Nation
Majorité parlementaire: La Remontada de Félix TSHISEKEDI
En un temps, deux mouvements, le président Félix Tshisekedi a renversé la situation, en prenant le contrôle des deux chambres du Parlement au détriment de son prédécesseur, Joseph Kabila. Retour sur la déferlante vague de l’Union sacrée de la nation.
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5 ans agoon
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La redaction
A vec plus de deux tiers de députés nationaux et sénateurs, le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila contrôlait quasiment toutes les institutions au terme des élections générales du 30 décembre 2018, à l’exception de l’Institution Président de la République. Son candidat, le dauphin Emmanuel Ramazani Shadary, n’ayant terminé que troisième à la présidentielle, la plus haute institution du pays revenait à Félix Tshisekedi Tshilombo, donné vainqueur par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et confirmé par la Cour constitutionnelle. Mais avec une large majorité au Parlement et dans les assemblées provinciales, la famille de Joseph Kabila avait les raisons de très vite se consoler de la déculottée subie à la présidentielle.
Dans le cadre d’un accord conclu avec le Cap pour le changement (CACH) de Félix Tshisekedi, le FCC se taille logiquement la part du lion : le premier ministre est nommé dans ses rangs avec un gouvernement dominé par ses délégués. Les bureaux à l’Assemblée nationale et au Sénat sont dominés et dirigés par ses membres. Tous les gouverneurs de province ou presque sont du FCC. Les mandataires publics également. La citadelle FCC était imprenable, jusqu’à ce 6 décembre 2020 quand Félix Tshisekedi décide de renverser la situation. Il a annoncé avec fracas, après ses consultations politiques de trois semaines, la fin de la coalition FCC-CACH. Pour la première fois, le chef de l’Etat reconnaît que le gouvernement de ladite coalition « n’a pas permis de mettre en œuvre le programme pour lequel vous m’avez porté à la magistrature suprême ».
Le bureau Mabunda tombe
Dans la foulée, il a annoncé la désignation d’un informateur qui aura la charge d’identifier une nouvelle majorité dans le cadre de l’Union sacrée qu’il entend comme « une nouvelle conception de la gouvernance basée sur les résultats dans l’intérêt supérieur de la Nation ». « Il s’agit d’adhérer aux principes, valeurs et cadre programmatique dont je viens de fixer ici les grandes lignes », avait-il souligné.
Dès lors, les choses iront vite, alors très vite, prenant de court la redoutable machine politique de Joseph Kabila. Quatre jours après, c’est Jeanine Mabunda et tout son bureau qui seront destitués à l’Assemblée nationale par la majorité des députés après un vote de déchéance. Un premier indice du renversement de la majorité à l’Assemblée nationale se dessine. Le 28 janvier, le rapport présenté par l’informateur Modeste Bahati au chef de l’Etat indique que 391 députés nationaux ont fait allégeance à l’Union sacrée de la nation. Parmi eux, beaucoup viennent du FCC, à l’instar de Lambert Mende, Jean-Pierre Lihau, Alphonse Ngoyi Kasanji. D’autres des regroupements pro-Moïse Katumbi et pro-Jean-Pierre Bemba rejoignent le navire. « Nous avons une majorité écrasante. Il n’y aura pas beaucoup de peine pour que le gouvernement de l’Union Sacrée puisse recevoir l’investiture de l’Assemblée nationale », se satisfait Modeste Bahati.
Le gouvernement Ilunkamba défenestré
Afin de laisser le champ libre à ce gouvernement de l’Union sacrée de la nation, il fallait déjà défenestrer celui du FCC-CACH dirigé par Ilunkamba. Sur un total de 377 députés présents à la plénière, 367 ont voté pour la motion de censure contre le gouvernement, en l’absence du Premier ministre et de son équipe. Sylvestre Ilunkamba a décliné l’invitation du bureau d’âge qui, selon lui, n’avait pas compétence de conduire pareil exercice. Après un brin de résistance, il va se plier à la décision des députés et déposera sa démission le 29 janvier auprès du président de la République.
L’Assemblée nationale en poche, le ticket Union sacrée pour l’élection du Bureau définitif est passé comme une lettre à la poste, le 3 février. Christophe Mboso, président du bureau d’âge, est élu président de la chambre basse. Jean-Marc Kabund, président a.i. de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, retrouve son poste de Premier Vice-président de la chambre, perdu six mois auparavant, après un bras de fer avec le FCC autour de l’état d’urgence sanitaire décrété par le Chef de l’Etat.

Thambwe Mwamba renversé
La déferlante vague de l’Union sacrée n’a pas attendu la session ordinaire de mars 2021 pour renverser le bureau du Sénat. Alors que la session extraordinaire était clôturée le 2 février la date même de son ouverture, le secrétaire général du Sénat a convoqué une plénière en vue de l’installation du bureau d’âge dirigé par le sénateur Léon Mamboleo Muguba, le 4 février pour examiner la pétition signée par une soixantaine de sénateurs contre le président de cette prestigieuse Institution et les autres membres du Bureau. Avant même le vote-sanction, le président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba va déposer sa démission, non sans dénoncer « l’irrégularité de la procédure initiée en violation de la Constitution et du règlement intérieur [du Sénat] ».
Avant lui, les autres membres du bureau de la chambre haute avaient jeté l’éponge. Seul, le Premier vice-président, Samy Badibanga, proche de Félix-Antoine Tshisekedi, a gardé son poste, sa pétition ayant été rejetée par le Bureau d’âge, faute de la présence de son initiateur le jour de son examen. Comme à l’Assemblée nationale, les postes au bureau du Sénat seront vraisemblablement glanés par l’Union sacrée de la nation.
Seul maître à bord
En un temps, deux mouvements, Félix-Antoine Tshisekedi a « déboulonné » le système de son prédécesseur en s’adjugeant une majorité parlementaire confortable. La dissolution de l’Assemblée nationale, brandie comme plan B par le chef de l’Etat en cas d’échec de la mission d’informateur, n’aura finalement pas lieu, tant l’édifice FCC s’est effondré comme un château de cartes. Maintenant, le fils du Sphinx sera le seul maître à bord. Il devrait placer une équipe gouvernementale capable de matérialiser enfin sa promesse électorale. Désormais, il n’aura plus d’excuses, lui qui n’a qu’environ trois ans pour convaincre, avant une nouvelle bataille électorale.
Socrate NSIMBA
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Nation
De Kabarebe à Kabila : jusqu’où iront les sanctions américaines ?
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2 jours agoon
mai 22, 2026By
La redaction
Après avoir sanctionné le général rwandais James Kabarebe pour son soutien présumé au M23, Washington a franchi un nouveau cap en visant directement l’ancien président congolais Joseph Kabila. Une évolution spectaculaire qui redessine les rapports diplomatiques dans la région des Grands Lacs. Mais derrière ces sanctions se profile une question plus large : les États-Unis comptent-ils désormais restructurer l’équilibre politique et sécuritaire de l’Est de la République démocratique du Congo en frappant financièrement les individus présumés impliqués dans la déstabilisation de cette partie du pays ?
Pendant longtemps, les sanctions américaines liées au conflit dans l’Est de la RDC ciblaient essentiellement des chefs rebelles, des réseaux de contrebande ou des officiers accusés d’exactions. Mais depuis 2025, Washington a changé d’échelle. Le 20 février 2025, le département du Trésor américain sanctionnait le général rwandais James Kabarebe, accusé d’être au cœur du soutien du Rwanda à l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Les États-Unis affirmaient alors que Kabarebe jouait un rôle central dans l’appui logistique et stratégique aux rebelles opérant dans l’Est congolais.
À l’époque, cette mesure apparaissait déjà comme un signal diplomatique fort adressé à Kigali. Début mars, le gouvernement américain est allé plus loin en annonçant des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre hauts commandants pour leur soutien au groupe armé AFC/M23, responsable d’abus en RDC. Ces sanctions ont des implications considérables sur les transactions commerciales, financières, les ventes d’armes et d’équipements militaires. Mais la décision du 30 avril 2026 marque un tournant d’une tout autre ampleur : Washington a sanctionné l’ancien président Joseph Kabila pour son soutien présumé à l’AFC/M23. C’est la première fois qu’un ancien chef d’État congolais est directement visé par des sanctions américaines de cette envergure.
Washington cible désormais les « architectes » du conflit
Selon l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), une structure du Département du Trésor américain, Joseph Kabila aurait apporté un soutien financier et politique à l’AFC, la branche politico-militaire alliée au M23. Les autorités américaines l’accusent également d’avoir encouragé des défections au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) afin d’affaiblir Kinshasa et de retrouver une influence politique. Les sanctions impliquent le gel d’éventuels avoirs aux États-Unis, l’interdiction de toute transaction avec des entités américaines et un isolement progressif du système financier international dominé par le dollar.
Pour maintenir la pression sur Kigali, les États-Unis ont décidé, le 6 mars, d’imposer des restrictions de visas à « plusieurs hauts responsables rwandais », accusés de soutenir la même rébellion et de contribuer à l’instabilité dans la région des Grands Lacs. « Les individus considérés comme responsables, complices, ou directement ou indirectement engagés dans des actions visant à saper ou entraver une paix durable dans la région des Grands Lacs subiront des conséquences », a déclaré dans un communiqué Marco Rubio.
Kagame aussi individuellement visé ?
Le département d’État n’a pas livré l’identité des personnes concernées par ces restrictions, les dossiers de visa étant confidentiels selon la loi américaine. Mais ces mesures devraient d’abord toucher les responsables déjà visés par les sanctions du Trésor américain, à savoir l’armée rwandaise et quatre de ses officiers supérieurs. D’autres personnalités, ainsi que des membres de leurs familles, pourraient également être affectés.
En avril, les États-Unis auraient refusé d’accorder un visa au président rwandais Paul Kagame, selon les révélations d’Africa Intelligence. Depuis plus de trois mois, le président rwandais ne s’est plus rendu aux États-Unis. Pourtant, avant ces mesures, il y effectuait parfois des visites non officielles.
De la pression sécuritaire à l’ingénierie politique ?
Officiellement, Washington présente ces mesures comme un instrument de soutien au processus de paix régional et aux accords négociés entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine. Mais dans les milieux diplomatiques, beaucoup y voient également un repositionnement stratégique majeur des États-Unis dans les Grands Lacs.
En sanctionnant successivement un haut responsable rwandais puis un ancien président congolais, Washington envoie un double message : plus aucun acteur régional ne bénéficierait désormais d’une immunité politique dans le dossier congolais. Cette approche tranche avec la prudence diplomatique observée sous les précédentes administrations américaines. L’administration Trump assume désormais une logique beaucoup plus coercitive. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que « ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes ».
Derrière cette rhétorique se dessine une stratégie plus large : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, stabiliser militairement l’Est congolais, réduire l’influence régionale des réseaux armés et soutenir un nouvel ordre sécuritaire favorable aux intérêts occidentaux dans la région.
Kabila, symbole ou début d’une liste plus longue ?
L’ancien président congolais Joseph Kabila et sa famille posséderaient (partiellement ou totalement) plus de 80 entreprises, en République démocratique du Congo et à l’étranger, selon la révélation d’un rapport publié en 2017 par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC), un groupe d’études basé aux Etats-Unis. Ces entreprises interviennent dans tous les secteurs de l’économie :« l’agriculture, les mines, le secteur banquier, l’immobilier, les télécommunications et les compagnies aériennes », précise ce groupe d’études lié à un projet de coopération avec l’Université de New York. Même si les sanctions américaines peuvent être déjouées avec le système de prête-nom, l’ancien chef de l’Etat pourrait toujours être impacté. « J’avais du mal à ouvrir un compte en banque ou recevoir des fonds via le système bancaire », a récemment avoué Lambert Mende, ancien ministre de Communication sous Joseph Kabila. Il était aussi victime des sanctions financières internationales à l’époque.
La grande interrogation porte désormais sur l’éventuelle extension des sanctions américaines. Plusieurs figures politiques, militaires et économiques congolaises ou régionales sont régulièrement citées dans des rapports internationaux sur les circuits de financement des groupes armés, les trafics miniers ou les réseaux d’influence transfrontaliers. Washington pourrait-il aller plus loin ? Par exemple, viser des opérateurs économiques, sanctionner d’autres responsables militaires congolais ou rwandais, cibler des relais financiers de l’AFC/M23, voire imposer des restrictions diplomatiques plus larges ?
Pour l’instant, aucune annonce officielle ne le confirme. Le fait que Corneille Nangaa soit déjà sous sanctions américaines réduit toutefois le champ des personnalités encore susceptibles d’être visées au sein de l’AFC/M23. Mais la dynamique actuelle montre une volonté américaine d’élargir progressivement la responsabilité politique du conflit. Dans plusieurs chancelleries africaines, certains observateurs redoutent désormais une « judiciarisation géopolitique » du dossier congolais, où les sanctions deviennent un levier de recomposition régionale autant qu’un outil de paix.
Kinshasa applaudit, mais le risque politique demeure
Le gouvernement congolais a immédiatement salué les sanctions contre Joseph Kabila, estimant qu’elles réduiraient les capacités de financement des réseaux accusés d’alimenter la guerre. Mais cette satisfaction officielle masque aussi des interrogations plus profondes. Car si Washington apparaît aujourd’hui aligné avec Kinshasa sur le dossier sécuritaire, les sanctions américaines restent avant tout guidées par des intérêts stratégiques américains.
Le partenariat minier et sécuritaire en discussion entre Washington et Kinshasa illustre d’ailleurs cette nouvelle convergence d’intérêts. Pour certains analystes, le risque est que la lutte contre l’instabilité se transforme progressivement en outil de sélection politique des acteurs jugés fréquentables – ou non – par les puissances étrangères.
De Kabarebe à Kabila, les sanctions américaines franchissent des lignes autrefois considérées comme intouchables. Elles traduisent l’entrée du conflit congolais dans une nouvelle phase où diplomatie, sécurité, minerais stratégiques et rapports de force deviennent indissociables. Reste à savoir jusqu’où Washington ira dans cette logique de pression ciblée. Car à mesure que les sanctions montent en gamme, une autre question se pose désormais dans les coulisses régionales : après les rebelles, les généraux et les anciens présidents, qui sera le prochain sur la liste américaine ?
Heshima Magazine
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Négociations Kinshasa–AFC/M23 : retour sur les points de désaccord « insurmontables »
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3 jours agoon
mai 21, 2026By
La redaction
Après un neuvième cycle de discussions entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), organisé en avril dernier à Montreux, en Suisse, quelques avancées ont été enregistrées sur les volets techniques et humanitaires. Mais sur les questions politiques, sécuritaires et institutionnelles, les positions des deux camps demeurent profondément opposées. Retour sur les principaux points de friction qui continuent de bloquer les discussions.
Entre déclarations de principes, mécanismes de cessez-le-feu et protocoles humanitaires, les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 semblent progresser sur le papier. Mais sur les dossiers de fond, les lignes restent figées. Sur le plan judiciaire, les discussions achoppent toujours sur le sort réservé aux cadres et combattants de l’AFC/M23. Le mouvement rebelle exige l’annulation des condamnations à mort prononcées contre plusieurs de ses membres, notamment Corneille Nangaa, ainsi que l’abandon des poursuites visant certains responsables. Une demande rejetée jusqu’ici par Kinshasa, qui refuse toute mesure pouvant être interprétée comme une forme d’amnistie politique ou militaire. Plusieurs personnalités concernées par ces condamnations participaient pourtant directement aux négociations organisées en Suisse.
Les divergences portent également sur des questions économiques et administratives. Selon plusieurs sources proches des discussions, l’AFC/M23 réclame toujours la réouverture du système bancaire dans les territoires sous son contrôle. Les établissements financiers de ces zones restent en effet fermés ou déconnectés des circuits nationaux sur décision des autorités congolaises. Sur ce dossier, le désaccord semble particulièrement profond. Kinshasa rejette cette demande, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître de facto l’administration rebelle.
Le mouvement dénonce aussi les difficultés rencontrées par les populations vivant dans ces territoires pour obtenir des documents officiels, notamment des passeports. Ses responsables affirment que ces restrictions touchent également leurs propres membres, privés d’accès aux documents administratifs congolais. Autre revendication portée par l’AFC/M23 : la restitution de biens saisis par les services de l’État congolais à certains cadres ou proches du mouvement. Là encore, Kinshasa campe sur ses positions.
Enfin, le dossier sensible de l’aéroport de Goma demeure sans solution. Le gouvernement congolais milite pour une reprise rapide des activités de cette infrastructure, jugée essentielle pour les échanges économiques et l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais l’AFC/M23 redoute qu’une réouverture ne permette à Kinshasa d’utiliser l’aéroport à des fins militaires.
Des désaccords insurmontables ?
Selon un expert des questions des Grands Lacs, ces désaccords pourraient demeurer « insurmontables » tant que le rapport de force militaire n’évoluera pas en faveur de Kinshasa. « Les rebelles conservent encore une capacité de conquête territoriale. Cela leur donne le sentiment de négocier d’égal à égal avec Kinshasa. Tant qu’ils ne ressentiront pas une réelle pression militaire de la part du gouvernement congolais, ils resteront probablement campés sur leurs exigences », explique cet analyste spécialiste de la région des Grands Lacs. Au-delà de ces points de blocage, la médiation qatarie a néanmoins permis plusieurs avancées diplomatiques importantes depuis 2025. Une déclaration de principes avait d’abord été signée à Doha afin d’encadrer un cessez-le-feu et d’ouvrir la voie à un accord politique global. Par la suite, un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu avait été mis en place en octobre 2025 pour superviser les engagements militaires des deux parties.
En novembre 2025, un nouvel accord-cadre signé à Doha devait servir de feuille de route vers une paix durable. Le texte prévoyait huit protocoles thématiques portant notamment sur l’accès humanitaire, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés, les arrangements sécuritaires et la justice transitionnelle. Mais plusieurs mois après ces engagements, les protocoles restent inachevés ou partiellement appliqués. Les discussions de Montreux, en avril 2026, avaient précisément pour objectif de débloquer certains dossiers urgents, notamment l’aide humanitaire et les échanges de prisonniers. Là encore, les blocages persistent. Même le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, présenté comme une avancée majeure en octobre 2025, reste confronté aux accusations réciproques de violations et à l’absence de véritable capacité coercitive.
Les pressions de Washington peuvent-elles faire bouger les lignes ?
Depuis plusieurs mois, Washington durcit progressivement le ton contre le Rwanda dans le dossier de l’Est de la RDC. En mars dernier, les États-Unis ont franchi une étape inédite en sanctionnant plusieurs hauts responsables militaires rwandais, tout en ciblant plus largement l’appareil sécuritaire de Kigali. Une évolution diplomatique rarement observée dans les relations entre les deux pays. Les effets commencent désormais à se faire sentir. Selon des révélations du média spécialisé Africa Intelligence, un déplacement du président rwandais Paul Kagame aux États-Unis aurait été annulé dans un contexte de fortes tensions avec l’administration américaine. Le chef de l’État rwandais a lui-même reconnu récemment que les sanctions américaines « faisaient mal », tout en maintenant sa position sur le conflit dans l’Est de la RDC.
Dans ce contexte de pression croissante, le retrait partiel de l’AFC/M23 vers Kamanyola apparaît comme un signal politique adressé à Washington. Après les discussions peu concluantes de Montreux entre le gouvernement congolais et la rébellion, les rebelles semblent vouloir afficher une posture plus conciliante afin d’éviter un nouveau durcissement des sanctions occidentales. Pourtant, les engagements annoncés en Suisse restent largement théoriques. Sur le terrain, les combats se poursuivent, notamment dans le Sud-Kivu, devenu l’épicentre des affrontements.
L’AFC/M23 cherche toutefois à apparaître comme respectant officiellement le cessez-le-feu en laissant souvent l’initiative des combats aux groupes Wazalendo, ces milices alliées aux FARDC. Chaque jour, la rébellion accuse ces groupes ainsi que l’armée congolaise de violations répétées de la trêve, notamment autour de Minembwe, dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, région à forte population banyamulenge. Malgré son repli vers Kamanyola, à environ 65 kilomètres d’Uvira, l’AFC/M23 conserve une position militaire particulièrement avantageuse. Située au croisement de la RDC, du Rwanda et du Burundi, cette localité représente un point stratégique majeur pour le contrôle de la plaine de la Ruzizi et des accès aux Hauts-Plateaux.
Cette zone permet également de maintenir une proximité logistique avec le Rwanda, facilitant les approvisionnements en hommes, en matériel et en soutien opérationnel. Pour les rebelles, Kamanyola constitue aussi une zone tampon essentielle dans la défense indirecte de Bukavu face à une éventuelle progression des forces burundaises engagées aux côtés de Kinshasa.
Enfin, cette implantation permet à l’AFC/M23 de rester capable d’intervenir rapidement dans les Hauts-Plateaux si les tensions entre la milice Twirwaneho, alliée de l’AFC/M23, et les FARDC venaient à s’aggraver de nouveau.
Une pression diplomatique aux résultats militaires limités
À Kinshasa, ce retrait de l’AFC/M23 est présenté comme une victoire de la stratégie diplomatique menée auprès des États-Unis. Les autorités congolaises estiment que la pression américaine commence enfin à produire des résultats concrets sur le terrain. Washington avait déjà obtenu en mars 2025 le retrait rebelle de Walikale, principalement afin de sécuriser les activités minières du site d’Alphamin, alors détenu par des capitaux américains et canadiens. Quelques mois plus tard, les pressions américaines avaient également contribué au départ des rebelles d’Uvira. Aujourd’hui, le repositionnement vers Kamanyola est interprété par le gouvernement congolais comme une nouvelle avancée diplomatique.
Mais dans les faits, ces gains restent limités. L’AFC/M23 conserve l’essentiel de ses capacités militaires, maintient son contrôle sur plusieurs zones stratégiques et continue de consolider son administration dans les territoires occupés. Pour plusieurs observateurs, la diplomatie américaine ralentit l’expansion rebelle sans pour autant modifier profondément le rapport de force militaire. Pendant ce temps, la rébellion poursuit discrètement la structuration de ses forces, la formation de nouveaux combattants et le renforcement de son implantation territoriale. Dans le même temps, Kigali tente d’éviter un nouveau cycle de sanctions plus sévères.
Malgré le refus officiel du Rwanda de reconnaître une présence militaire sur le sol congolais, la prochaine étape pourrait concerner un retrait partiel de soldats rwandais présents dans l’Est de la RDC sous couvert de « mesures défensives », selon la terminologie utilisée par Kigali. À Washington, certains élus américains souhaitent désormais aller plus loin. Un projet porté par un député démocrate prévoit des sanctions contre toute personne ou entité susceptible d’entraver les accords de paix entre la RDC et le Rwanda. Derrière ce texte, un nom revient de plus en plus ouvertement dans les cercles diplomatiques : celui de Paul Kagame. Pour l’heure, le conflit semble surtout figé dans une logique d’attente stratégique. L’AFC/M23 recule sans véritablement céder de terrain décisif, Kigali subit les premières secousses des sanctions occidentales et Kinshasa mise presque exclusivement sur la pression diplomatique américaine.
Heshima Magazine
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Tentative de 3e mandat en RDC : l’opposition peut-elle rééditer la mobilisation de 2016 ?
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4 jours agoon
mai 20, 2026By
La redaction
Alors que des voix proches du pouvoir évoquent de plus en plus ouvertement une possible révision constitutionnelle en République démocratique du Congo, la question d’un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi s’invite dans le débat politique national. Une perspective qui rappelle inévitablement les tensions ayant marqué la fin du règne de Joseph Kabila entre 2016 et 2018. Mais l’opposition congolaise, aujourd’hui fragmentée, dispose-t-elle encore de la capacité de bloquer un tel projet ?
Officiellement, aucun projet de troisième mandat n’a été annoncé par le camp présidentiel. Lors de la conférence de presse du président de la République le 6 mai dernier, une fenêtre a cependant été ouverte. Le chef de l’État a estimé qu’il accepterait un troisième mandat si le peuple le voulait. Cette déclaration a suscité un tollé au sein de l’opposition.
Réunis le 19 mai au Collège Boboto, dans la commune de Gombe, plusieurs leaders de l’opposition politique ont lancé une plateforme de lutte contre tout projet de changement de la Constitution. Dans une déclaration commune, ils ont rappelé qu’« à compter de ce jour, 19 mai 2026, il reste 852 jours avant la convocation constitutionnelle de l’élection présidentielle de 2028 », marquant ainsi le début du « compte à rebours démocratique ».
Pour les membres de cette plateforme, l’échéance constitutionnelle doit être respectée sans exception. « À l’échéance de son mandat, avec ou sans élections, Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir de gré ou de force », ont-ils déclaré.
L’opposition accuse également le régime en place de détourner l’attention des priorités nationales. Les signataires dénoncent « une insouciance coupable et une irresponsabilité historique » dans un contexte marqué par la guerre, l’insécurité et la crise sociale que traverse le pays.
« Au lieu de mobiliser toutes les ressources nationales pour défendre l’intégrité territoriale, réunifier le pays, restaurer l’autorité de l’État et soulager les souffrances du peuple, M. Félix Tshisekedi entretient délibérément un climat de crise permanente », peut-on lire dans leur déclaration.
Les opposants estiment par ailleurs que le pouvoir actuel poursuivrait un « projet de coup d’État constitutionnel » visant à permettre la prolongation du règne du chef de l’État.
Le parallèle avec le cas de Joseph Kabila en 2016
Depuis plusieurs mois, certaines déclarations de cadres de l’Union sacrée alimentent les spéculations autour d’une possible réforme de la Constitution, notamment sur la limitation du nombre de mandats présidentiels.
Dans les cercles politiques de Kinshasa, le débat prend progressivement de l’ampleur. Pour les partisans du président Félix Tshisekedi, une révision constitutionnelle pourrait permettre d’« adapter les institutions aux réalités actuelles ». Les opposants y voient plutôt une tentative déguisée de préparer le maintien au pouvoir du chef de l’État au-delà de 2028.
Le parallèle avec l’époque de Joseph Kabila revient systématiquement dans les discussions. Entre 2015 et 2018, les tentatives supposées de prolongation du mandat de Kabila avaient provoqué une grave crise politique, marquée par des manifestations massives, une forte répression et une pression internationale croissante. À l’époque, l’opposition avait réussi à mobiliser la rue autour d’un mot d’ordre simple : le respect de la Constitution.
Des mouvements citoyens comme La Lucha et Filimbi, soutenus par l’Église catholique à travers le Comité laïc de coordination, avaient joué un rôle déterminant dans cette contestation populaire. Les marches organisées dans plusieurs villes du pays avaient considérablement fragilisé le pouvoir de Kabila et contribué à l’organisation des élections tardives en 2018.
Sous Tshisekedi, le contexte a-t-il changé ?
Huit ans plus tard, le contexte politique apparaît profondément différent. L’opposition congolaise traverse une période de division et d’affaiblissement. Les grandes figures politiques peinent à parler d’une seule voix. Entre les ambitions personnelles, les rivalités régionales et les fractures liées aux approches, aucun front commun solide ne semble encore émerger face au pouvoir.
Certains opposants dénoncent déjà une concentration excessive des pouvoirs autour de la présidence, pointant notamment la majorité parlementaire écrasante acquise par l’Union sacrée après les élections de 2023.
Sur le terrain, une partie de la population semble davantage préoccupée par la crise sécuritaire dans l’Est du pays, la vie chère et le chômage que par les débats constitutionnels. Cette réalité pourrait compliquer toute tentative de mobilisation populaire comparable à celle observée sous Kabila.
Autre différence majeure : le rapport de force international. À l’époque de Kabila, plusieurs partenaires occidentaux avaient clairement exprimé leur opposition à toute prolongation du pouvoir en dehors du cadre constitutionnel. Aujourd’hui, la situation géopolitique régionale, marquée par les conflits sécuritaires et les enjeux miniers, rend les positions diplomatiques plus prudentes.
Pour plusieurs analystes, la capacité de l’opposition à barrer la route à un éventuel troisième mandat dépendra de trois éléments : son unité, sa capacité de mobilisation populaire et l’attitude des institutions, notamment de la Cour constitutionnelle.
Si l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi reste encore au stade des spéculations politiques, le débat qu’elle suscite révèle déjà les fragilités démocratiques persistantes en RDC. Entre mémoire du bras de fer contre Joseph Kabila et recomposition du paysage politique actuel, l’opposition congolaise devra démontrer qu’elle peut encore incarner une force capable de défendre l’alternance et le respect de la Constitution.
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