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Interview

Georgine SELEMANI: « Je suis fière d’avoir financé le Programme d’Entretien Routier 2021 avec un taux d’accroissement de 280 % »

Après avoir passé deux ans à la tête du Fonds d’Entretien Routier (FONER) comme Directrice Générale intérimaire, Georgine SELEMANI Tulia revient sur ses réalisations à la tête de cet établissement public. Dans un entretien exclusif accordé à Heshima Magazine, l’actuelle DGA évoque les travaux que son comité de gestion a financés mais également ses performances. Interview !

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HM Depuis votre prise de fonctions en mai 2020 comme DG intérimaire du FONER, comment se porte votre entreprise ? 

Le FONER se porte bien, il rayonne et ses œuvres parlent mieux que les mots aujourd’hui. 

HM Pouvez-vous nous détailler les sources d’entrée de fonds que gère le FONER ? 

Les ressources du FONER sont définies à l’article 16 du décret n’08/27 du 24/12/2008. Il s’agit des redevances  prélevées sur les lubrifiants et les carburants terrestres, le droit de péage sur le réseau d’intérêt national, les redevances liées à la charge à l’essieu ainsi que l’exploitation de poste de pesage.

HM Dès votre arrivée, vous avez mis en place un plan stratégique de redressement du FONER qui repose sur deux piliers à savoir : la mobilisation maximale des ressources du FONER et le Financement efficient des travaux d’entretien routier. Quels sont les résultats de cette stratégie aujourd’hui ?

Les résultats ont été aussi bien positifs en termes de mobilisation mais aussi et surtout en termes de financement des travaux d’entretien routier. Les ressources mobilisées par le FONER ont été sensiblement augmentées, atteignant un taux d’accroissement de 47,7% au passage de 2020 à 2021. Le FONER a connu un accroissement des ressources mobilisées qui est passé de 113 millions de dollars en 2020 à 167 millions USD en 2022, soit un taux d’accroissement de 48%.

 Pour ce qui est du financement des routes, j’ai financé le programme d’entretien routier de l’Office des routes avec un taux d’accroissement de 62,31% comparativement au financement de 2020. En ce qui concerne l’OVD, je suis intervenue dans son programme avec un taux d’accroissement de 48,47 % par rapport à 2020. Et je suis vraiment fière de moi-même d’avoir financé le Programme d’Entretien Routier (PER 2021) de l’OVDA avec un taux d’accroissement de 280,53 % comparativement à 2020.

HM Votre établissement va-t-il jouer un rôle dans le cadre du projet de développement à la base de 145 territoires de la RDC ? 

A ce jour, le FONER n’est pas partie prenante au projet de développement à la base des 145 territoires de la RDC. Cependant, parce qu’il s’agit de la politique du Gouvernement sous l’impulsion du Président de la République et qu’il y a là-dedans un secteur important du désenclavement qui rejoint la mission sociale du FONER, nos actions s’entrecroiseront surement quelque part. Par ailleurs, toutes les infrastructures routières dans le cadre de ce programme seront reprises par le FONER pour leur pérennisation par l’entretien.

 HM Le FONER a-t-il aussi des routes dont il finance la construction ou l’entretien dans le cadre du projet Tshilejelu ?

Les ressources du FONER sont publiques. A ce titre, le FONER a garanti le financement du projet TSHILEJELU pour le compte du Gouvernement de la République. Le remboursement de ladite garantie interviendra par l’entremise du Trésor Public et ce, par des allocations allouées à l’implémentation du projet.

HM C’est depuis des années que l’on parle de la réhabilitation ou de la construction de la route Kananga-Kalamba-Mbuji. Le Chef de l’Etat a récemment lancé les travaux de cette route. FONER est-il aussi parmi les partenaires financiers de ce projet ?

 A ce stade, le FONER ne fait pas partie des partenaires financiers du projet de réhabilitation ou de construction de la route Kananga-Kalamba-Mbuji. Le Gouvernement de la République s’en charge personnellement.

HM Actuellement, quels sont les plus grands chantiers financés par le FONER à travers la République ? 

Les plus grands chantiers financés actuellement par le FONER sont visibles dans l’espace Grand Equateur, un effort financier important de l’ordre de USD 2.526.036,94 a été demandé au FONER en décembre 2021. Il en est de même de l’Espace Grand Bandundu et dans le Grand Kasaï, le FONER a injecté respectivement USD 5.288.911,81 en juillet 2022 pour le premier et en décembre 2021, USD 1.769.120,66 pour le second. Nous pouvons aussi citer la province du Kongo Central où les voiries de grandes villes viennent de bénéficier d’un apport important de l’ordre de USD 2.074.965,36 et celle du Maniema où les travaux de 5 projets de désenclavement sont en cours pour un montant de USD 2.505.087,44. 

HM Généralement, comment se fait la programmation des financements des travaux d’entretien routier ? 

L’article 3 de la Loi n° 08/006- A susmentionné stipule que l’objet du FONER est la collecte des ressources, le financement de l’entretien et la protection des routes d’intérêt national et des voiries urbaines d’intérêt national, et l’affectation de la quotité réservée aux provinces en vue de l’entretien et de la protection des routes et voiries d’intérêt provincial et local.

Pour connaitre comment se font concrètement ces financements et cette affectation, on recourt au Décret n°08/27 sus-évoqué. L’article 31 de ce Décret fixe le mécanisme de financement et d’affectation des ressources du FONER de la manière suivante : La rétrocession des 40% aux Provinces se fait par le financement des projets d’entretien des routes et voiries d’intérêt provincial et local arrêtés par les Gouvernements provinciaux en concertation avec les Agences Routières et les Organisations professionnelles des entreprises locales en s’assurant qu’aucune province ne soit omise ; 

La répartition des 60% des ressources affectées aux travaux se fait au prorata des routes nationales réhabilitées éligibles en s’assurant qu’aucune province n’est omise. A cet effet, le Manuel d’Opérations d’Entretien Routier ‘’M.O.E.R.’’ prévoit que chaque Agence Routière, gestionnaire du réseau routier sous sa responsabilité, élabore, sur base des prévisions des recettes lui communiquée par le FONER, son Programme d’Entretien Routier (PER) annuel. 

Ce dernier est ensuite approuvé par sa Tutelle, en l’occurrence le Ministère des Infrastructures et Travaux Publics pour l’Office des Routes et l’Office des Voiries et Drainage et le Ministère du Développement Rural pour l’Office des Voies de Desserte Agricole.

 Il s’ensuit des réunions techniques entre experts des Agences Routières et du FONER pour élaborer le plan de décaissement qui tient compte de sa trésorerie au cours de l’année. Les devis de travaux sont élaborés par les agences routières conformément au type de marché à bordereau des prix et non en intrants. Lesdits devis ne comportent généralement pas la rubrique imprévue pour la simple raison que chaque poste de devis est censé être quantifié pour faciliter sa prise en attachement lors de la réalisation des travaux.

HM Aujourd’hui, à quelle hauteur peut-on chiffrer le financement des travaux routiers de l’OVD et l’Office des Routes par le FONER ? 

A ce jour, le FONER a déjà débloqué en faveur de l’OVD et de l’Office des Routes des financements à hauteur de USD 36.173.495,69 et USD 34.619.778,18 respectivement. 

HM Il y a toujours des plaintes sur la qualité des infrastructures réhabilitées, quel mécanisme avez-vous pour notamment vérifier la qualité de la dépense liée au financement des agences routières comme l’OVD et l’Office des Routes ?

Vous voulez parler de la qualité des infrastructures entretenues et non réhabilitées car le FONER ne finance pas la réhabilitation, mais plutôt l’entretien. La meilleure manière de contrôler l’exécution budgétaire du FONER, c’est de s’assurer que le financement des travaux d’entretien routier est effectué de façon efficace et efficiente.

 Le contrôle de l’exécution du budget d’investissement du FONER se fait soit pendant l’exécution des travaux soit à postériori. En effet, pendant l’exécution des travaux, le contrôle est effectué par la mission de contrôle et de surveillance et aussi par les missions d’inspection du FONER sur pied de l’article 39 du Décret n°08/27 précité. Pour la plupart des travaux financés par le FONER en 2020 et 2021, cette mission a été assumée en grande partie par le Bureau Technique de Contrôle (BTC) pour les travaux exécutés en régie par les Agences Routières. A part le BTC, pour les projets dont les travaux sont exécutés en entreprise, la mission de contrôle a été assurée par les Agences Routières elles mêmes ou par les Cabinets recrutés par elles conformément au Manuel d’Opérations de l’Entretien Routier.

 Et à postériori, le contrôle est assuré par les missions d’audit. Depuis le 19 juillet 2021, le FONER a lancé le processus de recrutement des bureaux d’études/cabinets devant procéder à l’audit technique et financier des travaux qu’il a financés en 2020 et 2021. 

Ce processus est à l’étape de l’attribution du marché et attend l’avis de non objection de la DGCMP sur le rapport de la Sous-Commission d’Analyse qui a fait la proposition d’attribution. Il sied cependant de relever la pertinence de ces audits au regard de la nature de nos routes qui sont pour la plupart des routes en terre et sur lesquelles les traces des travaux sont difficiles à retrouver après une année avec la forte pluviométrie que connait notre pays. Pour votre gouverne, en février 2022 seize (16) Consultants Ingénieurs Routiers ont été recrutés par le FONER afin d’effectuer les missions de suivi des travaux d’entretien routier financés par le FONER en 2021 dans toutes les 26 provinces et ce, en attendant l’aboutissement de processus de recrutement des Cabinets d’Audit technique et financier devant couvrir la période de 2020 à 2021. 

Les résolutions de ces missions ont été rapportées à la Tutelle ainsi qu’aux Agences Routières et au BTC en vue de l’amélioration et de la mise en œuvre de prochains PER.

 HM Les routes Isiro-Kisangani, celle qui mène vers Bandundu Ville, voire celle du Sankuru sont en très mauvais état. Figurent-elles dans vos projets de financement ? 

Toutes ces routes font partie du réseau des routes d’intérêt général sous la gestion de l’Office des Routes qui les a programmés comme cela d’habitude en entretien mécanisé dans le cadre du PER 2022 pour leur prise en charge sur financement du FONER. Elles figurent toujours dans la priorité n°1 de l’Office des Routes.

 Propos recueillis par Olyncia Muhong Kashema

Interview

Jean-Jacques Lumumba :« L’un des principaux problèmes reste la justice au Congo »

Lanceur d’alerte et militant anti-corruption, l’ancien banquier congolais JeanJacques Lumumba est revenu sur les problèmes de corruption qui gangrènent la République démocratique du Congo. Dans un entretien exclusif accordé à Heshima Magazine, le petit-neveu de Patrice Emery Lumumba fait l’autopsie de ce fléau et pointe notamment du doigt la faiblesse de la justice. Interview !

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Heshima Magazine : Monsieur JeanJacques Lumumba, on ne parle plus que de l’IGF au pays. Où sont passés les mouvements citoyens et les lanceurs d’alerte pour mener la lutte contre la corruption et dénoncer d’autres actes de megestion ?

Jean-Jacques Lumumba : Je pense que dire qu’on ne parle plus que de l’IGF n’est pas vrai parce que les ONG travaillent et continuent de   dénoncer des faits de corruption. La plupart des faits de corruption ne sont pas dénoncés que par l’IGF. Je pense que l’IGF est une institution publique et pour que les faits de corruption soient rendus possibles, il y a des lanceurs d’alerte. Malheureusement pour le cas du Congo, ces lanceurs d’alerte, pour beaucoup, doivent accepter de rester anonymes. Pour que vous puissiez entendre qu’ici et là il y a des dossiers de corruption, il y a des lanceurs d’alerte. L’IGF n’est pas une institution de magiciens pour deviner des faits ou des cas de corruption. Seulement qu’aujourd’hui ou par exemple hier, sous le règne de monsieur [Joseph] Kabila, cette institution était quasiment mise dans un tiroir. Mais les ONG, les lanceurs d’alerte et les activistes continuent à dénoncer des faits de corruption. La plupart des faits de corruption que nous connaissons et que nous avons mis à la place publique… Donc, les lanceurs d’alerte et les ONG ne croisent pas les bras parce qu’il y a des cas de corruption qui continuent à être révélés.

L’Inspection générale des finances a rendu publics des rapports explosifs sur la SODIMICO SA et la COMINIERE.SA dans lesquels le patrimoine minier de l’Etat a été bradé et dont les actifs miniers ont été cédés aux privés. D’après vous, que doit-on faire après ce rapport de l’IGF ?

 Je crois que je ne cesse de le dire. Je l’ai dit tout récemment lors de mon passage à la Voix de l’Amérique (VOA). Le problème n’est pas l’IGF, le problème se trouve dans le mécanisme de lutte contre la corruption en RDC. L’un des principaux problèmes reste la justice au Congo. Je crois que si on doit parler d’échec dans la lutte contre la corruption en RDC, cela se situe au niveau de la justice. L’IGF n’est pas la justice, l’IGF ne peut que faire des rapports, l’IGF ne peut que dire tel ou tel autre fait n’a pas marché correctement, c’est comme un organe de contrôle dans une entreprise. Moi ça ne me surprend pas, il y a de cela plusieurs années que nous étions en train de crier que les entreprises minières sont bradées et elles sont bradées avec la complicité des hommes politiques, elles sont bradées au détriment du peuple congolais. Et maintenant ce qui doit être fait, c’est le travail de la justice. Mais malheureusement, s’il n’y a pas de parquet financier, s’il n’y a pas une justice suffisamment financée p o u r per – mettre à ce que ces faits répréhensibles soient condamnés par la loi et que ces faits ne trouvent des responsables qui répondent devant la justice, malheureusement ça sera un rapport de plus qui ira dormir dans les tiroirs de la justice.

Qu’est-ce qui rend inefficace la lutte contre la corruption en RDC ?

Je crois qu’au-delà de l’absence de la justice, il y a un manque de volonté politique. Je crois que pour changer la justice, ça dépend des hommes. L’impulsion doit souvent venir d’en haut. Je crois qu’à un moment donné, les politiciens ou ceux qui gèrent la question de la politique en RDC doivent se poser la question si le secteur judiciaire au Congo est une réussite ou un échec ? Mais il faut dire la vérité, ça doit être un échec parce que sans une justice efficace, on ne peut pas parler de lutte contre la corruption.

Pensez-vous qu’un parquet financier est nécessaire ?

 Aujourd’hui, je ne cesse de conseiller et de me battre pour l’arrivée d’un parquet financier. Je ne cesserai de me battre pour qu’il y ait beaucoup de moyens pour que la Cour des comptes fasse bien son travail. Bravo, les juges ont prêté serment ! Mais ce n’est pas du tout suffisant ! Ils ont besoin de travailler. Ce n’est pas normal aujourd’hui que nous puissions nous rendre dans un tribunal, sans moyens suffisants pour faire l’administration ! Les juges n’ont pas de moyens pour avoir des papiers duplicateurs, même pour imprimer, c’est tout un problème. Vous pouvez avoir un problème au niveau de la justice, on vous demande du papier, on vous demande de l’encre pour pouvoir monter votre dossier… Aujourd’hui, on parle de l’accroissement du budget, moi je pense que si le budget est en train de monter et que cela ne sert qu’à nourrir la classe politique et à nourrir les politiques, je crois qu’à un moment donné il faut se poser pas mal de questions. Je crois qu’aujourd’hui l’enjeu n’est pas de dire que les recettes publiques sont en train d’augmenter, à un moment donné on doit se dire : ça augmente mais ça sert à quoi et cela alimente qui finalement ? Tout l’enjeu se trouve à ce niveau. Je crois qu’il y a lieu de mettre énormément des moyens pour pouvoir rendre justice. Aujourd’hui, les gens se plaignent qu’il n’y a pas assez d’investissements, si la question de la justice n’est pas réglée, quel est cet investisseur qui acceptera de placer ses moyens en RDC tout en sachant que demain il n’y aura pas une justice qui peut l’aider à rentrer dans ses droits ? C’est un problème […] Vous savez pourquoi nous parlons de parquet financier ? C’est parce que bien évidement les questions de corruption demandent une expertise toute autre, une expertise beaucoup affinée que la justice courante. Parce que les gens qui volent ou qui détournent de l’argent trouvent des mécanismes et ces mécanismes sont souvent transnationaux qui vont au-delà du Congo. Il faut à la fois un mécanisme interne qui permette à la fois le fonctionnement, le suivi dans les mécanismes internationaux. Exemple le plus récent, vous avez appris des affaires de corruption et des perquisitions sur la Coupe du monde au Qatar. Et vous avez des perquisitions qui se font en Belgique, donc vous comprenez que la lutte contre la corruption doit se baser sur une justice efficace à l’international. Par exemple ceux qui volent de l’argent au Congo ne vont sans doute pas le garder au Congo. Il faut qu’il y ait une justice efficace qui sera à même de collaborer avec une justice internationale pour traduire en justice le corrupteur et le corrompu.

Le chef de l’Etat a, dans son discours sur l’état de la Nation, annoncé que les cinq mille magistrats recrutés seront pris en charge par les budgets 2023-2024 en raison de 2500 magistrats par année. Cela peut-il résoudre le problème de justice en RDC ?

  J’ai eu à entendre beaucoup de plaintes par rapport au recrutement de ces magistrats. Il y a des bouches et des voix qui s’élèvent pour parler de la politisation de ce processus. Ce qui est quelque chose à condamner. Deuxièmement, je vais dire une chose : ces magistrats seront nommés évidemment mais quels sont les moyens dont disposent-ils pour bien faire leur travail ? Et quels sont les moyens de coercition qui ont été mis pour punir ces magistrats lorsqu’ils s’écarteront de la voie normale et légale ? Parce que pour pouvoir rendre justice équitable, il ne suffit pas seulement de recruter les magistrats, il suffit aussi de voir quels sont les moyens qui seront mis à leur disposition pour travailler et quelles sont les lois qui pourront les contraindre à bien faire leur travail… Il faut travailler sur le secteur de la réforme de la justice, parce que nous comprenons que ce qui s’est passé dans notre système judiciaire depuis l’indépendance est un fait criant. Le Congo est le lit de l’impunité depuis les indépendances […] Je pense que le critère d’exemplarité a été pris en compte dans le recrutement de ces magistrats. […] Je pense qu’il aura suffisamment des moyens pour les rémunérer et des moyens pour les contraindre à bien travailler.

Les enquêtes menées par l’IGF à la Présidence de la République et au Sénat n’ont pas été rendues publiques. Votre réaction ?

Je pense que ça reste quand même une affaire assez triste. Ne pas rendre public le rapport, je pourrais comprendre mais lorsqu’il y a des faits répréhensibles, cela doit être rapidement sanctionné. Lorsque l’IGF mène des enquêtes, elle les mène de fois avec beaucoup de communication, je ne sais pas pourquoi pour la Présidence et le Sénat rien n’a été dit. Alors que nous savons que les chiffres ne trompent pas. Sur plusieurs rapports concernant la reddition des comptes, la Présidence accuse un dépassement budgétaire. Il y a lieu de savoir qu’est-ce qui occasionne ce dépassement budgétaire. Savoir comment les dépenses au niveau de la Présidence, sont gérées. Le problème aujourd’hui en R.D. Congo, c’est aussi la surbudgétisation et la surconsommation du budget par les institutions politiques. Ce qui fait qu’il y a très peu de dépenses enregistrées dans le pays. Donc, quel que soit l’embelli des chiffres, cela n’influence que le train de vie des animateurs des institutions. Ces chiffres n’influencent pas le train de vie du citoyen congolais.

Dans une année, il va y avoir des élections générales. Quels sont vos souhaits ?

Je pense que je ne suis pas hésitant pour faire de la politique mais je continue à dire une chose : la politique, on ne la fait pas par opportunisme. Je n’ai pas pris une position à un moment donné dans ma vie pour combattre le mal pour forcément finir en politique. Je ne l’ai pas fait pour me dire demain je vais finir en politique.

 Après votre dénonciation sur des fonds publics à la BGFIBank, d’autres lanceurs d’alertes sont sortis des autres institutions financières de la RDC. En quoi vos dénonciations sont utiles au système bancaire congolais ?

Je crois que beaucoup de gens doivent prendre conscience que nous sommes responsables du malheur ou du bonheur de ce pays. Et je crois que d’autres lanceurs d’alerte doivent sortir. Malheureusement je déplore aujourd’hui que mes compatriotes Navy Malela et Gradi Koko soient condamnés à mort pour avoir dénoncé la corruption au sein de la banque dans laquelle ils étaient. Et cette condamnation à mort est arrivée sous le règne du président Tshisekedi.

 Pensez-vous qu’on arrivera à mettre fin aux mauvaises pratiques dans les institutions bancaires de la RDC ?

Je crois que les choses doivent être faites au niveau réglementaire. Il y a beaucoup de réformes à mener sur le plan bancaire. Il y a la centrale de risque qui doit fonctionner normalement. Il y a l’identification de la population qui doit aussi aider à faire fonctionner les choses. Il y a des responsabilités du point de vue de l’Etat, il y a aussi des réformes au niveau de la Banque centrale du Congo. Pour mettre fin à ces pratiques, parce que si l’autorité de régulation n’arrive pas à frapper, malheureusement vous constaterez que cela a un impact sur le reste de l’économie du pays. Avec des   réformes bien structurées et réfléchies, cela pourra rapidement prendre fin.

Aujourd’hui, les réserves de la Banque centrale du Congo ont atteint des plafonds inédits. Que pensez-vous du nouveau management de la BCC ?

Je pense qu’il y a lieu de faire la différence entre les réserves de changes et la gestion de la Banque centrale. Les réserves de change ne sont qu’un indicateur. Cet indicateur est à comparer avec beaucoup d’autres indicateurs. Je crois qu’aujourd’hui, il y a lieu de comparer le niveau de la dette publique intérieure par exemple. On n’en parle pas assez. Comparer le niveau de la dette publique intérieure et extérieure, tout cela est à mettre en phase avec les réserves de change. Puisque seules les réserves en elles-mêmes ne peuvent justifier la bonne santé financière d’un Etat. Je crois qu’il y a aussi les obligations, les engagements, les endettements d’un Etat qui doivent être mis ensemble. Parce que si derrière, la dette intérieure ne fait que s’accroitre, sachez que l’Etat est un mauvais payeur. Vous voyez que les réserves de change ne peuvent en elles-mêmes exprimer la bonne santé financière d’un Etat. Tous les indicateurs en économie doivent être jugés les uns par rapport aux autres.

Pourquoi n’y a-t-il pas de Congolais aujourd’hui propriétaires des banques ?

Est-ce que le Congo a permis de développer une classe moyenne ? Quand il n’y a pas de classe moyenne, sachez derrière il n y a pas de vrais riches. Aujourd’hui, pourquoi plusieurs jeunes sont tentés de faire de la politique au Congo ? Parce que l’entrepreneuriat au Congo ne paie plus. C’est parce que des gens ont du mal à entreprendre et à gagner de l’argent sans être tracassés. Très peu d’investisseurs, très peu de Congolais sont capables de créer une banque parce que pour créer une banque il faut des capitaux, il faut un environnement propice à développer cette banque. Et si les Congolais eux-mêmes n’ont suffisamment pas de moyens pour pouvoir se développer et développer leurs affaires, je ne vois pas comment ça peut faciliter la création d’une banque par des Congolais. Ça dépend de beaucoup de critères. C’est vrai qu’il y avait des Dokolo et Kindwelo à un moment donné, mais c’est le passé. C’était la structure de l’Etat à l’époque qui permettait à ce que les Congolais puissent se développer, croitre financièrement, avoir de l’argent, faire des affaires, et il y avait moins des tracasseries qu’aujourd’hui. Même si la libéralisation de notre économie n’a pas commencé aujourd’hui. Mais cela explique la mauvaise santé financière du Congolais aujourd’hui. Et la mauvaise structuration de notre économie qui ne permet pas à des gens de se développer. Parce que si vous êtes dans un environnement où il y a trop de tracasseries, où l’informel domine sur le formel, où l’Etat n’a pas assez de loi pour réguler les affaires, pour développer et permettre aux citoyens d’entreprendre et ne pas demain se retrouver dans une situation où il peut perdre tout son argent… Très peu d’entreprise en Europe ont connu des problèmes pendant le Covid-19. C’est vrai qu’il y a eu des casses dans le cadre du Covid, mais les casses en Afrique et surtout en RDC, les gens ont perdu de l’argent parce que derrière l’Etat ne sait pas venir en aide à ces gens là… Tant que l’Etat ne saura pas être en mesure de soutenir l’entrepreneuriat sur le plan des assurances, des lois…il sera difficile de créer une classe moyenne… Les gens se focalisent tous à vouloir faire de la politique parce qu’ils pensent que c’est là qu’il faut gagner de l’argent…

En ce qui concerne les finances publiques, le budget 2023 se chiffre à 16,8 milliards de dollars. Quelles sont vos impressions ?

 Je dis que la hausse est toujours une bonne chose… Mais la finalité c’est quoi ? Est-ce que ce budget va aider demain à faire plus de recrutement ? Lorsque vous regardez la structure de ce budget, malheureusement, il est concentré vers les politiques. Le train de vie de l’Etat, des politiques. Il est à 60% tourné vers la rémunération des politiques. Est-ce que ce budget focalise les dépenses sur l’armée ? Est-ce qu’on sent que l’éducation est prioritaire ? Ce n’est pas le montant mais la structure du budget. Il faut de moins en moins payer les politiciens. Nous sommes en train d’évoquer la question des millionnaires congolais ou des nantis congolais qui peuvent demain créer des banques, est-ce que ce budget prévoit une part, un fonds de garantie pour soutenir l’entrepreneuriat ? Je ne le pense pas ! Est-ce que ce budget met un accent particulier sur l’éducation, dans les domaines clé de l’ingénierie ? Est-ce que ce budget va tripler la paie de nos militaires ? Je ne crois pas. Est-ce que ce budget va prendre en compte la vie des veuves militaires, des orphelins militaires ? Je ne le crois pas ! […] Il faut aller vers un budget qui prend en compte la vie du plus grand nombre. Le social, c’est aller vers des projets d’investissement, aller vers des projets à caractère social, aller vers ce qui aura intérêt pour la plus grande partie de la population et non rémunérer des gens qui font de la politique.

Propos recueillis par Olyncia Muhong Kashema

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Interview

La patrouille financière de l’IGF est une action salvatrice pour la République. Elle témoigne de la ferme volonté du chef de l’Etat de mettre fin à l’anarchie dans les finances publiques»

En marge des 35 ans d’existence de l’Inspection générale des finances (IGF), son patron, Jules Alingete Key est revenu sur l’histoire de cette institution de contrôle des finances publiques. Face aux prouesses réalisées par son service, l’Inspecteur général-chef de service souligne la volonté politique du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi dans l’atteinte des résultats. Son arrivée à la tête du pays, avoue-t-il, a changé le cours de l’histoire de l’IGF en choisissant ce service comme son point d’appui dans le cadre de la lutte contre le détournement des deniers publics. Interview !

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 Heshima Magazine : Cela fait 35 ans depuis la création de l’Inspection générale des finances (IGF). Pourriez-vous nous dire à travers ces deux questions, quelles ont été les raisons de sa création et où en sommes-nous avec son parcours ? 

Jules Alingete : L’IGF, en tant que service public doté d’une autonomie administrative et financière, chargé de contrôle supérieur au niveau de l’exécutif, a été créé le 15 Septembre 1987. La base de cette création est consécutive aux réformes proposées par le FMI lors de son arrivée au Congo vers les années 1986, après avoir constaté le dysfonctionnement au niveau des finances publiques congolaises, notamment dans la mobilisation des recettes et de contrôle des finances publiques. La proposition du FMI consistait à ce que quatre services ou directions du Ministère des Finances de l’époque relevant du Secrétariat général aux Finances dudit ministère soient érigées en direction générale avec autonomie administrative et financière.

Il s’agissait de l’Inspection générale des Finances, de la Direction générale des Impôts, de la Direction générale des Douanes et Accises et de la Direction générale de la Dette publique. C’est donc depuis cette date que l’IGF évolue comme tel.

 Comment l’évolution administrative de l’IGF s’est faite au point d’être rattachée aujourd’hui au Président de la République ? 

De 1987 à 2003, l’IGF est restée rattachée à l’autorité directe du Ministre ayant les Finances et le Budget dans ses attributions. Pendant cette période, il avait été constaté que l’IGF était limitée dans l’exercice de ses missions de contrôle. En 2003, le législateur a estimé qu’il était bon de doter l’IGF d’une plus grande autonomie pour mener à bien ses missions en la rattachant directement au Président de la République. Fort malheureusement, seulement onze mois après, l’IGF a été replacée sous la tutelle du Ministère des Finances comme service au mois de février 2004.

Cette situation s’est maintenue jusqu’au 9 décembre 2019 lorsque le législateur a de nouveau décidé de ramener l’IGF sous l’autorité directe du Chef de l’Etat. Depuis trois ans, c’est ce statut qui prévaut jusqu’à ce jour. 

Au regard de la préséance en termes protocolaires, quelle position hiérarchique occupe l’IGF au sein de l’administration en rapport avec ses attributions ? 

Il y a lieu de noter qu’à la création de l’IGF, l’Inspecteur général-chef de service avait rang de secrétaire général. En 2003, lorsque l’IGF a été rattachée à l’autorité directe du Chef de l’Etat, l’Inspecteur général-chef de service et son adjoint ont eu rang de ministre dans l’exercice de leur fonction. Cette situation perdure jusqu’aujourd’hui. S’agissant des attributions de l’IGF, il faut dire que celles en vigueur depuis 1987 sont d’application jusqu’à présent avec peut-être quelques améliorations intervenues le 24 septembre 2020 par la nouvelle ordonnance modifiant celle créant l’IGF.

 Comment se présentent ces améliorations ? 

Parmi les modifications intervenues en septembre 2020, il faut noter que l’IGF est consacrée comme un service d’audit supérieur placé auprès de l’exécutif. Au niveau de l’exécutif, l’IGF comme depuis toujours a exercé la primauté de l’audit de toutes les opérations financières en recettes comme en dépenses de l’exécutif et même des provinces, des entités décentralisées ainsi que des établissements publics et entreprises du portefeuille de l’Etat.

 Toujours parmi les innovations de 2020, les structures administratives de l’IGF qui sont des structures opérationnelles réparties en départements d’interventions sur le terrain étaient au départ en 1987 au nombre de cinq, puis portées au nombre de dix. Le doublement de ces structures est une adaptation en rapport avec l’évolution des finances publiques du pays qui ont subi beaucoup de réformes entre 1987 et 2020. Il était urgent d’adapter les structures de l’IGF à cette évolution, ce qui fait qu’elle compte désormais dix brigades, dénommées aussi départements ou encore structures opérationnelles intervenant sur le terrain. 

Elles sont rattachées aux missions dévolues à l’IGF. Une autre innovation a trait à un éclaircissement obtenu dans la lecture des textes de 2020 en matière de l’étendue du contrôle des impôts. Jusque-là, l’IGF était en désaccord avec les opérateurs économiques privés en ce qui concerne le contrôle des impôts payés par ces derniers à l’Etat. Certains voulaient circonscrire l’IGF au seul contrôle du secteur public. Pour eux, il ne fallait que prendre en compte uniquement les impôts payés par des entreprises de l’Etat alors que l’esprit du texte était de contrôler tout assujetti qui devait acquitter les impôts à l’Etat. En 2020, le législateur a donné des précisions dans la compréhension de ces textes en disant clairement que les contrôles des assujettis aux impôts de l’Etat s’adressent aussi bien au secteur public qu’au secteur privé. Les textes de 2020 ont eu le mérite de mettre fin à ce débat auquel l’IGF a du faire face pendant plus de 32 ans.

 Nous sommes là, à la disposition de la République. Notre plus grande responsabilité républicaine, c’est d’accomplir le travail, traquer les criminels financiers afin de libérer les finances publiques congolaises. C’est notre plus grand défi.

Voilà quelques innovations que le législateur a voulues pour l’IGF en 2020. Il y a un dernier élément que j’ai failli oublier : quand l’IGF intervient auprès des opérateurs qui payent les impôts, publics ou privés, la mission de l’IGF ne cible pas seulement à aller récupérer les droits fraudés, mais vise prioritairement à établir la responsabilité des agents de l’administration chargés au préalable de traiter le dossier et qui ont laissé échapper les droits de l’Etat. Donc, l’IGF devait établir la responsabilité des agents de l’administration qui sont intervenu au premier degré dans ce travail pour préserver les droits de l’Etat et qui ne l’ont  pas fait, établir leur responsabilité ensuite récupérer les droits fraudés. Voici les innovations intervenues en 2020 et brièvement décrite l’histoire de l’IGF, de sa création à nos jours.

A côté de ces adaptations, vous avez, au dernier recrutement, embauché des inspecteurs qui, pour la première fois, ne viennent pas de la sphère économique ou financière, qu’est-ce qui a motivé cette ouverture ? 

Effectivement, l’IGF s’est trouvée dans une phase d’ouverture à l’égard d’autres profils d’études pour ce qui concerne la fonction d’inspecteur des finances. Avant 2020, ne pouvait être inspecteur des finances que des personnes détenant le titre de licence, spécialement en droit ou en économie ou encore d’une discipline assimilée. A partir de 2020, à cause de tout ce qui a été observé comme limite dans l’exercice de la fonction d’inspecteur, notamment le développement de l’informatique ou encore la difficulté de contrôler les travaux de construction, la fonction d’inspecteur a été ouverte aux candidats titulaires des titres d’ingénieur en construction et ingénieur en informatique. A ce jour, nous avons des inspecteurs des finances qui viennent de ces deux filières.

De mon point de vue, si les choses se déroulent très bien, nous méritons un budget minimum de 20 milliards. Il faut y arriver pour dire qu’on commence à sortir du tunnel.


Autre question, c’est celle du rajeunissement du personnel de l’IGF. Comment avez-vous fait pour palier la longue absence de recrutement ?

 Lors de ma prise de fonctions en 2020, après l’état de lieux de l’Inspection générale des finances, mon équipe et moi, avons constaté que le moins âgé des inspecteurs des finances avait 55 ans et qu’il n’y avait pas eu de recrutement à l’IGF depuis 30 ans. Or, cet âge correspond au seuil pour l’atteinte du grade d’inspecteur général. Il était par conséquent impératif de procéder au renouvellement du corps des inspecteurs des finances en passant par leur rajeunissement. Pour ce faire, le recrutement est intervenu en 2020.

 On se trouvait devant une situation inédite : d’un côté on dénombrait des inspecteurs âgés d’au moins 55 ans qui atteindront l’âge de la retraite dans les 10 ans à venir, de l’autre côté, des inspecteurs nouvellement recrutés, lesquels, dans les dix années suivantes, au moment du départ en retraite de leurs prédécesseurs, n’auront pas atteint le grade d’inspecteur général. Qui pourrait alors diriger le service dans ces conditions, étant entendu que cette structure doit être dirigée par un inspecteur ayant totalisé au moins 18 ans de carrière et ayant atteint le grade d’inspecteur général. 

Pour pallier ce vide administratif, nous avons introduit dans les textes de 2020 la possibilité pour un inspecteur ayant 10 ans d’expérience, de devenir d’office inspecteur général-chef de service, quitte à apporter les correctifs nécessaires plus tard. Comment vous expliquez à travers toutes les dates que vous avez citées, que vos prédécesseurs n’aient pas pu faire en 33 ans ce que vous avez fait en à peine 2 ans ? 

Je voudrais tout d’abord vous dire que ce n’est pas totalement vrai. Déjà à la création de l’IGF, ce service a fait parler de lui en 1987, 1988 et 1989. L’IGF avait très bien fonctionné parce qu’à l’époque avec l’appui du FMI et la volonté politique qui semblait se dessiner en ce moment-là, elle avait produit un bon travail. Malheureusement, cet élan fut éphémère et a été vite étouffé et trois ou quatre années plus tard, l’IGF avait presque sombré dans un travail sans éclat.

 Le travail de l’IGF nécessite premièrement une volonté politique manifeste pour que le contrôle se fasse. On n’a pas vu dans le chef du pouvoir politique congolais d’alors la volonté d’obtenir des résultats probants dans le contrôle des finances publiques. Cet élément avait beaucoup manqué les années suivant sa création jusqu’à l’arrivée de l’actuel Président de la République qui a changé le cours de l’histoire de l’IGF en choisissant ce service comme étant son point d’appui dans le cadre de la lutte contre le détournement des deniers publics, décidé de prendre le mal de la corruption comme un fléau, un phénomène à combattre à tout prix. Voilà pourquoi il a personnellement décidé de la redynamisation de l’IGF. 

En nommant la nouvelle direction de l’IGF en 2020, le Chef de l’Etat lui a demandé deux choses : s’investir activement dans la lutte contre le détournement des deniers publics avec fermeté et redorer le blason terni de l’IGF en rajeunissant et en améliorant globalement les conditions de travail. C’est pourquoi, de temps en temps, je dis aux gens qui ne comprennent pas que ce qui se fait à l’IGF, en réalité, c’est la volonté du Chef de l’Etat de mettre fin à des antivaleurs au niveau de la gestion publique. C’est ce que fait l’IGF aujourd’hui. 

A l’époque, Luzolo Bambi avait évalué à 15 milliards de dollars l’argent perdu par an en RDC à cause de la corruption et du détournement. Avec votre expérience, à combien évaluez-vous aujourd’hui cette hémorragie financière ?

Le Professeur Luzolo Bambi Lessa, un grand acteur dans la lutte contre la corruption dans notre pays avait fait un travail dont les estimations se chiffraient autour de 15 milliards. A l’époque, les gens disaient qu’il avait exagéré, y compris moi-même. Mais, aujourd’hui, nous lui donnons complètement raison. Le fait qu’en 2023, le gouvernement projette un budget de 15 milliards, rejoint pratiquement ce que le professeur Luzolo Bambi Lessa avait dit sur le coulage des recettes important autour de 15 milliards. Cependant, même si nous présentons un budget de 15 milliards, nous ne sommes pas encore arrivés à colmater les brèches. Nous avons fait un effort, le gouvernement a fait un effort, le pays a fait un effort, mais on n’est pas encore arrivé là où nous devons vraiment arriver. De mon point de vue, si les choses se déroulent très bien, nous méritons un budget minimum de 20 milliards. Il faut y arriver pour dire qu’on commence à sortir du tunnel.

 A combien évaluez-vous cette hémorragie financière aujourd’hui ? 

Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes presqu’à la moitié de mobilisations des moyens réels. Il y a encore une autre moitié qui se trouve en dehors du circuit officiel et que nous devons aller chercher. Il y a 2ans, je pouvais clairement vous dire que le niveau de mobilisation était à 25%, aujourd’hui, nous estimons avoir atteint un niveau autour de 50 % mais il faut aller au-delà.

Le doublement de ces structures est une adaptation en rapport avec l’évolution des finances publiques du pays qui ont subi beaucoup de réformes entre 1987 et 2020. Il était urgent d’adapter les structures de l’IGF à cette évolution, ce qui fait qu’elle compte désormais dix brigades, dénommées aussi départements ou encore structures opérationnelles intervenant sur terrain. Elles sont rattachées aux missions dévolues à l’IGF.

Le Premier Ministre, Sama Lukonde, a lancé en octobre 2021, les états généraux de la lutte contre la corruption. Quelles en sont les recommandations et où en sommes-nous avec leur applicabilité ?

 Il faut aller demander à ceuxlà qui étaient chargés d’appliquer le plan d’actions qui a été inauguré par Son Excellence Monsieur le Premier ministre. Le plan qui avait été rendu public par son Excellence Monsieur le Premier ministre, était une proposition émanant de l’APLC (Agence de prévention et de lutte contre la corruption, NDLR). Je pense que c’est l’APLC qui est chargée des évolutions et des étapes qui sont atteintes aujourd’hui. Pour notre part, nous avons notre plan d’actions. Il y a aussi une confusion que je dois apporter à l’attention de l’opinion.

L’Inspection générale des finances lutte prioritairement contre les détournements des deniers publics lesquels représentent une mauvaise gouvernance publique dans la gestion des affaires de l’Etat. Certes, parallèlement à ce travail prioritaire, incidentiellement le travail de l’Inspection s’inscrit également dans le cadre de la lutte contre la corruption. Néanmoins, lutter contre la corruption est très différent de lutter contre les détournements des deniers publics et des antivaleurs y associés qu’on constate dans la gestion publique. C’est très différent. La corruption est un phénomène qui se constate dans toute la société aussi bien dans le privé que dans le public. Elle exige des mesures beaucoup plus larges pour qu’elle soit combattue. Je ne dis pas que nous ne sommes pas concernés par ces questions parce que notre travail contribue également à la lutte contre la corruption et nous l’appliquons dans le volet qui est le nôtre dans le cadre du contrôle des finances publiques. Mais globalement, c’est à l’APLC qu’il revient de faire une évaluation du programme qu’elle a proposé et qui a été rendu public. 

Un nouveau président de la Cour des comptes a été nommé. Quels sont vos attentes à l’égard du nouveau Président Jimmy Munganga ? 

Pensez-vous que contrairement à son prédécesseur, il pourrait être un allié de l’IGF ? L’action de l’IGF ne peut être contraire à celle de la Cour des comptes dès lors que cette dernière exerce un contrôle juridictionnel des finances publiques qui conduit les deux institutions à combattre le même phénomène face aux prédateurs. L’engagement de la Cour des comptes ne peut que faire la joie de l’IGF qui trouve en elle un grand allié et n’est plus seule sur le terrain à recevoir les tirs et les attaques des prédateurs. Avec une grande institution comme la Cour des comptes qui va également donner le meilleur d’elle-même et l’Inspection générale des finances, c’est la lutte contre la mauvaise gouvernance qui va suffisamment marquer des points.

Donc, la présence de la Cour des comptes a toujours été vivement saluée depuis longtemps par l’Inspection générale des finances. Aujourd’hui, ça nous réjouit d’avoir un allié aussi extrêmement important dans ce travail de contrôle des finances publique.

Heshima

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Interview

Al Kitenge veut voir mille Alingete dans tous les secteurs

Dans une interview exclusive accordée à Heshima Magazine, l’analyste économique et stratège, AL Kitenge a jeté des fleurs au combat de l’Inspection générale des finances (IGF). Face à la rigueur dé- montrée par le patron de ce service d’audit, cet anayste pense qu’il faut trouver une formule qui puisse multiplier Jules Alingete par 1000 dans tous les secteurs de la vie nationale en RDC.

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Heshima Magazine : Le gouvernement central a consenti des efforts louables en déposant au Parlement un projet de loi des finances de plus de 14 milliards de dollars. Quelles sont vos impressions au sujet de la lutte contre la corrup tion ?

AL Kitenge : Je suis très content que vous prononciez 14 et vous insistiez. Quatorze milliards de dollars, c’est beaucoup parce que nous partons de 4 milliards de dollars. Mais, c’est encore très peu pour ce pays. Nous sommes un pays de près de 100 millions de personnes sur 2.345 000 Km2. Notre masse critique moyenne pour qu’on soit en mesure de prendre en charge des choses sérieuses de l’Etat ou offrir un service public universel et engager le développement, c’est aux alentours de 40. Donc, je dis tous les temps aux hommes politiques et aux leaders publics, 4 sur 40 milliards de dollars pour que nous ayons une masse critique nécessaire pour avoir l’action que les Congolais peuvent percevoir, c’est pour ça que les gens vous disent, voilà, on a une croissance de budget et on ne voit pas l’impact.

Laissez-moi vous dire une chose. C’est une grande, grande démonstration de forces. Etre passé en une année de 4 à 12 milliards de dollars à la fin de cette année et décider de passer à 14,5 milliards, c’est une démonstration de performance et de discipline. Et, ça n’a été possible que grâce au simple fait qu’on a décidé de manière collective en commençant par le chef de l’Etat en utilisant l’IGF et, aujourd’hui, les autres instruments, pour faire respecter les biens de l’Etat.

Vous vous êtes rendu compte, sans une économie  supplémentaire, sans une assiette supplémentaire, nous avons exactement un triplement du budget de l’Etat. Ça sous-entend qu’en fait, si on informatise encore le système public, nous n’allons pas passer à 14, nous allons passer à 20, 25, peut-être rapidement vers 30. Après, il faudra faire la véritable inclusion financière et économique pour être en mesure de stimuler le travail.

Ne constatez-vous pas qu’il y ait un risque de retomber dans les budgets de 4 ou 5 milliards de dollars ?

Il y a un risque si nous reproduisons les causes qui ont induit l’amélioration de l’économie dans le passé, cela veut-dire, la prédation, cela veut dire le détournement, cela veut dire le conflit d’intérêt permanent des hommes politiques. Très malheureusement, on pouvait aller à la catastrophe. Mais si le peuple congolais continue à se montrer éveillé et à participer à la vigilance, à la surveillance de la cité, vous aller vous rendre compte que la conscience collective va se réveiller et l’intelligence collective va être mise à profit pour être en mesure de créer une performance collective. Et, c’est seulement dans la performance collective que les gens vont se rendre compte que ce pays peut avancer.

A ceux qui disent qu’on ne voit pas l’impact de la croissance du budget, je leur dit, mais, écoutez, les seuls qui verront l’importance et l’impact de la croissance sont ceux qui travaillent. Dans le monde entier, il n’y a que le travail qui vous sort de la pauvreté. Il n’y a que le travail qui vous fait capter les opportunités. Il faut travailler, il faut travailler et il faut travailler formellement. J’insiste, formellement parce que simplement c’est la seule façon de créer les systèmes conjoints. Une des choses importantes dans la vie d’une nation, c’est ce qu’on appelle la protection sociale. Si la protection sociale n’est pas organisée, vous restez un pays fragile. Regardez ce qui s’est passé à l’arrivée de Covid-19 ; les débrouillards de la ville de Kinshasa, tous les jours, se sont retrouvés complètement perdus parce qu’il n’y a pratique- ment rien d’ailleurs pour les soutenir.

Pour être en mesure d’organiser ce qu’on appelle les éléments de la résilience économique, il faut en outre être en mesure de structurer la caisse de secours. Et la caisse de secours par excellence c’est ce qu’on appelle la protection sociale.

En tant qu’analyste économique, quelle lecture faites-vous de la situation de l’économie de la RDC ? Et quelle est votre explication sur le fait que le budget qui est revu à la hausse n’impacte pas la vie des Congolais ?

Je vais revenir sur deux choses. La première c’est que la nature de notre économie est une économie extravertie. Ça veut dire que nous sommes extrêmement dépendants des importations. Je vais le dire de façon très vulgaire. Si jamais du jour au lendemain on ferme un jour les frontières, parmi les choses qui vont nous manquer le plus rapidement possible, c’est du papier hygiénique. Figurez-vous. Les autres choses qui vont nous manquer effectivement c’est la nourriture parce que nous importons la grande partie de la nourriture consommée essentiellement dans les milliers urbains.

La réalité de notre pays, c’est que nous sommes un pays extraverti qui exporte, par contre les produits miniers et les produits de ressources naturelles parce que vous savez très bien, 90 pourcent de nos devises nous viennent du secteur minier. Nous prenons les devises du secteur minier, nous les envoyons vers les pays étrangers pour acheter de la nourriture qui finit dans les fosses septiques. C’est un peu comme si on mettait un tuyau qui siphonnait nos produits miniers qui les envoyait justement dans les fosses septiques.

Je donne cette image juste pour que vous compreniez un tout petit peu, je peux dire, la faiblesse notoire à laquelle notre modèle économique est organisé et il faut changer ça. Parce que si on change ça, au lieu de financer le travail dans les pays qui nous exportent de la nourriture, on va travailler ici et les gens vont capter l’argent ici, ils vont se développer. C’est comme ça que les gens vont finalement sentir l’impact réel de la crois- sance de notre budget.

Maintenant, je vais revenir sur pourquoi on augmente le budget et comment ça se fait et que nous n’avons pas ressenti et généralisé au niveau de la population. Quand l’Etat congolais prend l’argent, il a deux manières de le renvoyer dans la communauté.

La première manière, c’est de mettre en place ce qu’on appelle les infrastructures structurantes de compétitivité, les routes, les chemins de fer, pour permettre que ceux qui y travaillent fassent passer les produits de leur travail sur des infrastructures qui coûtent moins chères. Et s’ils font passer les fruits de leur travail sur les infrastructures qui coûtent moins chères, ils arrivent sur le marché avec les prix compétitifs.

Comme ça, même ceux qui gagnent moins peuvent avoir accès à ces produits. C’est comme ça qu’on ressent ça. Et la deuxième ma nière, c’est ce qu’on appelle le service public universel. Aujourd’hui, le chef de l’Etat en a choisi deux : l’éducation et la santé. La couverture san té universelle aujourd’hui c’est d’être en mesure de donner l’opportunité à n’importe quelle personne qui vit sur le territoire congolais de se faire soigner, à n’importe quelle personne d’envoyer son enfant au moins à l’école primaire élémentaire.

Mais, je suis en train de vous dire que les économistes moyens appellent ça le social. Ça n’a absolument rien de social. C’est des investissements. Parce que les hommes en bonne santé et intelligents sont plus productifs que des gens en mauvaise santé et qui ne sont pas instruits. Eh donc, il y a un accord, un contrat social que le chef de l’Etat est en train de proposer aux Congolais. Mais les gens ne comprennent pas. C’est pour ça qu’ils le critiquent.

Je suis juste en train de vous dire qu’il y a des choses qui se construisent mais ça se construit dans le temps. Trois choses : la première est que 14 milliards de dollars c’est encore très peu pour qu’on ait un ressenti brusque. Une fois atteindre 30, 40 milliards de dollars pour qu’on commence à avoir vraiment un effet réel que l’on peut voir. Deuxième, c’est qu’il n’y aura pas distribution d’argent aux Congolais parce qu’on a fait une croissance budgétaire. Parce que si vous prenez, même la croissance budgétaire en question et vous divisez par le nombre de personnes, la quantité d’argent que chaque individu aura ne représentera absolument rien. Troisième chose : compétitive. Quand on a une croissance du budget, l’Etat détermine une grande enveloppe capable d’investir dans les infrastructures qui peuvent améliorer la compétitivité nationale. C’est comme ça qu’avec le temps, les résultats s’accumulant, nous allons arriver à de véritables résultats.

Le problème chez nous, c’est que les gens sont impatients, en même temps, ils ne sont pas prêts à travailler. Il faut travailler dans le formel.

Qu’est-ce qui manque au gouvernement de pouvoir disposer d’un programme qui impacte considérablement la vie de Congolais ?

Je pense qu’il y a une grosse conversation que l’on doit avoir d’abord pour être en mesure de déterminer la perception du Congolais. Il y a des Congolais qui pensent qu’ils peuvent rester chez eux et leur vie s’améliore, et des Congolais qui pensent qu’ils peuvent substituer la paresse à la prière comme disait Mwakasa.

Je pense simplement qu’il faut que nous arrivions à cultiver le sens du travail. Parmi les pays les plus performants du monde sont les pays scandinaves. Un de ces pays s’appelle le Danemark. C’est le pays du plein emploi. Il y a plus d’emplois qu’il n’y ait d’employés et de demandeurs d’emploi. Et donc, c’est surtout ça qu’on doit être en mesure de mettre dans la tête de tout le monde qu’il faut construire ce qui nous appartient à nous tous.

Ce qui nous appartient à nous tous c’est les routes, les rails, les aéroports, les infrastructures de mobilité de toute espèce, les énergies et tout ce qui peut permettre que parfois il saisisse les opportunités pour qu’il soit en mesure de travailler davantage et qu’il gagne de l’argent et qu’il améliore sa vie. Il n’y a que le travail.

A mon avis, ce que l’Etat est en train de faire maintenant c’est de mettre en place des mécanismes pour qu’à très court terme, nous ayons une génération d’emploi qui arrive et qui soit captée par les gens pour qu’on soit en mesure de redistribuer la richesse que l’on est en train de créer. Il n’y a que par le travail qu’on peut redistribuer la richesse de la nation.

Que doit-on faire pour consolider le contrôle des finances publiques ?

Trois choses. La première des choses est qu’il faut informatiser tout de suite. Je ne sais pas pourquoi on traine encore. On doit informatiser. Le jour où on va informatiser, les fuites qu’on a dans tous les sens, y compris dans les administrations publiques, vont s’arrêter. Il faut donc moderniser l’appareil de l’Etat. Deuxième chose, c’est ce qu’on appelle le budget programme. Quand on est décidé qu’on va allouer autant de pourcent de budget à l’agriculture, il faudrait que l’agriculture reçoive cet argent. Entre le narratif politique et l’exécution, on doit avoir une discipline de fer. Donc on doit avoir une discipline budgétaire. Et pour ça, il faudrait que le ministère du Budget accepte de se délester d’un pouvoir qui n’est pas le sien. Le pouvoir vient du parlement qui dit déterminer dans quelle direction on désire aller en termes d’investissement, en termes de consommation, en termes d’action publique.

Il est honteux aujourd’hui d’avoir une situation où entre ce que l’on décide que l’on va faire dans le cadre budgétaire et ce que l’on fait réellement sur les 20, 30 dernières années, il y a toujours des dépassements d’un côté et une minoration horrible sur les choses fondamentales comme la santé, comme l’agriculture et la production réelle.

Regardez ce qui se passe dans le budget. Le secteur qui nous apporte 90 pourcent de nos devises c’est le secteur minier. Regardez combien d’argent on investit dans le secteur de la gestion minière. Il n’y a pas d’argent pour que le ministère des Mines soit en mesure de travailler pour être en mesure de rapporter encore davantage. La troisième des choses, elle reste tout aussi importante, c’est investir dans l’homme. Nous sommes un pays où l’espérance de vie est à 55 ans. Il n’est pas possible d’avoir l’espérance de vie à 55 ans et une retraite à 65 ans, ça ne marche pas. C’est comme si vous décidez d’investir sur des gens qui vont mourir très vite. Il faut donc travailler sur le système de santé et, c’est comme ça qu’il faut dans la couverture santé universelle pour être en mesure de remonter très rapidement l’espérance de vie au-delà de 75 ans. Ceci permettra d’investir en des gens, eux qui vont travailler, qui vont rapporter à l’Etat et qu’ils vivent heureux et en bonne santé.

Deuxième chose, il faut travailler sur le système éducatif. Il est honteux aujourd’hui qu’on ajoute encore des points aux gens pour que certaines provinces ne paraissent pas faibles en termes d’examen d’Etat. C’est une bêtise collective. Le fait qu’il faut être en mesure d’aller au fond de la question pour résoudre les vrais problèmes. Le vrai problème, c’est la qualité de l’enseignement. Il faut investir dans l’enseignement. Et il faut être en mesure de trouver le modèle économique nécessaire pour que nous ayons la capacité de changer le modèle économique des universités. Aujourd’hui, on a des professeurs d’université qui sont des fonctionnaires de l’Etat. La conséquence c’est qu’ils ne donnent plus cours ou ils ne se remettent même plus à niveau. Ils vont dans des universités privées pour se faire payer. Ils laissent leurs chefs de travaux et leurs assistants dans les universités publiques. En fait, on est en train de tuer l’université publique.

Dans tous les pays du monde, l’université est une entité au- tonome. Les professeurs sont employés par l’université, ils ne sont pas fonctionnaires de l’Etat. Ils sont employés de l’université, le recteur a le pouvoir entre les mains. C’est lui qui sélectionne ou vire des professeurs qui ne sont pas à la hauteur.

Çà, ça nous permettra d’avoir dans les 2, 3 années qui viennent une plus grande compétitivité. Laissez-moi vous dire une chose. Aux Etats- Unis, pour former un médecin, il y a 4 ans ou pour devenir un expert, 4 ans. Nous prenons 7 ans pour former un médecin généraliste, c’est une perte de temps énorme. Parce que nos médecins, on leur bourre la tête avec des choses dont ils n’auraient jamais besoin. De la même façon on forme des ingénieurs en 6 ans. Qu’est-ce que cette affaire ? On devrait former des ingénieurs en 3, 4 ans sans aucun problème. Et les pays qui nous donnent de leçons, aujourd’hui, ont des ingénieurs en 3 ou 4 ans.

Il faudrait donc nous remettre en question de manière fondamentale pour qu’on soit en mesure d’assurer. Moi je ne parle pas de climat des affaires pour des affaires qui sont complètement obsolètes. Je parle de la compétitivité de la nation. Et la compétitivité de la nation, c’est ces infrastructures et ce capital humain.

En quoi diffère la lutte contre la corruption menée par l’APLC et l’assainissement des finances publiques effectué par l’IGF ?

Je vais vous expliquer et il faudrait bien qu’on comprenne ça. Moi, je ne suis pas porteur de la lutte contre la corruption. J’ai déjà un livre qui s’appelle « Sine qua non » afin de déraciner la corruption. Les gens qui nous parlent de la lutte contre la corruption, pensent que nous, les Africains, essentiellement les Congolais, nous devront cohabiter avec la corruption un peu moins et un peu plus. C’est comme ça qu’ils se battent tous les temps pour nous faire comprendre que nous sommes le problème. Ils ne font que l’indice et le classement de pays corrompu. Maintenant la question est, qui sont les pays les plus corrupteurs. Vous allez vous rendre compte que les pays corrupteurs sont les pays occidentaux. La guerre qui est à l’Est est liée à un pillage systématique, à la corruption et à la fraude alimentée par des multinationales et toutes sont malheureusement occidentales. En d’autres termes, mon point de vue c’est que la moralisation de l’action publique fait partie de ce qu’on appelle les politiques publiques et l’APLC, c’est une agence pour la lutte contre la corruption. Elle est dans la conception transversale de mécanisme pour être en mesure de donner à l’Etat une stratégie de base. L’IGF, c’est le combattant, c’est le guerrier, c’est l’armée qui va au front pour s’assurer que tout ce qui est dit est fait. Avec ses différentes méthodes, l’IGF est en train de vous démontrer que l’Etat a pu retrouver sa souveraineté au niveau des biens publics. Les hommes peuvent faire attention à ce qui ne leur appartient pas et à ce qui ap- partient plutôt à tout le monde.

Aujourd’hui, on commence à retrouver un Etat qui multiplie son budget par 2 et demi ou 3 et on commence à voir des gestionnaires qui ont peur de biens publics. Aujourd’hui, l’IGF est le gendarme de l’Etat. Et, ce qui n’est pas le travail de l’APLC au niveau de la conception transversale qui peut être mieux de coordonner l’action publique de l’Etat en matière de lutte contre la corruption.

Aujourd’hui, tout le monde parle en bien de l’IGF. Quel regard portez-vous sur le travail qu’abat ce service qui vient de totaliser ses 35 ans d’existence ?

Il n’y a pas que tout le monde, je lisais la presse ce matin. Di- sons, le fait que l’IGF, par son Inspecteur général, a été primée aux Etats Unis, ça veut dire que même les Américains sont impressionnés par la qualité du travail qui est en train d’être fait dans la moralisation de l’Etat. C’est vrai que les fleurs sont jetées à l’IGF, plus particulièrement à son inspecteur général, Jules Alingete et je pense qu’ils font du bon travail.

J’ai eu l’opportunité personnelle de lui parler. Je lui ai dit qu’il faut qu’il nous trouve une formule qui puisse multiplier Jules par 1000. Il faudrait qu’on ait mille Alingete dans tous les secteurs et à plusieurs étapes. Ça nous permettra d’avoir des gens engagés envers leur République au risque de leur vie d’ailleurs pour être en mesure de défendre la nation. Les Congolais, de fois, ils pensent que ce qui appartient à nous tous, c’est une affaire des autres. Il faut que les citoyens soient disponibles et engagés ou qu’ils soient dans leurs responsabilités. Je pense, là-des- sus, que l’exemple qu’il nous donne de bravoure et de mobilisation de l’équipe d’inclusion est quelque chose que nous devrons être en mesure de suivre et être en mesure de reproduire des Jules Alingete à tous les échelons. Il est important qu’au niveau des communes, les citoyens soient en mesure de défendre ce qui appartient à nous tous, au niveau des villes, les gens soient en mesure de se poser des questions.

Il faudra que l’attitude congolaise s’Alingetise, il faudrait que nous ayons la capacité de dire je défendrais la nation. Je pense simplement que nous sommes-là dans un réveil et son importance. Je vous invite à lire mon livre et vous verrez des parallélismes entre la démarche de Jules Alingete et ce que j’ai écrit dans le livre parce que j’ai dit de manière assez claire que le plus grand défenseur de la nation c’est celui qui paie de la manière dont il est géré aujourd’hui.

Et donc, ce ne sont pas ceux qui bénéficient de la corruption qu’ils devraient être les meilleurs de la corruption. Ce sont ceux qui sont victimes de la corruption qui doivent être en mesure de défendre la nation.

L’IGF et les autres services dressent souvent des rapports. Pensez-vous qu’au regard de ses attributions, la justice congolaise mène des enquêtes de même nature pour les mêmes finalités ?

Le chef de l’Etat lui-même dit que le maillon faible de notre situation c’est la justice. Il s’est même plaint d’avoir placé des gens dont il se disait qu’ils étaient intègres alors que malheureusement ils n’ont pas été en mesure de donner les résultats. C’est, à mon avis, comme ça que je comprends les mises en place qui sont en cours. C’est pour être en mesure de renforcer la justice. Sans une justice solide et moderne, il est très difficile pour nous de pouvoir espérer faire les choses correctement.

C’est pour ça que j’insiste sur la digitalisation. Si l’information est digitalisée, elle est disponible devant tout le monde et il est difficile de la manipuler. Je disais la justice est une priorité. La deuxième, c’est la surveillance citoyenne. Il est important que nous, les citoyens, nous soyons en mesure de pointer du doigt les avocats véreux, les juges véreux, les magistrats véreux. Si nous ne les pointons pas du doigt et si nous ne les huons pas, ils vont continuer à faire ce qu’ils font et ils vont passer pour normal. Ce n’est pas acceptable qu’un pays comme le nôtre reste à genoux parce que notre système judiciaire est un système judiciaire de la honte.

Un certain Thambwe Mwamba, à l’époque ministre de la Justice, a dû avoir à le dire à son corps défendant que la situation à laquelle se trouvait notre justice, les magistrats, par leur comportement, était une véritable honte. Nous, au niveau de la fondation Entreprendre, nous avons créé un mouvement qui s’appelle les «Intègres ». Ça veut dire qu’en fait des citoyens qui se sont décidés à le dire qu’on n’est pas blanc comme neige, mais nous voudrions être chaque jour qui passe des meilleurs citoyens capables de servir notre population. Et nous enrôlons les gens de tous les métiers de pouvoir être en mesure de créer une masse critique de gens pour pouvoir défendre la nation.

Aujourd’hui, ce que nous disons, c’est que nous lançons bientôt une opération qui s’appelle « Avocats intègres, magistrats intègres ». C’est un mouvement volontaire. On ne va pas venir vous prendre de force. Si vous sentez l’âme de devenir un défenseur de votre métier par votre intégrité, vous venez et vous vous inscrivez. Nous allons vous faire signer un cahier des charges et vous engager à vous conduire d’une manière exemplaire. Le jour où nous aurons des ministres intègres, des directeurs généraux intègres, nous aurons un pays intègre.

35 ans d’existence, c’est pas mal ! En tant que stratège et analyste économique, que peut encore faire l’IGF pour être plus performante dans son rôle de contrôle des finances publiques ?

D’abord, très sincère félicitation à cette institution qui existe depuis 35 ans dont on voit malheureusement des effets réels seulement depuis 2 ou 3 années dernières.

Ça veut dire que quelqu’un a donné un second souffle à cette institution en imprimant son management. Ce que moi je dirai aux enseignants des universités, c’est d’étudier ce management et ce système de communication que ce personnage a créé et qui donne des résultats, le moderniser et l’enseigner aux enfants. A partir de ce moment-là, nous serons en mesure de pouvoir dupliquer ces acquis de management dans les autres institutions. Si nous avons l’IGF, la Cour des comptes, la CENAREF et d’autres institutions comme l’APLC avec le même degré de force et de surveillance, vous pouvez être sûr que le pays va avancer beaucoup plus vite.

Vous savez, les gens se contentent de regarder la gouvernance au niveau central. Nous avons la gouvernance au niveau des provinces. Personne ne regarde ça ! Nous avons la gouvernance au niveau des communes. Le service public au citoyen, ce n’est pas le chef de l’Etat ni le ministre qui le donne. Il est donné par les fonctionnaires qui sont en face du citoyen. C’est tout ça qu’il faut transformer. Et ça, un seul homme ne peut pas le faire. Et, c’est pour ça que les différents organes pourront être en mesure de donner un service public de qualité aux citoyens.

L’issue du procès des 100 jours et d’autres cas où des mandataires véreux condamnés et libérés à la vas-vite poussent d’aucuns à être pessimistes. Serait-ce également votre point de vue ?

Par définition, je ne suis jamais pessimiste. Qu’on ait arrêté des gens, qu’on les ait jugé, qu’à un moment donné, qu’on les ait libéré, je me dis, c’est déjà quelque chose. Ça montre que plus personne n’est au-dessus de la loi et à n’importe quel moment on peut t’inquiéter. Maintenant, si on estime que la justice n’a pas été rendue, les ONG ont les moyens de pouvoir porter plainte. Vous avez vu, aux Etats-Unis, une société qui s’appelle Glencore qui doit payer 1,2 milliard de dollars à la justice américaine pour de la fraude et de la corruption en Afrique.

La plainte n’a pas été portée par le gouvernement américain. Elle a été portée par des ONG. Au lieu de se plaindre, s’il y a des évidences, les Congolais organisés devraient être en mesure de porter plainte contre ces gens qu’on a libérés si on estime en passant qu’ils doivent encore de l’argent à des gens.

J’ai suivi encore un reportage sur les réseaux sociaux qui démontraient de manière assez claire qu’en plein meeting, un des leaders politiques s’est fait réclamer les 57 millions de dollars qu’il aurait détourné. Ça veut dire qu’en fait, la po- pulation commence à pouvoir s’assumer et être en mesure de pouvoir réclamer ce qui lui est dû. Ceci dit, mais je pense que si nous sommes exigeants, nous auront les chefs et les leaders politiques exemplaires. Figurez-vous, ces hommes politiques qui sont en haut, ils viennent de nos familles. Ils reproduisent là-haut le comportement de nos communautés ici-bas. Si nous demeurons des citoyens intègres, les leaders seront sérieux et intègres.

Un activiste de la lutte contre la corruption affirme que le contrôle parlementaire est impossible aujourd’hui. Par- tagez-vous également cette opinion ?

Je ne sais même pas ce qu’il veut dire, contrôle parlementaire. Il n’est pas impossible. Il est même obligatoire. Les faiblesses de notre parlement c’est au niveau d’efficacité. Et, 92 % des lois de 20 dernières années ne sont jamais mises en application complètement. Ça veut dire, il y a une véritable faiblesse entre le travail parlementaire et l’exécution du travail ou du fruit du parlement. Ceci montre la faiblesse technique du parlement. Entre autres choses, le parlement a connu un certain nombre de contrôle parlementaire depuis les 20 dernières années, mais l’exécutif n’a pas été aligné dans la capacité à pouvoir convertir ces contrôles parlementaires en véritables actions sur le terrain. En fait, je dis simplement que pendant très longtemps, il n’y avait aucun alignement entre le parlement et l’exécutif. Ça, c’est une faiblesse. Je voudrais dire autrement, c’est qu’un pays, il est géré pour être en mesure de mener des réformes pour être en mesure d’améliorer les conditions de vie des citoyens. C’est ce qu’on appelle l’efficacité opérationnelle. Je crois simplement que, je ne sais pas de quoi parle le citoyen qui a évoqué la question, la faiblesse au niveau opérationnel du parlement est au niveau de l’alignement entre ce que l’on pense et ce que l’on fait. C’est une question de management.

Certains responsables de l’Assemblée nationale sou- tiennent que le salaire d’un député est sacré et qu’il ne doit pas être connu. Est-ce normal ?

Non, non, non… Je vais être dur et dire que c’est une bêtise. On ne peut pas se permettre de dire des choses. Le salaire public est payé par les citoyens. Il ne peut pas être caché. La transparence totale est gage de la bonne gouvernance. Qu’à cela ne tienne, je n’ai pas envie de clochardiser non plus les députés. J’ai deux choses que j’ai observées là-dedans : ce qu’aujourd’hui, on a aug- menté les revenus des députés mais dans la même enveloppe que ce qui était géré par les prédécesseurs. C’est en son temps, c’est en fait une question d’allocation. Encore une fois là-dedans, il est important qu’on reste sobre et que l’on soit en mesure d’être transparent et clair avec ce qu’on est en train de faire. J’ai discuté dans un autre groupe où les Intègres travaillent en disant, peut-être que le plus gros problème de ce pays c’est qu’on n’a jamais eu les états généraux de la rémunération dans le secteur public. Vous savez qu’il y a des gens qui ont un salaire de 200 dollars par mois dans la fonction publique et qui ont des revenus mensuels de 20 000 dollars. Parce qu’il ont des primes à gauche, des primes à droite, qui ne se fa- briquent que d’une manière ou d’une autre.

En fait, à un moment donné, il faut être sérieux et mettre tout ça à plat, mettre l’enveloppe nécessaire. Et, bravo au vice-premier ministre de la Fonction publique avec le travail d’identification qu’il est en train de faire avec les fonctionnaires de l’Etat et qui nous démontre de manière assez claire là où on pensait qu’on a 100 mille, le fonctionnaire n’en a que 50 et, donc, qu’on a une enveloppe qu’on peut allouer de manière plus efficace pour être en mesure de pouvoir stimuler les gens.

Mais entre autre partie, il va falloir aux députés comme aux fonctionnaires, qu’on soit en mesure de demander de la compétitivité et de l’efficacité. Ceci se mesure par la qualité des décisions et d’actions que l’on mène pour améliorer la situation des citoyens.

La question n’est pas de diminuer les revenus des députés. La question, c’est de dire, comment sommes-nous équitables dans la masse salariale générale. C’est une question qu’on ne s’est pas posée les 60 dernières années. Peut-être qu’il est temps aujourd’hui d’avoir une politique de rémunération dans le secteur public. Il n’y en a pas une. C’est ça le problème.

Vous soutenez beaucoup les entrepreneurs congolais. Que peut faire le gouvernement pour booster les entrepreneurs afin d’avoir des millionnaires congolais voulus par le Président Tshisekedi ?

J’aime beaucoup cette question. Parce que j’y travaille en ce moment. La première des choses qu’il faut faire, je vous l’ai dit tout à l’heure, aujourd’hui, nous recevons des devises du secteur minier et nous les envoyons dans des fosses septiques en important de la nourriture. Il faut avoir un plan de réduction des importations inutiles et les substituer par la production locale. Cela veut dire, prendre des décisions courageuses, d’investir dans les entrepreneurs congolais pour être en mesure de produire.

Un deuxième instrument, c’est ce qu’on appelle Autorité de régulation de la soustraitance dans le secteur privé. Il est important et le chef de l’Etat a tapé du poing sur l’incapacité que le maximum de travail soit donné à des entreprises congolaises en RDC pour que celles-ci soient en mesure de gagner de l’argent et qu’elles n’investissent dans l’économie congolaise. Et, la troisième, elle est tout à fait importante, c’est tous les mécanismes que le dispositif public a mis en place. C’est quelque chose que font les entreprises de l’entreprenariat au Congo. On a mis en place un autre instrument qui s’appelle le PEDIA, qu’est le Programme d’Entreprenariat des Jeunes dans le secteur de l’Agriculture. Or, on a les programmes de financement comme le PAD-PM qui sont financés aujourd’hui dans sa 2ème phase avec 300 millions de dollars. Tous ces instruments, il faut être en mesure de les gérer de manière intelligente et cohérente.

On a en parallèle des secteurs comme le secteur du tourisme avec le Fonds de promotion de tourisme. Personne ne voit ce qu’on fait avec cet argent. On a le FPI dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’il triple ses revenus simplement parce qu’il y a eu certaines rigueurs impulsées autrefois par l’IGF. Et, c’est tout ça qu’il faut être en mesure de mettre dans une corrélation intelligente pour être en mesure de pouvoir avoir des résultats. Et je crois encore une fois qu’on ne créera pas de millionnaires en donnant l’argent, on créera des millionnaires en donnant les opportunités de travail.

Propos recueillis par Raymond OKESELEKE

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