’IGF, l’Inspecteur général-chef de service avait rang de secrétaire général. En 2003, lorsque l’IGF a été rattachée à l’autorité directe du Chef de l’Etat, l’Inspecteur général-chef de service et son adjoint ont eu rang de ministre dans l’exercice de leur fonction. Cette situation perdure jusqu’aujourd’hui. S’agissant des attributions de l’IGF, il faut dire que celles en vigueur depuis 1987 sont d’application jusqu’à présent avec peut-être quelques améliorations intervenues le 24 septembre 2020 par la nouvelle ordonnance modifiant celle créant l’IGF.

 Comment se présentent ces améliorations ? 

Parmi les modifications intervenues en septembre 2020, il faut noter que l’IGF est consacrée comme un service d’audit supérieur placé auprès de l’exécutif. Au niveau de l’exécutif, l’IGF comme depuis toujours a exercé la primauté de l’audit de toutes les opérations financières en recettes comme en dépenses de l’exécutif et même des provinces, des entités décentralisées ainsi que des établissements publics et entreprises du portefeuille de l’Etat.

 Toujours parmi les innovations de 2020, les structures administratives de l’IGF qui sont des structures opérationnelles réparties en départements d’interventions sur le terrain étaient au départ en 1987 au nombre de cinq, puis portées au nombre de dix. Le doublement de ces structures est une adaptation en rapport avec l’évolution des finances publiques du pays qui ont subi beaucoup de réformes entre 1987 et 2020. Il était urgent d’adapter les structures de l’IGF à cette évolution, ce qui fait qu’elle compte désormais dix brigades, dénommées aussi départements ou encore structures opérationnelles intervenant sur le terrain. 

Elles sont rattachées aux missions dévolues à l’IGF. Une autre innovation a trait à un éclaircissement obtenu dans la lecture des textes de 2020 en matière de l’étendue du contrôle des impôts. Jusque-là, l’IGF était en désaccord avec les opérateurs économiques privés en ce qui concerne le contrôle des impôts payés par ces derniers à l’Etat. Certains voulaient circonscrire l’IGF au seul contrôle du secteur public. Pour eux, il ne fallait que prendre en compte uniquement les impôts payés par des entreprises de l’Etat alors que l’esprit du texte était de contrôler tout assujetti qui devait acquitter les impôts à l’Etat. En 2020, le législateur a donné des précisions dans la compréhension de ces textes en disant clairement que les contrôles des assujettis aux impôts de l’Etat s’adressent aussi bien au secteur public qu’au secteur privé. Les textes de 2020 ont eu le mérite de mettre fin à ce débat auquel l’IGF a du faire face pendant plus de 32 ans.

 Nous sommes là, à la disposition de la République. Notre plus grande responsabilité républicaine, c’est d’accomplir le travail, traquer les criminels financiers afin de libérer les finances publiques congolaises. C’est notre plus grand défi.

Voilà quelques innovations que le législateur a voulues pour l’IGF en 2020. Il y a un dernier élément que j’ai failli oublier : quand l’IGF intervient auprès des opérateurs qui payent les impôts, publics ou privés, la mission de l’IGF ne cible pas seulement à aller récupérer les droits fraudés, mais vise prioritairement à établir la responsabilité des agents de l’administration chargés au préalable de traiter le dossier et qui ont laissé échapper les droits de l’Etat. Donc, l’IGF devait établir la responsabilité des agents de l’administration qui sont intervenu au premier degré dans ce travail pour préserver les droits de l’Etat et qui ne l’ont  pas fait, établir leur responsabilité ensuite récupérer les droits fraudés. Voici les innovations intervenues en 2020 et brièvement décrite l’histoire de l’IGF, de sa création à nos jours.

A côté de ces adaptations, vous avez, au dernier recrutement, embauché des inspecteurs qui, pour la première fois, ne viennent pas de la sphère économique ou financière, qu’est-ce qui a motivé cette ouverture ? 

Effectivement, l’IGF s’est trouvée dans une phase d’ouverture à l’égard d’autres profils d’études pour ce qui concerne la fonction d’inspecteur des finances. Avant 2020, ne pouvait être inspecteur des finances que des personnes détenant le titre de licence, spécialement en droit ou en économie ou encore d’une discipline assimilée. A partir de 2020, à cause de tout ce qui a été observé comme limite dans l’exercice de la fonction d’inspecteur, notamment le développement de l’informatique ou encore la difficulté de contrôler les travaux de construction, la fonction d’inspecteur a été ouverte aux candidats titulaires des titres d’ingénieur en construction et ingénieur en informatique. A ce jour, nous avons des inspecteurs des finances qui viennent de ces deux filières.

De mon point de vue, si les choses se déroulent très bien, nous méritons un budget minimum de 20 milliards. Il faut y arriver pour dire qu’on commence à sortir du tunnel.


Autre question, c’est celle du rajeunissement du personnel de l’IGF. Comment avez-vous fait pour palier la longue absence de recrutement ?

 Lors de ma prise de fonctions en 2020, après l’état de lieux de l’Inspection générale des finances, mon équipe et moi, avons constaté que le moins âgé des inspecteurs des finances avait 55 ans et qu’il n’y avait pas eu de recrutement à l’IGF depuis 30 ans. Or, cet âge correspond au seuil pour l’atteinte du grade d’inspecteur général. Il était par conséquent impératif de procéder au renouvellement du corps des inspecteurs des finances en passant par leur rajeunissement. Pour ce faire, le recrutement est intervenu en 2020.

 On se trouvait devant une situation inédite : d’un côté on dénombrait des inspecteurs âgés d’au moins 55 ans qui atteindront l’âge de la retraite dans les 10 ans à venir, de l’autre côté, des inspecteurs nouvellement recrutés, lesquels, dans les dix années suivantes, au moment du départ en retraite de leurs prédécesseurs, n’auront pas atteint le grade d’inspecteur général. Qui pourrait alors diriger le service dans ces conditions, étant entendu que cette structure doit être dirigée par un inspecteur ayant totalisé au moins 18 ans de carrière et ayant atteint le grade d’inspecteur général. 

Pour pallier ce vide administratif, nous avons introduit dans les textes de 2020 la possibilité pour un inspecteur ayant 10 ans d’expérience, de devenir d’office inspecteur général-chef de service, quitte à apporter les correctifs nécessaires plus tard. Comment vous expliquez à travers toutes les dates que vous avez citées, que vos prédécesseurs n’aient pas pu faire en 33 ans ce que vous avez fait en à peine 2 ans ? 

Je voudrais tout d’abord vous dire que ce n’est pas totalement vrai. Déjà à la création de l’IGF, ce service a fait parler de lui en 1987, 1988 et 1989. L’IGF avait très bien fonctionné parce qu’à l’époque avec l’appui du FMI et la volonté politique qui semblait se dessiner en ce moment-là, elle avait produit un bon travail. Malheureusement, cet élan fut éphémère et a été vite étouffé et trois ou quatre années plus tard, l’IGF avait presque sombré dans un travail sans éclat.

 Le travail de l’IGF nécessite premièrement une volonté politique manifeste pour que le contrôle se fasse. On n’a pas vu dans le chef du pouvoir politique congolais d’alors la volonté d’obtenir des résultats probants dans le contrôle des finances publiques. Cet élément avait beaucoup manqué les années suivant sa création jusqu’à l’arrivée de l’actuel Président de la République qui a changé le cours de l’histoire de l’IGF en choisissant ce service comme étant son point d’appui dans le cadre de la lutte contre le détournement des deniers publics, décidé de prendre le mal de la corruption comme un fléau, un phénomène à combattre à tout prix. Voilà pourquoi il a personnellement décidé de la redynamisation de l’IGF. 

En nommant la nouvelle direction de l’IGF en 2020, le Chef de l’Etat lui a demandé deux choses : s’investir activement dans la lutte contre le détournement des deniers publics avec fermeté et redorer le blason terni de l’IGF en rajeunissant et en améliorant globalement les conditions de travail. C’est pourquoi, de temps en temps, je dis aux gens qui ne comprennent pas que ce qui se fait à l’IGF, en réalité, c’est la volonté du Chef de l’Etat de mettre fin à des antivaleurs au niveau de la gestion publique. C’est ce que fait l’IGF aujourd’hui. 

A l’époque, Luzolo Bambi avait évalué à 15 milliards de dollars l’argent perdu par an en RDC à cause de la corruption et du détournement. Avec votre expérience, à combien évaluez-vous aujourd’hui cette hémorragie financière ?

Le Professeur Luzolo Bambi Lessa, un grand acteur dans la lutte contre la corruption dans notre pays avait fait un travail dont les estimations se chiffraient autour de 15 milliards. A l’époque, les gens disaient qu’il avait exagéré, y compris moi-même. Mais, aujourd’hui, nous lui donnons complètement raison. Le fait qu’en 2023, le gouvernement projette un budget de 15 milliards, rejoint pratiquement ce que le professeur Luzolo Bambi Lessa avait dit sur le coulage des recettes important autour de 15 milliards. Cependant, même si nous présentons un budget de 15 milliards, nous ne sommes pas encore arrivés à colmater les brèches. Nous avons fait un effort, le gouvernement a fait un effort, le pays a fait un effort, mais on n’est pas encore arrivé là où nous devons vraiment arriver. De mon point de vue, si les choses se déroulent très bien, nous méritons un budget minimum de 20 milliards. Il faut y arriver pour dire qu’on commence à sortir du tunnel.

 A combien évaluez-vous cette hémorragie financière aujourd’hui ? 

Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes presqu’à la moitié de mobilisations des moyens réels. Il y a encore une autre moitié qui se trouve en dehors du circuit officiel et que nous devons aller chercher. Il y a 2ans, je pouvais clairement vous dire que le niveau de mobilisation était à 25%, aujourd’hui, nous estimons avoir atteint un niveau autour de 50 % mais il faut aller au-delà.

Le doublement de ces structures est une adaptation en rapport avec l’évolution des finances publiques du pays qui ont subi beaucoup de réformes entre 1987 et 2020. Il était urgent d’adapter les structures de l’IGF à cette évolution, ce qui fait qu’elle compte désormais dix brigades, dénommées aussi départements ou encore structures opérationnelles intervenant sur terrain. Elles sont rattachées aux missions dévolues à l’IGF.

Le Premier Ministre, Sama Lukonde, a lancé en octobre 2021, les états généraux de la lutte contre la corruption. Quelles en sont les recommandations et où en sommes-nous avec leur applicabilité ?

 Il faut aller demander à ceuxlà qui étaient chargés d’appliquer le plan d’actions qui a été inauguré par Son Excellence Monsieur le Premier ministre. Le plan qui avait été rendu public par son Excellence Monsieur le Premier ministre, était une proposition émanant de l’APLC (Agence de prévention et de lutte contre la corruption, NDLR). Je pense que c’est l’APLC qui est chargée des évolutions et des étapes qui sont atteintes aujourd’hui. Pour notre part, nous avons notre plan d’actions. Il y a aussi une confusion que je dois apporter à l’attention de l’opinion.

L’Inspection générale des finances lutte prioritairement contre les détournements des deniers publics lesquels représentent une mauvaise gouvernance publique dans la gestion des affaires de l’Etat. Certes, parallèlement à ce travail prioritaire, incidentiellement le travail de l’Inspection s’inscrit également dans le cadre de la lutte contre la corruption. Néanmoins, lutter contre la corruption est très différent de lutter contre les détournements des deniers publics et des antivaleurs y associés qu’on constate dans la gestion publique. C’est très différent. La corruption est un phénomène qui se constate dans toute la société aussi bien dans le privé que dans le public. Elle exige des mesures beaucoup plus larges pour qu’elle soit combattue. Je ne dis pas que nous ne sommes pas concernés par ces questions parce que notre travail contribue également à la lutte contre la corruption et nous l’appliquons dans le volet qui est le nôtre dans le cadre du contrôle des finances publiques. Mais globalement, c’est à l’APLC qu’il revient de faire une évaluation du programme qu’elle a proposé et qui a été rendu public. 

Un nouveau président de la Cour des comptes a été nommé. Quels sont vos attentes à l’égard du nouveau Président Jimmy Munganga ? 

Pensez-vous que contrairement à son prédécesseur, il pourrait être un allié de l’IGF ? L’action de l’IGF ne peut être contraire à celle de la Cour des comptes dès lors que cette dernière exerce un contrôle juridictionnel des finances publiques qui conduit les deux institutions à combattre le même phénomène face aux prédateurs. L’engagement de la Cour des comptes ne peut que faire la joie de l’IGF qui trouve en elle un grand allié et n’est plus seule sur le terrain à recevoir les tirs et les attaques des prédateurs. Avec une grande institution comme la Cour des comptes qui va également donner le meilleur d’elle-même et l’Inspection générale des finances, c’est la lutte contre la mauvaise gouvernance qui va suffisamment marquer des points.

Donc, la présence de la Cour des comptes a toujours été vivement saluée depuis longtemps par l’Inspection générale des finances. Aujourd’hui, ça nous réjouit d’avoir un allié aussi extrêmement important dans ce travail de contrôle des finances publique.

Heshima

Interview

Al Kitenge veut voir mille Alingete dans tous les secteurs

Dans une interview exclusive accordée à Heshima Magazine, l’analyste économique et stratège, AL Kitenge a jeté des fleurs au combat de l’Inspection générale des finances (IGF). Face à la rigueur dé- montrée par le patron de ce service d’audit, cet anayste pense qu’il faut trouver une formule qui puisse multiplier Jules Alingete par 1000 dans tous les secteurs de la vie nationale en RDC.

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Heshima Magazine : Le gouvernement central a consenti des efforts louables en déposant au Parlement un projet de loi des finances de plus de 14 milliards de dollars. Quelles sont vos impressions au sujet de la lutte contre la corrup tion ?

AL Kitenge : Je suis très content que vous prononciez 14 et vous insistiez. Quatorze milliards de dollars, c’est beaucoup parce que nous partons de 4 milliards de dollars. Mais, c’est encore très peu pour ce pays. Nous sommes un pays de près de 100 millions de personnes sur 2.345 000 Km2. Notre masse critique moyenne pour qu’on soit en mesure de prendre en charge des choses sérieuses de l’Etat ou offrir un service public universel et engager le développement, c’est aux alentours de 40. Donc, je dis tous les temps aux hommes politiques et aux leaders publics, 4 sur 40 milliards de dollars pour que nous ayons une masse critique nécessaire pour avoir l’action que les Congolais peuvent percevoir, c’est pour ça que les gens vous disent, voilà, on a une croissance de budget et on ne voit pas l’impact.

Laissez-moi vous dire une chose. C’est une grande, grande démonstration de forces. Etre passé en une année de 4 à 12 milliards de dollars à la fin de cette année et décider de passer à 14,5 milliards, c’est une démonstration de performance et de discipline. Et, ça n’a été possible que grâce au simple fait qu’on a décidé de manière collective en commençant par le chef de l’Etat en utilisant l’IGF et, aujourd’hui, les autres instruments, pour faire respecter les biens de l’Etat.

Vous vous êtes rendu compte, sans une économie  supplémentaire, sans une assiette supplémentaire, nous avons exactement un triplement du budget de l’Etat. Ça sous-entend qu’en fait, si on informatise encore le système public, nous n’allons pas passer à 14, nous allons passer à 20, 25, peut-être rapidement vers 30. Après, il faudra faire la véritable inclusion financière et économique pour être en mesure de stimuler le travail.

Ne constatez-vous pas qu’il y ait un risque de retomber dans les budgets de 4 ou 5 milliards de dollars ?

Il y a un risque si nous reproduisons les causes qui ont induit l’amélioration de l’économie dans le passé, cela veut-dire, la prédation, cela veut dire le détournement, cela veut dire le conflit d’intérêt permanent des hommes politiques. Très malheureusement, on pouvait aller à la catastrophe. Mais si le peuple congolais continue à se montrer éveillé et à participer à la vigilance, à la surveillance de la cité, vous aller vous rendre compte que la conscience collective va se réveiller et l’intelligence collective va être mise à profit pour être en mesure de créer une performance collective. Et, c’est seulement dans la performance collective que les gens vont se rendre compte que ce pays peut avancer.

A ceux qui disent qu’on ne voit pas l’impact de la croissance du budget, je leur dit, mais, écoutez, les seuls qui verront l’importance et l’impact de la croissance sont ceux qui travaillent. Dans le monde entier, il n’y a que le travail qui vous sort de la pauvreté. Il n’y a que le travail qui vous fait capter les opportunités. Il faut travailler, il faut travailler et il faut travailler formellement. J’insiste, formellement parce que simplement c’est la seule façon de créer les systèmes conjoints. Une des choses importantes dans la vie d’une nation, c’est ce qu’on appelle la protection sociale. Si la protection sociale n’est pas organisée, vous restez un pays fragile. Regardez ce qui s’est passé à l’arrivée de Covid-19 ; les débrouillards de la ville de Kinshasa, tous les jours, se sont retrouvés complètement perdus parce qu’il n’y a pratique- ment rien d’ailleurs pour les soutenir.

Pour être en mesure d’organiser ce qu’on appelle les éléments de la résilience économique, il faut en outre être en mesure de structurer la caisse de secours. Et la caisse de secours par excellence c’est ce qu’on appelle la protection sociale.

En tant qu’analyste économique, quelle lecture faites-vous de la situation de l’économie de la RDC ? Et quelle est votre explication sur le fait que le budget qui est revu à la hausse n’impacte pas la vie des Congolais ?

Je vais revenir sur deux choses. La première c’est que la nature de notre économie est une économie extravertie. Ça veut dire que nous sommes extrêmement dépendants des importations. Je vais le dire de façon très vulgaire. Si jamais du jour au lendemain on ferme un jour les frontières, parmi les choses qui vont nous manquer le plus rapidement possible, c’est du papier hygiénique. Figurez-vous. Les autres choses qui vont nous manquer effectivement c’est la nourriture parce que nous importons la grande partie de la nourriture consommée essentiellement dans les milliers urbains.

La réalité de notre pays, c’est que nous sommes un pays extraverti qui exporte, par contre les produits miniers et les produits de ressources naturelles parce que vous savez très bien, 90 pourcent de nos devises nous viennent du secteur minier. Nous prenons les devises du secteur minier, nous les envoyons vers les pays étrangers pour acheter de la nourriture qui finit dans les fosses septiques. C’est un peu comme si on mettait un tuyau qui siphonnait nos produits miniers qui les envoyait justement dans les fosses septiques.

Je donne cette image juste pour que vous compreniez un tout petit peu, je peux dire, la faiblesse notoire à laquelle notre modèle économique est organisé et il faut changer ça. Parce que si on change ça, au lieu de financer le travail dans les pays qui nous exportent de la nourriture, on va travailler ici et les gens vont capter l’argent ici, ils vont se développer. C’est comme ça que les gens vont finalement sentir l’impact réel de la crois- sance de notre budget.

Maintenant, je vais revenir sur pourquoi on augmente le budget et comment ça se fait et que nous n’avons pas ressenti et généralisé au niveau de la population. Quand l’Etat congolais prend l’argent, il a deux manières de le renvoyer dans la communauté.

La première manière, c’est de mettre en place ce qu’on appelle les infrastructures structurantes de compétitivité, les routes, les chemins de fer, pour permettre que ceux qui y travaillent fassent passer les produits de leur travail sur des infrastructures qui coûtent moins chères. Et s’ils font passer les fruits de leur travail sur les infrastructures qui coûtent moins chères, ils arrivent sur le marché avec les prix compétitifs.

Comme ça, même ceux qui gagnent moins peuvent avoir accès à ces produits. C’est comme ça qu’on ressent ça. Et la deuxième ma nière, c’est ce qu’on appelle le service public universel. Aujourd’hui, le chef de l’Etat en a choisi deux : l’éducation et la santé. La couverture san té universelle aujourd’hui c’est d’être en mesure de donner l’opportunité à n’importe quelle personne qui vit sur le territoire congolais de se faire soigner, à n’importe quelle personne d’envoyer son enfant au moins à l’école primaire élémentaire.

Mais, je suis en train de vous dire que les économistes moyens appellent ça le social. Ça n’a absolument rien de social. C’est des investissements. Parce que les hommes en bonne santé et intelligents sont plus productifs que des gens en mauvaise santé et qui ne sont pas instruits. Eh donc, il y a un accord, un contrat social que le chef de l’Etat est en train de proposer aux Congolais. Mais les gens ne comprennent pas. C’est pour ça qu’ils le critiquent.

Je suis juste en train de vous dire qu’il y a des choses qui se construisent mais ça se construit dans le temps. Trois choses : la première est que 14 milliards de dollars c’est encore très peu pour qu’on ait un ressenti brusque. Une fois atteindre 30, 40 milliards de dollars pour qu’on commence à avoir vraiment un effet réel que l’on peut voir. Deuxième, c’est qu’il n’y aura pas distribution d’argent aux Congolais parce qu’on a fait une croissance budgétaire. Parce que si vous prenez, même la croissance budgétaire en question et vous divisez par le nombre de personnes, la quantité d’argent que chaque individu aura ne représentera absolument rien. Troisième chose : compétitive. Quand on a une croissance du budget, l’Etat détermine une grande enveloppe capable d’investir dans les infrastructures qui peuvent améliorer la compétitivité nationale. C’est comme ça qu’avec le temps, les résultats s’accumulant, nous allons arriver à de véritables résultats.

Le problème chez nous, c’est que les gens sont impatients, en même temps, ils ne sont pas prêts à travailler. Il faut travailler dans le formel.

Qu’est-ce qui manque au gouvernement de pouvoir disposer d’un programme qui impacte considérablement la vie de Congolais ?

Je pense qu’il y a une grosse conversation que l’on doit avoir d’abord pour être en mesure de déterminer la perception du Congolais. Il y a des Congolais qui pensent qu’ils peuvent rester chez eux et leur vie s’améliore, et des Congolais qui pensent qu’ils peuvent substituer la paresse à la prière comme disait Mwakasa.

Je pense simplement qu’il faut que nous arrivions à cultiver le sens du travail. Parmi les pays les plus performants du monde sont les pays scandinaves. Un de ces pays s’appelle le Danemark. C’est le pays du plein emploi. Il y a plus d’emplois qu’il n’y ait d’employés et de demandeurs d’emploi. Et donc, c’est surtout ça qu’on doit être en mesure de mettre dans la tête de tout le monde qu’il faut construire ce qui nous appartient à nous tous.

Ce qui nous appartient à nous tous c’est les routes, les rails, les aéroports, les infrastructures de mobilité de toute espèce, les énergies et tout ce qui peut permettre que parfois il saisisse les opportunités pour qu’il soit en mesure de travailler davantage et qu’il gagne de l’argent et qu’il améliore sa vie. Il n’y a que le travail.

A mon avis, ce que l’Etat est en train de faire maintenant c’est de mettre en place des mécanismes pour qu’à très court terme, nous ayons une génération d’emploi qui arrive et qui soit captée par les gens pour qu’on soit en mesure de redistribuer la richesse que l’on est en train de créer. Il n’y a que par le travail qu’on peut redistribuer la richesse de la nation.

Que doit-on faire pour consolider le contrôle des finances publiques ?

Trois choses. La première des choses est qu’il faut informatiser tout de suite. Je ne sais pas pourquoi on traine encore. On doit informatiser. Le jour où on va informatiser, les fuites qu’on a dans tous les sens, y compris dans les administrations publiques, vont s’arrêter. Il faut donc moderniser l’appareil de l’Etat. Deuxième chose, c’est ce qu’on appelle le budget programme. Quand on est décidé qu’on va allouer autant de pourcent de budget à l’agriculture, il faudrait que l’agriculture reçoive cet argent. Entre le narratif politique et l’exécution, on doit avoir une discipline de fer. Donc on doit avoir une discipline budgétaire. Et pour ça, il faudrait que le ministère du Budget accepte de se délester d’un pouvoir qui n’est pas le sien. Le pouvoir vient du parlement qui dit déterminer dans quelle direction on désire aller en termes d’investissement, en termes de consommation, en termes d’action publique.

Il est honteux aujourd’hui d’avoir une situation où entre ce que l’on décide que l’on va faire dans le cadre budgétaire et ce que l’on fait réellement sur les 20, 30 dernières années, il y a toujours des dépassements d’un côté et une minoration horrible sur les choses fondamentales comme la santé, comme l’agriculture et la production réelle.

Regardez ce qui se passe dans le budget. Le secteur qui nous apporte 90 pourcent de nos devises c’est le secteur minier. Regardez combien d’argent on investit dans le secteur de la gestion minière. Il n’y a pas d’argent pour que le ministère des Mines soit en mesure de travailler pour être en mesure de rapporter encore davantage. La troisième des choses, elle reste tout aussi importante, c’est investir dans l’homme. Nous sommes un pays où l’espérance de vie est à 55 ans. Il n’est pas possible d’avoir l’espérance de vie à 55 ans et une retraite à 65 ans, ça ne marche pas. C’est comme si vous décidez d’investir sur des gens qui vont mourir très vite. Il faut donc travailler sur le système de santé et, c’est comme ça qu’il faut dans la couverture santé universelle pour être en mesure de remonter très rapidement l’espérance de vie au-delà de 75 ans. Ceci permettra d’investir en des gens, eux qui vont travailler, qui vont rapporter à l’Etat et qu’ils vivent heureux et en bonne santé.

Deuxième chose, il faut travailler sur le système éducatif. Il est honteux aujourd’hui qu’on ajoute encore des points aux gens pour que certaines provinces ne paraissent pas faibles en termes d’examen d’Etat. C’est une bêtise collective. Le fait qu’il faut être en mesure d’aller au fond de la question pour résoudre les vrais problèmes. Le vrai problème, c’est la qualité de l’enseignement. Il faut investir dans l’enseignement. Et il faut être en mesure de trouver le modèle économique nécessaire pour que nous ayons la capacité de changer le modèle économique des universités. Aujourd’hui, on a des professeurs d’université qui sont des fonctionnaires de l’Etat. La conséquence c’est qu’ils ne donnent plus cours ou ils ne se remettent même plus à niveau. Ils vont dans des universités privées pour se faire payer. Ils laissent leurs chefs de travaux et leurs assistants dans les universités publiques. En fait, on est en train de tuer l’université publique.

Dans tous les pays du monde, l’université est une entité au- tonome. Les professeurs sont employés par l’université, ils ne sont pas fonctionnaires de l’Etat. Ils sont employés de l’université, le recteur a le pouvoir entre les mains. C’est lui qui sélectionne ou vire des professeurs qui ne sont pas à la hauteur.

Çà, ça nous permettra d’avoir dans les 2, 3 années qui viennent une plus grande compétitivité. Laissez-moi vous dire une chose. Aux Etats- Unis, pour former un médecin, il y a 4 ans ou pour devenir un expert, 4 ans. Nous prenons 7 ans pour former un médecin généraliste, c’est une perte de temps énorme. Parce que nos médecins, on leur bourre la tête avec des choses dont ils n’auraient jamais besoin. De la même façon on forme des ingénieurs en 6 ans. Qu’est-ce que cette affaire ? On devrait former des ingénieurs en 3, 4 ans sans aucun problème. Et les pays qui nous donnent de leçons, aujourd’hui, ont des ingénieurs en 3 ou 4 ans.

Il faudrait donc nous remettre en question de manière fondamentale pour qu’on soit en mesure d’assurer. Moi je ne parle pas de climat des affaires pour des affaires qui sont complètement obsolètes. Je parle de la compétitivité de la nation. Et la compétitivité de la nation, c’est ces infrastructures et ce capital humain.

En quoi diffère la lutte contre la corruption menée par l’APLC et l’assainissement des finances publiques effectué par l’IGF ?

Je vais vous expliquer et il faudrait bien qu’on comprenne ça. Moi, je ne suis pas porteur de la lutte contre la corruption. J’ai déjà un livre qui s’appelle « Sine qua non » afin de déraciner la corruption. Les gens qui nous parlent de la lutte contre la corruption, pensent que nous, les Africains, essentiellement les Congolais, nous devront cohabiter avec la corruption un peu moins et un peu plus. C’est comme ça qu’ils se battent tous les temps pour nous faire comprendre que nous sommes le problème. Ils ne font que l’indice et le classement de pays corrompu. Maintenant la question est, qui sont les pays les plus corrupteurs. Vous allez vous rendre compte que les pays corrupteurs sont les pays occidentaux. La guerre qui est à l’Est est liée à un pillage systématique, à la corruption et à la fraude alimentée par des multinationales et toutes sont malheureusement occidentales. En d’autres termes, mon point de vue c’est que la moralisation de l’action publique fait partie de ce qu’on appelle les politiques publiques et l’APLC, c’est une agence pour la lutte contre la corruption. Elle est dans la conception transversale de mécanisme pour être en mesure de donner à l’Etat une stratégie de base. L’IGF, c’est le combattant, c’est le guerrier, c’est l’armée qui va au front pour s’assurer que tout ce qui est dit est fait. Avec ses différentes méthodes, l’IGF est en train de vous démontrer que l’Etat a pu retrouver sa souveraineté au niveau des biens publics. Les hommes peuvent faire attention à ce qui ne leur appartient pas et à ce qui ap- partient plutôt à tout le monde.

Aujourd’hui, on commence à retrouver un Etat qui multiplie son budget par 2 et demi ou 3 et on commence à voir des gestionnaires qui ont peur de biens publics. Aujourd’hui, l’IGF est le gendarme de l’Etat. Et, ce qui n’est pas le travail de l’APLC au niveau de la conception transversale qui peut être mieux de coordonner l’action publique de l’Etat en matière de lutte contre la corruption.

Aujourd’hui, tout le monde parle en bien de l’IGF. Quel regard portez-vous sur le travail qu’abat ce service qui vient de totaliser ses 35 ans d’existence ?

Il n’y a pas que tout le monde, je lisais la presse ce matin. Di- sons, le fait que l’IGF, par son Inspecteur général, a été primée aux Etats Unis, ça veut dire que même les Américains sont impressionnés par la qualité du travail qui est en train d’être fait dans la moralisation de l’Etat. C’est vrai que les fleurs sont jetées à l’IGF, plus particulièrement à son inspecteur général, Jules Alingete et je pense qu’ils font du bon travail.

J’ai eu l’opportunité personnelle de lui parler. Je lui ai dit qu’il faut qu’il nous trouve une formule qui puisse multiplier Jules par 1000. Il faudrait qu’on ait mille Alingete dans tous les secteurs et à plusieurs étapes. Ça nous permettra d’avoir des gens engagés envers leur République au risque de leur vie d’ailleurs pour être en mesure de défendre la nation. Les Congolais, de fois, ils pensent que ce qui appartient à nous tous, c’est une affaire des autres. Il faut que les citoyens soient disponibles et engagés ou qu’ils soient dans leurs responsabilités. Je pense, là-des- sus, que l’exemple qu’il nous donne de bravoure et de mobilisation de l’équipe d’inclusion est quelque chose que nous devrons être en mesure de suivre et être en mesure de reproduire des Jules Alingete à tous les échelons. Il est important qu’au niveau des communes, les citoyens soient en mesure de défendre ce qui appartient à nous tous, au niveau des villes, les gens soient en mesure de se poser des questions.

Il faudra que l’attitude congolaise s’Alingetise, il faudrait que nous ayons la capacité de dire je défendrais la nation. Je pense simplement que nous sommes-là dans un réveil et son importance. Je vous invite à lire mon livre et vous verrez des parallélismes entre la démarche de Jules Alingete et ce que j’ai écrit dans le livre parce que j’ai dit de manière assez claire que le plus grand défenseur de la nation c’est celui qui paie de la manière dont il est géré aujourd’hui.

Et donc, ce ne sont pas ceux qui bénéficient de la corruption qu’ils devraient être les meilleurs de la corruption. Ce sont ceux qui sont victimes de la corruption qui doivent être en mesure de défendre la nation.

L’IGF et les autres services dressent souvent des rapports. Pensez-vous qu’au regard de ses attributions, la justice congolaise mène des enquêtes de même nature pour les mêmes finalités ?

Le chef de l’Etat lui-même dit que le maillon faible de notre situation c’est la justice. Il s’est même plaint d’avoir placé des gens dont il se disait qu’ils étaient intègres alors que malheureusement ils n’ont pas été en mesure de donner les résultats. C’est, à mon avis, comme ça que je comprends les mises en place qui sont en cours. C’est pour être en mesure de renforcer la justice. Sans une justice solide et moderne, il est très difficile pour nous de pouvoir espérer faire les choses correctement.

C’est pour ça que j’insiste sur la digitalisation. Si l’information est digitalisée, elle est disponible devant tout le monde et il est difficile de la manipuler. Je disais la justice est une priorité. La deuxième, c’est la surveillance citoyenne. Il est important que nous, les citoyens, nous soyons en mesure de pointer du doigt les avocats véreux, les juges véreux, les magistrats véreux. Si nous ne les pointons pas du doigt et si nous ne les huons pas, ils vont continuer à faire ce qu’ils font et ils vont passer pour normal. Ce n’est pas acceptable qu’un pays comme le nôtre reste à genoux parce que notre système judiciaire est un système judiciaire de la honte.

Un certain Thambwe Mwamba, à l’époque ministre de la Justice, a dû avoir à le dire à son corps défendant que la situation à laquelle se trouvait notre justice, les magistrats, par leur comportement, était une véritable honte. Nous, au niveau de la fondation Entreprendre, nous avons créé un mouvement qui s’appelle les «Intègres ». Ça veut dire qu’en fait des citoyens qui se sont décidés à le dire qu’on n’est pas blanc comme neige, mais nous voudrions être chaque jour qui passe des meilleurs citoyens capables de servir notre population. Et nous enrôlons les gens de tous les métiers de pouvoir être en mesure de créer une masse critique de gens pour pouvoir défendre la nation.

Aujourd’hui, ce que nous disons, c’est que nous lançons bientôt une opération qui s’appelle « Avocats intègres, magistrats intègres ». C’est un mouvement volontaire. On ne va pas venir vous prendre de force. Si vous sentez l’âme de devenir un défenseur de votre métier par votre intégrité, vous venez et vous vous inscrivez. Nous allons vous faire signer un cahier des charges et vous engager à vous conduire d’une manière exemplaire. Le jour où nous aurons des ministres intègres, des directeurs généraux intègres, nous aurons un pays intègre.

35 ans d’existence, c’est pas mal ! En tant que stratège et analyste économique, que peut encore faire l’IGF pour être plus performante dans son rôle de contrôle des finances publiques ?

D’abord, très sincère félicitation à cette institution qui existe depuis 35 ans dont on voit malheureusement des effets réels seulement depuis 2 ou 3 années dernières.

Ça veut dire que quelqu’un a donné un second souffle à cette institution en imprimant son management. Ce que moi je dirai aux enseignants des universités, c’est d’étudier ce management et ce système de communication que ce personnage a créé et qui donne des résultats, le moderniser et l’enseigner aux enfants. A partir de ce moment-là, nous serons en mesure de pouvoir dupliquer ces acquis de management dans les autres institutions. Si nous avons l’IGF, la Cour des comptes, la CENAREF et d’autres institutions comme l’APLC avec le même degré de force et de surveillance, vous pouvez être sûr que le pays va avancer beaucoup plus vite.

Vous savez, les gens se contentent de regarder la gouvernance au niveau central. Nous avons la gouvernance au niveau des provinces. Personne ne regarde ça ! Nous avons la gouvernance au niveau des communes. Le service public au citoyen, ce n’est pas le chef de l’Etat ni le ministre qui le donne. Il est donné par les fonctionnaires qui sont en face du citoyen. C’est tout ça qu’il faut transformer. Et ça, un seul homme ne peut pas le faire. Et, c’est pour ça que les différents organes pourront être en mesure de donner un service public de qualité aux citoyens.

L’issue du procès des 100 jours et d’autres cas où des mandataires véreux condamnés et libérés à la vas-vite poussent d’aucuns à être pessimistes. Serait-ce également votre point de vue ?

Par définition, je ne suis jamais pessimiste. Qu’on ait arrêté des gens, qu’on les ait jugé, qu’à un moment donné, qu’on les ait libéré, je me dis, c’est déjà quelque chose. Ça montre que plus personne n’est au-dessus de la loi et à n’importe quel moment on peut t’inquiéter. Maintenant, si on estime que la justice n’a pas été rendue, les ONG ont les moyens de pouvoir porter plainte. Vous avez vu, aux Etats-Unis, une société qui s’appelle Glencore qui doit payer 1,2 milliard de dollars à la justice américaine pour de la fraude et de la corruption en Afrique.

La plainte n’a pas été portée par le gouvernement américain. Elle a été portée par des ONG. Au lieu de se plaindre, s’il y a des évidences, les Congolais organisés devraient être en mesure de porter plainte contre ces gens qu’on a libérés si on estime en passant qu’ils doivent encore de l’argent à des gens.

J’ai suivi encore un reportage sur les réseaux sociaux qui démontraient de manière assez claire qu’en plein meeting, un des leaders politiques s’est fait réclamer les 57 millions de dollars qu’il aurait détourné. Ça veut dire qu’en fait, la po- pulation commence à pouvoir s’assumer et être en mesure de pouvoir réclamer ce qui lui est dû. Ceci dit, mais je pense que si nous sommes exigeants, nous auront les chefs et les leaders politiques exemplaires. Figurez-vous, ces hommes politiques qui sont en haut, ils viennent de nos familles. Ils reproduisent là-haut le comportement de nos communautés ici-bas. Si nous demeurons des citoyens intègres, les leaders seront sérieux et intègres.

Un activiste de la lutte contre la corruption affirme que le contrôle parlementaire est impossible aujourd’hui. Par- tagez-vous également cette opinion ?

Je ne sais même pas ce qu’il veut dire, contrôle parlementaire. Il n’est pas impossible. Il est même obligatoire. Les faiblesses de notre parlement c’est au niveau d’efficacité. Et, 92 % des lois de 20 dernières années ne sont jamais mises en application complètement. Ça veut dire, il y a une véritable faiblesse entre le travail parlementaire et l’exécution du travail ou du fruit du parlement. Ceci montre la faiblesse technique du parlement. Entre autres choses, le parlement a connu un certain nombre de contrôle parlementaire depuis les 20 dernières années, mais l’exécutif n’a pas été aligné dans la capacité à pouvoir convertir ces contrôles parlementaires en véritables actions sur le terrain. En fait, je dis simplement que pendant très longtemps, il n’y avait aucun alignement entre le parlement et l’exécutif. Ça, c’est une faiblesse. Je voudrais dire autrement, c’est qu’un pays, il est géré pour être en mesure de mener des réformes pour être en mesure d’améliorer les conditions de vie des citoyens. C’est ce qu’on appelle l’efficacité opérationnelle. Je crois simplement que, je ne sais pas de quoi parle le citoyen qui a évoqué la question, la faiblesse au niveau opérationnel du parlement est au niveau de l’alignement entre ce que l’on pense et ce que l’on fait. C’est une question de management.

Certains responsables de l’Assemblée nationale sou- tiennent que le salaire d’un député est sacré et qu’il ne doit pas être connu. Est-ce normal ?

Non, non, non… Je vais être dur et dire que c’est une bêtise. On ne peut pas se permettre de dire des choses. Le salaire public est payé par les citoyens. Il ne peut pas être caché. La transparence totale est gage de la bonne gouvernance. Qu’à cela ne tienne, je n’ai pas envie de clochardiser non plus les députés. J’ai deux choses que j’ai observées là-dedans : ce qu’aujourd’hui, on a aug- menté les revenus des députés mais dans la même enveloppe que ce qui était géré par les prédécesseurs. C’est en son temps, c’est en fait une question d’allocation. Encore une fois là-dedans, il est important qu’on reste sobre et que l’on soit en mesure d’être transparent et clair avec ce qu’on est en train de faire. J’ai discuté dans un autre groupe où les Intègres travaillent en disant, peut-être que le plus gros problème de ce pays c’est qu’on n’a jamais eu les états généraux de la rémunération dans le secteur public. Vous savez qu’il y a des gens qui ont un salaire de 200 dollars par mois dans la fonction publique et qui ont des revenus mensuels de 20 000 dollars. Parce qu’il ont des primes à gauche, des primes à droite, qui ne se fa- briquent que d’une manière ou d’une autre.

En fait, à un moment donné, il faut être sérieux et mettre tout ça à plat, mettre l’enveloppe nécessaire. Et, bravo au vice-premier ministre de la Fonction publique avec le travail d’identification qu’il est en train de faire avec les fonctionnaires de l’Etat et qui nous démontre de manière assez claire là où on pensait qu’on a 100 mille, le fonctionnaire n’en a que 50 et, donc, qu’on a une enveloppe qu’on peut allouer de manière plus efficace pour être en mesure de pouvoir stimuler les gens.

Mais entre autre partie, il va falloir aux députés comme aux fonctionnaires, qu’on soit en mesure de demander de la compétitivité et de l’efficacité. Ceci se mesure par la qualité des décisions et d’actions que l’on mène pour améliorer la situation des citoyens.

La question n’est pas de diminuer les revenus des députés. La question, c’est de dire, comment sommes-nous équitables dans la masse salariale générale. C’est une question qu’on ne s’est pas posée les 60 dernières années. Peut-être qu’il est temps aujourd’hui d’avoir une politique de rémunération dans le secteur public. Il n’y en a pas une. C’est ça le problème.

Vous soutenez beaucoup les entrepreneurs congolais. Que peut faire le gouvernement pour booster les entrepreneurs afin d’avoir des millionnaires congolais voulus par le Président Tshisekedi ?

J’aime beaucoup cette question. Parce que j’y travaille en ce moment. La première des choses qu’il faut faire, je vous l’ai dit tout à l’heure, aujourd’hui, nous recevons des devises du secteur minier et nous les envoyons dans des fosses septiques en important de la nourriture. Il faut avoir un plan de réduction des importations inutiles et les substituer par la production locale. Cela veut dire, prendre des décisions courageuses, d’investir dans les entrepreneurs congolais pour être en mesure de produire.

Un deuxième instrument, c’est ce qu’on appelle Autorité de régulation de la soustraitance dans le secteur privé. Il est important et le chef de l’Etat a tapé du poing sur l’incapacité que le maximum de travail soit donné à des entreprises congolaises en RDC pour que celles-ci soient en mesure de gagner de l’argent et qu’elles n’investissent dans l’économie congolaise. Et, la troisième, elle est tout à fait importante, c’est tous les mécanismes que le dispositif public a mis en place. C’est quelque chose que font les entreprises de l’entreprenariat au Congo. On a mis en place un autre instrument qui s’appelle le PEDIA, qu’est le Programme d’Entreprenariat des Jeunes dans le secteur de l’Agriculture. Or, on a les programmes de financement comme le PAD-PM qui sont financés aujourd’hui dans sa 2ème phase avec 300 millions de dollars. Tous ces instruments, il faut être en mesure de les gérer de manière intelligente et cohérente.

On a en parallèle des secteurs comme le secteur du tourisme avec le Fonds de promotion de tourisme. Personne ne voit ce qu’on fait avec cet argent. On a le FPI dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’il triple ses revenus simplement parce qu’il y a eu certaines rigueurs impulsées autrefois par l’IGF. Et, c’est tout ça qu’il faut être en mesure de mettre dans une corrélation intelligente pour être en mesure de pouvoir avoir des résultats. Et je crois encore une fois qu’on ne créera pas de millionnaires en donnant l’argent, on créera des millionnaires en donnant les opportunités de travail.

Propos recueillis par Raymond OKESELEKE

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Interview

Georges KAPIAMBA :« le système de gestion, …qui a existé dans ce pays depuis 1960, jusqu’à maintenant, est une gouvernance de prédation »

Président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), Me Georges Kapiamba estime que la lutte contre l’impunité doit être considérée dans la société congolaise comme un engagement national, exigeant la participation de tous. Pour lui, on doit en parler et sensibiliser ceux qui semblent se taire. Il le dit dans l’interview qu’il a accordée à HESHIMA Magazine.

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 HESHIMA : Maître Georges Kapiamba, vous êtes président de l’ACAJ, voudriez-vous nous rappeler les différentes missions de votre ONG ? 

Me Georges Kapiamba : Les missions de l’organisation peuvent s’articler en trois points. Permettez-moi, avant de les énumérer, que je puisse rappeler que depuis le 12 septembre de l’année en cours, l’ACAJ a totalisé onze ans, onze ans d’expériences, de travail. Tout le travail a tourné autour de trois missions, à savoir la promotion et la protection des droits de l’homme. La deuxième mission est d’assurer la diffusion, la vulgarisation de tous les instruments juridiques internationaux relatifs au droit de l’homme. Dans les instruments juridiques il faut ajouter même les nationaux. Enfin, la troisième mission, est celle qui est relative à l’accès à la justice, c’est-à-dire une contribution qui vise la catégorie des personnes les moins nanties, les pauvres, ceux qui ne savent pas consulter un avocat par manque de moyens, ceux qui ne savent pas où déposer leurs plaintes ou déposer leurs requêtes. Nous essayons de leur venir au secours pour qu’elles aussi aient accès à la justice. Enfin, il y a aussi la catégorie des personnes qui sont en détention, qui ne savent qui consulter, surtout qui sont en détention dans des lieux tenus par des services de sécurité, vous savez que ce sont des endroits difficilement pénétrables. 

Si vous devez faire l’évaluation de votre propre action, la situation a-t-elle évolué ou pas ? Les Congolais accèdent-ils facilement à la justice aujourd’hui ?

Oui, la situation, nous pouvons le dire ainsi, le soutenir, le Congolais a non seulement pris conscience de la place qu’occupent les valeurs des droits de l’homme, mais aussi de l’implication, de l’éveil de chacun pour la participation presque de tout le monde, surtout les jeunes dans la revendication des droits fondamentaux des citoyens. 

Ce n’était pas le cas, rappelez-vous, pour ceux qui ont vécu pendant la période du règne de feu Maréchal. Personne ne pouvait s’occuper de la gestion des biens publics. Maintenant, ce n’est plus le cas, les gens sont devenus de plus en plus exigeants. C’est aussi un travail de sensibilisation, pas seulement l’ACAJ, mais l’ensemble d’organisation des défenses des droits de l’homme, des médias qui travaillent chaque jour pour assurer la diffusion de la sensibilisation. La formation de ces valeurs des droits de l’homme ont contribué à cet éveil des consciences. Et aussi il faut mentionner le fait que sur le plan de la gouvernance de notre pays, il y a eu des acquis, parmi lesquels la constitution de 2006, qui est l’une des meilleures constitutions en ce qui concerne les pays de l’Afrique, surtout de l’Afrique centrale.

Quel a été votre apport par rapport à la constitution du 18 février 2006 ? 

Notre apport, il faut dire avec toute modestie qu’il ne faut pas seulement me voir dans les 11 ans, je suis dans l’engagement associatif depuis plus de 30 ans. Donc, j’ai pris cet engagement depuis l’Université. Beaucoup de mes collègues qui me connaissent et que je rencontre souvent, que ce soit au pays ou à l’étranger, témoignent toujours, affirmant que : « Lui, c’est depuis l’université ». Donc, ce que nous avons fait, que ce soit dans mon ancienne structure qui était l’ASADHO, comme ici au sein de l’ACAJ, qui est une structure plus spécialisée sur la question d’accès à la justice, la défense des droits des citoyens par le recours à la justice, au fait notre idée avec les autres compatriotes était  de considérer que beaucoup de gens recourent à la violence parce qu’ils ne connaissent pas l’existence des mécanismes juridiques qui sont organisés pour réclamer leurs droits ou les défende.

La population a une mauvaise image des animateurs de la justice parce que l’issue des dossiers judiciaire la déçoit beaucoup, les cas du procès 100 jours, Eteni Longondo… N’est-ce pas que c’est décourageant ?

 Tout à fait. Dans les dossiers que vous avez cité, même nous ACAJ, qui avons fait l’observation, qui avons dénoncé, nous avons fait des plaidoyers pour que le pouvoir judiciaire se mêle de l’affaire, que ces soient des affaires au moins emblématiques qui allaient permettre d’écrire une nouvelle page de la gouvernance judiciaire de notre pays. Nous avons tous étaient déçus par la suite, et nous sommes déçu jusqu’à ce jour. Pourquoi, parce que non seulement que les enquêtes n’avaient pas été très approfondies sur le plan technique, à cause aussi de beaucoup de raisons, mais il y a eu beaucoup de trafics d’influence politique qui ont déraillé même le cours de la justice et on a assisté à des décisions du genre où, quelqu’un est condamné au premier et deuxième degré s’offrait facilement la liberté provisoire au niveau de la Cour de cassation. 

Les cautions qui étaient payées étaient de loin insignifiantes par rapport même à la somme lui réclamée par la société. Bref, c’est une déception et aujourd’hui moi je le dis souvent, nous le disons aux plus hauts responsables, je l’ai dit aussi au nouveau président du Conseil supérieur de la magistrature : « Vous avez un défi à relever aujourd’hui ». C’est principalement de poser des actes qui vont permettre aux citoyens de comprendre que, ce qui s’est passé n’était qu’un accident de parcours et que les magistrats, nos magistrats, notre justice a compris qu’il y a moyen d’écrire notre histoire d’un état de droit. C’est décevant et aussi c’est décevant pour nous tous. 

L’année dernière, vous avez dénoncé le fait que plusieurs ministres du gouvernement Ilunkamba avaient détourné, curieusement ceux-ci étaient reconduits dans le gouvernement Sama Lukonde. Pensez-vous que l’impunité prendra un jour fin dans ce pays ?

 La lutte contre l’impunité doit être considérée dans notre société comme une cause nationale pour laquelle nous devons tous nous mobiliser. Nous devons en parler, nous devons sensibiliser ceux qui semblent se taire, nous devons leur dire, c’est vous qui avez le pouvoir, il faut faire cesser l’impunité à tous les niveaux. Aujourd’hui nous assistons tous au cas de Monsieur Vidye Tshimanga, ex-conseiller spécial chargé des questions stratégiques du Président de la République. Nous avons vu la vidéo et puis, un jour après il y a le Procureur Général de Kinshasa/Matete qui a ouvert un dossier RMP, c’est-à-dire un dossier pénal à sa charge, pour enquêter sur notamment l’éventualité d’actes de corruption, enrichissement illicite, blanchiment des capitaux et consorts. Trois jours après Gombe fait la même chose. Et tout cela c’est sous l’impulsion de leur chef, le Procureur général près la Cour de Cassation, qui a veillé à ce que les choses changent, parce qu’il n’est pas normal que nous soyons dans une société où on parle des détournements des millions, et que les magistrats soient là en train de croiser les bras et que quelques dossiers qui passent par la filière judiciaire puissent faire l’objet des marchandages.

Me Kapiamba, lorsque vous avez suivi la vidéo de M. Vidye Tshimanga, quelle a été votre réaction à l’ACAJ ?

 D’abord, c’était un choc pour nous parce que c’est un collaborateur du chef de l’Etat, lui qui porte le programme de la lutte contre la corruption. Que le chef de l’Etat puisse avoir à ses côtés quelqu’un qui agit de manière qui contrarie avec son discours, ça ne pouvait que nous choquer et nous dérouter. Deuxièmement, c’est aussi un sentiment de satisfaction, par rapport au travail réalisé par vos confrères journalistes, qui surement doivent savoir que tel monsieur a toujours l’habitude de procéder de telle manière… que maintenant nous voudront le mettre sur la place publique, l’exposer pour que les gens sachent qu’il ne mérite pas d’être au côté du Président de la République, qui prône la lutte contre les antivaleurs. Le dernier sentiment était d’exiger la justice, une enquête pour que les Congolaises et Congolais sachent finalement au bout de cette enquête ce qui s’est passé.

Aujourd’hui c’est Vidye Tshimanga, hier c’était Kabund qu’on a accusé d’enrichissement illicite, Kabund qui a aussi dénoncé des détournements des centaines de millions de dollars qu’on amènerait dans des paradis fiscaux. Comment faire pour éradiquer ce genre de pratiques tout autour du chef de l’Etat ?

 Alors deux choses. D’abord nous devons faire très attention lorsqu’il y a des révélations de ce genre, qui touchent directement à la dignité, à l’honneur de nos compatriotes. Vous les médias et les ONG des droits de l’homme, nous avons des approches trop rigoureuses qui nous obligent de vérifier avant d’en parler. Et si ce sont des faits établis, soutenus par des preuves, en ce moment-là on doit les confier à la justice. Mais, comment faire en sorte que cela ne puisse pas se reproduire, surtout contre les proches des plus hauts responsables de notre pays ? Premièrement, il y a la sensibilisation des Congolaises et Congolais, en commençant par tous les enfants qui sont à l’école primaire, il faut que ce soit enseigné. Le deuxième axe, c’est la répression rigoureuse. La répression suppose que nous ayons un appareil judiciaire intègre, un appareil judiciaire efficace. L’efficacité proviendrait des niveaux de formation et la mise à jour de ses membres.

Monsieur Jules Alingete est venu avec l’esprit rebondissant sur ce que le peuple congolais attendait.

L’IGF vient de célébrer ses 35 ans d’existence, que pensez-vous du travail qu’abat ce service de l’Etat ?

 Travail magnifique ! Vous savez que, l’ACAJ, nous accompagnons, nous soutenons le travail abattu par l’ensemble de l’équipe de l’Inspection Générale des Finances. Dès les premiers moments, je peux vous assurer… Monsieur Jules Alingete est venu avec l’esprit rebondissant sur ce que le peuple congolais attendait, c’est-à-dire mener ses enquêtes avec indépendance, avec professionnalisme et informer l’opinion. Les gens n’ont pas aimé cela. Ce n’est pas tout le monde, mais ceux qui bénéficiaient de ce détournement, de la corruption. 

Donc, je dois vous avouer que l’ACAJ, nous sommes fier du travail qu’abat ce service, ses inspecteurs, nous continuons toujours à les soutenir et aujourd’hui il s’est ajouté la Cour des comptes dont 53 magistrats ont finalement prêté serment, après avoir attendu pour beaucoup d’entre eux, plus de cinq ans. Ils ont prêté serment, nous espérons qu’ensemble avec l’IGF, la CENAREF, sans oublier l’APLC, ces organes de l’Etat vont devoir maintenant mener la guerre qu’il faut avec le soutien de la société civile, des Congolaises et congolais parce que le souci des Congolais est qu’il ne faudrait plus qu’un seul dollar, un seul franc du contribuable congolais puisse être détourné par un représentant de l’Etat, sans qu’il ne puisse subir la rigueur  de la loi. Mais, le grand challenge c’est quoi, le défi ? C’est que les magistrats doivent aussi se mettre dans le même esprit, ne considérant que quand l’IGF mène ses enquêtes, ses audits, des gages de responsabilité, il ne faut pas les négliger. Il faut chercher à les approfondir mas, en associant les experts en la matière parce que nous constatons que beaucoup de dossiers sont traficotés à ce niveau-là sous le seul prétexte que ce sont des OPJ…

Ne trouvez-vous pas que le fait que l’IFG ne mène pas des enquêtes à la Présidence de la République et au Parlement affaiblit sa lutte contre la corruption ?

 Vous savez que l’IGF a eu à mener des enquêtes sur certaines opérations de la Présidence, ç’a été fait, malheureusement les rapports n’ont pas été rendus publics. Je crois que c’est cela qui fait douter de l’efficacité et de l’indépendance dans la gestion de ce dossier-là par l’IGF parce qu’elle avait déjà habitué l’opinion à mener une enquête, à auditer et puis à rendre public, c’est une exigence même de la bonne gouvernance, mais cela ne s’est pas fait à la Présidence. Ç’a été aussi le cas au Parlement, que ce soit l’enquête qui devait être menée à l’Assemblée nationale, comme au Sénat, on a vu ce qu’il y a eu. Je sais par contre qu’en ce qui concerne les enquêtes de l’IGF au Parlement, lorsqu’elle avait fini, elle avait transmis le rapport au Procureur général près la Cour de Cassation et d’ailleurs même un dossier pénal a été ouvert.

 Rappelez-vous que l’ancien procureur général avait saisi le Sénat pour obtenir la levée des immunités notamment de son ancien président, du questeur… ce sont des dossiers qui sont pendants. Alors, ce sont peut-être les limites qui caractérisent le travail de l’IGF, mais qui ne doivent pas lui enlever toutes les prouesses qu’elle a pu réaliser en peu de temps. Maintenant qu’il y a la Cour des comptes, qui a une compétence générale, en tant que juridiction de contrôle supérieur juridictionnel, avec la capacité juridique qu’elle a, nous espérons qu’au moins ce vide-là sera comblé par le travail de la Cour des comptes.

Avec plus ou moins 60 magistrats à la Cour des comptes, ne trouvez-vous pas que cela est insignifiant, vu l’étendue du pays ?

 C’est vrai, ce n’est pas beaucoup, mais il faut qu’ils commencent par faire le travail. Que les 53 s’affirment d’abord, rassurent l’opinion, qu’ils sont là conformément à leur loi organique, comme ceux qui s’assurent du bon emploi de l’argent public parce que c’est cela la mission de la Cour des comptes. Et le bon emploi de l’argent public doit se faire partout dans toutes les institutions, il n’y a pas une seule qui peut les échapper. 

Ils ont la compétence de contrôler et lorsqu’ils constatent qu’il y a eu des fautes de gestion, ils poursuivent ceux qui sont impliqués, avec possibilité de les condamner parce que c’est cela l’avantage de la Cour des comptes, elle va prononcer des décisions qu’on appelle « arrêts » contre les agents de l’Etat, principalement les comptables, les ordonnateurs, les gestionnaires, les contrôleurs, mais aussi les personnes qu’on appelle les « comptables de fait ».

 La Cour peut condamner notamment au remboursement de la somme d’argent, mais aussi recommander des poursuites pénales devant le juge compétent et recommander même la révocation. Donc, nous espérons que l’IGF va se mettre en synergie, ce que nous souhaitons, avec la CENAREF, l’APLC, avec les organisations de défense qui sont impliquées dans la lutte contre la corruption de manière que nous puissions être capables de relever ce défi.

Me Kapiamba, avez-vous à ajouter ? Le mot de la fin, consiste à appeler nos compatriotes, de considérer que la lutte contre la corruption est une affaire de nous tous, chacun là où il se trouve, il exerce ses activités. Pourquoi les Congolais quittent-ils leur pays, notre riche pays pour aller ailleurs ?

 C’est parce que le pays n’est pas organisé, il n’offre pas des perspectives d’avenir. Parce que les ressources naturelles que Dieu nous a données, qui sont mal exploitées, ne bénéficient pas à nous tous. Pourquoi cela ne bénéficie pas à nous tous ? Parce que le système de gestion, de gouvernance, qui a existé dans ce pays depuis 1960 jusqu’à maintenant c’est une gouvernance de prédation c’est-à-dire il y a des prédateurs, nous avons des dirigeants qui construisent leurs vie sur la prédation. Donc, nous devons immédiatement choisir de nous engager dans la lutte contre la corruption parce qu’elle un obstacle à jouissance des droits de l’homme.

Propos recueillis par Hubert MWIPATAYI

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Interview

Florimond MUTEBA: On sent chez Alingete un courage, mais il est combattu

Quarante ans de lutte contre la corruption, le Professeur Florimond Muteba, Président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), lève le voile sur la manière dont les institutions habilitées à faire le contrôle se débrouillent. Il relève ici les éléments qui font que la lutte contre la corruption en RD Congo se fasse à cloche-pied. Entretien.

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HESHIMA Magazine : Professeur Florimond Muteba, vous êtes connu comme l’un des chevaliers de la lutte contre la corruption. Peut-on savoir les missions dévolues à l’ODEP ? 

Florimond Muteba : L’Observatoire de la dépense publique, en fait, notre principale mission est le suivi, le contrôle des finances publiques. Nous faisons le contrôle citoyen des finances publiques, la manière dont les recettes sont mobilisées, comment les dépenses sont faites, d’une manière rationnelle ou non, le suivi du cycle budgétaire, la lutte contre la corruption. Nous sommes principalement dans les finances publiques. En résumé, le contrôle citoyen des finances publiques en RDC. 

HM: Environ vingt ans après la création de l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), quel bilan peut-on dresser de votre action ?

Bon, vous savez l’ODEP a contribué à beaucoup d’avancées. Je prends d’abord la phase de la préparation de la loi des finances. L’ODEP a contribué beaucoup à améliorer les séminaires d’orientation budgétaire, mais aussi à améliorer les lois de finances parce qu’une fois qu’elles sont déposées au Parlement, il réunit une série d’organisations, qui sont aussi dédiées au suivi des finances publiques : nous faisons des observations pertinentes, nous allons discuter avec les ECOFIN à l’Assemblée nationale et au Sénat, pour améliorer le budget.

En matière d’éducation par exemple, nous avons beaucoup plaidé. Aujourd’hui nous atteignons jusqu’à 18 ou 20 % du budget, alors qu’à l’époque ce n’était pas ça. Il y a des domaines où nous n’avons pas réussi, comme l’agriculture. 

HM: En ce qui concerne l’éducation, il y a la volonté du Président de la République de vouloir faire la gratuité de l’enseignement. Ç’a contribué à améliorer le budget de l’éducation. Autre réussite, vous vous rappelez du procès des 100 jours. Ce procès est venu comment ?

 Au départ, il y a eu le rapport de l’ODEP qui dénonçait la mauvaise gestion de ce programme. La presse s’en est emparée à tel point que le pouvoir politique a décidé de laisser faire la justice. Même si par après la plupart de criminels ont été libérés, mais ç’a été un coup très très fort de la société civile dans la lutte contre la corruption. Il y a aussi d’autres réussites que nous avons eues. Prenons le cas de la Cour des comptes. Ça fait plus de dix ans que nous nous battons pour que la Cour des comptes soit restaurée. Pourquoi ? Parce que le contrôle, c’est très important. Dans un Etat où la fonction contrôle n’est pas vraiment assurée, les choses vont dans tous les sens.

Aujourd’hui, nous n’avons que l’Inspection Générale des Finances (IGF) et ensuite ce n’est que depuis deux ans que le contrôle de l’IGF a commencé à être opérationnel. Mais la Cour des comptes, 60 magistrats qui n’avaient pas prêté serment, 10 ans après que la loi organique a été votée et promulguée par Joseph Kabila en novembre 2018. C’est quand même une réussite du travail auquel nous avons contribué avec le Comité d’orientation de la réforme des finances publiques et d’autres parties prenantes. Nous avons contribué surtout à inséminer dans la population la culture du contrôle. Vous savez, aujourd’hui la question de la lutte pour la réduction du train de vie des institutions, ce n’est plus l’apanage de l’ODEP seul. C’est presque toute la population qui le réclame. Donc, cela veut dire pour nous que ce n’est pas seulement des cas emblématiques comme ce que je viens de citer, mais c’est surtout la culture que nous avons réussi à insuffler au sein de la population. Parce que c’est elle qui est concernée par les finances publiques. Du coup, à partir du moment où la population s’est appropriée notre combat, il est devenu un combat populaire. Donc, moi je peux mourir aujourd’hui, ce n’est pas un problème, parce que la population a récupéré ce que j’ai fait. Elle peut continuer, il n’y a pas un problème. C’est cela la plus grande réussite pour nous.

HM: L’ODEP lance souvent des alertes, publie des rapports. Etes-vous satisfait de la manière dont les enquêtes sont faites et même de l’issue des dossiers ? Non. On n’est pas satisfait. Je vous donne un exemple. Concernant la Société TRANSCO, nous avons lancé des alertes, il y a un ou deux ans. Comment ces informations nous étaient parvenues ? 

Ce sont les syndicalistes de la société qui, très mal traités, d’autres au chômage, ont continué le combat, affirmant que la société est mal gérée.

Quand ils sont venus à l’ODEP, nous avons dit non, ce n’est pas possible, les conditions dans lesquelles la société a été créée étaient compliquées, tout s’est passé de gré à gré, à l’époque de Matata Ponyo. Même l’assistance des sociétés françaises qui étaient venues, tout était fait de gré à gré. Alors, les syndicalistes nous ont amené plus de 100 pièces à conviction, pièces qui pouvaient démontrer que vraiment il y a eu mégestion. Nous sommes allés avec nos avocats au Tribunal de Matete, nous avons déposé cela. L’avocat général qui s’occupait du dossier a fait du bon travail. Et au moment donné, il a même lancé un mandat d’arrêt provisoire contre le DAF (Directeur administratif et financier, Ndlr). Et ensuite un mandat d’amener au DG a.i.

Mais, quelle n’était pas notre surprise de voir que quand les nouveaux bus sont arrivés, on est allé donner les clés de ces bus aux mêmes personnes, qui ont été libérées entretemps. Comment ? On n’a jamais compris. Par des interventions venues d’en haut. Je ne vais pas accuser ici qui que ce soit. Mais les interventions sont venues d’en haut pour qu’on libère ces malfaiteurs. Aujourd’hui où nous parlons, c’est vrai que on a réussi à les écarter de la Direction, mais qu’est-ce qui s’est passé ? Vous voyez, donc on ne peut pas dire qu’on est satisfait. Parce que des choses aussi flagrantes puissent se terminer en queue de poisson. Regardez par exemple la question des 100 jours. Est-ce que nous pouvons être satisfaits de voir que des criminels, congolais comme nous, soient aujourd’hui en liberté ? Ils circulent et d’autres ont même repris le chemin de la politique. Satisfait du côté de l’Etat, non, du côté des tribunaux, non. Parce que même s’il y a quelques symboles, comme le procès des 100 jours, vous voyez comment il s’est terminé ? En queue de poisson ! Donc, il y a un problème de véritable volonté de ceux qui disent combattre la corruption. Est-ce que la volonté y est vraiment ? 

HM: On a comme l’impression que la corruption a la peau dure en RDC. A quel niveau doit-on régler la lutte contre la corruption ?

 Vous savez, en 2007, Transparency International avec nous, moi aussi j’étais parmi les experts qui avaient travaillé sur ces analyses-là, avions produit un document sur le système national d’intégrité en RDC. C’est la meilleure analyse qu’on ait faite sur la question de la corruption dans notre pays. Dans ce document, nous sommes arrivés à une conclusion : pour que la lutte contre la corruption marche, le chef de l’Etat doit vraiment s’impliquer avec une volonté ferme comme on l’a vu dans beaucoup de pays. Regardez, Jacob Zuma a fini par la prison. Un ancien chef d’Etat, pour des faits qui ne dataient même pas de sa gouvernance à lui, qui dataient de 10 ou 11 ans avant, époque où il était impliqué dans une histoire de corruption. C’est pour vous dire que dans ce pays-là on sent la volonté. Lorsque la volonté vient d’en haut, le haut donne l’exemple et quand il le donne, il est évident qu’en bas tout le monde ait peur. Le grand problème que nous avons ce qu’il n’y a pas de volonté politique. C’était pire avec Kabila fils, c’était presque le même type de gouvernance. C’était quand même bien avec Laurent-Désiré Kabila. En dehors de la courte période de Laurent Kabila, cette volonté manque, elle manque.

HM:  Qu’est-ce que les états généraux de la lutte contre la corruption ont-ils donné ? 

Bon, je ne parle pas de ce qu’on a tenté de faire récemment. Mais à l’époque, je crois que c’était en 2009, il y a eu des états généraux bien organisés. Les conclusions étaient mises dans les tiroirs. On a voulu refaire encore des choses avec moins d’intégration, il n’y a pas longtemps, l’APLC a tenté de faire mais ce n’est pas ce qu’on avait fait à l’époque. Donc, c’est encore une fois un problème de volonté politique. Quand il y a volonté, on peut combattre la corruption, mais le niveau qu’elle a atteint chez nous, c’est un fléau qui a des conséquences. La corruption a un coup politique, un coup économique… le cas par exemple de Monsieur Kamerhe, c’était vraiment un bon exemple. Il a fait deux ans et puis… Si ce monsieur avait subi sa peine jusqu’au bout, cela aurait été un exemple formidable. Je n’ai rien contre lui, d’ailleurs je ne le connais pas. L’impunité règne. On fait semblant, ensuite les gens ne sont pas punis. Et puis il y a certaines déclarations… Lorsque notre président va en Europe, il passe sur une chaîne de télévision comme TV5 Monde où il dit que la retro-commission au Congo est légale… C’était une erreur de langage, ne jamais dire une chose pareille. Mais ça c’est encourager la retro-commission. Le manque de volonté politique est mortel pour la lutte contre la corruption.

HM: Qu’est-ce que les états généraux de la lutte contre la corruption ont-ils donné ? 

Bon, je ne parle pas de ce qu’on a tenté de faire récemment. Mais à l’époque, je crois que c’était en 2009, il y a eu des états généraux bien organisés. Les conclusions étaient mises dans les tiroirs. On a voulu refaire encore des choses avec moins d’intégration, il n’y a pas longtemps, l’APLC a tenté de faire mais ce n’est pas ce qu’on avait fait à l’époque. Donc, c’est encore une fois un problème de volonté politique. Quand il y a volonté, on peut combattre la corruption, mais le niveau qu’elle a atteint chez nous, c’est un fléau qui a des conséquences. La corruption a un coup politique, un coup économique… le cas par exemple de Monsieur Kamerhe, c’était vraiment un bon exemple. Il a fait deux ans et puis… Si ce monsieur avait subi sa peine jusqu’au bout, cela aurait été un exemple formidable. Je n’ai rien contre lui, d’ailleurs je ne le connais pas. L’impunité règne. On fait semblant, ensuite les gens ne sont pas punis. Et puis il y a certaines déclarations… Lorsque notre président va en Europe, il passe sur une chaîne de télévision comme TV5 Monde où il dit que la retro-commission au Congo est légale… C’était une erreur de langage, ne jamais dire une chose pareille. Mais ça c’est encourager la retro-commission. Le manque de volonté politique est mortel pour la lutte contre la corruption.

HM: Comment expliquer qu’avec le travail qu’abattent la justice congolaise, l’IGF, la Cour des comptes, le parlement, que le niveau de corruption soit toujours ascendant ?

 D’abord le parlement. Le contrôle parlementaire aujourd’hui est impossible. Pourquoi ? Vous savez vous-même dans quelles conditions le parlement était mis en place. Le rôle qu’a joué la corruption dans sa mise en place. Pensez-vous qu’un ministre qui est issu d’une majorité qui a été créée de cette façon-là, ce ministre sera un jour contrôlé, sanctionné par une motion de censure du parlement ? Jamais ! Le contrôle parlementaire est impossible parce que les gens d’un même camp vont se serrer les coudes. Le ministre Kibasa a échappé, sans problème. Pourquoi ? Même majorité ! La corruption rend le parlement inopérant. Du côté par exemple de l’autre contrôle, l’IGF fait un travail, pour l’instant presque seule. Bon, on peut encourager le travail qu’elle fait.

HM: L’IGF fête ses 35 ans d’existence ce 15 septembre. Que pensez-vous de son travail, ses points faibles, ses points forts ?

Le principal point faible de l’IGF, c’est un contrôle administratif. Vous voyez ? Ce contrôle administratif c’est le   contrôle de l’administration sur elle-même. L’IGF dépend du Président de la République, cela veut dire qu’en ce moment-là elle est limitée, il y a des choses qu’elle ne peut pas faire, qu’elle peut faire, mais finalement qui ne peuvent pas aboutir.

Parce qu’elle touche de loin ou de près proche de son patron, il peut être sanctionné injustement, il peut être écarté injustement, etc. Donc, le contrôle de l’IGF est limité par sa nature. Ce qu’il tente de faire actuellement, les patrouilles financières, c’est un pas en avant. Vous pouvez considérer que c’est un pas positif en avant, même s’ils sont un peu   coincés par leur nature, leur tutelle. Mais, ils font quand même un travail, ils sensibilisent sur la lutte contre le détournement. On sent chez Monsieur Alingete un courage, mais il est aussi combattu par ceux qui ne veulent pas que la gabegie financière s’arrête, le détournement s’arrête. Mais ça c’est de bonne guerre ! Aujourd’hui, la société civile qui a signé l’accord de partenariat avec l’IGF, essaie de l’accompagner, de le soutenir dans cette lutte, mais la résistance dans la culture de Congolais, surtout dans la culture des dirigeants congolais, la résistance est là. Et donc, cela lui crée aussi beaucoup d’ennuis.

Quant à la Cour des comptes, elle vient à peine d’être réhabilitée. Mais, regardez, combien de magistrats, ils sont soixante ! Vous voyez la grandeur du pays ? Comment ils vont travailler, ils ont très peu de moyens pour l’instant. Déjà soixante c’est très peu de moyens humains, mais les moyens matériels et financiers sont pour l’instant minimes. Vous voyez l’Afrique du Sud qui est un pays beaucoup plus petit que le nôtre, il y a deux mille magistrats à la Cour des comptes. La faiblesse des contrôles, ce n’est jamais bon, ce qui fait que la corruption continue.

Le contrôle parlementaire, il y a zéro, le contrôle de la Cour des comptes, il est à un niveau minimal, l’IGF c’est un contrôle administratif… Oui, il effraie quand même, mais c’est un contrôle avec beaucoup de limites. La société civile fait le contrôle, comme l’ODEP, mais nous n’avons que notre courage, c’est tout, mais les moyens matériels, financiers, on n’en a pas. On travaille avec notre amour pour le Congo, avec le risque que nous avons face aux prédateurs. On a des ennemis un peu partout, mais qu’est-ce qu’on fait, on prie Dieu ! Seigneur, nous travaillons pour la bonne cause, protégez-nous (rire).

Interview réalisée par Hubert Mwipatayi

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