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Histoire

Union sacrée : toute une histoire !

La formule de la coalition adoptée à la suite des dernières élections de 2018 en RDC a fini par conduire à l’évidence de son impossibilité. L’Union sacrée de la Nation issue de sa dislocation remet au goût du jour une notion politique présente dans l’Histoire, à l’étranger comme en RDC.

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A moins d’évoluer dans un contexte monolithique, la vie politique se caractérise généralement par l’existence de différentes tendances d’ordre idéologique, religieux, socio-économique au point où il arrive qu’en situation ultime que des forces jusque-là centrifuges estiment devoir transcender leur adversité pour s’unir en un sursaut afin de se solidariser face à une cause commune, dans un élan patriotique. Ce rapprochement peut porter différentes dénominations, mais l’une de celle qui a marqué l’Histoire est « l’Union sacrée ».

Président de la République Félix-Antoine TSHISEKEDI,
en échange avec Lambert MENDE et Thierry MONSENEPWO

Un exemple lointain

Cette expression apparait en France à l’époque du déclenchement de la Première Guerre Mondiale de 1914-1918. C’est en effet le 4 août 1914, que le président de la République française d’alors, Raymond Poincaré utilise pour la première fois ce vocable lors d’un discours à la Chambre des députés au lendemain de la déclaration de guerre de l’Allemagne contre la France. Ce mouvement consiste en l’union de la gauche au programme du gouvernement, essentiellement de droite pour contrer l’imminente attaque allemande. En ces circonstances, l’Union Sacrée française parvient à réussir la mobilisation des Français et regroupe les socialistes et les catholiques, partis politiques et syndicats affiliés : les travailleurs abandonnent tout mouvement de grève et de revendication pour se rallier à la « Patrie en danger » et 25.000 prêtres et séminaristes acceptent de revêtir l’uniforme pour livrer la guerre.

Président de la République Félix-Antoine TSHISEKEDI,
en conversation avec Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi, deux ténors de l’opposition


A l’identique de la France, les autres pays en guerre unissent également en leur sein leurs différentes forces politiques et sociales que ce soit parmi les alliés comme l’Angleterre ou les ennemis comme l’Allemagne. Toutefois, l’usure des combats et les privations subies favorisent la résurgence des clans politiques sans compter la survenance dans l’entre-temps de la révolution Russe en 1917, l’Union Sacrée se dégrade : les socialistes refusent désormais de participer au gouvernement, car pour eux l’alliance consacrée ne soutient pas les intérêts des travailleurs et que la guerre ne sert que l’impérialisme au détriment de l’Internationale Socialiste. L’Union Sacrée prend ainsi fin en 1919. Depuis, la France ne parvient plus à rééditer pareille formule, contrairement à l’Italie ou l’Allemagne plus récemment dans une certaine mesure.

 Union sacrée de l’opposition radicale

Connue au préalable sous le nom de l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR), ce mouvement est l’un des acteurs majeurs des multiples péripéties de l’histoire politique mouvementée du Congo (à l’époque Zaïre) au cours de laquelle l’opposition a systématiquement était confrontée aux manœuvres du camp de Mobutu et de tensions internes. Cette alliance est née le 17 juin 1991 par le regroupement de l’UDPS, de l’UFERI et du PDSC et représente une plate-forme politique de l’opposition radicale dans le contexte du nouveau pluralisme instauré à partir du 24 avril 1990, date de la fin du MPR, Parti-Etat. Elle a pour objet de contrer les velléités de la Mouvance présidentielle de Mobutu, lequel malgré avoir lâché du lest essaie de se maintenir au pouvoir par tous les moyens. Une des pierres d’achoppement entre les deux camps porte notamment sur le fait d’accorder ou non la souveraineté à la Conférence nationale chargée de débattre et de concrétiser les options de l’installation de la 3ème République. Les ténors de l’USOR obtiennent finalement gain de cause, car la Conférence nationale souveraine (CNS) s’ouvre le 7 août 1991. De plus, une autre revendication de l’USOR consistant à ce que la CNS installe un parlement de transition et accouche d’un gouvernement est acquise : le 15 août de l’année suivante, en dépit des tergiversations de Mobutu, Etienne Tshisekedi, face à ses adversaires, est porté à la tête du gouvernement issu de la CNS en qualité de Premier ministre de la Transition avec un suffrage de 71% de voix, et ce, dans la liesse populaire. En août 1992, la CNS met en place un corps législatif de transition – le Haut Conseil de la République (HCR)- composé de 453 membres et favorable à Etienne Tshisekedi.

Usor à ses débuts : de gauche à droite NGOMA (DCF), Joseph ILEO (PDSC), Etienne TSHISEKEDI (UDPS) et Jean NGUZ (UFERI)

Cependant, à la suite des pillages intervenus dans le pays en janvier 1993, Mobutu met en terme à ce corps législatif et réhabilite l’Assemblée nationale entièrement à sa solde et nomme Faustin Birindwa, un transfuge de l’UDPS, comme Premier ministre. Devant le désaveu populaire et international porté sur ce gouvernement, Mobutu entame des négociations avec l’Union Sacrée de l’Opposition radicale qui se voit élargie à des alliés pour désormais donner naissance à l’USORAL.

Ces tractations débouchent sur le partage du pouvoir entre les Forces Politiques du Conclave (FPC) et l’USORAL, l’unification de l’Assemblée nationale et le HCR, qui instaure l’avènement du Haut Conseil de la République – Parlement de Transition, HCRPT en sigle. Cette institution de 738 membres se trouve sous le contrôle de Mobutu, bien que l’opposition dispose de la latitude d’y nommer le gouvernement.

Pour consolider cet accord, les parties adoptent le 9 avril 1994, l’Acte Constitutionnel de la Transition, charte du HCR-PT. L’opposition est néanmoins divisée dans le choix du Premier ministre. En définitive, Léon Kengo, soutenu par les Mobutistes, est élu par 332 voix alors que les partisans d’Etienne Tshisekedi boycottent le vote. Sous les coups de butoir de l’AFDL, Mobutu nomme Etienne Tshisekedi comme Premier ministre en avril 1997. 

« Par Union Sacrée, j’entends une nouvelle conception de la gouvernance basée sur les résultats dans l’intérêt supérieur de la Nation. « 


Son mandat n’est toutefois que de cinq jours, car le nouveau Premier ministre déclare ne pas reconnaître le HCR-PT dans la mesure où le pays n’est pas gouverné par l’Acte Constitutionnel de la Transition mais plutôt par l’Acte tiré de la CNS portant dispositions constitutionnelles pour la période de transition. Il précise par ailleurs que son gouvernement en gestation ne comprendra pas des ministres de la famille politique de Mobutu ni ceux de l’opposition modérée. Sur ces entrefaites, à l’exclusion des pro-Tshisekedi, l’USORAL et le FPC désavouent Tshisekedi : ils enclenchent la procédure de sa destitution alors que l’entrée de l’AFDL à Kinshasa vient modifier le parcours de la vie politique et mettre littéralement fin à l’existence formelle de l’USORAL.

Union sacrée pour l’alternance

 Reprenant à son compte cette expression une frange de l’opposition politique s’est distinguée dans un épisode de l’histoire politique congolaise par la création de l’Union sacrée pour l’alternance (USA). Cette formation voit le jour le 20 août 2011 et regroupe des partis, personnalités politiques et mouvements associatifs. Le but poursuivi est de fédérer les forces de l’opposition institutionnelle plurielle face à la Majorité en affrontant en ordre utile les scrutins électoraux et en se montrant plus efficace que l’Union pour la Nation (UN), la première plate-forme de l’opposition qui avait appuyé la candidature de Jean-Pierre Bemba contre celle de Joseph Kabila lors de la présidentielle de 2006.

Pour ses initiateurs, pareille stratégie aurait le mérite de s’assurer d’une alternance et contrer toute dérive totalitaire, gage d’une véritable démocratie. Dans cet ordre d’idées, ne serait-on pas tenté de juger du caractère éphémère et circonstanciel sinon opportuniste de ce regroupement ?

Union sacrée de la Nation

Proclamée dans l’euphorie de la première passation pacifique du pouvoir à la suite des dernières élections de 2018 en RDC, la coalition FCC-CACH s’est imposée dans le paysage politique congolais. Les résultats ayant en effet donné lieu à la victoire d’un Président de la République issu de l’opposition contre une majorité parlementaire à l’ancien régime, cette option s’est avérée évidente en lieu et place d’une cohabitation, certainement difficile à gérer. Cependant, la formule de la coalition, bien qu’effective, a vite montré ses limites. Le 23 octobre 2020, vivement déçu de son fonctionnement, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi annonce la tenue de larges consultations auprès des représentants des différentes forces politiques et sociales du pays.

Ayant tâté le pouls du Congo dans sa diversité, le président de la République en est arrivé à la conclusion de « faire porter le grand projet de refondation du pays, au sein d’Union Sacrée de la Nation.» Et de préciser : « Par Union Sacrée, j’entends une nouvelle conception de la gouvernance basée sur les résultats dans l’intérêt supérieur de la Nation. (…) » en adhérant aux principes, valeurs et cadre programmatique largement énuméré à travers les multiples facettes de la vie sociale dans « un sursaut démocratique ».

 Le descendant biologique et politique d’Etienne Tshisekedi agissant pratiquement sur ce même registre aurait-il été inspiré par lui ? La réussite de ce défi qui passe par la constitution d’une majorité parlementaire et d’un gouvernement acquis à sa cause ne manquera pas à son héritier de le plonger dans les enseignements de la riche et tumultueuse histoire politique congolaise afin d’en tirer les dividendes, profitables à la population. Désormais, l’opinion nationale et internationale est en tout cas suspendue au parcours de cette nouvelle dynamique politique dont l’avenir donnera la lecture de l’évolution.

 Noël NTETE

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Histoire

LE VOTE ET SES MULTIPLES FACETTES

L’histoire du vote remonte à Athènes, au Vè siècle avant Jésus-Christ. À cette époque-là, la plupart des postes de magistrat étaient accessibles par tirage au sort au sein de l’Assemblée du peuple. Seuls quelques magistrats étaient élus : les généraux et les responsables de l’administration des finances. La RDC est l’un des Etats qui recourent au vote pour renouveler les mandats de ses dirigeants.

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D’après le dictionnaire, le vote (terme dérivé de l’anglais vote, provenant du latin votum signifiant « vœu »), désigne une méthode permettant à un groupe une prise de décision commune. Le vote vise à donner une légitimité à la décision en montrant qu’elle ne vient pas d’un individu isolé. Il est généralement encadré par un processus électoral que l’on appelle aussi « scrutin » ou élection.

Il existe à travers le monde plusieurs systèmes de vote et ceux-ci tiennent compte de quelques caractéristiques notamment la décidabilité, l’unicité du vote, la représentativité, le secret et la transparence… La décidabilité, par exemple, renvoie au pouvoir de décision qu’a un électeur notamment dans le cas d’un référendum, et l’unicité du vote est le fait de permettre à chacun d’être justement représenté et de ne pas permettre à un électeur de voter plusieurs fois. Mais il y a aussi la vérifiabilité qu’est la possibilité de démontrer aux yeux de tous l’absence de triches. La non participation est l’option permettant à un électeur d’éviter de prendre une décision par défaut ou de pallier certains aléas, par l’abstention ou le vote nul ou blanc.

Les différentes façons de voter

Le vote à bulletin secret se fait en donnant anonymement un avis sur plusieurs propositions. Les bulletins glissés dans une urne, souvent transparente pour  éviter la fraude, sont toujours dépouillés à la clôture du scrutin, devant témoins. On parle ainsi du vote à main levée, le vote public, le vote par correspondance, vote électronique…

Le vote à main levée est celui qui consiste à lever la main pour donner son avis entre plusieurs propositions. Il s’agit d’un vote qui permet de prendre rapidement une décision parce que s’accompagnant immédiatement du dépouillement.

Il est généralement utilisé dans des assemblées (nationales et provinciales). On peut également classer dans cette catégorie le vote par acclamation où on se réfère au volume sonore de chaque option, comme cela se fait lors de la conclusion des primaires présidentiels aux États-Unis. S’il y a doute par exemple, on procède au vote par séparation où les partisans de chaque option se regroupent, typiquement à droite et à gauche de la tribune. Il existe aussi le vote public et le vote à bulletin secret.

Le vote public qu’on appelle aussi vote à l’appel nominal, se fait en appelant chaque membre d’une assemblée à son tour pour exprimer son vote publiquement lequel est consigné dans le registre des délibérations pour être publié après.

Concernant le vote par correspondance, habituellement pratiqué en Allemagne et en Suisse, il consiste à envoyer à l’avance son bulletin de vote par voie postale. Le vote par procuration est celui qui permet à un mandant de se choisir un mandataire qui ira voter à sa place. Il s’agit d’un vote qui repose sur la confiance entre le mandant et le mandataire. Il était beaucoup utilisé en France lors de la présidentielle de 2007

Lorsqu’on parle du vote de remplacement, on comprend parlà que ceux qui votent pour des candidats ou des listes n’ayant pas d’élus faute d’avoir atteint le quorum, peuvent reporter leur voix sur un autre candidat. Quant au vote électronique, il se défini comme un système automatisé se faisant à l’aide de systèmes informatiques.

Avec le vote électronique, un électeur peut voter à distance, voire à partir de sa maison ou de n’importe autre lieu et éviter ainsi de se déplacer. Parfois, le vote par internet ou en ligne est pratiqué, mais, il a pour inconvénient l’absence d’isoloir.

 Tenez entre autres conditions  qu’une élection doit tenir en compte, il y a le secret absolu du vote, la possibilité pour le votant et lui seul de vérifier que son vote a bien été pris en compte dans le sens indiqué, et l’absence de pression de la part de l’environnement sur le votant.


qu’une élection doit tenir en compte, il y a le secret absolu du vote, la possibilité pour le votant et lui seul de vérifier que son vote a bien été pris en compte dans le sens indiqué, et l’absence de pression de la part de l’environnement sur le votant.

Le vote en RDC

En 2018, la République démocratique du Congo organise des élections en utilisant la machine à voter, un instrument non prévu dans la constitution et dans la loi électorale. L’argument qu’évoquent les autorités pour organiser les élections avec la machine à voter (MA) est le budget colossal d’environ 1,2 milliards de dollars.

L’organisation du scrutin en RDC

L’article 211 de la Constitution confie à la commission électorale nationale indépendante (CENI) la mission d’assurer la régularité du processus électoral et référendaire. L’article 5 de la constitution stipule que « La souveraineté nationale appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections et indirectement par ses représentants ». Le même article indique que la loi fixe les conditions d’organisation des élections et du référendum.

La loi électorale détermine les règles de l’organisation des élections. « La présente loi fixe les règles relatives à l’organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, communales et locales sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo », stipule l’article 1er de la loi électorale.

 Il existe plusieurs sortes de scrutins : scrutin uninominal dont le vote se fait pour une seule personne, scrutin de liste sur laquelle il y a plusieurs candidats, scrutin majoritaire dont le candidat élu est celui qui a obtenu la majorité des voix. Il y a aussi le scrutin à la proportionnelle ou mixte. Ce dernier est un mélange des scrutins majoritaires et proportionnels.

La CENI organise des scrutins à suffrage direct et suffrage indirect, 11 en tout. Parmi les scrutins à suffrage direct figurent l’élection du président de la république, celle des députés nationaux, des députés provinciaux, des conseillers de secteur et de chefferie, des conseillers municipaux…Parmi les scrutins à suffrage indirect on trouve notamment les élections des sénateurs, des conseillers urbains, du gouverneur et vice-gouverneur, du maire et maire adjoint, du bourgmestre et bourgmestre adjoint, du chef de secteur et du chef de secteur adjoint. La révision constitutionnelle du 20 janvier 2011 a fait passer la présidentielle de deux à un tour.

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Histoire

Les doctrines en Afrique

En fonction de son histoire et de ses réalités socio-économiques, l’Afrique a généré des doctrines qui peuvent d’une manière générale se caractériser par le communautarisme qui finira par devoir prendre le contrepied de celles provenant de l’extérieur, cherchant à s’imposer sur elle.

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De tout temps, chaque société en fonction des réalités vécues, érige une ou plusieurs doctrines qui se confrontent les unes aux autres. En tant qu’être pensant, l’homme élabore en effet un ensemble d’idées, d’opinions et des croyances issues de son environnement.

 Ainsi la doctrine est en mesure d’embrasser la globalité des facettes de la société en étant d’ordre politique, économique, philosophique, religieux, voire artistique…

Elle a ainsi pour visée de guider l’action ou d’aider à interpréter les faits. Dans cet ordre d’idées, partant d’un ensemble d’enseignement, elle finit par être admise par la plus grande frange de la société comme une vérité et son utilité se ressent au travers d’une idéologie qui conscientise les masses avec un impact plus ou moins conséquent.

Le défaut d’écriture caractéristique de l’Afrique, dont la primauté reconnue à l’oralité est notoire, donne à cerner ses doctrines originelles sous le prisme du communautarisme, legs de l’instinct grégaire qui caractérise le genre humain au sein de cet espace. Les valeurs en vigueur sont la solidarité et la recherche d’une forme relative d’égalité, car celle-ci n’est pas toujours de mise ainsi qu’une forme de démocratie à l’africaine qui se déroule sous l’arbre à palabres.

Dans cette conception du monde, l’existence d’un individu ne se conçoit pas en dehors de son appartenance à une communauté de manière endogène et homogène et ce, du point de vue ethnique, religieux, social, culturel. Pareille approche suppose qu’il y ait généralement peu d’oppositions et de liberté d’initiatives avec l’obligation de se soumettre à l’entendement commun.

Toutefois, la réalité du vécu historique de l’Afrique voit ce communautarisme être confronté aux doctrines des puissances extérieures envahissantes, voulant se prévaloir à tout prix sur lui, méconnaissant la valeur du mode de vie des populations, taxé (à tort) de sauvage.

Au regard de ce contexte historique, les doctrines africaines prônent dans leur ensemble la libération des peuples face aux puissances extérieures. Ces modes de pensées se répartissent pour l’essentiel en deux grandes catégories, à savoir d’une part l’affirmation culturelle et d’autre part le combat politique, la ligne de démarcation entre les deux n’étant pas nécessairement figée. Ces doctrines peuvent être la résultante d’un mouvement de pensée spontané, diffusé dans la globalité de la société comme elles peuvent être rattachées à un individu qui conscientise ses semblables.

Les doctrines identitaires

Pour ce qui concerne l’affirmation identitaire, elle consiste à faire valoir la culture intrinsèque d’une communauté par rapport à la doctrine étrangère qui chercherait à l’éliminer par la force ou de manière insidieuse.

C’est ainsi que dans un domaine déterminant comme la religion, présente dans la vie de l’homme, la doctrine est issue de la confrontation entre les croyances locales et celles importées. Sur ce point, la société africaine dans laquelle la connaissance d’un être supérieur est bien réelle se trouve envahie d’abord par la culture islamique surtout à l’Est et au Nord du continent, puis face à la culture religieuse judéo-chrétienne.

Si l’islam a su revêtir plus ou moins bien les couleurs locales, la religion chrétienne a fait l’objet, à certains endroits, d’une adaptation spécifique. A ce sujet, on peut citer comme cas emblématique le kimbanguisme, doctrine associée à son initiateur Simon Kimbangu. L’Eglise kimbanguiste, fondée le 6 avril 1921 – soit centenaire à ce jour -, se présente comme une église africaine chrétienne de type prophétique. La doctrine de cette église a pour support la Sainte Bible de laquelle est tirée la pratique des bonnes œuvres et l’amour du prochain. Cependant, pour elle Simon Kimbangu est proclamé Dieu le Saint-Esprit tandis que Jésus Christ considéré comme le Rédempteur de l’humanité est réincarné en la personne du fils du prophète Paul Salomon Dialungana Kiangani, dont la date de naissance le 25 mai est depuis 2000 adopté comme jour de Noël à la place du 25 décembre. Sa cité sainte est située à Nkamba dans la province du Kongo Central et elle est aussi appelée la Nouvelle Jérusalem.

Grâce à l’ampleur de cette doctrine, l’Eglise kimbanguiste prétend compter plus de 30 millions de fidèles à travers le monde.

Toujours sous l’angle de l’affirmation identitaire mais cette fois-ci sous un angle plus sociologique, on peut citer la doctrine de la négritude initiée par le président Léopold Sédar Senghor du Sénégal et le recours à l’authenticité prôné par le président Mobutu Sese Seko du Zaïre de l’époque. Ces doctrines se préoccupent au lendemain des indépendances de réussir la décolonisation culturelle et mentale des peuples africains, indispensable pour relever le pari du développement. Selon un style propre à chacune d’elles, les deux doctrines revendiquent la promotion des valeurs culturelles du Noir et l’africanité. La négritude penche plus sur une approche intellectualiste que sur les questions sociales. Le recours à l’authenticité porte parfois sur ce que d’aucuns jugeront comme des aspects superficiels, notamment le changement du nom du pays de « Congo » en « Zaïre » ou l’imposition du port vestimentaire des hommes à côté d’autres actions positives.

 Les doctrines de combat politique

Par contre, les doctrines à caractère socio-économique ou politique s’inscrivent dans le cadre du combat politique d’abord pour l’obtention de l’indépendance et ensuite, une fois celle-ci acquise, pour la consolidation de la souveraineté nationale. Ici aussi, l’Afrique dispose dès l’origine de sa formation, d’une doctrine qui se caractérise essentiellement par la spécificité de son communautarisme. Toutefois, l’oralité de la société africaine ne laisse pas de trace pour toujours approfondir davantage le contenu.

Il n’empêche que cette tradition communautaire va inspirer les doctrines modernes africaines lesquelles s’appuieront sur des théories comme le marxisme, surtout le maoïsme pratiqué en Chine, en raison de nombreuses similitudes avec ce pays entre autres par rapport à la ruralité en Afrique comme là-bas. Sous l’angle socio-économique le socialisme africain dominera la vie politique du continent.

 Ce terme comprend des doctrines politiques conçues par des dirigeants africains qui ont ainsi pris appui sur la tradition locale, parfois idéalisée, compilée avec les théories en vigueur dans les pays socialistes. En prolongement de l’esprit de solidarité africaine, ce socialisme se propose de s’étendre au-delà des différents pays du continent par la valorisation du panafricanisme. Ceux qui en seront les chantres sont en Afrique de l’Ouest, les présidents Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Ahmed Sékou Touré de Guinée-Conakry, Kwame Nkrumah du Ghana tandis que la même doctrine se retrouve en Afrique de l’Est à l’instigation de Kenneth Kaunda de la Zambie et de Julius Nyerere de la Tanzanie dont le nom sera attaché à l’initiative des villages Ujamaa, genre de coopérative agricole signifiant fraternité en swahili.

Quelles que soient les approches de ces doctrines socio-économiques, elles espèrent atteindre le développement du continent en s’imposant face au système économique mondial jugé impérialiste et accusé de plomber sa progression.

 Malheureusement dans leur contenu, ces doctrines se distinguent par des méthodes autoritaires et bureaucratiques exercées sous le diktat d’un parti unique au sein duquel le culte de personnalité règne en faveur de son initiateur qui n’est autre que le chef de l’Etat, par ailleurs jaloux de son autonomie vis-à-vis de ses pairs africains qui recommandent le panafricanisme. Dans ces conditions, le décollage de l’Afrique n’est pas au rendez-vous. En réaction, de nouvelles doctrines, sans encore vraiment s’imposer jusqu’à présent, commencent à voir le jour, orientées vers une vision libérale. A leur tour, cette dernière qui encourage le volontarisme et l’entrepreneuriat, parce qu’elle a su faire ses preuves en Occident ne manquera certainement pas d’inspirer un nouveau courant d’idées adapté à l’Afrique afin d’entrevoir les possibilités de soutenir son progrès .

Noël NTETE

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Histoire

KIMPA VITA Miroir de la femme dans la lutte pour la promotion et le respect des droits de la femme congolaise.

« Entre sa lutte politique et ses croyances spirituelles, apparait clairement l’image d’une femme qui symbolise en tout et pour tout, la capacité de la femme congolaise qui inspirera des hommes et des femmes, au-delà même des limites de la terre Kongo. Par son courage et sa détermination face à l’oppression et à l’aliénation du colonisateur détracteur, la jeune fille, Kimpa Vita dite Dona BEATRIZ a pu mobiliser le pouvoir coutumier et conscientiser ses frères Kongo à revendiquer le respect des droits des autochtones et leur culture, modèle d’une lutte de la femme pour des droits les plus légitimes ».

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A partir du 15ème siècle, les grands royaumes puissants et prospères d’Afrique sont envahis par les Etats occidentaux. Les Africains reçoivent les pays de l’Occident dans la fraternité, mais celle-ci va engendrer l’esclavage, les massacres et les déportations des Noirs dans d’autres terres. Le grand Royaume Kongo en est aussi victime, il subit des divisions, des guerres civiles, pillages de ses ressources et surtout la chute occasionnée par la bataille d’Ambwila en 1665. En 1704, se lève une jeune femme pour lutter contre ces maux. Elle sera brûlée vive le 02 Juillet 1706 à Divulu, un village du Royaume Kongo, son nom c’est Kimpa Vita, la mère de la révolution africaine. Évoquer son nom, est synonyme de la résistance, facilement les combattants de la lutte politique et les activistes de droits humains congolais jurent sur son nom et revendiquent fièrement appartenir à son pays.

Ce n’est pas un excès moins encore un culte de la personnalité de croire aux exploits de Kimpa Vita, en tout cas, elle est jusqu’à présent le miroir pour toutes ces femmes et hommes engagés dans la lutte pour la promotion et le respect des droits de la femme, carrément l’émergence d’un État de droit, où les droits des uns et des autres sont respectés par tous. Il suffit de zoomer sur la situation de droits de la femme congolaise pour comprendre pourquoi, Kimpa Vita revient encore dans les débats, une injustice institutionnalisée, des hommes qui veulent tout avoir contre la femme.

La femme et son temps

Née entre 1684 et 1686 à Mbanza Kongo (NordOuest de l’Angola), Kimpa Vita est morte le 2 juillet 1706, prophétesse Kongo originaire de l’ethnie Esikongo (dit San Salvador par les Portugais), elle est fondatrice et dirigeante du mouvement antonianiste, qui lutta pour le retour au monothéisme Kongo, et contre la traite négrière qui sévissait au sein du royaume Kongo. Visionnaire, elle prêchait l’unité du royaume et la restauration de sa grandeur, et militait pour conduire le peuple et relever les ruines de la capitale, qui était occupé par des rebelles. 

En 1703-1704, elle entreprit, sur le plan politique, une campagne pour le retour dans la capitale du Mani Kongo, le Roi Pedro IV. Elle appela au rétablissement de l’unité du royaume et à la restauration de Sao Salvador. Elle ne souhaitait pas que son peuple dépende des puissances coloniales, en proie à l’anarchie, au pillage et au dépeuplement de la population kongo par la traite des noirs. Elle annonçait l’avènement des temps nouveaux et le retour à l’âge d’or du royaume kongo.

Nous aussi, nous avons des saints au Kongo. Les blancs ont blanchi Dieu pour leur profit mais un nouveau royaume va naître et il faudra reconstruire la ville, relever les maisons.

Les Blancs sont nés de la pierre de savon et les Noirs d’une sorte de figuier », affirme-t-elle face au racisme des colonisateurs. Selon elle, la parole de Saint Antoine peut redonner vie aux racines de ce figuier. Consciencieusement, la situation de droit de la femme en Rdc est comparable aux affres de la colonisation, et mérite une lutte aussi engagée des hommes que des femmes à l’image de la lutte de Kimpa Vita. Pour le Dr Mukwege, la promotion de droits de la femme, exige des sacrifices, parfois même suprême, car dit-il le combat est encore loin d’être gagné, et tant que la parité homme-femme ne sera pas une réalité en Rdc, il y aura donc des Kimpa Vita qui se lèveront et qui revendiqueront justice.

Une allure élancée, une prestance de sainte et « de si grands yeux » … C’est ainsi qu’est décrite au début du XVIIIe siècle, Kimpa Vita, grande prophétesse du Kongo, par les missionnaires européens, si les écrits à son sujet sont si nombreux, « c’est qu’elle inquiète beaucoup les colons portugais et l’inquisition, suffisamment, même, pour qu’on veuille la tuer », précise l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch.

L’héroïne et ses combats

Vita est une Nganga Marinda, c’est à dire une prêtresse traditionnelle ou initiée de la société secrète « Kimpasi». Elle y avait été initiée très jeune mais avait décidé d’abandonner la pratique. La société Kimpasi avait pour mission de délivrer les gens des forces du mal à travers des cérémonies d’exorcisme. Pour les missionnaires, cette société était une secte de sorcellerie, et la plupart de ses temples qui se trouvaient dans les forets ont été détruits par les Capucins. Inversement, pour les membres de la société Kimpasi, les prêtres capucins étaient des sorciers.

Kimpa Vita commença par prêcher sur le mont Kibangou, la montagne sacrée, et osa ensuite se présenter en personne au palais royal pour demander au Roi Pedro IV de se joindre à elle pour pouvoir prier le « vrai Jésus » afin de restaurer le royaume alors saccagé par la guerre. Un témoignage raconte qu’au passage de la jeune femme des arbres tordus ou à terre se sont redressés et que les portes du palais se sont ouvertes elles-mêmes, comme repoussées par des mains invisibles. 

Statue de Kimpa Vita en Angola

Kimpa Vita leur disait : « Nous aussi, nous avons des saints au Kongo. Les Blancs ont blanchi Dieu pour leur profit mais un nouveau royaume va naître et il faudra reconstruire la ville, relever les maisons ».

Selon Kimpa, le Kongo est la terre sainte, les pères de l’Eglise sont en réalité des Africains et St Antoine est le plus important de tous les saints, il est le patron des humbles et des démunis. Selon elle, l’histoire de l’église est une histoire africaine.

Kimpa Vita était toujours entourée d’une grande foule pour suivre ses prophéties, en dehors de son image mystico-religieux, Kimpa Vita était décidée à restaurer le Royaume Kongo et son message était un cri qu’elle appelait « M’lolo » pour le rassemblement et pour la renaissance du royaume. Selon elle, l’homme blanc était originaire d’une pierre en argile appelée « Fuma » en kikongo, et les hommes noirs sont originaires d’un arbre appelé « Munsanda ». L’arbre et la forêt sont des symboles du monde invisible, et les esprits des ancêtres vivent dans des lacs et les océans, on les appelle des « Nsimbi ».

La renommée de Kimpa Vita menaçait celle des missionnaires, elle était devenue une menace considérable qui risquait de conduire à la chute de l’Eglise et compromettre le projet des colons, ses enseignements conduisaient à la défaite de la théologie chrétienne et donc à la perte de contrôle du royaume par les missionnaires. Il fallait trouver une astuce pour l’éliminer. Le conseil royal sous la présidence de Dom Bernardo, prononcera la sentence de mort contre Kimpa Vita pour hérésie, crime de nature religieuse et mensonges, après un procès monté de toute pièce par les Capucins. Elle fut conduite sur un grand bucher et fut exécutée le 2 juillet 1706, Des rumeurs circulaient et annonçaient que Kimpa Vita devait se réincarner quelque part au Kongo.

Après sa mort, beaucoup de prisonniers du Royaume Kongo, qui étaient vendus comme esclaves ont été libérés grâce à elle. Les idéaux de Kimpa dominent plusieurs religions Sud-Américaines. Elle a inspiré plusieurs mouvements nationalistes dans le pays et au-delà des frontières du Kongo, le mouvement antoinisme subit une véritable répression et ses adeptes furent réduits en esclavage. Telles des graines semées au gré des vents lugubres de la déportation en Amérique, ils ont diffusé la foi émancipatrice portée par celle qui fut un espoir, et une inspiration pour tout un continent.

Olyncia Kashema

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