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Négociation avec le M23 : la RDC va-t-elle céder au diktat du Rwanda ?

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Après l’échec, dimanche 15 décembre, de la rencontre entre le président congolais, Félix Tshisekedi, et son homologue rwandais, Paul Kagame, le processus de paix de Luanda est au point mort. Kigali contraint désormais Kinshasa de négocier avec les rebelles du M23 avant toute signature d’accord de paix. Heshima Magazine revient sur les contours de cette crise sécuritaire qui a refait surface depuis plus de trois ans.

Depuis le 15 décembre, le gouvernement congolais est sur une ligne de crête. Kinshasa est partagée entre le maintien de sa position intransigeante de ne pas négocier avec les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), qui continuent d’étendre leur zone d’influence dans le Nord-Kivu, et le fait de se plier aux discussions avec ce groupe rebelle soutenu par le Rwanda. Le 16 décembre, dans le territoire de Lubero, les localités d’Alimbongo, Matembe et Mambasa sont passées entre les mains des rebelles. Le 18 décembre, la localité de Mbingi est également tombée, ce qui ouvre la voie à une éventuelle conquête de la ville de Butembo, si rien n’est fait.

Échec de Luanda, timide condamnation de l’UE

Après le refus de Paul Kagame de participer à la tripartite de Luanda, la communauté internationale n’a pas blâmé Kigali. Il a fallu que la ministre des Affaires étrangères de la RDC convoque les corps diplomatiques à Kinshasa pour finalement obtenir une timide réaction de l’Union européenne. Lors d’un échange, le 18 décembre, avec le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, la délégation de l’Union européenne conduite par son représentant spécial, Johan Borgstam, a condamné le refus du Rwanda de participer à ces discussions. « La population congolaise de la région des Grands Lacs mérite de vivre en paix comme tous les autres Congolais. Il faudra donc que les troupes rwandaises présentes sur le sol congolais se retirent. Il faudra également que le gouvernement rwandais coupe son soutien au M23 pour que la paix revienne dans l’Est de la RDC », a indiqué ce diplomate européen.

Faire fléchir Tshisekedi

En dépit des efforts internationaux pour désamorcer la crise, le M23 continue d’avancer. Pendant que son parrain, Paul Kagame, séchait le siège lui réservé par la présidence angolaise à Luanda, la rébellion continuait de combattre à Lubero, faisant fi du cessez-le-feu en vigueur depuis août. Cette progression des rebelles, ainsi que le diktat de Kigali voulant imposer un « dialogue direct » entre le M23 et le gouvernement congolais, sont de nature à pousser le président Félix Tshisekedi à fléchir. Le Rwanda, à travers le M23, veut obtenir ce dialogue direct par une pression militaire exercée dans la conquête des localités au Nord-Kivu. Une stratégie que le gouvernement congolais ne devrait contrer que grâce à une armée forte et réorganisée. Si les FARDC reprennent du poil de la bête sur les lignes de front, cela changerait drastiquement le rapport des forces dans ces négociations avec Kigali.

M23, un agenda rwandais ?

En refusant de dialoguer avec le M23, Kinshasa semble convaincue que ce mouvement rebelle à majorité tutsi porte un agenda de Kigali. « Nous ne négocierons jamais avec le M23 », a insisté Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, lors d’un briefing spécial organisé dans la soirée du 15 décembre, après l’échec de Luanda. Pour ce membre du gouvernement, en refusant de se rendre à Luanda pour la tripartite, le président rwandais a démontré qu’il était le père de cette rébellion. « C’est Paul Kagame le vrai père du M23 », a-t-il lancé, avant de poursuivre : « Pour lui, sa créature ne peut pas mourir à cause de sa signature [à Luanda]. »

Si, à l’extrême, la RDC arrivait à négocier avec le M23, c’est un agenda rwandais qui émergerait lors de ces discussions. En 2023, le porte-parole des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), le général Sylvain Ekenge, avait souligné que « le M23 n’est qu’un pion du Rwanda ». Pour Kigali, estimait-il, « c’est une question de survie économique ». L’armée congolaise et le gouvernement accusent le Rwanda de piller les minerais de la RDC. D’ailleurs, les rebelles du M23, appuyés par l’armée rwandaise, se sont emparés de plusieurs sites miniers, notamment celui de Rubaya, où se trouvent des gisements d’or et de coltan.

Des revendications obscures…

Depuis fin 2021, ces rebelles se sont emparés de vastes pans des territoires du Nord-Kivu. La conquête a progressivement continué jusqu’à ce jour. Mais les objectifs pour lesquels ces rebelles combattent restent obscurs, ce qui fait craindre un agenda caché du Rwanda derrière cette rébellion. « Nous voulons un dialogue direct avec le gouvernement, il faut s’attaquer aux racines du conflit », avait déclaré en 2023 Lawrence Kanyuka, porte-parole politique du mouvement. En dehors de réclamer un dialogue direct avec Kinshasa, ces rebelles n’ont jamais été plus précis sur leurs griefs. « On ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs », avait déclaré ce porte-parole de la rébellion.

Dans l’accord signé en décembre 2013, après sa défaite militaire intervenue un mois plus tôt, sous le président Joseph Kabila, le gouvernement congolais avait pris l’engagement de garantir le retour en RDC, en toute sécurité, des combattants du M23 exilés en Ouganda et au Rwanda. Ces rebelles réclamaient aussi la fin de la discrimination et de l’insécurité des tutsis congolais, la reconnaissance de M23 comme parti politique, ainsi que le retour des réfugiés tutsis congolais des pays voisins. En 2017, l’absence de mise en œuvre de cet accord a incité la partie ougandaise du groupe, dirigée par Sultani Makenga, à retourner en RDC. Insidieusement, il y a aussi eu le retour d’un grand nombre de combattants non démobilisés. Ces derniers ont commencé par se contenter de contrôler un petit espace perché entre les volcans de l’Est de la RDC, notamment le mont Sabinyo. Le groupe s’est ensuite réorganisé militairement, et avec les équipements fournis par le Rwanda, la rébellion a repris de la vigueur jusqu’à conquérir le double de la superficie qu’elle avait occupée en 2012.

Un nouveau conglomérat d’aventuriers ?

Actuellement, les revendications des rebelles ne sont plus claires. Mais le M23 s’est allié à Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Ce dernier a des revendications politiques, cherchant à renverser le président Félix Tshisekedi. D’autres rébellions se sont greffées au M23, telles que le Zaïre, une rébellion basée en Ituri, mais qui a fait allégeance au M23. Il en est de même du groupe armé Twiraneo, de l’officier déserteur Michel Rukunda alias Makanika, basé dans les hauts plateaux de Minembwe, dans la province du Sud-Kivu.

En raison de la faiblesse de la réponse militaire congolaise, les rebelles du M23 envisagent peut-être d’aller plus loin que ce qu’ils imaginaient au départ. Par exemple, refaire l’aventure de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila. « Au fur et à mesure qu’ils avancent et ne trouvent pas d’opposition efficace en face, ils vont pousser leurs propres limites », avait estimé en 2023 Onesphore Sematumba, un expert de la RDC pour le compte de l’ONG International Crisis Group. Pour lui, « c’est une logique opportuniste qui est en train de prendre forme ».

Plusieurs mois après avoir pris le pouvoir et avec le recul du temps, le président Laurent-Désiré Kabila avait estimé que l’AFDL, le mouvement qui l’avait porté au pouvoir, n’était qu’un conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes. C’est visiblement ce à quoi le M23 et Corneille Nangaa tentent de reproduire. Au regard de la situation et de la configuration politique actuelle, il est difficile de voir des Congolais accepter cette répétition de l’histoire. Une aventure qui a introduit des loups dans la bergerie il y a maintenant 30 ans.

Visée de balkanisation

Les trente dernières années, le Rwanda refait la même chose : financer et équiper des groupes armés pour attaquer la RDC. Cette implication ou ingérence du Rwanda dans la souveraineté de la RDC découle d’une combinaison d’intérêts sécuritaires, politiques et économiques, tout en s’appuyant sur un échafaudage idéologique de l’idée du « Grand Rwanda ». Depuis l’arrivée d’un pouvoir tutsi au Rwanda, Kigali caresse l’ambition de ravir des territoires à la RDC sous prétexte qu’ils appartenaient au royaume rwandais précolonial. Cette histoire contestée à maintes reprises, aussi bien par des historiens congolais qu’étrangers, n’a jamais quitté l’esprit de Paul Kagame et de ses partisans, recrutés même au sein de l’Occident. L’ancien président français, Nicolas Sarkozy, n’avait pas eu froid aux yeux pour l’appuyer, estimant que la RDC a un territoire immense, alors que le Rwanda vit une explosion démographique dans un petit territoire. Ce dirigeant avait même suggéré « l’exploitation en commun par la RDC et le Rwanda des richesses du Nord-Kivu ».

Dans la conception territoriale des dirigeants de Kigali, leur ancien royaume s’étendait dans certaines parties de la RDC actuelle, y compris les régions habitées par des populations parlant le kinyarwanda (Hutu et Tutsi), qui partagent une langue commune avec le Rwanda. Cette version avait même été appuyée par des prélats catholiques rwandais en pleine célébration d’une eucharistie. Ce qui démontre combien cette question est prise au sérieux par le régime de Kigali, qui impose une pensée unique aux citoyens rwandais, obligés de reprendre un tel narratif.

Comment résoudre cette crise ?

Ce lancinant conflit est aussi celui de la survie d’un minuscule État enclavé. Le Rwanda vit essentiellement des aides extérieures. Son budget augmente en fonction des activités criminelles de l’autre côté de la frontière. Les conflits entretenus en RDC permettent au Rwanda de renflouer ses caisses par le pillage des ressources naturelles dans l’Est congolais. En effet, il n’existe aucune explication quant au fait que le Rwanda, qui ne produit que 300 kilos d’or par an, puisse en exporter 10.796 kg, selon les chiffres de 2017 rapportés par The Observatory of Economic Complexity.

Pourtant, la RDC est le pays de la région des Grands Lacs qui produit le plus d’or artisanal tout en étant celui qui en exporte le moins (45 600 kg de production pour seulement 1.295 kg d’exportation). Parallèlement, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda exportent beaucoup plus d’or qu’ils n’en extraient chez eux, soit 36 fois plus dans le cas du Rwanda, dont le métal jaune représente 66% des exportations dans son économie. Face à une telle manne, ramassée au prix du sang congolais dans le Kivu et en Ituri, le Rwanda ne saurait arrêter de déstabiliser la RDC. Surtout qu’il bénéficie du soutien de la communauté internationale, qui le laisse se débrouiller dans l’Est du Congo pour visiblement diminuer sa dépendance aux aides occidentales.

Heshima

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RDC : après l’armée, Tshisekedi fait le ménage au sein de la Police

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Dans une série d’ordonnances signées le 28 mars et rendues publiques le 2 avril 2025, le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a procédé à la nomination des commissaires provinciaux de la police, mais aussi d’autres responsables de ce service. Une décision qui intervient après des changements opérés fin 2024 au sein des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).

En quête d’efficacité dans le domaine sécuritaire, le chef de l’État ne cesse d’opérer des changements dans son appareil de sécurité. Des nominations et des changements ont été opérés au sein des commissariats provinciaux, mais aussi dans d’autres services de la police. Le commissaire divisionnaire Israël Kantu Bankulu a été nommé commandant de la Police nationale congolaise (PNC) à Kinshasa. Il remplace à ce poste le commissaire divisionnaire adjoint Blaise Kilimbalimba, désormais affecté comme commandant de la police dans la province du Haut-Katanga. Dans la province cuprifère, Kilimbalimba succède à Dieudonné Odimba, qui a été nommé à une autre fonction au sein de la police.

L’ancien patron de la police de Kinshasa, Sylvano Kasongo Kitenge, affecté au Kasaï, prend la direction de la province du Bas-Uélé. Il est remplacé au Kasaï par Henry Kapend. Le commissaire Cariel Kisak, quant à lui, prend la tête de l’Equateur alors que Roger Isiyo Itenasinga dirigera désormais le Haut-Uélé. Dans le Haut-Lomami, Félix Tshisekedi nomme François Kabeya. Le commissaire Sébastien Ebwa va poser ses valises en Ituri, une province en proie à l’insécurité suite à l’activisme des groupes armés locaux et étrangers. Le commissaire Elvis Palanga conduira la police au Kasaï Central pendant que André Mbombo est casé au Kasaï Oriental. Joseph Alimasi remplace Israël Kantu Bankulu au Kongo Central, Narcisse Muteb va au Kwango, Angel Yangbonga dans le Kwilu, Thadée Nzala dans la Lomami, Albert Amisi au Lualaba, Padhes Murhula dans le Maï Ndombe, Léon Basa dans le Maniema, Christian Nkongolo dans le Nord-Ubangi, Job Alisa au Sankuru, Wasongolua Ngana, dans le Sud-Ubangi, John Kabwine, dans le Tanganyika, Kabeya Magnat à la Tshopo et Jean Yav à la Tshuapa. Quant à Francis Lukesu, il est affecté dans la province de la Mongala.

Malgré l’occupation des provinces du Nord et du Sud-Kivu par l’armée rwandaise et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), Félix Tshisekedi a aussi nommé des commissaires provinciaux dans ces deux entités. Dieudonné Makambo va prendre possession du Nord-Kivu, principalement à Beni, une zone non occupée par les rebelles. Au Sud-Kivu, Flore Mandembe va travailler à Uvira, une zone où l’administration légale est toujours en place, malgré les tensions à Bukavu.

Des changements dans d’autres unités

D’autres services de la Police nationale congolaise connaissent aussi de nouveaux responsables. Félix Tshisekedi a nommé le commissaire Ngoy Sengolakio au poste de Commandant de l’Unité de protection des hautes personnalités (UPHP). Le commissaire divisionnaire Elias Tshibangu Tumbila a été nommé Inspecteur général adjoint de la PNC, chargé de l’appui et de la gestion au sein du Commandement de l’Inspection générale. Le commissaire divisionnaire Isaac Bertin Balekukayi Mwakadi est nommé commissaire général adjoint chargé de la Police judiciaire au sein du Commandement du commissariat général de la PNC. Par ailleurs, Jean-Félix Safari prend la tête de la Légion nationale d’intervention (LENI). La hiérarchie de la police a été préservée et est dirigée depuis 2023 par le commissaire divisionnaire principal, Benjamin Alongaboni. Ce dernier avait remplacé Dieudonné Amuli, mis à la retraite.

Des changements notables dans l’armée

Si au sein de la police, la hiérarchie n’a pas été bougée dans les nominations intervenues le 2 avril 2025, l’armée, de son côté, avait été aménagée de fond en comble, en décembre 2024. Chef d’état-major général depuis deux ans, le général d’armée Christian Tshiwewe Songesha a quitté ses fonctions, laissant un bilan mitigé principalement à cause de la progression du M23 appuyé par le Rwanda. Il est depuis remplacé par le lieutenant-général, Jules Banza Mwilambwe.

Le général Tshiwewe est devenu conseiller militaire du chef de l’État. Sous le président Joseph Kabila – alors qu’il n’était que général de brigade et commandant adjoint de la Garde républicaine – Christian Tshiwewe avait rapidement monté en grade sous Félix Tshisekedi, qui lui avait fait pleinement confiance. Il est passé de général de brigade à général-major. À ce grade, il avait pris la tête de la Garde républicaine dirigée à l’époque par le général Gaston Hugues Ilunga Kampete. Il passera rapidement de général-major à lieutenant-général et deviendra ainsi le numéro un de l’armée, avant de monter encore en grade devenant ainsi général d’armée.

Dans l’armée comme au sein de la police, l’efficacité reste encore à atteindre. Le commandant suprême de ces forces continue à multiplier des efforts pour y arriver. Les salaires des militaires ont été doublés fin mars, y compris pour les policiers. Mais la discipline et la formation pèchent encore.

Heshima

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Kabila-Bemba : les racines d’une rancune interminable ?

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Depuis la fin de la présidentielle de 2006 remportée par Joseph Kabila face à son principal challenger Jean-Pierre Bemba, un climat de méfiance s’était installé entre les deux hommes. Ce qui avait conduit à des affrontements en plein Kinshasa entre l’armée et la garde rapprochée de celui qui fut un des vice-présidents de la République démocratique du Congo (RDC). Heshima Magazine revient sur les origines d’un conflit qui semble persister à ce jour.

À 62 ans, Jean-Pierre Bemba semble avoir tout connu : l’enfance d’un fils à papa, l’exil, la rébellion, la vice-présidence, la passion d’une campagne électorale en tant que challenger principal du président sortant, la prison à La Haye, puis le retour aux affaires sous Félix Tshisekedi. Après le conflit sanglant que certains spécialistes ont qualifié de « première guerre mondiale africaine » entre 1998 et 2002, Jean-Pierre Bemba se révèle comme une pièce maîtresse des accords de paix de Sun-City, qui ont mis fin à cette guerre en RDC. Un accord qui a marqué le retour à la démocratie. Le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC) occupe à ce titre l’un des quatre postes de vice-présidents, en charge de l’économie et des finances.

Très vite, il s’impose comme le principal rival du jeune président Joseph Kabila, âgé seulement de 35 ans et qui a succédé à son père assassiné début 2001. Les deux hommes se retrouvent au second tour de l’élection présidentielle de 2006, la première élection démocratique du pays depuis l’indépendance en 1960, bien que d’autres scrutins aient eu lieu auparavant dans un cadre plus controversé. Au terme d’une campagne tendue au cours de laquelle Bemba n’a eu de cesse de mettre l’accent sur sa « congolité » face aux origines prétendument douteuses de son adversaire, c’est finalement Joseph Kabila qui l’emporte avec 58 % des suffrages.

Des résultats contestés par le MLC

Bemba conteste les résultats, avant finalement d’accepter de mener une opposition « républicaine ». Il sera élu sénateur en janvier 2007. Le gouvernement de Kabila lui demandera alors de se libérer de sa garde rapprochée composée essentiellement de ses éléments issus de la rébellion. Bemba le percevra comme une menace à sa sécurité, les deux hommes ne se faisant plus confiance l’un et l’autre. Un ultimatum sera alors donné par l’armée pour le 15 mars 2007. Mais la garde du chairman du MLC n’a pas bougé d’un seul iota. Le 22 mars, un assaut finira par être lancé contre la résidence de Bemba et ses bureaux se trouvant sur le Boulevard du 30 Juin, à Kinshasa. Bilan : au moins 200 morts, civils et militaires compris. Bemba va finalement se retrancher à l’ambassade d’Afrique du Sud, avant de s’envoler plus tard pour le Portugal.

Kabila a-t-il manigancé l’arrestation de Bemba ?

En mai 2008, alors qu’il était dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse à Bruxelles, Jean-Pierre Bemba est arrêté puis transféré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas. Il est poursuivi pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » commis par des hommes qu’il commandait en République centrafricaine, voisine de la RDC, en 2002 et 2003. Mais la main noire de Joseph Kabila plane. Certains opposants l’accusent de vouloir se débarrasser d’un adversaire gênant. Ce dernier et François Bozizé, ayant chacun un rival commun – Bemba pour Kabila et Ange Félix Patassé pour Bozizé –, auraient ainsi renforcé leur rapprochement. Certains analystes estiment que le dossier de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba aurait été motivé par ces deux chefs d’État.

Patassé, le témoin manquant…

En avril 2011, l’ancien président centrafricain Ange Félix Patassé décède en exil au Cameroun. Il était et restera le grand absent du procès de Jean-Pierre Bemba devant la CPI. En RDC, une partie de l’opinion congolaise ne comprenait pas comment Bemba affrontait seul ce dossier, sans qu’Ange Félix Patassé, à qui il prêtait main-forte contre la rébellion de Bozizé, n’ait été convoqué par cette juridiction internationale. Pourtant, les troupes de Bemba étaient parties défendre Ange-Félix Patassé d’un coup d’État. Cette question hantera le procès de Bemba au point de faire réagir un fonctionnaire de la CPI.

« Évidemment, nous continuons nos enquêtes en République centrafricaine. Nous ne nous arrêterons pas là », avait réagi Pascal Turlan, conseiller en coopération pour le procureur de la CPI. Mais jusqu’à l’acquittement de Bemba en 2018, la CPI n’avait presque plus fait allusion à cet aspect de l’enquête.

Un acquittement au goût de revanche contre Kabila

Le 8 juin 2018, la Chambre d’appel a décidé, à la majorité, d’acquitter Jean-Pierre Bemba Gombo des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Bemba va alors quitter ses co-pensionnaires de taille tels que l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Contrairement à ce qui est parfois mentionné, Charles Taylor n’était pas détenu à la CPI, mais à La Haye sous mandat du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.

Pressé par le temps, il tente de prendre sa revanche en briguant la présidentielle de décembre 2018. Mais « Baïmoto » rencontre encore un nouveau blocage : sa candidature est rejetée par la CENI alors dirigée par l’actuel rebelle, Corneille Nangaa. Pour Bemba, c’est une preuve supplémentaire que l’on s’acharne contre lui. Il apporte alors son soutien à la candidature commune de l’opposition incarnée par Martin Fayulu.

Allié indéfectible de Tshisekedi

Après la présidentielle, c’est Félix Tshisekedi qui est proclamé vainqueur. Bemba reste dans l’opposition, avant d’intégrer finalement l’Union sacrée de la Nation après les concertations nationales ayant mené à la rupture de la coalition entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Au sein de cette alliance, il occupera les postes de vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale puis celui des Transports. C’est depuis cette position qu’il enverra plus de coups à Joseph Kabila, soupçonné d’être derrière la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa, alliée au M23.

Le 5 mars 2025, Jean-Pierre Bemba a accusé l’ancien président d’être l’instigateur des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ainsi que ceux de l’AFC. En plus de soutenir l’AFC/M23, Bemba dit détenir des preuves selon lesquelles Joseph Kabila est également derrière les miliciens Mobondo, actifs dans les provinces du Maï-Ndombe, du Kwilu, du Kwango, du Kongo Central et dans une partie de Kinshasa. Dans la foulée d’un autre meeting, Bemba a encore remis en cause la nationalité congolaise de Joseph Kabila, réveillant un vieux démon autour de la « congolité » du quatrième président de la RDC. Décidément, les rancœurs entre les deux personnalités sont loin de prendre fin.

Heshima

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Dossier coup d’État en RDC : vers une libération de Marcel Malanga et ses compatriotes américains

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Condamnés à la peine de mort pour avoir tenté de renverser les institutions en République Démocratique du Congo (RDC), les trois Américains impliqués ont vu leur sentence commuée en servitude pénale à perpétuité grâce à une grâce présidentielle accordée le 1er avril 2025 par le chef de l’État, Félix Tshisekedi. D’après certaines sources, cette étape prépare la voie à une libération de ces citoyens américains impliqués dans une tentative de coup d’État en mai 2024, à Kinshasa.

Félix Tshisekedi a accordé une mesure de grâce à Marcel Malanga Malu, ressortissant américain d’origine congolaise, condamné à mort avec 37 autres co-accusés après la tentative de coup d’État du 19 mai 2024 orchestrée principalement par son père, Christian Malanga, abattu à cette occasion. Dans une ordonnance rendue publique, mercredi, cette peine capitale a été commuée en servitude pénale à perpétuité pour les trois Américains impliqués, dont Taylor Christa Thomson et Zalman Polun Benjamin. Le 9 mars 2024, leur condamnation à mort était devenue définitive après le procès en appel organisé par la Cour militaire de Kinshasa/Gombe.

Prélude d’une libération

À l’instar de Jean-Jacques Wondo, un ressortissant belge d’origine congolaise également impliqué dans cette affaire, Marcel Malanga et ses amis pourraient également bénéficier d’une libération par Félix Tshisekedi. Expert militaire belgo-congolais figurant parmi les accusés, Jean-Jacques Wondo a été libéré dans la nuit du 4 février 2025 après sa condamnation en appel par la justice militaire. Son entourage, notamment son avocat, avait évoqué une libération « d’ordre humanitaire » pour permettre à son client de se faire soigner, après plusieurs sollicitations sans résultat escompté.
Mais il est largement rapporté que la Belgique a exercé des pressions sur Kinshasa pour obtenir la libération de Jean-Jacques Wondo. Condamné pour sa participation à une « tentative de coup d’État », le verdict en appel avait suscité une réaction immédiate de la Belgique qui estimait qu’il n’y avait toujours pas de preuves impliquant son ressortissant. Le ministère belge des Affaires étrangères avait exprimé sa « grande déception » et « une totale incompréhension » face à ce verdict, évoquant « la grande faiblesse des éléments présentés lors des audiences et l’absence manifeste de preuves crédibles ».

Contrairement à Wondo, des Américains étaient bel et bien impliqués dans cette tentative de coup d’État. Des vidéos, obtenues par les autorités, tournées par les insurgés eux-mêmes, montraient ces ressortissants américains, armes à la main, prendre possession du Palais de la Nation, avec en leur tête Christian Malanga, le père de Marcel Malanga. Mais, eux aussi, pourraient être graciés définitivement dans les prochains mois, d’après certaines sources. Lors du verdict au premier degré, Washington avait annoncé qu’il « continuerait à suivre la situation ».

Retour sur les faits

Dans la nuit du 18 au 19 mai 2024, plusieurs dizaines d’hommes armés ont attaqué le domicile du Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie, Vital Kamerhe, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. Deux policiers chargés de sa garde ont été tués lors des échanges de tirs entre les hommes de Christian Malanga et les membres de la garde rapprochée. Les assaillants ont ensuite investi le bâtiment historique du Palais de la Nation, bureau du président de la République. Les membres du commando se sont filmés brandissant le drapeau du Zaïre, symbolisant un retour à l’ère de Mobutu, avant de déclarer la fin du régime actuel. Se pavanant dans la cour du palais tout en réalisant un live sur les réseaux sociaux, Christian Malanga et ses hommes déclaraient la fin du régime de l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi. Plus tard, un assaut de l’armée a conduit à leur arrestation et à la mort de leur chef, Christian Malanga, qui opérait avec son fils Marcel. Celui-ci était accompagné de ses amis américains. Les autres assaillants ont été recrutés localement entre Kinshasa et Kongo Central.

Heshima

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