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Les épidémies les plus dévastatrices de l’Histoire

Tout au long de l’Histoire de l’humanité, de vastes étendues ont été envahies par des épidémies aux conséquences meurtrières pour les populations sans compter leurs effets dévastateurs. L’effroi causé aujourd’hui par la pandémie à coronavirus pousse à se remémorer des fléaux d’hier.

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P lusieurs communautés humaines à travers le monde ont eu au cours de leur existence à assister à l’apparition de manière aussi surprenante qu’inquiétante à des situations sanitaires mortelles. Et avant de se convaincre de leur existence dans les livres d’Histoire, la Bible peut à elle seule effacer tout doute quant aux possibilités de contamination en masse par la peste dévastatrice ou le fléau qui frappe en plein midi à l’occasion desquels 1.000 à 10.000 personnes peuvent tomber, dès lors qu’elle l’évoque dans le psaume 91 devenu une référence incontournable depuis la survenance du Covid-19. Si hier, ce passage biblique pouvait être cité pour se convaincre de faire face à l’adversité grâce à la puissance divine quelle que soit son ampleur, au moins sa lecture confirme bel et bien l’importance des ravages des maladies même si la virulence conduit toutefois à la distinction entre épidémie et pandémie. Bien que dans les deux cas, le drame prophylactique se caractérise par la propagation rapide d’une maladie contagieuse, essentiellement d’origine infectieuse, l’épidémie se limite pour sa part à un espace plus réduit qu’il s’agisse d’une région bien déterminée ou d’un pays, contrairement à la pandémie qui compte plusieurs foyers et donc a une étendue géographique plus vaste laquelle concernerait tout un continent, si pas le monde entier. De ce fait, l’impact de la gravité de la seconde en termes de contamination, de mortalité et d’efforts d’éradication est nettement plus remarquable. En fonction, des traces historiques conservées par les archives, le souvenir des fléaux que le monde a connu a généralement pour épicentre le bassin méditerranéen pour se localiser au fur et à mesure dans d’autres parties du monde. A ce titre, les ravages contagieux dans le monde sont suffisamment nombreux par le fait même de leur désastre selon les dénominations de chacun d’eux et ce, en fonction de leur spécificité, que ce soit le choléra, la peste noire, la grippe espagnole, sans compter toutes les affectations passées sous silence car pas assez mises en évidence comme on peut l’imaginer par les calamités provoquées par les maladies tropicales comme le paludisme ou autres.

Chronologie des épidémies aux pandémies

Néanmoins, selon la chronologie historique des fléaux connus du monde, on peut mentionner ceux-ci-dessous.

 La peste d’Athènes.

En 430 av J.C., la Grèce antique où domine la cité d’Athènes est frappée par une épidémie. Elle vient d’Ethiopie, en passant par l’Egypte et la Lybie avant d’atteindre Athènes. Au moins 70.000 personnes représentant le tiers de la population de la cité trouvent la mort à l’occasion de cette épidémie qui en fait s’est avérée être le typhus plutôt que la peste. La contamination trouve son origine par l’action des rongeurs, provoquant une fièvre de 39°C, des maux de tête et un état de lassitude et d’abattement à même de susciter une crainte auprès de la population en raison de ses symptômes. La propagation de la maladie prend fin en 426 av. J.-C et conduira à la défaite des Athéniens sur les Spartiates.

La peste Antonine

Cette peste antonine ou autrement appelée peste galénique, gagne l’empire romain au moment des conquêtes germaniques de Marc Aurèle à la fin de la dynastie des empereurs Antonins à partir de 166 ap. JC pour se terminer vingt ans après. Cette épidémie aurait pour origine la variole et aurait entraîné la mort d’au moins 10 millions de personnes.

La peste de Justinien

Maladie également dénommée peste bubonique, cette épidémie a pour foyer de départ l’Égypte autour de l’an 540 et atteint l’empire romain d’Orient à Constantinople deux ans après. Provoquée par la bactérie yersinia pestis, la peste de Justinien se propage dans une bonne partie de l’Europe par le commerce méditerranéen pratiqué par les voies maritimes pour atteindre l’Italie jusqu’en Irlande et en Grande-Bretagne, voire même en Syrie à l’époque des Croisades. Elle persiste 50 ans après sa survenance pour comptabiliser entre 25 et 100 millions de décès, avec la réputation macabre d’aligner plus de 10 000 morts… par jour.

La peste noire

Causée également par une bactérie appelée yersinia pestis à l’instar de la peste de Justinien, la peste noire s’est propagée dans l’ensemble de l’Europe ainsi qu’au Proche-Orient. Elle serait responsable dans un premier temps de l’hécatombe de près de 25 millions de victimes représentant plus de la moitié de la population européenne entre 1347 et 1351, soit environ 25 millions de victimes pour dépasser largement ce chiffre avec près de 100 millions de décès à  travers le monde une fois sa réapparition, des décennies plus tard.

L’épidémie de variole chez les Amérindiens

La conquête coloniale des Amériques a entraîné la perte des Amérindiens, décimés entre 1518 et 1650 dans l’ordre de plus de 75% de la population. En cause, la variole qui s’est répandue par la suite dans d’autres parties du monde comme l’Inde, causant au moins 20 000 morts. Son éradication totale remonte seulement à 1977.

La grande peste de Londres

La ville de Londres en Grande-Bretagne fut envahie par la peste bubonique à partir de 1664. Elle s’est répandue par les bateaux de commerce venant des Pays-Bas pour prendre de l’ampleur en raison des conditions hygiéniques précaires de l’époque. 100.000 personnes, soit 20% de la population de la ville en seront victimes et l’expansion de la maladie ne prit d’ailleurs fin que grâce au grand incendie de Londres de septembre 1666 qui embrasa les quartiers les plus insalubres de la ville.

La pandémie de choléra

Le monde subit les affres du choléra au début du 19ème siècle en plusieurs vagues successives. Cette maladie pestilentielle débute d’abord en Europe occidentale et gagne l’Asie en passant par la Sibérie, puis l’Inde, l’Indonésie, les Philippines. Le MoyenOrient, l’Afrique et l’Amérique latine n’y échappent pas avec une certaine persistance en Afrique. Le nombre de victimes du choléra se chiffre à pratiquement 100 000 décès annuels

La grippe espagnole ou Influenza

Bien qu’originaire de Chine, cette contamination a été baptisée de la sorte car sa victime la plus célèbre a été le roi Alphonse XIII d’Espagne. Cette grippe s’est propagée entre 1918 et 1914 dans plusieurs pays en l’espace de trois mois. Le nombre approximatif de ses victimes monte de 30 à 100 millions d’individus et elle est considérée comme une des pandémies les plus mortelles de l’humanité, plus dévastatrice que la première guerre mondiale à la même époque.

La grippe asiatique

Trouvant sa source dans un virus provenant d’une mutation de canards sauvages et d’une souche humaine de grippe, la grippe asiatique est décelée en Chine en 1956 pour se disséminer dans d’autres parties de l’Asie comme Singapour et Hong Kong puis s’installer rapidement aux États-Unis. De 1 à 4 millions de personnes meurent de cette maladie. Une des variantes de cette grippe, dite grippe de Hong Kong, tue 1 million d’individus entre 1968 à 1969.

Le sida

Avec des premiers symptômes à dater des années 1970, le sida consécutif à un déficit immunitaire dans le corps humain voit la confirmation de son existence néfaste au départ de l’Afrique vers l’Amérique à partir de 1981. Ses effets continuent à se faire ressentir jusqu’à ce jour. 

Cette pandémie mondiale compte au moins 30 millions de morts à travers le monde et pratiquement le même chiffre des personnes séropositives qui survivent grâce à l’utilisation des moyens contraceptifs et une médication qui ne cesse de faire l’objet des recherches scientifiques.

Le coronavirus

Depuis la fin de l’année 2019, le monde est informé de cas de pneumonie affectant la population chinoise, plus spécialement  celle de Wuhan et découvre le coronavirus ou Covid-19. Cette maladie d’origine animale est transmissible à l’être humain et s’est propagée à une vitesse exponentielle depuis le début de 2020 à travers le monde avec des ravages effroyables en n’épargnant pratiquement aucun pays. Pratiquement une année après sa survenance le Covid-19 fait au moins 2, 53 millions de morts dans le monde et plus de 115 millions de malades. Les pays les plus affectés par les décès sont les Etats-Unis (537 838), le Brésil (265 500), l’Inde (157 890). En Europe, le Royaume-Uni occupe la palme avec 124 501 morts. En Afrique, l’Afrique du Sud est en tête avec 50 678 décès tandis que la RDC compte environ 700 décès. 

 Causes des épidémies


Face au constat de la propagation du fait de la contamination contagieuse des maladies, la présentation chronologique des épidémies a le mérite de dégager les causes sous-jacentes de sa propagation, soient autant de facteurs favorisants propres à l’histoire de l’humanité. Il ressort en effet que mû par la pulsion du progrès, d’aller toujours au-delà des limites des contraintes qui lui sont imposées, l’homme est sans cesse animé par l’esprit de conquête. Cette conquête peut de ce fait se présenter par la volonté de se regrouper dans des villes et autres agglomérations, de maîtriser de nouveaux marchés, soit pour vendre des produits, soit pour en acquérir. La conquête peut aussi avoir des mobiles militaires et d’occupation pour exploiter de nouvelles richesses. Avec l’évolution entre Etats, ces relations se sont toutefois transformées en rapports de coopération. Tous ces contacts se sont réalisés par voie pédestre si pas à dos d’animaux et par la suite par le canal des circuits maritimes pour parcourir de plus grandes distances comme on peut l’observer en Europe où jadis l’épicentre des mouvements des personnes et des biens se limitait au bassin méditerranéen. Aujourd’hui avec le développement technologique, les moyens aériens ont décuplé cette dynamique avec des nouvelles formes de contacts comme le tourisme sous ses différents aspects (détente, visite familiale, tourisme médical…), les études…. De ce fait, chacune des occasions de ces échanges ont donné lieu à un brassage des populations et des animaux avec les risques de contamination dû à l’absence d’anticorps chez ces êtres vivants.

Ces risques de contamination qui se développent proportionnellement à l’accroissement des échanges au départ des carrefours commerciaux comme foyers ont pour conséquence d’aggraver la contamination en le faisant passer de l’épidémie à la pandémie. Ainsi, après l’énumération de ces faits historiques, on serait tenté d’affirmer que pour se prémunir de situations récurrentes, il conviendrait de prendre le contre-pied de chacune des situations causales. Rien n’est moins évident.

 Expertises croisées

L’Histoire, c’est bien connu, apporte l’indispensable éclairage au présent et au futur, à tel point qu’un peuple qui ignore son passé est appelé à commettre les mêmes erreurs qu’il aurait pu éviter. Aujourd’hui plus que jamais, avec l’effroi sans commune mesure soulevé par le drame de la pandémie du Covid-19, sans compter les perspectives de sa résurgence en l’absence de vaccin comme de celle d’autres maladies endémiques, il est plus que nécessaire et urgent de tirer les enseignements de cette situation.

D’emblée la récurrence de pareil cas semble inévitable à moins que chaque Etat déclare l’autarcie pour éviter toutes catastrophes humanitaires ultérieures, scénario somme toute irréaliste. Il s’agit par contre d’envisager l’anticipation des découvertes pathogènes.

Par ailleurs, le désarroi provoqué par la pandémie du coronavirus a mis en lumière le réflexe du chacun pour soi ayant poussé chaque Etat à commencer par se doter des moyens de sa survie, ceux-ci étant par ailleurs insuffisants au préalable.

C’est donc dire que malgré le sursaut international subséquent, avec parfois des contradictions dans les dispositions adéquates à prendre, il se dégage que la solution pour lutter avec une meilleure efficacité contre toute maladie contagieuse passe par la prise en compte des réalités et des expertises locales. La maîtrise de l’épidémie du virus Ebola et l’examen de l’utilisation d’une plante comme l’Artemisia en sont des preuves éloquentes. C’est à ce titre, qu’il convient de se fier à la mise en place du Comité de riposte contre le Covid-19 institué en RDC pour recourir à la compétence multisectorielle de plusieurs experts agissant dans des domaines aussi variés que la médecine, la biologie, la nutrition, la culture, la communication, l’environnement… afin de s’assurer des possibilités de la victoire de l’espèce humaine sur les fléaux qui la menacerait.

Dans tous les cas une année, jour pour jour, après que la pandémie à coronavirus ait été détectée, le comité chargé de la riposte a préconisé la vaccination, dont le premier lot de vaccins est arrivé à Kinshasa début mars.

Heshima

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Ces cardinaux qu’a connus la RDC…

Le cardinal émérite Laurent Monsengwo Pasinya dont le décès est intervenu le 11 juillet 2021 à Versailles, en France, a été fait cardinal en 2010, soit 3 ans après le décès du cardinal Etsou. Retour sur ses deux devanciers mais aussi son successeur.

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L’Eglise catholique romaine en République démocratique du Congo est à son 4ème cardinal. Le premier, Joseph-Albert Malula, né le 17 décembre 1917 à Léopoldville (Kinshasa), a exercé cardinal et archevêque de Kinshasa, de 1964 à 1989. Il est réputé être l’un des personnages religieux qui   a combattu la dictature de Mobutu.


On lui attribue notamment la remise en question de certains aspects de la politique de l’authenticité prônée par le pouvoir en place qui n’était pas de nature à promouvoir l’entente entre l’Église et l’État. Le cardinal Malula  avait ainsi refusé d’installer au grand séminaire Jean XXIII un comité de la Jeunesse du mouvement populaire de la révolution (JMPR). Un conflit qui a abouti à la confiscation de la résidence du cardinal qui devint le quartier général de la JMPR.

Le 11 février 1972, le cardinal Malula s’exila à Rome. Mais de Rome où il était, il continuait à encourager les chrétiens à demeurer fermes dans la foi. Il décède le 14 juin 1989 à Louvain, en Belgique.


 Etsou lui succède…

 Environ deux ans après le décès du cardinal Malula, le Pape Jean-Paul II crée Frédéric Etsou cardinal lors du consistoire du 28 juin 1991, devenant ainsi le deuxième cardinal du pays après Joseph-Albert Malula. Mais bien avant cette étape, il fut consacré évêque le 7 novembre 1976 puis nommé évêque de Mbandaka le 11 novembre 1977 en remplacement du belge Mgr Pierre Wijnants. Il fut nommé archevêque de Kinshasa le 14 août 1990, charge qu’il a assumé jusqu’à sa mort le 6 janvier 2007.


Le cardinal Etsou a été aussi engagé notamment dans les questions d’éducation civique et électorale. Il a accompagné la campagne d’éducation civique et électorale avec la commission Justice et paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) au cours des années 2005- 2006.

Coexistence des cardinaux


 Fait rare dans l’histoire de l’église catholique au Congo. Le pays a connu la coexistence des deux cardinaux, Laurent Monsengwo (créé cardinal en 2010 puis démissionne en 2018) puis devenu cardinal émérite. Il y a eu ensuite le cardinal en fonction, Fridolin Ambongo Besungu créé cardinal par le Pape François, le 5 octobre 2019, à Rome. Une situation inédite en République démocratique du Congo. Ce que le gouverneur de la ville de Kinshasa n’a pas manqué de relever. « Je bénis le Seigneur Dieu ToutPuissant qui, par sa grâce et sa divinité, a permis que je sois gouverneur de Kinshasa en cette période spéciale de l’église catholique avec la création à Rome du Cardinal Fridolin Ambongo. Cette cérémonie à laquelle j’ai participé a fait de moi l’un des rares dirigeants d’une ville africaine qui compte deux cardinaux », a indiqué Gentiny Ngobila. C’était lors de sa prise de parole à la messe organisée, le 18 juillet, en mémoire de Laurent Monsengwo, dans la cathédrale Notre-Dame du Congo, à Lingwala.


 Dido NSAPU

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MONSENGWO : ce combattant en soutane

L’influent archevêque émérite de Kinshasa a tiré sa révérence, le 11 juillet 2021 à Versailles, en France. Malgré son rang de clergé, ce natif d’Inongo a “ combattu “ différentes dictatures en RDC. Retour sur les grands moments politiques au cours desquels il s’est illustré.

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Le cardinal émérite Laurent Monsengwo Pasinya est mort à 81 ans. Son décès depuis Versailles, près de Paris, où il a été amené pour des soins médicaux a suscité une vague d’hommages unanime dans la classe politique congolaise. Même l’ex-président, Joseph Kabila, contre qui le prélat a dirigé ses piques les plus musclées, s’est dit « attristé » par cette disparition.


Originaire d’une famille de chef coutumier Sakata, dans la province du Mai-Ndombe, Laurent Monsengwo est né en 1939, à Inongo. Paradoxalement à sa lignée coutumière, il choisit très tôt la voie ecclésiastique. Ce qui va le conduire à côtoyer le monde politique et ainsi pérenniser, de manière ostentatoire, le combat de son mentor, le cardinal Joseph Albert Malula. Ordonné prêtre en 1963, puis évêque à Kinshasa en mai 1980, Monsengwo gravit les échelons d’une Église déjà érigée en contrepouvoir face au règne du “tout-puissant” Mobutu Sese Seko.


Mémorandum à Mobutu


Monsengwo a été  l’initiateur, en 1990, d’un mémorandum demandant plus de libertés au Maréchal Mobutu, alors que ce dernier venait de dépasser un quart de siècle au pouvoir. Un mémorandum qui lui avait donné une autre dimension. Il était alors considéré comme «un personnage incontournable, le cerveau moteur de la poussée vers la démocratie», selon les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel ont dit dans un livre consacré aux 25 ans de l’épiscopat de ce prélat. Pour Isidore Ndaywel, c’est Laurent Monsengwo, alors président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a introduit la notion de « démocratisation » dans les discours de l’Eglise catholique. Plus d’une année après son mémorandum, Monsengwo occupera la tête de la Conférence nationale souveraine (CNS). Celleci sera fermée par Mobutu puis rouverte après la marche des chrétiens catholiques réprimée dans le sang par le régime Mobutu. Monsengwo sera le président du Haut conseil de la République Parlement de transition (HCRPT) jusqu’à son éviction en 1996.


Critique contre M’zee


 Alors que la première guerre du Congo éclate à Kisangani en 1996, Laurent Monsengwo est évacué de son diocèse – déguisé en vieillard – pour ne pas être repéré par des rebelles. Une guerre qui verra Mobutu, abandonné par ses soutiens politiques, chassé l’année suivante par les rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila avec l’appui du Rwanda. Et le prélat ne va pas tarder à se montrer critique vis-à-vis du nouveau pouvoir. Une attitude qu’il conservera après l’accession à la tête du pays de Joseph Kabila, à la suite de l’assassinat de son père, en 2001, en pleine deuxième guerre du Congo (1998-2003).


Pendant ce conflit, Monsengwo dénonce les crimes commis par les belligérants dans sa ville, et doit, pour sa sécurité, vivre un temps hors de Kisangani, pour le contrôle de laquelle l’Ouganda et le Rwanda se livreront des combats sans merci, directement ou par milices congolaises interposées. À la fin de la guerre, il ne participe pas à la transition politique mais reprend vite son rôle de combattant, en soutane… 

Réélection boudée !


En décembre 2007, Mgr Monsengwo succède à la tête de l’archevêché de Kinshasa au cardinal Frédéric Etsou, décédé en janvier de la même année. Laurent Monsengwo est fait cardinal par Benoît XVI en 2010. Et pendant son ministère comme cardinal, il n’enlèvera pas son étoffe de critique à l’égard du pouvoir. La CENCO va régulièrement lancer des mises en garde au régime Kabila.
Et en 2011, le cardinal conteste la réélection de Joseph Kabila, en estimant que les résultats de la présidentielle de novembre n’étaient « conformes ni à la Vérité, ni à la Justice ». Ses détracteurs l’accusent d’être proche de l’opposition, d’Etienne Tshisekedi, principal challenger de Joseph Kabila à ces scrutins controversés.


Réputé déjà très critique à l’égard du pouvoir de Joseph Kabila, Laurent Monsengwo va pousser le bouchon plus loin qu’il ne l’a fait sous Mobutu. Après la répression des marches du 31 décembre 2017, réclamant l’application de l’accord de la Saint Sylvestre, les paroissiens ont été tués et des gaz lacrymogènes lancés dans les Eglises. Il va, dans un message, appeler que « les médiocres dégagent ! » C’était lors de sa conférence de presse du 2 janvier 2017, après ces répressions des marches. Face aux voix de la majorité, de l’époque, qui protestaient contre cette qualification, l’accusant d’être devenu « l’opposant numéro 1 », le secrétaire général de la Conférence épiscopale, l’abbé Nshole justifie : « Médiocre, ce n’est pas une insulte, c’est une évaluation ».

La République aura donc vécu un cardinal « combatif » à chaque fois que sa « démocratie » qu’il avait appris à défendre depuis Mobutu était menacée par un régime politique. Ayant hérité d’une Église traditionnellement engagée sur le plan politique et sociétal avec des figures marquantes comme Joseph Albert Malula, Laurent Monsengwo a, en novembre 2018, cédé son fauteuil à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa à Mgr Fridolin Ambongo Besungu. Ce dernier, lui aussi, ménage difficilement la classe politique qu’il accuse parfois d’être à la base de la misère du peuple.


Dido Nsapu  

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30 JUIN 2021 LUMUMBA : un hommage repoussé !

Ce 30 juin 2021, la République démocratique du Congo célèbre ses 61 ans d’indépendance. Cette fête allait comporter une particularité, celle du rapatriement des reliques du premier héros national du pays. La survenue d’une troisième vague de covid-19 a eu raison de cet agenda.

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Depuis le mois de décembre 2020, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait annoncé son intention d’organiser un hommage national, le 30 juin 2021, en l’honneur de Patrice Emery Lumumba. Une solennité qui devrait être précédée du rapatriement de ses reliques. L’idée est d’offrir enfin une sépulture à celui qui fut le premier Premier ministre de l’histoire de la République démocratique du Congo dans les années 1960. Mais aussi et surtout, un acteur majeur de l’indépendance du pays. Pour ce faire, le pays s’apprêtait à cet événement pour ce mois de juin finissant. Quatre lieux étaient choisis pour cet hommage national : Lumumba-ville, une entité créée par Félix Tshisekedi en mémoire de Patrice Emery Lumumba, dans la province du Sankuru, la ville de Kisangani, dans l’actuelle Tshopo, qui fut son bastion politique. Ces reliques allaient aussi passer à Shilatembo, le lieu de son assassinat, dans le Haut-Katanga. Puis, enfin, la ville de Kinshasa où une sépulture est en cours de construction au pied de l’Echangeur de Limete, dans l’Est de la ville.

Mais la survenue d’une troisième vague de la pandémie de covid-19 en République démocratique du Congo a eu raison de cet agenda des hommages. La Présidence de la République a renvoyé cet événement au 17 janvier 2022, le jour de la commémoration de l’assassinat de Lumumba. Sa famille biologique, ses enfants en particulier, attendent ce moment pour enfin faire le deuil de leur père. « Pendant plus de dix ans, on a fait tout le nécessaire pour arriver à ce résultat, celui de la restitution par le gouvernement belge à la famille des restes de la dépouille de notre père […] », a déclaré Roland Lumumba.

Ces restes infinitésimaux dont il est question sont constitués jusqu’à preuve du contraire d’une dent. Et d’ailleurs, en septembre 2020, la justice belge avait répondu favorablement à la demande de la famille de Patrice Lumumba de lui restituer cette dent attribuée au héros de l’indépendance congolais assassiné. Cette dent avait été saisie chez un policier belge ayant contribué à faire disparaître le corps de Patrice Lumumba.

30 juin 1960

Comment ce 30 juin 1960, jour de fête, était-il devenu le canal par lequel la déchéance du tout jeune Etat indépendant est passée ? D’après des témoignages recoupés, ce jeudi-là, au doux soleil, tout allait mieux se passer si le désaccord entre le nouveau chef de l’Etat, Joseph Kasa-Vubu et son puissant Premier ministre n’avait pas existé.

 Selon Thomas Kanza, ministre et proche de Lumumba, qui livre ce témoignage à RTBF, en 2000, Patrice n’avait pas apprécié l’attitude de Kasa-Vubu qui a refusé de lui faire lire son discours, préférant le montrer au gouvernement belge. « À 8h30, le Premier ministre me fait venir chez lui, à sa résidence privée. Il y avait là quelques amis. J’avais l’impression qu’ils avaient déjà discuté entre eux. Le Premier ministre me donne son discours. Il était déjà écrit, dactylographié.», explique cet ancien ministre de Lumumba. Patrice Lumumba lui annonce qu’il va prendre la parole au Parlement et lui demande de relire et de corriger le texte. Thomas Kanza répond à Lumumba que c’est un excellent discours, à prononcer au stade devant la population, mais que « le Parlement n’est ni l’endroit ni l’occasion de prononcer ce discours». Au départ, ce discours devait effectivement être prononcé au stade l’après-midi même, rapporte ce média.

«C’est alors que j’apprends de la bouche de Lumumba : ‘Thomas, je veux parler, parce que le président Kasa-Vubu nous a humilié. Il va prononcer un discours qu’il a montré au gouvernement belge, mais qu’il ne nous a pas montré. Thomas, je vais parler.», relate Thomas Kanza. Puisque Lumumba devait contresigner le discours de Kasa-Vubu, ce que ce dernier ne lui a pas donné l’occasion de faire. Cela provoqua l’intervention virulente de Lumumba au Palais de la Nation, ce jeudi-là. Une diatribe qui va gâter la journée du roi Baudouin Ier. Et depuis, Patrice Lumumba était dans le collimateur du colonisateur, y compris la stabilité du pays. Ce qui provoqua une mutinerie au sein de la Force publique seulement 5 jours après l’indépendance. Avant de voir une sécession katangaise 11 jours après la proclamation de l’indépendance.

 Dido Nsapu 

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