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Interview

Interview Exclusive: Rose Mutombo vante la fin du régime des intouchables

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Heshima Magazine : Presqu’une année après votre arrivée à la tête du Ministère congolais de la Justice. Que doit-on retenir ? Que considérez-vous comme performance de la dame Ministre que vous êtes ?

Rose Mutombo : Sans fausse modestie, je puis vous dire que plusieurs actions ont été posées pendant mes dix mois à la tête de ce Ministère, mais beaucoup reste encore à faire au regard d’énormes défis que notre pays a emmagasinés depuis des décennies. Ces actions paraissent moindres par rapport à la densité des défis. A titre illustratif, je vais épingler la réactivation du cadre de concertation entre le Conseil supérieur de la magistrature, du moins son bureau et le Ministre que je suis. 

Les grandes questions qui intéressent l’administration de la justice et la politique judiciaire y sont débattues. L’amélioration significative des conditions carcérales des personnes par une alimentation de qualité avec un menu diversifié. 

Le repas communément appelé « Voungulé » est relégué au passé, la régularité de la ration des prisons subventionnées, l’amélioration des conditions salariales des magistrats dont la rémunération est passée du simple au double depuis juillet 2021. La fin du régime des intouchables. L’ouverture de l’Ecole de formation du personnel pénitentiaire du Centre de détention de Luzumu dans la province du Kongo Central.

HM: Depuis quelques années, on parle de la réforme de la justice, mais on a comme l’impression que la situation va de mal en pis. Pourquoi le changement dans ce domaine n’est pas toujours au rendez-vous alors que le Chef de l’Etat s’en plaint ?

 Le jugement sur la justice congolaise ressemble à l’anecdote du « verre à moitié plein, verre à moitié vide ». En effet, les états généraux de la justice tenus du 27 avril au 2 mai 2015 avaient listé un certain nombre de recommandations dont l’amélioration des conditions sociales du personnel judiciaire, le renforcement des capacités dudit personnel et la couverture judiciaire. Depuis mon avènement, je me suis affairée comme indiqué précédemment à obtenir l’amélioration des conditions salariales des magistrats. Pour l’année en cours, il est prévu le recrutement des magistrats et le désengorgement des centres urbains par l’affectation des magistrats dans l’arrière pays avec une prime de brousse. 

HM: Le chef de l’Etat avait, en 2021, indiquait que « la corruption continue même dans la justice censée la combattre  ». Avez-vous un plan pour déraciner la corruption dans tous les segments de la justice ?

 Pour endiguer dans la mesure du possible ou du moins, amoindrir son impact dans le secteur de la justice, il me parait plus qu’indispensable de faire respecter le code de l’agent public de l’Etat pour tout le personnel. Particulièrement pour les magistrats, j’ai suggéré au bureau du Conseil supérieur de la magistrature lors de nos différentes rencontres, de rendre opérationnelles les chambres disciplinaires avec l’amélioration des conditions de travail. Le magistrat n’a plus à se cacher derrière une modicité du traitement, sa rémunération ayant été sensiblement revue à la hausse. Il revient donc au Conseil supérieur de la magistrature, organe de discipline des magistrats, de sanctionner tous les magistrats véreux et corrompus, la magistrature étant un corps d’élite.

 HM: Il semble que beaucoup de dossiers de détournement déposés par l’Inspection générale des finances au ministère de la Justice trainent dans les tiroirs. Quel est votre plan ?

L’Inspection Générale des Finances, reconnaissons-le, a abattu ces deux dernières années, un travail remarquable. Chaque fois que je suis saisie par elle, même par simple ampliation, j’use promptement des prérogatives me reconnues au travers l’article 70 de la loi organique portant organisation, fonctionnement de l’ordre judiciaire en donnant injonction aux Procureurs généraux. 

HM : Parlant de la sanction contre les magistrats véreux, jusqu’où comptez-vous aller? En combien de temps ?

Je tiens à préciser que conformément à l’article 152 de la Constitution, le régime disciplinaire des magistrats est le fait du Conseil supérieur de la magistrature. En clair, depuis la promulgation de la Constitution de février 2006 et les lois organiques subséquentes, les magistrats sont gérés par leurs pairs. Toutefois, dans le cadre de la collaboration institutionnelle, je veille à ce que la discipline soit assurée au sein de ce corps. 

HM:  Le chef de l’Etat a dernièrement demandé au gouvernement de finaliser avec le concours du Conseil supérieur de la magistrature le processus de recrutement des magistrats. Où en sommes nous ? Pensez-vous que c’est une carrière attractive ?

Le recrutement des magistrats est plus qu’une nécessité car le déficit quantitatif est énorme en considération des états des lieux établis à cet effet lors des assises des états généraux de la justice de 2015. La Politique Nationale de la Réforme de la Justice, PNRJ, en a établi le gap en termes de 10.000 magistrats mais en ayant égard à l’impact financier qu’une telle opération devrait avoir, il parait judicieux de procéder graduellement à ce recrutement. C’est dans ce cadre que pour l’année 2022, il est prévu de recruter seulement 2.000 magistrats. 

HM : Au sujet de Congo Holdup, vous avez officiellement saisi le procureur pour l’ouverture d’une instruction judicaire sur les révélations de détournements de fonds publics. Comment évolue ce dossier ?

Comme je l’ai indiqué ci-haut, en référence à l’article 70 de la loi organique portant organisation et fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire, j’ai effectivement donné injonction au Procureur général aux fins d’ouvrir des enquêtes. Mais il sied de préciser que ledit article in fine, stipule que le Ministre de la Justice qui donne injonction des poursuites, ne doit pas interférer dans la poursuite de l’action publique. C’est aussi cela l’Etat de droit avec la séparation des pouvoirs.

 HM:  Presque toutes les prisons de la RDC sont dans un état vétuste et les prisonniers y vivent dans des conditions inhumaines. Quelle est le plan de la République à cet effet ? 

Dès ma prise de fonction à la tête du ministère de la Justice, j’ai, grâce aux partenaires techniques et financiers et les cadres de l’administration pénitentiaire de mon ministère, élaboré la cartographie pénitentiaire des prisons qui en urgence doivent être construites ou réhabilitées. Nous nous sommes engagés avec les moyens du gouvernement ainsi que ceux des partenaires, à rétablir certaines prisons. C’est le cas de la prison de Kabare dans la province du Sud-Kivu qui a été livrée à la fin du mois de février 2022 et grâce à un nouveau concept, la Prison de Munzenze de Goma et de Bukavu seront réhabilitées. Cette question reste tout de même un grand défi.

 Propos recueillis par HESHIMA

Interview

Comprendre le Service National: Entretien Exclusif de JP Kasongo Kabwik

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Heshima Magazine : L’opinion congolaise entend souvent parler d’un Service national paramilitaire en RDC. Pouvez-vous expliquer les raisons de sa création ?

Général Major Jean-Pierre Kasongo Kabwik : Avant de vous parler des raisons de sa création, je vais d’abord définir le Service National. Qu’estce que c’est ? Le Service National est un service paramilitaire créé par le Décret-loi 032 du 15 Octobre 1997 qui le définit comme un service paramilitaire d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions civiques et patriotiques en vue de la reconstruction de notre pays. Comme service paramilitaire, le Service National est à cheval entre ce qui est civil et ce qui est militaire.

HM: Cette initiative de feu Laurent-Désiré Kabila avait quelle motivation ?

Les raisons essentielles, c’est pour mobiliser les actions civiques en vue de la reconstruction du pays. C’est-à-dire, en 1997, lorsque feu le président Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, il trouve que le pays avait besoin d’être reconstruit, c’est ainsi qu’il va créer un service qui va s’occuper de la mobilisation de toutes les forces, toutes les énergies des fils et filles du pays en vue de contribuer à la reconstruction.

Le Service National a plusieurs missions, je citerai entre autres la création des centres de production à travers le pays, l’encadrement de la jeunesse pour la pousser à contribuer à la production agricole, organiser la jeunesse en vue de la défense de la nation, de la patrie… Il y a plusieurs autres missions qui sont dévolues au Service National. Par exemple, le Service National contribue à la constitution d’une réserve stratégique dans plusieurs domaines et, principalement, dans le domaine de l’autosuffisance alimentaire. Il y a une nécessité de constituer des réserves stratégiques, un stock qu’on met à part, en cas de besoin, en cas de crise, en cas de pénurie, on peut aller récupérer quelque chose pour servir la nation. 

HM: En tant que numéro un de ce service pouvez-vous nous dire combien de Kuluna sont actuellement transférés au centre pilote de Kanima Kasese?

 Il faut avouer que le Service National a connu un moment de léthargie pendant plusieurs années. A sa création, ce service avait donné de l’espoir au peuple congolais parce que plusieurs actions avaient commencé à être menées. Avant la guerre d’agression de 1997-1998, on avait entendu parler du Service national en ce sens que plusieurs activités avaient été créées notamment dans l’encadrement de la jeunesse où plus ou moins 7 000 jeunes avaient été envoyés à Kaniama Kasese pour être encadrer. Plusieurs tonnes de maïs et des produits vivriers sortirent du centre.

Après 1998, avec la guerre d’agression, je comprends qu’il n’y ait plus assez de moyen pour financer le service jeune qui venait à peine d’être créé. C’est pour ça qu’on n’avait plus entendu parler du Service National pendant plusieurs années. Le voilà maintenant en train de faire parler de lui.

HM:  Depuis quand occupez-vous les fonctions de commandant du Service National ? 

Si ma mémoire est bonne, j’ai été nommé au Service national le 15 juillet 2018. J’ai été reconduit à ce même poste, curieusement presque à la même date. Je crois le 14 ou le 15 juillet 2020, deux ans après.

HM: Cela fait 4 ans depuis que vous occupez ces fonctions. Quelle est votre vision pour ce service ?En tant que son commandant, je n’ai pas une vision pour le Service national. Lorsqu’il a été créé, on lui a doté des missions. La vision, c’est celle du commandant suprême. Au-dessus de moi, il y a un commandant suprême, c’est comme dans les Forces armées. Donc, il y a un commandant suprême des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Police nationale et du Service national. Je mets en œuvre la politique et la vision du commandant suprême du Service national qui est le Chef de l’Etat.

Cette vision, c’est comme je vous l’ai dit, le Service national contribue efficacement à la reconstruction et au développement du pays dans plusieurs domaines. Sur le plan agricole, il contribue efficacement à l’autosuffisance alimentaire. Sur le plan de l’encadrement de la jeunesse c’est un service qui permet d’éradiquer, entre autres, le banditisme urbain, notamment par l’encadrement de la jeunesse désœuvrée, à laquelle on donne du travail. 

HM : Concrètement, combien de jeunes délinquants avez-vous transférés de Kinshasa à Kaniama Kasese ?

A ces jours, nous avons réussi à transférer plus ou moins 2.000 jeunes désœuvrés qu’on  appelle « Kuluna » de la ville de Kinshasa vers Kaniama Kasese. Parmi eux, 33 sont des femmes. Ils évoluent bien. Ceux qui avaient été transférés, le 04 novembre 2020, ont parachevé leur formation paramilitaire. Ils viennent de parachever la professionnalisation, c’est-à-dire, selon les instructions du Commandant suprême, en dehors de la formation paramilitaire, [il y a] de l’encadrement civique et patriotique. C’est-à-dire : il fallait laver leurs cerveaux, leur dire que la nation a besoin d’eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de choses pour leur Nation. En plus de la formation à l’autodéfense, ils subissent la professionnalisation afin d’apprendre un métier de telle sorte que lorsqu’ils sont réinsérés dans la société, qu’ils soient utiles et qu’ils oublient leurs anciennes pratiques.

HM: Quelles sont les différentes activités qui sont organisées dans le centre de Kaniama Kasese ?

L’agriculture est la première activité qu’on a pu relancer dans le centre. Ce n’est pas la seule. Je vous ai parlé de la professionnalisation, nous organisons aussi d’autres activités, notamment dans cette phase de professionnalisation. Nous avons réussi à former des gens qui sont commis à la construction. Parmi eux, il y a des maçons, des ferrailleurs, des charpentiers…, avec comme mission, dans les jours qui viennent, de construire des bâtiments d’utilité publique. Ils sont déjà en train de les construire. Le centre dans lequel ils ont été formés est en train d’être construit par eux-mêmes. Autrefois, ils dormaient sous des tentes. Aujourd’hui une grande partie est en train de dormir dans des bâtiments en matériaux durables qu’eux-mêmes ont construit. Parmi eux, nous avons formé des menuisiers qui sont en train de fabriquer des bancs scolaires.

Et nous allons pouvoir les mettre à la disposition de plusieurs écoles. Ce qui va contribuer aussi à la politique de la gratuité de l’enseignement que le président de la République prône dans notre pays. Parmi eux, il y a des ouvriers agricoles, des agents commis à la mécanisation agricole. C’est une mécanisation bien spécifique. Il y a par exemple des opérateurs de tracteurs. Un opérateur de tracteur n’est pas le même que celui qui conduit un camion. C’est une particularité.

Nous avons des gens qui peuvent opérer avec une moissonneuse batteuse, nous avons des gens qui vont bientôt devenir des moniteurs agricoles, donc des gens qui peuvent encadrer les paysans dans l’agriculture. Il y a plusieurs activités en dehors de l’agriculture. Maintenant, nous venons de lancer un programme très ambitieux de reboisement pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous le faisons à Kaniama-Kasese. Parmi eux, il y a des gens que nous avons formés pour faire de forages d’eau potable. Donc, il y a toute une panoplie d’activités qui sont organisées par le Service National.

HM: En encadrant ces jeunes délinquants, constatez-vous une amélioration dans leur comportement ?

Il y a ce que nous appelons au Service national l’encadrement civique et patriotique. Donc, ces jeunes compatriotes ont été reprogrammés mentalement. Plusieurs d’entre eux ne savaient même pas qu’ils étaient utiles à la société et qu’ils pouvaient aussi servir leur nation. Il fallait aller tout doucement avec eux, d’abord les mettre en confiance. Qu’ils comprennent qu’ils sont Congolais au même titre que les autres, bien que eux avaient choisi la voie de commettre de crimes, de violer les lois de la République. Il fallait d’abord les mettre en confiance en leur disant : « que vous êtes ici, on a encore besoin de vous et on aura encore besoin de vous, vous êtes utiles ».

On les a reprogrammés, il fallait laver les cerveaux, les endoctriner, leur faire voir que la nation a encore besoin d’eux. Nous leur avons dit : « Vous êtes suffisamment forts pour contribuer au développement du pays ».Ce n’est pas un travail facile. Car Il y en a, parmi eux, qui viennent de la prison, il y en a, parmi eux, depuis leur naissance, qui n’ont été que des enfants de la rue et qui n’ont bénéficié que de l’éducation diffuse. Des gens comme eux, il fallait les reprogrammer. Cela n’a pas été facile. Cela nous a pris beaucoup de temps pour le ramener à réfléchir comme des bons citoyens congolais.

HM: Dans l’encadrement de la formation de ces jeunes, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Il y a des difficultés sur le plan de l’encadrement de ces jeunes. Il y a une forte résistance pour quelqu’un qui était habitué, le matin, il se réveille, il n’est soumis à aucune discipline, à aucune règle. Il va faire tout ce que bon lui semble et que si vous l’emmenez dans un centre où il doit se réveiller à 5 heures du matin, il doit se laver pour s’apprêter à faire la formation, où il sait que tout ce que nous faisons dans ce centre est soumis à un règlement, ce n’était pas facile. Pour quelqu’un qui doit savoir que pour manger, il faut de l’ordre établi, toute activité qui doit être faite doit se faire selon un règlement préétabli, cela n’est pas facile. Il y avait de la résistance.

Ça c’était la première difficulté. La deuxième difficulté, c’est un genre de crainte ou de peur. La troisième, c’est le manque de confiance en eux-mêmes. Ils se posaient souvent des questions : « est-ce que c’est faisable ? Est-ce que je serai utile à la société demain ? » Ces genres des questions influaient négativement sur la formation. Il fallait beaucoup de temps, les mettre en confiance, les réorienter. Aujourd’hui, ils sont en confiance et voient que l’avenir est rassuré ou garanti pour eux aussi.

HM: En août 2021, le ministre des Droits humains s’était opposé à ce transfèrement des « Kuluna » vers le centre pilote de Kaniama-Kasese. Il avait qualifié cette opération « d’attentatoire » aux droits humains. Pensez-vous que le traitement de ces jeunes dans ce centre répond aux nomes ? 

Il ne s’agit pas d’une question de violation des droits humains. La première chose, c’est que ces jeunes gens n’ont pas été emmenés contre leur propre gré. Lorsqu’on les emmenait à la police, il y avait plusieurs personnes de différents milieux.. Ils avaient le choix. Certains voulaient s’engager ainsi pour se donner une deuxième chance, afin de refaire leur vie en passant par la formation au Service National et d’autres qui estimaient qu’ils pouvaient faire face à la justice, ceux-là étaient orientés vers la justice. Et ceux qui venaient aussi au Service national, avant de les enrôler, ils signaient un acte d’engagement.

Donc, il ne s’agissait pas d’une question de violation des droits humains ni dans leur récupération, ni même dans leur acheminement, encore moins dans leur encadrement spécifique dans le centre. Ils sont convenablement pris en charge.

Olyncia Muhong Kashema

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Interview

Mélissa Amisi Sharufa, Un combat pour la lutte contre le cancer

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Heshima Magazine : Mélissa Amisi Sharufa, vous êtes très présente sur les réseaux sociaux avec votre fondation. Que faites-vous exactement ? 

Mélissa Amisi Sharufa : Je suis actuellement cadre dans une entreprise. Et depuis 2017, je suis la fondatrice et présidente de la Fondation Bomoko, une structure qui lutte contre les cancers, notamment ceux qui touchent les seins, le col de l’utérus, la prostate, la leucémie (cancer du sang) et certains types de cancers qui touchent les enfants. 

HM :Vous êtes très active avec la Fondation Bomoko. Quelles sont les actions à impact visible qui sont menées par votre structure en faveur des hommes et femmes atteintes de cette pathologie ? 

Depuis 2017, nous nous sommes focalisés sur trois axes d’intervention : prévenir les cancers par la sensibilisation et la disponibilité de l’information liée aux cancers pour tous, faciliter l’accès au dépistage et au diagnostic grâce aux partenariats avec les hôpitaux et les centres hospitaliers pour la réduction des coûts des examens et, enfin, soutenir et accompagner les malades qui souffrent de cancer avec des soins de fin de vie pour préserver leur dignité, dans le cas de ceux qui sont en stade final et avec des levées de fonds, accompagnement financier et moral pour ceux dont la situation peut être médicalement récupérable. 

HM Quelles difficultés rencontrez-vous dans ce que vous faites ?

 La première difficulté est pour moi d’ordre culturel. Et c’est bien ressenti lorsqu’on est en face de certaines personnes, malades ou pas. Par exemple, je dirais qu’il est de notre culture de ne pas avoir l’habitude de faire des check-up annuels lorsqu’on atteint déjà plus de 50 ans. 

Ceci entraîne automatiquement des comportements comme l’automédication, le diagnostic tardif et même le déni de la maladie. Pour plusieurs, le cancer est une maladie dite spirituelle et dont le traitement n’est que traditionnel ou par la prière et les jeûnes. 

HM Pensez-vous qu’en RDC, cette pathologie est mieux connue ? 

Toujours dans notre Congo, il y a des personnes qui ne connaissent même pas ce qu’est un cancer. Au-delà de l’aspect culturel, il y a comme autre difficulté le manque d’adhésion citoyenne à la lutte ; la participation de la masse aux activités liées au cancer est encore faible et assez compréhensible. Le cancer est parfois jugé comme maladie des riches à cause des coûts élevés du diagnostic et du traitement. La plupart des traitements n’étant pas disponibles au pays, il est difficile sur le terrain de pouvoir mener à bien des levées de fonds pour aider les malades à aller se faire soigner à l’étranger. Et pour finir, l’une des difficultés demeure la disponibilisation des informations et des examens de dépistage dans tous les coins et recoins de notre grand pays. Ceci demande particulièrement des moyens financiers consistants et un accompagnement concret de l’Etat ainsi que de ses partenaires techniques et financiers.

HM :Quelles sont vos ambitions dans les jours à venir ?

J’ambitionne de faire de notre centre de santé l’un des plus grands centres de cancérologie du pays et pourquoi pas de l’Afrique. Nous l’avons inauguré en février dernier et nous sommes situés en plein cœur de la capitale, Kinshasa, sur l’avenue Boera numéro 51 dans la commune de Kalamu, pour être plus précise. Au-delà du centre, mon combat se situe également dans la prise en compte des cancers dans la politique nationale de santé. Pour cela, je travaille sur des propositions qui seront soumises dans les meilleurs délais au – près des décideurs pour favoriser, pour un premier temps, toutes les actions menées par les structures comme la notre dans la sensibilisation. Et sur le long terme, œuvrer pour qu’il y ait plus de fonds disponibles (subventions) pour faire avancer la recherche, rendre certains examens de dépistage et traitements gratuits dans le but de sauver plus de vie.

HM: Dans le cadre du mois de mars, le magazine Heshima consacre une édition exclusivement à ce que font les femmes. Que pensez-vous de cette initiative ? 

Je remercie le magazine Heshima pour cette opportunité de partager sur la lutte contre les cancers, car à chaque fois que l’on accorde un peu de place à ce sujet considéré comme tabou, on sauve indirectement des vies. On apporte une information importante et on touche certainement ceux qui n’ont pas pu mettre un nom à leur souffrance. Je profite de cette belle tribune pour inviter toutes les femmes qui me liront de Kinshasa à venir se faire consulter gratuitement tout au long de ce mois de mars au sein du centre de santé Bomoko. Je les invite à ne pas avoir peur de s’informer davantage sur les cancers qui nous touchent particulièrement et à ne pas avoir honte de parler des symptômes au médecin car il n’y a aucune maladie taboue. Merci.

Propos recueillis par Dido Nsapu

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Interview

Acacia Bandubola :« Le tribalisme fait le lit de la balkanisation tant décriée »

Ministre honoraire de l’Economie nationale et haut cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Mme Acacia Bandubola a récemment créé une fondation dénommée « Acacia en action ». Mais en parallèle, elle a lancé une campagne contre le tribalisme. Elle explique à Heshima Magazine le bien-fondé de cette lutte mais aussi les missions de sa fondation.

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Heshima Magazine : Vous avez récemment créé une fondation « Acacia en Action ». Quels sont les objectifs de cette structure ?

 Acacia Bandubola : Les objectifs de la fondation A2 (Acacia en Action), étant donné qu’elle est philanthropique, sont multiples. Je peux citer, sans être exhaustive, l’autonomisation de la femme, de la jeune fille et de la fille-mère, le développement des micro-projets, la solidarité, l’appui aux activités génératrices de recettes, l’éveil patriotique à travers des thèmes pour réveiller la conscience des jeunes et de tous les Congolais, l’organisation des séminaires et formations pour l’autosuffisance alimentaire, et autres. Bref, tout tourne autour de la vision du chef de l’Etat qui met l’Homme au centre de son action.

HM:  Plusieurs personnalités publiques en RDC mettent souvent en place des fondations. Mais qu’est-ce que vous allez proposer de particulier dans « Acacia en Action » pour atteindre vos objectifs ?

Cette fondation est un appel de la base qui a voulu se retrouver autour des activités socio-économiques pour le développement de la communauté donnée. Plusieurs actions de grande envergure au profit de la communauté de base sont envisagées, par exemple, l’initiation à la fabrication des savons ou d’autres produits pour leur permettre de subvenir à leurs besoins. Nous y allons pour soutenir et appuyer la base à travers des initiatives de   développement. C’est autant clair que l’eau de roche, travailler avec les concernés, leur apprendre à pécher au lieu de leur donner toujours du pain. A bas la politique de la main tendue. Voilà !

HM : De l’avis de plus d’un, vous faites de la précampagne électorale. Comment différentiez-vous les actions menées dans ce cadre à celles d’une femme politique que vous êtes ? Cette fondation sera-t-elle muée en parti politique aux prochaines échéances électorales ?

Non, pas du tout. Il faut faire le distinguo entre la fondation qui est apolitique, c’est-à-dire, associative et philanthropique  et le parti politique UDPS, qui, lui, vise la conquête du pouvoir alors que la fondation ne vise que le développement de la communauté par la base et le bien-être de l’homme. Les ambitions et les objectifs sont clairement différents. Toutefois, je comprends où se trouve le problème : ma personne. Evidement, vous n’avez pas tort, laissez-moi vous avouer que beaucoup de gens font la même analyse. Il est aussi, certes, vrai que je suis femme politique, cadre de l’UDPS, ministre honoraire et présidente de la fondation, donc plusieurs casquettes. En conclusion, la nette différence doit être établie, une ligne de démarcation entre la fondation et l’UDPS, la fondation est apolitique, elle est plutôt sociale ; elle n’est donc pas l’appendice du parti politique UDPS, mon parti où je milite et j’ai fourbi mes armes et au sein duquel je continue à œuvrer avec abnégation.

HM:  Quel est le champ d’action de votre fondation ? Allez-vous vous limiter uniquement à Kinshasa ?

Rire, comme j’aime le dire, Kinshasa est certes la capitale, où tout a germé, le socle et le fondement de notre commencement. La fondation A2 apporte un autre discours, un message qui a convaincu les Kinois, qui ont cru en nous et ont adhéré massivement. Tenez, A2 (Acacia en Action) est un nouveau vent qui souffle sur la RDC. L’exemple en a été donné le 8 janvier 2022, jour de la sortie officielle de notre fondation, la symbolique place YMCA a refusé du monde, l’expression ne vient pas de moi, de vos confrères de la presse invitée. C’est simplement pour dire qu’à Kinshasa la Fondation est assez mieux implantée, enracinée même dans la quasi-totalité des communes et quartiers, le drapelet de la fondation flotte. Ainsi dit, Kinshasa n’étant pas le Congo, nos actions sont visibles à ce jour dans la province du Sud-Ubangi, d’où je viens après avoir passé plus d’une semaine avec cette population.

Là je dois insister pour dire qu’ils se sont organisés eux-mêmes, ils m’ont pratiquement tiré par la chemise pour les visiter. Notre grande surprise était que la fondation s’était fortement implantée, jusque dans les différents territoires et districts.

Le samedi 19 février 2022 à notre descente sur le tarmac de l’aéroport de Gemena, cela a ressemblé à une journée fériée, personne n’est allé au travail ! Bref, un accueil sans précèdent, une fête totale à Gemena, Libenge, Zongo, Akula, bref les images parlent d’elles-mêmes. Cet accueil a dépassé mes calculs et mes attentes, je profite de cette occasion pour remercier tous les enfants et toute la population du Sud-Ubangi. C’est-dire que A2 (Acacia en Action) n’est pas localier, mais sur toute l’étendue du territoire de la RDC.

HM: Lors du lancement de cette fondation, le 8 janvier, vous avez lancé, en même temps, une campagne dénommée : « Stop tribalisme pour un Congo uni et fort ». Qu’est-ce qui vous a motivé pour mettre en place une telle campagne ?

La motivation est simple, l’esprit patriotique, l’amour du Congo, de vivre ensemble. Un Congo uni et fort. Car, le tribalisme est un fléau qui gangrène notre société, il a causé assez d’ennui, aussi vraisemblable que cela puisse paraitre anodin, le tribalisme doit être condamné, éradiqué sur tous les plans. Cette lutte devrait être une passion pour tout Congolais épris de l’esprit de vivre collectivement. Le tribalisme ne favorise pas le développement d’un pays, au contraire, il amène le séparatisme, le clivage ethno-tribalo-clanique. Ce fléau tant qu’il existera et sera pratiqué, c’est un lit bien préparé pour la balkanisation tant décriée par tous les Congolais. Pour y parvenir, certains mécanismes doivent être pris en compte.

Par exemple, la révision de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux ASBL et aux établissements d’utilité publique en RDC, qui favorise la création des associations à caractère tribal. Nous proposons la création des associations à caractère non tribal. A titre illustratif, les anciens étudiants de l’Université de Lubumbashi, de la Province Orientale, les anciens de Motema Mpiko, Bana Kin, ce genre d’associations est cosmopolite et regorge les personnes de toutes les tribus ayant vécu ou étudié dans ces milieux. C’est cela notre credo, notre combat, et croyons avec Dieu, nous réussirons.

HM: Pourquoi avez-vous choisi la place YMCA pour lancer ces activités ?

La place YMCA est très symbolique, d’autant plus que c’est là que les lampions de l’indépendance ont commencé à s’allumer par nos pères de l’indépendance dont Joseph Kasa-Vubu et d’autres militants de l’ABAKO (Alliance des Bakongo), une association à caractère tribal, qui s’était muée en parti politique. Après une rencontre sportive le 4 janvier 1959, les affrontements ont donné à des émeutes, qui ont conduit naturellement à la réclamation de l’indépendance. Et puisque A2 (Acacia en Action) œuvre pour le bien-être de la population, même idéal de nos pères de l’indépendance.

Le 08 janvier reste également une date historique qui restera aussi gravée dans la mémoire des membres de la fondation en particulier et des Congolais en général. YMCA est le symbole de la lutte pour la souveraineté, le vouloir vivre libre et indépendant. Un souvenir de la liberté et l’éveil de conscience patriotique, un flambeau que tous, devons tenir pour l’amour du Congo.

HM: Nous sommes au mois de mars, en tant que présidente d’une fondation qui œuvre notamment pour l’auto-prise en charge de la femme et la jeune fille. Que prévoyez-vous pour ce mois ?

Des activités de grande envergure sont prévues, point n’est besoin de vous révéler notre agenda, seulement les femmes de A2 (Acacia en Action) savent que nous devons nous retrouver ensemble, notamment pour des journées de réflexion et de sensibilisation et tant d’autres. D’ailleurs, il y a tout un cahier de charges des activités à réaliser dans le cadre du mois de la femme. Le Congo a besoin de la femme qui est éveillée, celle qui défend sa patrie et se donne aux activités individuelles et collectives. Donc, une série d’activités à réaliser durant tout le mois de mars.

HM: L’UDPS a totalisé 40 ans le 15 février. Pourriez-vous nous dire quelles sont les valeurs qui ont attiré votre adhésion à ce parti ? Après 37 ans de lutte, ce parti se retrouve au pouvoir. De quoi êtes-vous fière en tant que cadre de cette formation politique ?

Finalement, je suis tentée de dire que l’UDPS est un patrimoine national congolais nous légué par nos pères fondateurs, particulièrement feu papa Etienne Tshisekedi Wa Mulumba dont l’incarnation est Son Excellence, le Président de la République, Félix Antoine   Tshisekedi Tshilombo, avec mes hommages les plus déférents. Toutes ces années de lutte ont forgé l’homme congolais à braver la peur, à aimer sa patrie, à incarner les valeurs démocratiques et des libertés fondamentales. Ma fierté est de voir que le combat du père est relayé par le fils, c’est le Congo qui gagne. « Le peuple d’abord », comme scandait la population un certain 24 janvier 2019 au Palais de la Nation, jour où le peuple avait pris le pouvoir. En fait, c’est la résultante d’une lutte et le couronnement d’un combat.

HM: Au-delà de vos activités aujourd’hui, vous avez été ministre de l’Economie nationale. Qu’est-ce que l’on peut retenir de votre passage dans ce portefeuille ?

Il serait superfétatoire de parler du bilan d’un secteur déterminé ou d’un ministère lorsqu’on sait que toute action relative au fonctionnement d’un gouvernement est à prendre dans   sa globalité. Néanmoins, nous pouvons modestement énumérer les quelques réformes que nous avons pu engager, en dépit des circonstances difficiles relatives, notamment à la pandémie de la Covid-19 qui a touché durement le tissu économique de notre pays à l’instar des autres pays du monde. Évoquer un bilan suppose accorder un regard, sans complaisance, sur les actions entreprises, en conformité avec d’une part les attributions du ministère et d’autre part, les instructions et assignations données par la Haute hiérarchie. Sur ce plan, je peux affirmer la tête haute avoir, avec bravoure et patriotisme, mené mes actions avec abnégation. J’en suis fière. Ainsi, nous pouvons citer, à titre illustratif, et la liste n’est pas exhaustive, nous avons :

-Obtenu la baisse du prix du carburant, malgré la hausse du taux de change, grâce notamment à la réforme portant mutualisation des volumes, ce qui a notamment permis l’augmentation du volume mis en consommation ;

– Maîtrisé le prix des biens de grande consommation sur le marché malgré la conjoncture liée au Covid-19 ainsi que durant la période des festivités de fin d’années caractérisée généralement par une surchauffe de marché et la pénurie des biens de première nécessité ;

 -Régulé le grammage des pains, produit hautement stratégique ; 

-Obtenu la baisse des prix des barres de fer servant notamment à la construction, après la surveillance des opérateurs du secteur et les réunions multiples afin d’obtenir de leur part le respect de la législation sur les prix ; 

– Assuré l’approvisionnement national pendant et après Covid-19 n Obtenu une subvention en faveur de la société nationale des Hydrocarbures (SONAHYDROC) en faillite depuis 20 ans, afin qu’elle puisse jouer son rôle comme dans les décennies passées ; 

– Obtenu une baisse sensible du manque à gagner de l’état de plus de 75 millions de dollars sans que le gouvernement ne débourse un seul dollar ;

 -Redynamisé la Commission de la Concurrence (COMCO). Structure importante dans la régulation du secteur concurrentiel ;

– Maîtrisé le coût, prix du transport en commun, conséquence de la baisse des prix du carburant et d’une politique efficace de suivi des paramètres concourants à la fixation des prix  de 2250Fc à 1995 FC. 

– Permis d’augmenter le volume de mise en consommation des produits pétroliers de 30.000 actuellement à 53.000 m3. Il est, certes vrai, qu’il y aura sans conteste et modestement un avant et un après Acacia Bandubola, je puis dire sans peur d’être contredite : « J’ai servi la République et mon pays, je sors tête haute !». 

Propos recueillis par Heshima Magazine 

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