Pour qui a l’idée qu’offre le mirage de la chaleur accablante du désert, débarquer à Dubaï lui donnerait peut-être l’impression qu’il en vivrait le reflet alors que la réalité n’est en rien trompeuse : on est bel et bien devant un spectacle de la démesure qui s’accommode toutefois des charmes de la tradition et de la vivacité du commerce.
De fait, il y a à peine une quarantaine d’années, cet espace n’était que dunes, changeant de formes au gré des vents de sable où la forte température ne pouvait que pousser à se mettre à l’abri. Depuis cette époque, cet émirat faisant partie d’un vaste ensemble regroupé au sein des Emirats Arabes Unis dans le Golfe Persique s’est vu transformé à l’initiative folle de la famille princière Al Maktourn qui a décidé de parier sur le tourisme plutôt que sur le pétrole.
Le pari semblait à priori insurmontable, car il était question d’affronter un endroit inhospitalier, à savoir, construire dans un immense désert de sable en l’absence d’eau, qui plus est dans un climat torride, où brûle le soleil toute l’année avec une température de 51° entre juillet et août contre 30° le reste du temps. Grâce à des moyens colossaux tirés de la manne pétrolière de la région, une volonté de fer et des prouesses technologiques le mirage de ce grandiose projet a produit le miracle inattendu.
D’abord dans ce milieu aride, dénué de précipitations, le premier défi était de trouver de grandes quantités d’eau. Celles-ci sont tirées à 80 km de la ville des réserves d’une infiltration d’eau dans le sous-sol remontant à plus de deux millions d’années d’une région autrefois humide et verdoyante. Une autre partie de l’eau est puisée dans la mer avant de se voir dessalée Ainsi, malgré ce handicap, la ville est systématiquement arrosée et abondamment alimentée par une eau qui circule à travers des tuyaux souterrains pour desservir la mégapole et ses gigantesques immeubles par un mécanisme de circuit fermé qui la recycle.
Une ville au tourisme varié
Le deuxième défi était d’ériger d’impressionnantes tours sur du sable friable en creusant au plus profond pour faire de ce lieu qui à l’époque ne comptaient que quelques arbustes caractéristiques du désert, le spectacle d’une immense forêt de béton. Aujourd’hui, après cette victoire sur la nature domptée malgré ses caprices, le miracle a opéré pour faire de Dubaï un haut-lieu touristique.
Une ville aux mille et un visages
Féerique Dubaï
Selon plusieurs critères, Dubaï se classe dorénavant comme la ville la plus moderne, futuriste même, et la plus luxueuse au monde. S’il fallait la définir en un seul mot, la ville se caractérise par une extravagance où tout se conjugue au superlatif.
A côté de plus de 200 gratte-ciels, dont la Princess Tower de 414 m, c’est chez elle où se dresse le plus élevé gratte-ciel du monde, le Burj Khalifa qui trône fièrement à 828 m. 35.000 personnes y vivent ou y travaillent. Son hôtel de cinq étoiles, le Burj Al Arab est le plus luxueux du monde. Pour héberger ses visiteurs et sa population, Dubaï s’est engagée dans un autre challenge, celui de gagner de l’espace sur la mer et rallonger son littoral de 70 km. Cela a donné naissance à un archipel artificiel prêt à être occupé par 5.000 logements en forme de palmier nommé « The Palm » qui en lui-même est un autre témoignage de la capacité de démesure de la ville.
Toujours parmi ses fantastiques infrastructures, le shopping Dubaï Mall, évidemment le plus grand centre commercial au monde, vaut le détour, que ce soit pour les achats ou le lèche-vitrines, car on y dénombre 1.200 boutiques sur 5 étages pour une superficie totale de 800.000 m². En son sein, le plus grand magasin de bonbon du monde avec ses 5.000 variétés et un parc d’attractions avec une patinoire se distinguent parmi la panoplie de ses activités commerciales.
Burj Al Arab hôtel le plus luxueux du monde
Cette mégapole embrasse tout type de tourisme, car on y dénombre une marina avec les plus beaux bateaux que l’on puisse imaginer, des excursions à dos de chameau au désert, des courses de chameau pour la détente et les paris, des moments de loisir avec le choix d’une vingtaine de parcs d’attractions de loisirs où rivalisent des spectacles d’animations, un impressionnant aquarium avec 250 espèces incroyables de poisson avec des jeux de fontaines extraordinaires, des piscines pour nager et surfer, un grand spa de thalassothérapie. Et encore plus imaginable dans cet environnement brûlant, l’existence de terrains de golf verdoyants ou pire encore dans un milieu couvert des pistes enneigées où faire de la glisse et des batailles de boule de neige !
Selon plusieurs critères, Dubaï se classe dorénavant comme la ville la plus moderne, futuriste même, et la plus luxueuse au monde.
C’est donc dire que Dubaï est un véritable paradis pour des gens fortunés et tout est fait pour en mettre plein la vue à commencer par l’équipement de la police touristique qui dispose de véhicules dernier cri pour assurer la sécurité des touristes ! Et la ville ne cesse de s’étendre, pour accueillir ses touristes toujours plus nombreux, attirés par ses merveilles dignes des contes de fées arabes, revisités sous un jour nouveau. Car là aussi, les chiffres sont sublimes : Dubaï dispose du plus grand aéroport du monde avec des mouvements de passagers d’au moins 14 millions de personnes par an. Certainement, l’avenir réserve des surprises sur ce trafic des passagers, au vu d’autres projets en perspective, comme celui pharaonique de World Islands qui formera un archipel de plusieurs centaines d’îles.
De ce fait, cette mégapole qui a grandi en trente ans se caractérise par son aspect cosmopolite avec la présence de plus de 200 nationalités sur son sol. Au moins, cette donne multiculturelle a le mérite d’enrichir l’intérêt porté à un séjour à Dubaï, ne fusse qu’en termes de gastronomie où se côtoient la cuisine arabe, indienne, libanaise, irakienne, extrême-orientale …
Destination prisée des Congolais
En dehors de cette facette éblouissante de Dubaï, il en existe une autre moins exubérante qui est collée à son passé, celui où se localise le vieux Dubaï avec le port de pêche d’où se raconte la vie passée de l’émirat marquée bien sûr par la pêche, l’élevage caprin et ovin, la vente des dattes, mais surtout la plongée sous-marine pour la chasse aux huitres perlières pour aller à la recherche de ces précieux bijoux. D’ailleurs, un musée de la Perle qui abrite la plus grande collection de perles naturelles au monde est le témoignage de cette épopée glorieuse.
Avec la stratégie de promouvoir le tourisme dans tous ses aspects, Dubaï a adopté une politique d’exonération fiscale pour attirer plusieurs entreprises, ce qui finit par faire de la ville une vaste plate-forme de négoce exemptée de frais douaniers, où se déverse tout ce qui se fabrique dans le monde, que ce soit en Asie, en Europe ou en Amérique. Le marché de Deira, regroupé en plusieurs souks typiques arabes, est ainsi l’un des endroits fréquentés par les Congolais pour s’approvisionner en marchandises à importer au pays, au côté d’autres nationalités africaines ou asiatiques qui se sont constituées en communautés au sein desquelles des guides sont mis à contribution pour orienter les voyageurs du moment.
C’est là où se vendent des épices aux senteurs exotiques, des produits de la pêche, des vêtements, des babioles et en fait tout ce dont un consommateur moyen peut avoir besoin. Parce que la ville compte plusieurs marchés, il est indiqué de s’adjoindre un guide qui aidera à la prospection de la marchandise qui fera la bonne affaire. Car dans tel quartier, situé parfois en périphérie de la ville, ce sont des voitures qui sont parquées les fameuses ketches, pour la grande majorité destinées à faire le taxi au pays, alors qu’ailleurs ce sont des sacs, à un autre endroit des carreaux pour la maison et ainsi de suite.
Avec à peine 700 $ en moyenne pour le billet d’avion, dont le prix varie d’ailleurs en fonction de la saison et un visa aisément accessible, le Congolais, surtout celle de la gent féminine, pratique une autre forme de tourisme, le tourisme d’affaires, avant peut-être de s’enrichir suffisamment pour se rendre dans la partie féerique de Dubaï. Mais en attendant, le voyage est le plus futé possible ! Certains s’y rendent avec une somme relativement modeste par exemple la somme de 2.000 $ pour aller faire ses emplettes. En bon commerçant, tout est compté à commencer par la brièveté du séjour de moins d’une semaine souvent, en profitant des facilités sur place, par exemple, la possibilité de partager à quatre avec d’autres voyageurs, même inconnus, une chambre d’hôtel facturée à 80 $ tout en se restaurant au moindre coût avec les victuailles ramenées du pays.
Et en dépit de toute l’importance de ces visiteurs de la planète, Dubaï a su préserver son identité arabe et musulmane, car les journées sont systématiquement rythmées à l’instar d’autres pays de cette obédience, par les appels du muezzin qui conduisent à suspendre le temps pour se tourner vers la Mecque pour la prière. A plusieurs égards, malgré ce modernisme à tout crin de l’émirat, de nombreuses traditions n’ont pas été entamées. Cela se remarque par le port vestimentaire des hommes comme des femmes, par le cloisonnement entre sexes ou tout simplement par l’art de vivre local. Et l’hospitalité des Dubaïotes n’est pas non plus des moindres pour rendre agréable un séjour dans ce coin déroutant.
La ministre d’État en charge des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, Thérèse Kayikwamba Wagner, a été reçue le 28 mai 2026 à Dublin par la présidente irlandaise Catherine Connolly. Au centre des échanges : la mort controversée d’Yves Sakila, un Congolais décédé après une interpellation musclée en Irlande. Cette rencontre intervient alors qu’un autre drame frappe la diaspora congolaise, avec la mort tragique de Christian Ndjondo à Chypre lors d’un contrôle migratoire.
La République démocratique du Congo suit de près les circonstances entourant le décès d’Yves Sakila, un ressortissant congolais de 35 ans mort le 16 mai à Dublin. Dans le cadre d’une visite de travail en Irlande, la ministre d’État et ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a été reçue par la présidente irlandaise Catherine Connolly. Selon le ministère congolais des Affaires étrangères, les discussions entre les deux personnalités ont principalement porté sur les circonstances de la mort d’Yves Sakila, un informaticien de 35 ans originaire de la RDC, décédé à l’hôpital Mater de Dublin après une interpellation particulièrement violente.
Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre le trentenaire immobilisé au sol par plusieurs agents de sécurité privée, exerçant une forte pression sur son cou. Accusé de vol d’un parfum, le Congolais avait été transféré à l’hôpital après son arrestation avant d’y succomber. Au cours de cette rencontre diplomatique, la cheffe de la diplomatie congolaise a pris acte de l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante annoncée par les autorités irlandaises afin de déterminer les causes exactes du décès. Thérèse Kayikwamba Wagner a insisté sur la nécessité de mener des investigations « transparentes, impartiales et diligentes ». Elle a également réaffirmé l’attachement de la RDC à la protection des droits et de la dignité de ses ressortissants vivant à l’étranger, tout en condamnant toute forme de discrimination et de stigmatisation.
Un autre Congolais meurt en Chypre
Alors que l’émotion reste vive en Irlande et pendant que la cheffe de la diplomatie congolaise s’entretenait avec la présidente irlandaise, un autre drame impliquant un Congolais est venu endeuiller la diaspora africaine en Europe. À Nicosie, capitale de Chypre, Christian Ndjondo, un jeune Congolais vivant en situation administrative irrégulière, a perdu la vie le 28 mai dans des circonstances tragiques.
Selon les premiers éléments rapportés par des témoins, le jeune homme se trouvait chez un ami lorsque les forces de l’ordre chypriotes ont mené une opération de contrôle migratoire dans l’immeuble. Pris de panique à l’idée d’être interpellé, Christian Ndjondo aurait tenté de s’échapper par la fenêtre de l’appartement situé au septième étage. Sa chute lui a été fatale. Le jeune homme est mort sur le coup après avoir violemment heurté le sol au rez-de-chaussée. Des vidéos amateurs filmées par des témoins circulent déjà sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’émotion et d’indignation au sein de la communauté congolaise.
Les sapeurs-pompiers de Nicosie ont récupéré le corps avant son transfert à la morgue locale. Les autorités chypriotes ont annoncé l’ouverture d’une enquête afin d’établir les circonstances exactes de cette tragédie. Ces deux décès survenus à quelques jours d’intervalle relancent le débat sur les conditions de traitement des migrants et des ressortissants africains en Europe. Au sein de la diaspora congolaise, les appels à la vérité, à la justice et au respect des droits humains se multiplient, tandis que Kinshasa promet de suivre de près l’évolution des enquêtes ouvertes en Irlande comme à Chypre.
À quelques mois du Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026 à Phnom Penh, capitale du Cambodge, la course au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend une nouvelle tournure. Alors que la Congolaise Juliana Amato Lumumba et la Rwandaise Louise Mushikiwabo occupaient déjà le devant de la scène diplomatique, la Mauritanie entre officiellement dans l’arène avec la candidature de Mme Coumba Ba.
La bataille pour la direction de l’OIF s’annonce plus ouverte que prévu. Après l’annonce de la candidature de Juliana Amato Lumumba, portée par la République démocratique du Congo, et celle de la secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo, soutenue par Kigali pour un troisième mandat, une troisième voix africaine vient désormais rebattre les cartes.
La Mauritanie a officiellement présenté Dr Coumba Ba comme candidate au poste de secrétaire générale de l’OIF. Conseillère présidentielle et figure reconnue des milieux diplomatiques et académiques mauritaniens, elle apparaît comme une candidature de compromis dans un contexte marqué par de fortes tensions géopolitiques entre Kinshasa et Kigali.
Depuis plusieurs mois, la campagne pour la succession à la tête de l’institution francophone prend des allures de duel politique entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa mise sur Juliana Lumumba, fille du héros de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba et ancienne ministre de la Culture, afin de renforcer l’influence du plus grand pays francophone du monde au sein de l’organisation.
Face à elle, Louise Mushikiwabo défend son bilan à la tête de l’OIF depuis 2018. L’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères bénéficie du soutien de Kigali ainsi que de plusieurs partenaires francophones qui saluent ses efforts de modernisation de l’institution.
Mais l’entrée en lice de la Mauritanienne Coumba Ba pourrait redistribuer les équilibres diplomatiques. Selon plusieurs observateurs, Nouakchott cherche à proposer une alternative consensuelle susceptible de rassembler les États francophones désireux d’éviter une confrontation frontale entre les blocs congolais et rwandais.
Coumba Ba, bien connue de Félix Tshisekedi
Alors que le chef de l’État congolais met tout en œuvre pour soutenir la candidature de Juliana Lumumba, la Mauritanie propulse dans cette compétition une figure bien connue de la Cité de l’Union africaine, située sur les hauteurs du mont Ngaliema, à Kinshasa.
Originaire du Gorgol, dans le sud de la Mauritanie, le long de la frontière avec le Sénégal, Coumba Ba est issue d’une grande famille aristocratique peule. Il y a exactement deux ans, elle avait été reçue par Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine. À l’époque, elle était ministre et envoyée spéciale du président mauritanien Mohamed Ould El-Ghazouani. Elle était venue présenter au président congolais une candidature mauritanienne au poste de directeur général du Centre africain de formation et de recherche administratives pour le développement (CAFRAD).
« Je suis porteuse d’un message de son frère, le président Ghazouani, qui m’a chargée de venir lui parler de la candidature de la Mauritanie au poste de directeur général du CAFRAD », avait indiqué Mme Coumba Ba à la presse présidentielle congolaise. Dr Coumba Ba s’était alors montrée confiante : « Le président Tshisekedi a de l’estime pour le président Ghazouani et il se bat beaucoup pour le renforcement de l’intégrité africaine. Je pense que nous pouvons compter sur son soutien. »
Cet épisode témoigne du fait que Coumba Ba, devenue aujourd’hui elle-même candidate à la tête de l’OIF, est déjà connue du chef de l’État congolais. Sa candidature se présente désormais comme une alternative en cas d’impasse entre les différents États électeurs. Dr Coumba Ba apparaît ainsi comme une troisième voie susceptible de départager Louise Mushikiwabo et Juliana Lumumba.
Entre-temps, la Première ministre congolaise Judith Suminwa a officiellement lancé, le 21 mai à Paris, la candidature de Juliana Lumumba. Devant plusieurs personnalités du monde francophone, Judith Suminwa a plaidé pour « une Francophonie qui avance ». « La candidature de Madame Juliana Amato Lumumba incarne une Francophonie qui avance. Une Francophonie qui ose. Une Francophonie qui se renouvelle sans renier ses valeurs », a-t-elle déclaré. De son côté, Juliana Lumumba appelle à une « refondation » de la Francophonie.
Mais au milieu de cette bataille entre les trois dames, un homme s’est également porté candidat : Dacian Cioloș. L’ancien Premier ministre roumain ambitionne lui aussi d’occuper le fauteuil qui n’a plus été occupé par un homme depuis l’ancien Premier ministre sénégalais Abdou Diouf.
L’élection du prochain secrétaire général de l’OIF doit se tenir lors du Sommet de la Francophonie prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge. Au-delà du choix d’une personnalité, ce scrutin révèle surtout les nouvelles rivalités d’influence qui traversent l’espace francophone africain.
À six mois de l’échéance, la bataille diplomatique ne fait que commencer. Entre la continuité défendue par Louise Mushikiwabo, l’ambition portée par Juliana Lumumba et le positionnement d’équilibre incarné par Coumba Ba, l’OIF s’apprête à vivre l’une des élections les plus disputées de son histoire récente.
Une quinzaine de migrants latino-américains expulsés des États-Unis ont été accueillis à Kinshasa, une première pour laRépublique démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement congolais, pris dans une équation diplomatique sensible, s’appuie sur l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour gérer cette situation inédite et controversée.
L’arrivée, dans la nuit du 17 avril, de quinze migrants expulsés des États-Unis marque un tournant dans la politique migratoire impliquant la République démocratique du Congo (RDC). Ce groupe – composé notamment de ressortissants péruviens et équatoriens – a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, après un vol en provenance du territoire américain. Il s’agit du premier contingent accueilli dans le cadre d’un dispositif américain controversé consistant à expulser des migrants vers des « pays tiers », souvent africains, avec lesquels Washington a conclu des accords discrets. Pour le moment, les premiers arrivants semblent en bonne santé. Ils ont été répartis dans différents appartements du complexe hôtelier Venus Village situé sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de la N’Sele, dans l’Est de Kinshasa. Cette arrivée des premiers migrants crée déjà la controverse au pays. Le gouvernement, à travers le ministère de Communication et Médias, a affirmé que la prise en charge financière de ces personnes est assurée par les Etats-Unis. La Première ministre, Judith Suminwa a confirmé cette position, évoquant un service que la RDC rend aux Etats-Unis. « C’est un service que nous rendons aux États‑Unis, qui prennent en charge ces personnes sur notre territoire à travers l’OIM. Pour l’instant, nous collaborons avec les États‑Unis d’Amérique et l’Organisation internationale pour les migrations afin de recevoir ces migrants de manière temporaire, en attendant de leur trouver d’autres alternatives, notamment des pays d’accueil », a déclaré Judith Suminwa au journal Afrique de TV5 Monde le 18 avril. Mais face à ce défi inédit dans son format actuel, le gouvernement fait appel à cet organisme spécialisé pour la gestion de ces migrants.
Une gestion confiée en partie à l’OIM
Face à cette situation sensible, les autorités congolaises ont sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’agence onusienne est chargée d’apporter une assistance humanitaire aux migrants et pourrait organiser, sur base volontaire, leur retour vers leurs pays d’origine. Mais l’OIM a tenu à préciser qu’elle ne joue aucun dans ce deal migratoire entre Kinshasa et Washington. L’organisation a signifié, le 20 avril, via son porte-parole, qu’elle « ne joue aucun rôle dans les accords bilatéraux tels que celui conclu entre la RDC et les États-Unis ». D’où, elle se réserve le droit de limiter, de refuser ou de suspendre son implication si les normes minimales de protection ne peuvent être garanties. « Les questions relatives aux termes ou au champ d’application de tout accord bilatéral doivent être adressées aux autorités gouvernementales compétentes », déclare l’OIM. Cette organisation internationale signale également que les questions liées au retour de ces migrants vers leurs pays d’origine relèvent de leur propre volonté.
Cependant, au-delà d’une assistance fondée sur les besoins et sur des évaluations individuelles, l’organisation dit qu’elle peut « proposer une aide au retour volontaire aux migrants qui en font la demande, conformément à son mandat et aux cadres juridiques applicables ». Cette agence de l’ONU chargée des migrations a néanmoins précisé qu’elle n’assiste que des retours « strictement volontaires », lesquels reposant « sur le libre consentement préalable et éclairé des personnes concernées ».
Selon des sources au sein du gouvernement, ces migrants ne sont pas destinés à rester durablement en RDC. Ils bénéficient d’un statut de séjour temporaire, le temps que leur situation soit examinée individuellement ou qu’une solution de rapatriement soit trouvée.
Un accord opaque et politiquement sensible
À Kinshasa, la gestion de ce dossier suscite malaise et interrogations. Ce deal migratoire entre le gouvernement congolais et les États-Unis n’a pas été rendu public dans ses détails, alimentant les critiques sur son opacité et sur les contreparties éventuelles pour la RDC. Des analystes y voient un geste diplomatique de la part du gouvernement congolais, dans un contexte de rapprochement avec Washington, notamment autour de partenariats stratégiques et sécuritaires.
Des inquiétudes sur les droits humains
Mais cette coopération n’est pas sans risque. La RDC, déjà confrontée à de graves défis socio-économiques et sécuritaires, doit désormais gérer l’accueil de migrants sans lien avec son territoire, dans des conditions logistiques et juridiques encore floues. Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine.
Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. En RDC, certains experts des droits humains comme Venance Kalenga regrette que le pays prenne part à la politique de transfert forcé de ces demandeurs d’asile. D’après lui, il s’agit d’une violation des droits humains qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le droit international humanitaire. « La crainte est que les Etats-Unis qui sont un modèle en matière de protection des demandeurs d’asile puissent influencer les autres Etats à se comporter de la même manière. Notre pays, en acceptant de faire cela, viole le droit international humanitaire parce qu’il essaie de sous-traiter une question qui était soumise aux Etats-Unis. Il accepte ces demandeurs d’asile qui viennent dans un pays où ils ne sont pas sûrs de la protection », a-t-il déclaré au micro de Deutsche Welle.
Plus largement, les ONG dénoncent une externalisation des politiques migratoires américaines vers des pays aux capacités d’accueil limitées, dans des conditions souvent peu transparentes. Alors que d’autres arrivées sont envisagées dans les prochaines semaines, la RDC se retrouve en première ligne d’un dispositif migratoire international controversé. Kinshasa devra trouver un équilibre délicat pour éviter que cette coopération ne se transforme en fardeau durable.