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Interview

Noel TSHIANI MUADIAMVITA, éviter l’infiltration étrangères au sommet de l’Etat

« … éviter l’infiltration étrangère au sommet de l’état et dans des fonctions sensibles de souveraineté nationale »

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Heshima Magazine : Pourriez-vous nous en dire plus sur votre proposition de loi qui verrouille l’accès à la présidence et d’autres fonctions de ‘Etat aux Congolais nés de père et de mère ?

Noel TSHIANI MUADIAMVITA Ma proposition de loi pour verrouiller l’accès à la présidence de la République et à celle du Sénat ainsi que la présidence de l’Assemblée nationale et d’autres corps sensibles du pays (officiers supérieurs de l’armée et de la police nationale, agence nationale des renseignements, direction générale des migrations, présidence des cours et tribunaux) vise à protéger la souveraineté nationale, à promouvoir l’intérêt national et protéger l’intégrité du territoire national. L’idée est d’éviter l’infiltration étrangère au sommet de l’état et dans des fonctions sensibles de souveraineté nationale. Ma vision est que tous les congolais sont égaux et doivent être autorisés à tout faire dans le pays. L a seule exception est que les fonctions de souveraineté sont réservées aux citoyens nés des mères et pères congolais. C e genre de lois existe partout en Afrique (Cameroun, Zambie, Togo, Maroc, Burkina, etc…) et même dans des pays à démocratie avancée comme les États Unis d’Amérique. 

Je propose aussi le principe de l’irrévocabilité de la nationalité congolaise. Nous naissons congolais, nous vivons congolais et nous mourrons congolais. Si quelqu’un prend une nationalité étrangère pour des raisons de convenance personnelle, il ne doit pas perdre la nationalité congolaise sauf s’il l’exprime clairement et expressément. Nous devons toutefois exclure la double nationalité avec les pays voisins à cause des velléités d’occupation que certains ont eu sur la RDC. 

HM : Sur le réseau social Twitter où vous êtes très populaire, vous encouragez l’IGF à élargir le champ de re cherche et fouiner par tout ; quelles sont vos attentes par rapport à l’IGF ?

Le travail de l’IGF est au cœur même de la bonne gouvernance que nous voulons pour redresser la RDC. Dans le passé, les mandataires de l’Etat et les gouvernants ont abusé des biens publics en confondant le patrimoine de l’Etat avec leurs biens privés. J’encourage l’IGF à faire son travail pour éduquer la population et promouvoir la bonne gouvernance sans laquelle le pays ne peut pas mobiliser des ressources publiques importantes pour financer le développement sans avoir à recourir continuellement aux emprunts extérieurs.

 HM : Il est obligatoire qu’un ministre déclare s on patrimoine au moment de la pris e de s es fonctions. comment expliquez-vous que l’ Etat Congolais ne constate-t–il pas automatiquement l’enrichissement illicite à la fin de la mission de ce dernier ?

La RDC vient de loin. Pendant les décennies post indépendance, il y a eu un laissez aller indescriptible. Les gens viennent mains vides dans des fonctions officielles pour s’enrichir sans effort ni ménagement. Les lois du pays en matière de déclaration des patrimoines doivent être respectées par tous et mises en œuvre sans exception.

 HM : L e Président Félix Tshisekedi a déclaré l’ Etat de siège à l’ Est de la RD C. Selon vous, quelles sont les recommandations qui devraient accompagner cette stratégie ?

L’Etat de siège est une mesure salutaire que je salue et soutiens. Pour réussir, l’Etat doit donner tous les moyens financiers et logistiques à nos forces de l’ordre pour les motiver à faire leur boulot. Les rémunérations doivent être payées régulièrement. Les équipes sur le terrain doivent être équipées adéquatement. Il faut suffisamment des militaires et policiers sur le terrain. Les missions assignées aux troupes doivent être claires. L a discipline doit être de mise et les récalcitrants doivent être punies de façon exemplaire.

Il faut aussi que la population congolaise dans son ensemble soutienne les efforts des hommes et femmes en uniformes qui se battent sur le terrain pour nous. Nous devons collectivement être reconnaissants à leurs sacrifices sur le terrain.

 HM : Qu’attendez-vous du gouvernement de l’Union sacrée ?

 De l’union sacrée, j’attends la pacification du pays, la mise en œuvre du programme du gouvernement qui a été adopté par l’assemblée nationale, l’amélioration des conditions de vie de la population et l’amorce d’un processus de développement durable de la RDC.

HM : Candidat mal heureux aux élections de dé cembre 2018, ave c le recul quel les s ont les raisons d’après vous pour les quel les la grande majorité des congolais ne vous ont p as donné leurs voix ?

Je ne suis pas un candidat malheureux. Je suis très heureux d’avoir participé aux élections présidentielles de mon pays. Même si je n’ai pas été élu car n’ayant pas investi suffisamment de temps avant les élections pour me faire connaître et faire connaissance de ma vision au peuple congolais, je pense que je suis mieux connu aujourd’ hui qu’au moment des élections. Les congolais m’ont découvert après les élections. Le meilleur est encore devant nous.

HM : 2023, année électorale ; comptez-vous soutenir le chef de l’Etat Felix Tshisekedi ou seriez-vous candidat Président de la République ?

Je suis membre de l’Union Sacrée de la Nation mise en place par le Président de la République. Bien que ce soit trop tôt de se prononcer pour 2023, il est évident que tous les membres de l’Union Sacrée devront soutenir le Candidat qui sera désigné par elle.

Propos recueillis par Olyncia MUHONG KASHEMA 

Interview

Seth Kikuni : « les confessions religieuses nous ont rendu un mauvais service »

Candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni estime qu’il est contradictoire de continuer à attribuer la gestion de la CENI aux confessions religieuses dans l’idée que les hommes politiques sont corrompus pendant que ce sont ces mêmes hommes politiques qui gèrent le pays au lendemain des élections et déterminent l’avenir de la CENI.

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Seth Kikuni : « la désignation des animateurs de la CENI doit revenir aux acteurs politiques, les confessions religieuses nous ont rendu un mauvais service »

HESHIMA Magazine : Investi le 26 avril 2021, le Gouvernement Sama Lukonde a totalisé ses cent premiers jours dans les affaires. M. Seth Kikuni, quel bilan dressez-vous de l’action gouvernementale de l’ère Union sacrée, trois mois après ?

Seth KIKUNI : Je pense que les résultats sont encore timides. Même s’il est vrai que nous évoluons dans un contexte économique et social très difficile dominé par la pandémie qui a commencé en 2020. J’espère que les efforts fournis en silence par le gouvernement apporteront le changement matériel souhaité par tous. Il est toutefois important de noter que parmi les membres du gouvernement, il y a quelques individualités qui se distinguent et essayent de transformer tant soi peu leurs secteurs respectifs. Ces individualités nous permettent de continuer à croire que peut-être dans un futur proche, nous allons assister à un miracle sur le plan socio-économique.

HESHIMA Magazine: Opérateur économique de renom, quelle lecture faites-vous de l’affaire produits de première nécessité se trouvant au cœur de la controverse entre le Gouvernement et les importateurs membres de la FEC ?

Seth KIKUNI : Je dénonce l’approche adoptée par le Gouvernement. Je pense que nous sommes en train de faire fausse route dans ce débat. L’opérateur économique est le plus grand héros de notre pays. On ne peut pas se réveiller un bon matin et décider de le frustrer surtout dans un contexte de crise. Le pouvoir actuel n’a aucun respect pour l’opérateur économique et tout est fait pour le présenter devant l’opinion nationale comme un détourneur, un voleur, un ennemi du social du peuple. Les opérateurs économiques ne céderont pas aux impositions populistes du Gouvernement. Le pouvoir politique qui offre gratuitement des Jeeps aux députés ne peut pas sans subvention obliger les commerçants à s’occuper du social des citoyens. C’est inacceptable. Depuis son accession au pouvoir, le Président a organisé plusieurs voyages dans le but de chercher des investisseurs à l’étranger. Par ses voyages, il avait fait comprendre à l’opérateur économique local que pour lui, n’est investisseur que celui qui vient de l’étranger. Où sont les investisseurs qu’il était parti chercher ? Quel est le retour sur investissement de plus 50 millions de Usd dépensés pour trouver ces investisseurs ?

Il n’a aucune idée sur les vrais défis de l’opérateur économique qui prend des risques énormes pour maintenir son business, payer des employés, s’acquitter des impôts et taxes. Comment peuvent-ils obliger ce même opérateur économique de s’occuper du social de la population ? Depuis mars 2020, plusieurs commerçants ont fait faillite dans l’indifférence totale. Le peu qui fonctionnent ont perdu jusqu’à 45 % de leurs chiffres d’affaires et se sont endettés auprès des banques commerciales qui octroient des crédits à des taux d’intérêts élevés.

HESHIMA Magazine: Mais, pourquoi les opérateurs économiques ne peuvent-ils pas prendre l’initiative d’aller vers le Chef de l’Etat, si celui-ci ne les convoque pas ?

Seth KIKUNI : Tout simplement parce que c’est le Chef de l’Etat qui a besoin de l’opérateur et non le contraire. N’oubliez pas aussi qu’en cas de frustration prolongée, l’opérateur économique peut recourir à d’autres options, y compris celle de déplacer ses capitaux. Mais un Etat pauvre comme le nôtre n’a pas plusieurs marges de manœuvre. Le cycle d’endettement dans lequel le Président nous a plongé et qui semble satisfaire ses ambitions à court terme se retournera contre nous à moyen et long terme. Et c’est l’opérateur économique qui en payera les frais. Dites-moi, c’est sur base de quelle logique économique on peut décider de demander à l’opérateur économique de baisser les prix en contrepartie de la baisse des impôts et taxes pendant que l’Etat s’endette pour financer son économie ? Pourquoi ne pas laisser l’opérateur économique travailler selon les lois de l’offre et de la demande et se contenter de mobiliser plus de recettes ? C’est une contradiction que seule la résistance salvatrice de l’opérateur économique pourra révéler dans un futur proche. A condition bien sûr que le Gouvernement décide de se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard.   

HESHIMA Magazine: Trouvez-vous normal que les opérateurs économiques qui achètent du poisson à vil prix en Namibie reviennent le vendre à prix d’or en RDC ?

Seth KIKUNI : La question n’est pas de savoir si cela est normal ou pas. Ce que j’essaie d’expliquer est qu’il y a plusieurs paramètres qui entrent en jeu dans la fixation des prix des produits.  La Namibie peut vendre ses poissons à 0,5 dollar, mais, il faut voir qu’est-ce qui entre en jeu de la Namibie jusqu’ici. Ne pensez pas seulement en terme de gros fournisseurs, pensez aussi aux revendeurs. Si aujourd’hui Seth Kikuni dispose de chambres froides à Kingasani, Masina et Maluku, comment fait-il pour revendre dans ces endroits reculés de la ville ? Tenez, le consommateur qui veut que les prix des produits surgelés puissent baisser, a lui-même du mal à faire la provision pour la simple et bonne raison que la SNEL (Société nationale d’électricité, Ndlr), ne lui donne pas du courant électrique. Et, qu’est-ce qui se passe lorsque vous ne faites pas la provision chez vous ? Si avec la provision, vous alliez dépenser 100 dollars, sans la provision vous serez obligé de dépenser 150 ou 200 dollars. Pensez maintenant au commerçant qui prend le risque d’acheter la marchandise et d’investir dans une chambre froide sans être sûr que la SNEL lui donnera du courant électrique.  Ce commerçant est obligé d’acheter un groupe électrogène et de dépenser 100 ou 200 dollars par jour pour conserver sa marchandise. Et la SNEL n’est qu’un problème parmi tant d’autres. Alléger les taxes et tout sans résoudre le problème des infrastructures, c’est donner avec la main gauche et reprendre avec la main droite. Le Gouvernement dans son élan populiste peut rêver et imposer la baisse des prix, mais la réalisation de son rêve sera suicidaire pour notre économie déjà fragile. Le Gouvernement doit plutôt penser à inonder le marché et la concurrence va tout réguler d’elle-même, il ne s’agit pas d’imposer parce que lorsque vous imposez, vous créez d’autres problèmes au lieu de les résoudre.

HESHIMA Magazine: Récemment, le Chef de l’Etat a nommé Mme Kabedi Gouverneure de la Banque centrale du Congo et bien d’autres personnalités comme administrateurs. Cela a permis le décaissement d’un crédit de 1,5 milliard de dollars au FMI. Quel avis avez-vous à formuler sur ce point ?

Seth KIKUNI : Je tiens à féliciter le nouveau Gouverneur de la Banque centrale du Congo. Nous sommes tous pour le fait que les femmes doivent occuper des fonctions importantes dans ce pays et, voir une femme, dans l’histoire de notre pays, occuper cette fonction importante, ne peut que nous flatter. Ce que nous voulons de la part du nouveau Gouverneur, c’est une performance qui va permettre à notre pays d’avoir un cadre macroéconomique stable, et aider l’opérateur économique de se reconstruire après cette crise de la pandémie qui a trop duré.  

Par rapport au FMI, personnellement, je ne suis pas très à l’aise de voir notre Gouvernement aller négocier de si petites sommes. 1,5 milliard de dollars pour un pays qui compte près de 100 millions d’habitants est une insulte. Nous voyons de petits pays de l’Occident comme la Roumanie ou la Hongrie, qui ne disposent que de 8 millions d’habitants, négocier des prêts du FMI à hauteur de 80, 90 milliards de dollars. Il s’agit d’un prêt inutile parce que nous pouvons faire mieux à l’intérieur si nous nous organisons de la meilleure manière. C’est vrai qu’il n’existe pas d’Etat sans dette mais il faut aussi que la dette puisse résoudre les problèmes.

HESHIMA Magazine: L’IGF mène une patrouille financière et intensifie la traque contre les détourneurs des deniers publics. Les dossiers ayant été transmis en justice, ces actions inquiètent plus d’une personne : quelle analyse émettez-vous par rapport à cette lutte contre la corruption ?

Seth KIKUNI : Il faut une lutte contre la corruption qui profite à l’Etat et à l’opérateur économique. Grâce à la lutte contre la corruption l’Etat doit être en mesure de réunir assez des moyens pour investir dans les infrastructures et mieux payer les fonctionnaires qui à leur tour se transformeront en consommateur fiable et stable pour les commerçants. Une lutte anti-corruption qui ne contribue pas à l’amélioration des conditions matérielles de la société n’est rien d’autre qu’une chasse aux sorcières et rien d’autre. C’est aussi cela que nous reprochons à l’IGF. Elle semble agir de façon partiale. C’est comme si on choisit les acteurs, les opérateurs qu’il faut contrôler et on laisse certains autres opérateurs en dehors du champ d’investigation. Nous constatons tout simplement que les gens qui sont proches du régime semblent être épargnés par le contrôle de l’IGF, mais on veut voir clair, le peuple veut voir clair.

HESHIMA Magazine: A Goma, le Chef de l’Etat a dit n’avoir pas été content de la manière dont fonctionne la Justice congolaise. Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de la justice en RDC ?

Seth KIKUNI : Il y a beaucoup à dire sur le fonctionnement de notre justice. Elle semble privilégier la vengeance. Elle est borgne. Pourtant, la justice que nous appelons de tous nos vœux, n’est pas simplement celle qui est construite par l’appareil judiciaire. La vraie justice est celle qui comble en même temps les citoyens du sentiment de faire partie d’un système où l’on se sent considéré malgré son appartenance politique, ethnique ou religieux. La vengeance par contre, c’est la volonté de se débarrasser du mal par le mal, la volonté de faire souffrir un groupe des gens, de les rabaisser et prendre plaisir à le faire.   

HESHIMA Magazine: Le nom du prochain Président de la CENI sera bientôt connu. Les uns comme les autres sont divisés au sein de la plateforme « confessions religieuses ». Peut-on dire qu’on est parti pour la contestation ?

Seth KIKUNI : La CENI est une question qui continuera à diviser la classe politique si on continue à jouer à l’hypocrisie. Je suis d’avis qu’on doit faire un choix définitif et assumer ce choix. Mon avis est que la désignation des acteurs de la CENI doit revenir aux seuls acteurs politiques. Le rôle de la CENI est d’organiser des élections et nous donner des nouveaux dirigeants politiques. Il est donc contradictoire de continuer à attribuer la gestion de la CENI aux confessions religieuses dans l’idée que les hommes politiques sont corrompus pendant que ce sont ces mêmes hommes politiques qui gèrent le pays au lendemain des élections et déterminent l’avenir de la CENI. Combien de fois les confessions religieuses nous ont servi un mauvais repas ? La CENI doit rester une institution politique, on doit seulement définir les règles de jeu que tout le monde doit respecter et celui qui ne les respectera pas doit être arrêté et envoyé en prison.  Ne soyons pas hypocrites, c’est le politique qui dirige le pays, c’est le politique qui décide, ce sont les députés qui prennent toutes les décisions liées au fonctionnement de la CENI. A la limite, on peut en toute responsabilité confier l’organisation des élections au ministère des Affaires intérieures. Aussi longtemps que nous allons travailler sur le mécanisme de transparence par rapport aux élections, il n’y aura pas de problèmes. 

HESHIMA Magazine: La proposition de loi sur la nationalité (congolité) a été déposée à l’Assemblée nationale et elle pourrait être alignée prochainement parmi les matières à traiter. Quel est votre avis ?  Quelles pourraient être les conséquences de celles-ci ?

Seth KIKUNI : Je ne pense pas qu’il s’agit d’un débat sur la congolité. L’auteur de loi a démontré à plusieurs reprises que son objectif est de verrouiller la présidence de la République et autres postes de souveraineté aux seules personnes nées de père et de mère congolais. Je pense que le débat a déjà été lancé. Ce qui nous reste à faire, c’est de vider la question en toute responsabilité sans verser dans les émotions qui risquent de nous fragiliser. Je suis partisan d’un débat démocratique. Je ne veux que cette loi serve de prétexte pour éliminer certains adversaires politiques. Je ne veux pas non plus qu’à cause d’un seul individu, l’on décide d’éviter cette question qui reviendra encore et encore. Vaut mieux vider la question et tourner définitivement la page.

HESHIMA Magazine: L’état de siège a été décrété depuis le mois de mai en Ituri et au Nord-Kivu par le Président de la République. Était-il utile de prendre une telle initiative ?

Seth KIKUNI : Chaque jour qui passe, je réalise qu’en décrétant l’état de siège, le Gouvernement ne disposait pas d’un plan concret pour mettre fin à la guerre. Il y a tâtonnement et une communication gouvernementale qui se contredit tous les jours. Dans une démocratie, lorsque vous décidez de confier le pouvoir aux militaires, il faut faire vite pour éviter les abus qui touchent aux droits et libertés fondamentaux. 

Interview réalisée par Hubert MWIPATAYI

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Interview

BARNABÉ MUAKADI L’INTERVIEW

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HESHIMA : Monsieur le Directeur Général Barnabé Muakadi, vous êtes depuis une année à la tête de la DGI, comment se porte-t-elle ? Quelle est votre vision à la tête de cette institution ?

 B.M : Effectivement, il y a une année soit le 12 juin 2020 que j’ai été nommé, ensemble avec mes deux collaborateurs, par Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, aux fonctions respectives de Directeur Général des Impôts, Directeur Général Adjoint des Impôts chargé des questions Fiscales et des Réformes et Directeur Général Adjoint des Impôts chargé des questions Administratives et Financières. Une année après, la DGI se porte bien sur le plan de réalisations des recettes. 

 Cette vision que je porte pour la DGI, s’articule autour de trois axes stratégiques majeures à savoir, primo, l’amélioration , le renforcement et la consolidation des capacités humaines et institutionnelles ; secundo, l’orientation de toutes les actions fiscales vers la matérialisation de la vision de Monsieur le Président de la République en matière de mobilisation des recettes, à savoir la promotion du civisme fiscal, l’élargissement de l’assiette fiscale et la lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale et tertio, la systématisation des indicateurs de rendement dont l’assainissement des répertoires, le renforcement du contrôle fiscal et le recouvrement des arriérés fiscaux et la collaboration avec la Banque Centrale du Congo dans le cadre de la sécurisation des procédures d’assiette et de recouvrement.

Quelles sont les différentes catégories d’impôts qui relèvent de la mission de la DGI et qui sont ceux qui doivent payer l’impôt à la DGI ?

Avant de parler de différentes catégories d’impôts relevant de la compétence de la DGI, ainsi que des assujettis au paiement des impôts, il convient de rappeler que, la DGI est un service public relevant du Ministère des Finances, doté d’une autonomie administrative et financière et non une entreprise publique.

La DGI exerce de manière exclusive dans le cadre des lois et règlements en vigueur, les missions et prérogatives concernant  l’assiette, le contrôle, le recouvrement et le contentieux des impôts. Elle a pour mission essentielle, d’apporter des moyens à l’Etat par la collecte des recettes fiscales. Elle est également le conseiller du gouvernement en matière fiscale.

La DGI gère les impôts qui relèvent du pouvoir central à savoir, l’impôt professionnel sur les rémunérations (IPR), l’impôt sur les bénéfices et profits (IBP), l’impôt sur les revenus des capitaux mobiliers ou l’impôt mobilier (IM), l’impôt professionnel sur les prestations de services des non-résidents, l’impôt exceptionnel sur les rémunérations du personnel expatrié (IERE) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Tous ces impôts proviennent des contribuables répartis en trois catégories à savoir, les grandes entreprises, les moyennes entreprises et les entreprises de petite taille constituées en micro et petites entreprises.

 Vous avez réalisé une grande performance en mobilisant 1.110 milliards de francs en avril 2021, dépassant largement les 637 milliards de francs de prévisions du mois. Est-ce un hasard ou le fruit d’une stratégie ?

L’exploit réalisé au mois d’avril 2021 par la DGI n’est pas le seul indicateur de performances de notre gestion à la tête de cette Administration Fiscale. Certes, les performances enregistrées au mois d’avril 2021 restent historiques et n’ont laissé indifférent plus d’un observateur, mais elles n’ont pas commencé qu’au mois d’avril 2021.

Bien avant ainsi qu’après le mois d’avril 2021, il s’observe une évolution significative des recettes à la DGI. Il n’y a pas d’hasard en matière de réalisation des recettes, c’est le résultat de la stratégie mise en place pour matérialiser la vision du Président de la République en matière de mobilisation des recettes.

Au vu de cette performance, peut-on conclure qu’il y a eu mégestion de vos prédécesseurs ou mauvaise technique de travail ? Quelle différence y a-t-il entre votre gestion et celles de vos prédécesseurs ? Quelles sont vos innovations ?

Une telle approche n’est pas objective du fait que la démarche d’un bon gestionnaire à la prise de ses fonctions, s’inscrit dans un premier temps dans la logique de la continuité des services avant d’envisager des innovations à apporter en termes d’amélioration, renforcement et consolidation des existants ou acquis de la structure.

 Je ne peux pas évoquer la mégestion moins encore les mauvaises techniques de travail de mes prédécesseurs pour justifier les performances actuelles de la DGI. Il y a dans la politique de mobilisation des recettes mise en place par l’actuelle Haute Direction, la poursuite de certaines actions qui ont été initiées par mes prédécesseurs et qui sont d’un apport significatif aux recettes enregistrées à ce jour par la DGI, notamment le plan de modernisation du système informatique, le plan de communication de l’impôt à la population, comprenant entre autres, la vulgarisation de l’IPR à charge des employés du secteur public.

En termes de chiffres, quelle est la hauteur des recettes des impôts au budget de l’Etat pour l’exercice 2021 ?

 Au titre de l’exercice en cours, les recettes des impôts de 4.752,4 milliards de francs congolais (2.299 milliards de dollars) sont maintenues dans la loi de finances 2020 pour un budget national 2021 chiffré à 14.235,2 milliards de francs congolais (6,9 milliards de dollars). Donc, autrement dit, la DGI doit apporter à elle seule, le tiers du budget national.

Quelles sont les techniques que vous avez mises en place pour développer la culture fiscale et lutter contre la fraude fiscale en RDC ?

 Il y a lieu de relever que les techniques relatives à la promotion et l’amélioration du civisme fiscal ainsi que la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale font partie intégrante de la vision de Son Excellence Monsieur le Président de la République et des actions reprises dans le plan de mobilisation des recettes de la DGI.

Dans le but de juguler le coulage des recettes, la fraude et la corruption, le Chef de l’Etat Congolais, Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO tient à la numérisation des régies financières qui collectent les impôts et taxes. La DGI n’a pas attendu longtemps pour implémenter cette innovation.

 Dans le cadre de la promotion de la culture fiscale, un plan communicationnel comprenant les actions prioritaires est mis en œuvre avec comme objectif d’inciter toute la population à s’approprier la question pourquoi payer l’impôt ? En termes de mutualisation des compétences, la DGI collabore avec la Coordination pour le Changement de Mentalités de la Présidence de la République sur le lancement de la campagne sur le civisme fiscal et gestion responsable des deniers publics.

Depuis un temps, la DGI prélève 15% sur les primes et avantages des fonctionnaires de l’Etat. Pourquoi le faire quand on sait que les fonctionnaires ont des maigres salaires ?

 Votre question soulève toute la problématique de la déclaration et de paiement de l’IPR sur les primes, collations et autres avantages payés aux Fonctionnaires et Agents publics, ainsi qu’aux membres des institutions politiques, nationales et provinciales et assimilées et dont les modalités de retenue et de reversement sont définies par la circulaire interministérielle n°001/CAB/VPMMIN/BUDGET/2014 et n°CAB/MIN/FINANCES/2014/05 du 05 mai 2014. Aux termes des dispositions des articles 27 et 47 de l’ordonnance-loi n°069/009 du 10 février 1969 telle que modifiée et complétée à ce jour, les rémunérations des personnes rétribuées par un tiers, de droit public ou de droit privé, sans être liées par un contrat d’entreprise ainsi que celles des associés actifs dans les sociétés autres que par actions sont imposables à l’impôt professionnel sur les rémunérations (IPR).

L’IPR prélevé sur les salaires des fonctionnaires et agents publics est un forfait à payer de l’ordre de 2.500 francs congolais pour les agents et 4.000 francs congolais pour les cadres. L’IPR sur les primes, collations et autres avantages alloués aux fonctionnaires et agents publics, aux membres des institutions politiques et assimilés est calculé au taux de 15 % sur le montant des sommes payées.

La DGI digitalise la procédure de déclaration et paiement d’impôts. Pensez-vous que c’est efficace dans un pays ou 70% de la population n’a pas accès à internet ?

 Dans son message à la Nation, en décembre 2019, le Président de la République avait déclaré que l’atteinte des objectifs de mobilisation des recettes, devrait passer par la numérisation et digitalisation de la chaine de la recette, à l’instar de celle de la dépense. Cette mesure est déjà d’application dans les procédures d’assiette et de paiement des impôts à la DGI sans toutefois supprimer encore la procédure physique, le temps pour l’ensemble de la population de se familiariser avec ce nouveau système.

Quelles sont les stratégies mises en place pour lutter contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale auprès des opérateurs économiques ?

Se référer aux réponses de la sixième question.

L’amélioration des conditions socio-professionnelles des agents et cadres de la DGI est l’une de vos préoccupations, qu’avez-vous fait quant à ce ?

Pour gagner le pari de l’optimisation de la mobilisation des recettes à la hauteur des ambitions de développement de notre pays, j’avais, lors de ma prise de fonctions, le 16 juin 2021, placé mon action sous trois axes majeurs dont l’amélioration des conditions socio-professionnelles de l’agent des impôts, en mettant ce dernier au centre de toutes les actions de l’Administration des Impôts. La concrétisation de l’amélioration des conditions socio-professionnelles des agents de la DGI repose sur la rétribution consécutive à l’effort fourni dans la mobilisation des recettes fiscales. C’est à ce titre, qu’une véritable collaboration existe entre la délégation syndicale et la Haute Direction pour la sauvegarde de leurs intérêts.

Etes-vous fier de votre bilan d’une année ? Quelles sont vos perspectives à venir ?

 Nous ne sommes qu’au début de notre travail à la tête de la DGI et nous pensons qu’au regard des résultats obtenus, notre satisfaction reste mesurée car, nous devons encore travailler davantage pour élargir l’assiette fiscale et espérer réaliser des recettes fiscales à la hauteur de toutes les ressources dont regorge notre pays.

C’est à ce titre que je tiens à réitérer mes félicitations à l’endroit de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, pour sa vision de mobilisation des recettes. Les encouragements de notre hiérarchie nous incitent à redoubler d’efforts pour mobiliser davantage les recettes fiscales. Je salue et félicite également l’ensemble du personnel de la DGI pour l’intériorisation de notre politique de mobilisation des recettes. Mes sincères remerciements à votre Magazine pour cette interview. 

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Interview

Jules Alingete, Gardien des biens publics de l’État

Le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi veut redorer l’image de la RDC longtemps considérée comme l’un des pays le plus corrompu et où les détournements des biens publics restent impunis. Pour y parvenir, il lui fallait un expert des finances, un homme fort et surtout loyal. Il décida de nommer Inspecteur Général des Finances le 7 juillet 2020 sur ordonnance présidentielle, Jules Alingete Key, spécialiste des finances pour assumer sa vision et lutter contre l’impunité.

L’homme ne supporte pas voir les deniers publics prendre une destination contraire à ce pourquoi ils ont été destinés au départ. À ce jour, il a démontré qu’il connait par cœur toutes les combines utilisées pour fraudes et il n’ignore rien des arcanes des finances congolaises. Sa rigueur dans la traque de détourneurs fait de lui l’homme fort du régime Tshisekedi.

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En moins d’une année, Jules Alingete Key a su dire halte aux détourneurs, déniché les fossoyeurs de l’économie congolaise et déjoué les stratégies de vol des deniers publics. En peu de temps, il a imprimé ses marques à la tête du service supérieur de contrôle du gouvernement en matière des finances qu’est l’Inspection générale des finances ( IGF), au point de devenir le symbole de la lutte contre la corruption en RDC.

 Une moisson abondante

En homme qui sait fleurer le mensonge, démasquer les bluffeurs et comprendre comment se transmet les dessous des tables, il s’est mis sans atermoyer au travail de démantèlement des réseaux maffieux.

Après son entrée en fonction, très rapidement il a frappé le cœur des fausses exonérations. Ayant recensé plus de 1300 exonérations injustifiées, il proposera au gouvernement de les annuler et d’imposer des pénalités conséquentes aux bénéficiaires indus. Pour Jules Alingete, les exonérations sont strictement interdites par la loi des finances publiques et le budget 2020 en tient compte. « Elles ne constituent pas une matière autorisée selon le droit OHADA », précise-t-il.

D’autre part, l’IGF ne tarde pas de constater qu’il y a mégestion des fonds covid-19. Les enquêtes menées aboutissent vite à la conclusion selon laquelle il y a eu mégestion caractérisée des fonds publics alloués à la prise en charge de la riposte sanitaire de covid-19.

Le 12 août 2020, soit un mois et quelques jours après son arrivée aux affaires, Jules Alingete transmet le dossier à la justice. Si les interpellations se font attendre, sur les 27 millions de dollars débloqués par l’Etat congolais pour la lutte contre le coronavirus, seule une partie dérisoire est justifiée. Le sulfureux dossier est celui du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo dans lequel Augustin Matata et d’autres personnes sont citées comme présumés détourneurs.

 Une nouvelle ère a sonné

On a beau décrié le coulage des recettes en RDC, mais les mailles du filet n’avaient jamais rien attrapé auparavant… En effet, sans une stratégie de lutte contre la corruption, toutes les réformes fiscales ne peuvent rien donner. Jules Alingete Key est justement bien placé pour lutter contre l’impunité, le détournement et coulage des deniers publics.

Entant qu’expert fiscaliste, il passe les institutions au crible. Outre la chaîne de dépenses qu’il surveille sans cligner les yeux, il a dans son viseur les régies financières, la Banque centrale, les services d’assiettes, les entreprises de l’Etat et les gouvernements provinciaux.

 Après la descente de ses forces spéciales au Lualaba, Richard Muyej était en face de lui en avril 2021 à Kinshasa et avec lui, ils se sont entendus sur la nécessité de mettre en place une chaîne de dépense provinciale.

Un homme qui pose des actes

Ils ne sont pas nombreux, à part un certain Kazumba du temps du Maréchal Mobutu, qui se sont démarqués dans la traque des détourneurs. Un ancien ministre de la Justice avait été nommé conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

 Cependant, il n’avait inquiété personne ou traduit quelques individus devant les cours et tribunaux. Pourtant, il ne cessait de répéter que la RDC perd 15 milliards de dollars par an, affirmant que la corruption gangrène gravement les institutions de la République. Mais, lorsqu’il entrait en fonction, Jules Alingete avait affirmé qu’il y a des miches très importantes auxquelles l’IGF fait face. « « Nous allons essayer de voir ce que nous pouvons ramener et préserver ainsi les caisses de l’Etat », avait-t-il affirmé. A ce jour, les recettes de l’Etat augmentent dans de nombreux secteurs grâce au travail qu’il abat avec ses forces spéciales.

Un homme détesté

Cependant, Jules Alingete n’a pas la tâche facile parce que les gens qu’il met en cause utilisent parfois leur argent pour jeter de l’opprobre sur lui. On dit de lui que c’est tambour battant et devant la presse qu’il livre les fruits de ses enquêtes en jetant en pâture l’honneur de certaines personnalités. En effet, intransigeant l’homme répond souvent du tac au tac.

Après avoir dit dans une vidéo que tous les voleurs et corrupteurs se cacheraient au Sénat, José Makila l’a accusé d’outrage au Sénat et a voulu que la chambre haute du parlement saisisse le chef de l’Etat pour obtenir son audition. Toutefois Jules Alingete dit ne pas craindre les intimidations d’où qu’elles viennent dès lors qu’il bénéficie du soutien de la population congolaise en général et du chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi en particulier.

 Un chevronné aux affaires 

  Alingete key a de l’étoffe. Spécialiste en fiscalité, expert-comptable, il est l’un des meilleurs experts congolais en climat des affaires… Ce Licencié en sciences économiques de l’Université de Kinshasa qui a fini ses études en 1988, a franchi tous les échelons jusqu’à devenir IGF en 2010. Il est le genre de personnes que tout le monde aimerait avoir dans son équipe pour consolider son action. Bruno Tshibala Nzenzhe, ancien Premier ministre, n’a pas hésité de recourir à son expertise, en l’employant à ses côtés comme conseiller technique spécial chargé du climat des affaires. L’homme a aussi travaillé comme Directeur de cabinet adjoint au ministère de l’Economie, … 

 HESHIMA

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