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Église catholique en RDC : entre foi, politique et contre-pouvoir
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La redaction
L’Église catholique en République démocratique du Congo (RDC) occupe une place singulière dans la vie spirituelle, sociale et politique du pays. Si son rôle de défenseur des droits humains et de médiatrice dans les crises est souvent salué, il est également sujet à débat. Certains estiment qu’en s’impliquant aussi activement dans les affaires politiques, l’Église dépasse ses prérogatives spirituelles pour endosser une posture proche de celle d’un parti d’opposition, soulevant des interrogations sur la pertinence de cette démarche.
Dans de nombreux pays du monde, l’église catholique se concentre davantage sur des questions éthiques et morales, limitant son intervention politique à des plaidoyers indirects ou à des conseils spirituels. En RDC, cependant, elle va bien au-delà. Par ses prises de position publiques, ses appels à la mobilisation et son rôle de médiatrice, elle s’implique directement dans la gestion des affaires publiques.
Cette implication soulève des critiques. Certains observateurs considèrent que l’église catholique, en adoptant une posture ouvertement critique vis-à-vis des régimes successifs, risque de se comporter comme une force politique concurrente. Elle prend souvent des positions qui, bien que justifiées moralement, donnent l’impression qu’elle agit comme un parti d’opposition. Cette situation brouille la ligne entre son rôle spirituel et son rôle politique, exposant ses leaders à des accusations de partialité.
« À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »
Cette critique trouve écho dans les Évangiles, notamment dans la célèbre phrase de Jésus : « À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22:21). Ce passage, souvent cité dans les débats sur la séparation entre l’Église et l’État, enseigne une distinction claire entre les domaines spirituel et temporel. Jésus répondait à une question piège sur le paiement des impôts à l’autorité romaine. En affirmant que les fidèles doivent respecter leurs obligations civiles tout en restant fidèles à Dieu, il soulignait la nécessité de respecter les sphères respectives de la politique et de la religion.
Appliquée au contexte de la RDC, cette maxime pourrait inviter l’église catholique à recentrer son action sur ses missions spirituelles et sociales, tout en laissant les affaires strictement politiques aux acteurs institutionnels et à la société civile. Son rôle ne devrait pas être de se substituer à l’État ou de devenir un acteur politique de premier plan, mais plutôt de jouer un rôle de guide moral, en inspirant des valeurs de justice et de paix sans franchir les limites de son mandat spirituel.
Une influence légitime, mais des dérives possibles
L’argument selon lequel l’église devrait se limiter à un rôle spirituel repose sur plusieurs éléments. D’abord, son implication politique peut miner sa crédibilité en tant qu’autorité morale neutre. Lorsque qu’elle prend des positions tranchées ou semble s’aligner avec certains camps politiques, elle risque de diviser ses fidèles, qui ne partagent pas nécessairement les mêmes opinions politiques.
Ensuite, en se positionnant comme un contre-pouvoir systématique, elle donne l’impression qu’elle cherche à combler un vide institutionnel, ou à prendre la place de l’opposition qu’elle juge faible, ce qui peut la détourner de ses missions premières. En RDC, cette situation est exacerbée par la faiblesse des institutions étatiques, qui pousse souvent l’église catholique à intervenir là où l’État échoue. Toutefois, ce rôle de substitution ne devrait pas l’amener à adopter des pratiques qui rappellent celles d’un parti politique.
Enfin, cette posture peut être perçue comme une contradiction avec l’enseignement biblique. Jésus lui-même n’a pas cherché à défier directement les autorités romaines ou à s’immiscer dans la gouvernance politique de son époque, préférant prêcher un message de transformation intérieure et spirituelle.
Engagée dans un contexte particulier
Dans un pays marqué par des décennies de mauvaise gouvernance, de conflits armés et d’institutions fragiles, l’église a souvent été perçue comme l’un des rares acteurs capables de représenter les intérêts du peuple. Son engagement trouve sa légitimité dans sa proximité avec les communautés locales et dans l’absence d’une société civile suffisamment forte pour tenir tête aux régimes autoritaires.
Ainsi, si elle dépasse parfois son rôle spirituel, elle répond aussi à un vide institutionnel qui la contraint à assumer des responsabilités exceptionnelles. Toutefois, ce pragmatisme ne doit pas servir de justification pour une implication politique systématique ou prolongée. Le risque est qu’elle perde sa singularité et sa mission universelle en devenant un acteur parmi d’autres dans l’arène politique.
Alliances stratégiques avec l’opposition politique
Un aspect marquant de l’engagement de l’église catholique en RDC réside dans ses relations complexes avec l’opposition politique. Depuis les années Mobutu, l’église a souvent été perçue comme une alliée indirecte de l’opposition, jouant un rôle de relais lorsqu’elle peinait à mobiliser la population.
Ce soutien s’est illustré de manière saisissante sous le régime de Joseph Kabila, notamment lors des tentatives de modification de la constitution vers la fin de son mandat. Face à une opposition fragmentée et souvent à bout de souffle, l’église catholique a pris les devants en organisant des manifestations pacifiques tous les dimanches après les messes, appelant les fidèles à défendre les principes de justice et de respect de la Constitution.
Cette mobilisation massive, orchestrée avec une discipline remarquable, a exercé une pression considérable sur le régime, le forçant à renoncer au projet controversé de modification de la Constitution dans le but de maintenir Joseph kabila au pouvoir. Ce rôle actif a contribué à créer les conditions qui ont permis l’alternance politique et l’arrivée d’un opposant, Félix Tshisekedi, à la présidence.
Cependant, loin de s’aligner sur ce dernier après son accession au pouvoir, l’église catholique a maintenu sa posture critique, notamment en s’opposant à de nouvelles initiatives perçues comme contraires à l’intérêt général, telles que le changement de la constitution.
Cette dynamique illustre la capacité de l’église à jouer un rôle d’équilibriste, entre soutien circonstanciel à l’opposition et vigilance permanente vis-à-vis du pouvoir en place. En agissant comme un véritable contre-pouvoir, elle met en lumière la faiblesse structurelle de l’opposition politique en RDC, tout en affirmant son engagement en faveur d’une gouvernance plus éthique et transparente.
Implication politique marquante
L’un des épisodes les plus emblématiques de l’implication politique de l’église catholique en RDC est la Conférence nationale souveraine (CNS) tenue entre 1991 et 1992. Elle est d’abord présidée un court moment par Kalonji Mutambai wa Pasteur Kabongo.
Sous la direction du cardinal Laurent Monsengwo, cette assemblée avait pour objectif de poser les bases d’une transition démocratique dans un pays alors gouverné d’une main de fer par Mobutu Sese Seko. En présidant cette conférence, Monsengwo n’a pas seulement assumé un rôle spirituel, mais s’est positionné comme un acteur clé du processus politique, jouant un rôle pivot dans la redéfinition des institutions du pays. La CNS a permis l’adoption d’une nouvelle constitution et la création d’un gouvernement de transition, bien que ses résultats aient été limités par les manœuvres dilatoires du régime de Mobutu.
Un autre exemple de l’implication directe de l’église catholique dans les affaires politiques remonte à la crise post-électorale de 2018. À travers la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), les évêques catholiques ont joué un rôle de médiation entre les différents acteurs politiques. Leur implication a été décisive pour éviter une escalade de la violence et pour poser les bases d’un consensus fragile qui a permis l’alternance politique.
Ces exemples montrent que, dans certaines circonstances, l’église catholique en RDC n’hésite pas à occuper une position hautement politique pour défendre l’intérêt général. Cependant, ce rôle, bien qu’efficace dans certains cas, suscite des débats sur la place que devrait occuper une institution religieuse dans un État démocratique.
La tendance humaine à oublier Dieu
La Bible regorge de récits illustrant la tendance humaine à se tourner vers Dieu dans les moments de difficulté et à l’oublier lorsque les choses s’améliorent. Un exemple frappant se trouve dans le livre des Juges, où il est écrit : « Ils abandonnèrent l’Éternel, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d’Égypte » (Juges 2:12, Louis Segond). Ce cycle de retour à Dieu en temps de crise, suivi d’un éloignement en période de prospérité, est un thème récurrent dans les écritures.
Cette dynamique peut être comparée à l’attitude de certains leaders politiques congolais, qui sollicitent le soutien de l’église catholique lorsqu’ils sont dans l’opposition, mais s’en détournent une fois au pouvoir.
Lors des crises sous le régime de Joseph Kabila, l’opposition politique a largement profité des mobilisations orchestrées par l’église pour dénoncer les dérives autoritaires. Toutefois, depuis que certains de ces opposants sont arrivés aux commandes, ils semblent moins enclins à collaborer avec une institution dont ils percevaient jadis la neutralité comme un atout. Cette ingratitude, souvent relevée par les clergés, reflète une contradiction entre les valeurs prônées aux côtés de l’église et les pratiques observées une fois le pouvoir acquis.
Un autre passage pertinent est tiré du livre de Deutéronome : « Garde-toi d’oublier l’Éternel, ton Dieu, en n’observant pas ses commandements, ses ordonnances et ses lois que je te prescris aujourd’hui » (Deutéronome 8:11, Louis Segond). Ce verset avertit contre l’orgueil qui peut surgir lorsque les difficultés disparaissent et que les bénédictions abondent. Cette mise en garde biblique illustre également le risque d’un éloignement des principes éthiques et spirituels sous l’effet du pouvoir ou du confort politique.
Jusqu’où peut-elle s’impliquer dans la politique ?
Face à ces constats, une question demeure : jusqu’où l’église catholique peut-elle s’impliquer dans les affaires politiques sans compromettre son intégrité spirituelle ? Si des figures comme le cardinal Laurent Monsengwo ou l’abbé Apollinaire Malu-Malu ont joué des rôles politiques de premier plan, ces exemples doivent-ils être perçus comme des exceptions justifiées par des crises spécifiques, ou comme une normalisation de l’implication de l’église dans la gouvernance d’un État ?
La position de Monsengwo à la tête de la CNS ou celle de Malu-Malu dans l’organisation des élections de 2006 sont des cas emblématiques où le clergé a su répondre à des besoins pressants de leadership dans un contexte de vide institutionnel. Cependant, cette implication n’est pas sans risques. D’une part, elle peut renforcer l’image d’une église catholique omniprésente, ce qui pourrait aliéner une partie de la population ou des fidèles ne partageant pas les orientations politiques qu’elle soutient implicitement. D’autre part, elle ouvre la voie à une confusion entre les rôles religieux et civils, brouillant davantage la frontière entre Église et État.
En définitive, l’église catholique en RDC se trouve dans une position délicate. Son engagement en faveur de la justice et des droits fondamentaux reste essentiel dans un pays où les institutions étatiques peinent à assumer pleinement leurs responsabilités. Toutefois, pour préserver son rôle de guide moral universel, elle doit éviter de devenir une force politique à part entière, et s’efforcer de demeurer un arbitre impartial, capable d’accompagner la société congolaise dans sa quête de justice et de paix sans sacrifier sa mission spirituelle.
Heshima
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Ville morte du 3 juin en RDC : un véritable test de popularité pour l’opposition
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1 jour agoon
juin 2, 2026By
La redaction
La journée « ville morte » décrétée pour ce 3 juin 2026 par la Coalition Article 64 (C64) dépasse le simple cadre d’une contestation politique. Elle apparaît comme un test grandeur nature de la capacité de mobilisation de l’opposition congolaise face au pouvoir en place, dans un contexte marqué par les tensions autour du projet de loi sur le référendum et le débat constitutionnel.
À moins de 24 heures de l’échéance, tous les regards sont tournés vers les principales villes du pays, particulièrement Kinshasa. En appelant les citoyens à suspendre leurs activités et à rester chez eux, les leaders de l’opposition espèrent démontrer qu’ils conservent une influence significative sur l’opinion publique et qu’ils sont capables de transformer leur discours politique en mouvement populaire. Un tel test de mobilisation n’a plus été observé à l’échelle nationale depuis plus de sept ans.
Première grande action de la C64
Pour la coalition C64, cette journée constitue la première grande action de terrain depuis son lancement. Regroupant des figures de l’opposition telles que Martin Fayulu, Delly Sessanga, Jean-Marc Kabund et Moïse Katumbi, la plateforme dénonce une remise en cause de l’ordre constitutionnel à travers le débat sur le référendum et entend faire de cette mobilisation un signal fort adressé tant au pouvoir qu’à la communauté internationale.
Mais l’enjeu est tout aussi important pour l’opposition elle-même. Après plusieurs années marquées par des divisions internes et des difficultés à mobiliser durablement les foules, la réussite ou l’échec de cette opération pourrait servir d’indicateur de son poids réel sur l’échiquier politique national. Une forte adhésion populaire renforcerait sa crédibilité et sa capacité de pression, tandis qu’une faible mobilisation alimenterait les critiques sur son éloignement des préoccupations quotidiennes de la population.
Premier test pour Fayulu sans l’UDPS
Certains observateurs doutent de la capacité de Martin Fayulu à mobiliser la rue sans l’appui de l’UDPS, longtemps réputée pour sa force de mobilisation populaire. L’opposant a toutefois rappelé avoir joué un rôle dans la relance du parti d’Étienne Tshisekedi entre 2007 et 2010. Martin Fayulu soutient notamment avoir contribué à redynamiser l’UDPS durant cette période. Une affirmation qui a suscité une vive réaction du secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya. S’exprimant devant la presse le 11 mai 2026, ce dernier a fermement contesté cette version des faits, dénonçant des propos qu’il juge sans fondement.
Pour Augustin Kabuya, attribuer à Martin Fayulu la renaissance de l’UDPS relève d’une contre-vérité et témoigne d’une méconnaissance de l’histoire du parti. Selon lui, cette sortie médiatique visait davantage à attirer l’attention qu’à rétablir les faits. Il affirme également qu’à l’époque évoquée, Martin Fayulu ne disposait pas d’une influence politique notable sur la scène nationale et fréquentait les milieux de l’UDPS dans le but de gagner en visibilité auprès de l’opinion publique. Poursuivant son argumentation, Augustin Kabuya estime que la véritable notoriété politique de Martin Fayulu est apparue avec l’émergence de la coalition Lamuka en 2018. Il considère néanmoins que l’opposant ne bénéficie plus aujourd’hui de la même capacité de mobilisation qu’auparavant.
Dans ce contexte, le responsable de l’UDPS a lancé un défi à Martin Fayulu, l’invitant à démontrer son poids politique à travers des actions de terrain, notamment dans le cadre du débat sur une éventuelle révision de la Constitution. Il a assuré que son parti était prêt à lui répondre sur le terrain politique. Cette nouvelle passe d’armes entre les deux camps illustre les interrogations qui persistent quant à la capacité réelle de mobilisation de l’opposition.
Une opposition dont la dernière démonstration de force remonte à 2018
Depuis plusieurs années, sous la présidence de Félix Tshisekedi, l’opposition peine à mobiliser la rue. L’actuel chef de l’État n’avait d’ailleurs pas hésité à qualifier cette opposition de « pete » (faible). La dernière grande manifestation de l’opposition remonte au 26 octobre 2018. Même à Kinshasa, la mobilisation était restée relativement limitée. Quelques milliers de militants du MLC, de l’UNC, de la Dynamique de l’opposition et d’autres formations politiques avaient alors parcouru une dizaine de kilomètres entre Limete et la place Triomphale, point de chute de la marche.
Le 3 juin, la majorité annonce des activités parallèles
Face à cette initiative de ville morte, la majorité présidentielle affiche sa sérénité et mise sur la poursuite normale des activités à travers le pays. Certains de ses soutiens ont même annoncé des activités parallèles afin de démontrer leur attachement aux réformes institutionnelles envisagées.
Ce bras de fer politique transforme ainsi le 3 juin en une véritable démonstration de force entre les deux camps. Dans les milieux de la société civile, plusieurs voix appellent à la retenue et au respect des libertés publiques. Les observateurs redoutent que les tensions politiques actuelles ne débouchent sur des incidents susceptibles d’aggraver davantage le climat déjà tendu dans le pays.
Jean-Pierre Lihau rappelle l’apolitisme des agents publics
À la veille de la journée « ville morte » annoncée par l’opposition, le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a tenu à rappeler aux agents de l’État leurs obligations de neutralité politique et de présence au travail. Dans une note de service signée le 1er juin 2026, il fait état de la diffusion, au sein de plusieurs administrations publiques, de tracts attribués à des formations de l’opposition appelant les fonctionnaires à participer à l’action prévue le 3 juin.
Le ministre estime que cette initiative est incompatible avec les principes qui régissent l’administration publique. Il souligne notamment que la Constitution consacre le caractère apolitique, neutre et impartial de l’administration, tandis que le Code de conduite des agents publics interdit toute implication dans les activités partisanes ainsi que l’utilisation des ressources de l’État à des fins politiques.
Dans le souci de garantir la continuité du service public, Jean-Pierre Lihau a annoncé le déploiement, dès le 2 juin, de missions d’inspection à travers les différents services de l’administration. Les responsables hiérarchiques sont invités à veiller au strict respect de ces dispositions, à assurer une large diffusion de la note et à prendre les mesures disciplinaires appropriées en cas de violation des règles en vigueur.
Le 3 juin, un tournant dans le rapport de forces ?
Au-delà des chiffres de participation et des commerces fermés, la journée du 3 juin pourrait marquer un tournant dans le rapport de forces politique en République démocratique du Congo. Si elle réussit, l’opposition démontrera qu’elle demeure une force capable de mobiliser la rue. Dans le cas contraire, le pouvoir y verra la confirmation de son ascendant sur la scène politique nationale. Quoi qu’il en soit, le verdict appartiendra à la population, véritable arbitre de ce test de popularité à ciel ouvert.
Heshima Magazine
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RDC : Pourquoi l’opposition redoute la loi sur le référendum en examen au Parlement ?
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2 jours agoon
juin 1, 2026By
La redaction
L’examen de la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo (RDC) a donné lieu à de vives tensions entre la majorité et l’opposition. Une journée « ville morte » est prévue le 3 juin à l’appel de plusieurs formations de l’opposition pour dénoncer un éventuel changement de la Constitution, tandis que les partisans de la majorité annoncent également des manifestations en soutien à une réforme constitutionnelle.
Les tensions autour de la proposition de loi sur le référendum se sont clairement illustrées lors de la séance plénière du 27 mai. En signe de protestation, les députés d’Ensemble pour la République, principale force de l’opposition représentée à l’Assemblée nationale, ont quitté l’hémicycle avant la poursuite des débats. Initiée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, la proposition vise officiellement à doter le pays d’un cadre juridique actualisé en matière de référendum. Ses promoteurs estiment qu’elle permettra de combler un vide législatif en remplaçant les dispositions héritées de la période de transition de 2005 et en précisant les modalités d’organisation des consultations populaires prévues par la Constitution.
Du côté de la majorité présidentielle et de ses alliés, la démarche est présentée comme conforme aux prérogatives du Parlement et aux exigences de la démocratie participative. Pour les députés favorables à la réforme, cette loi ne fait qu’opérationnaliser une disposition déjà prévue par la Constitution. Ils soutiennent qu’elle permettra aux citoyens de se prononcer directement sur des questions d’intérêt national, conformément aux principes démocratiques consacrés par la loi fondamentale.
Député national élu de Mont-Amba, à Kinshasa, et président du Parti travailliste, Steve Mbikayi défend cette initiative portée par la majorité regroupée au sein de l’Union sacrée de la Nation. Pourtant, cette proposition de loi suscite une vive controverse sur la scène politique. Alors que la majorité la présente comme un instrument de consolidation démocratique, l’opposition y voit une initiative susceptible d’ouvrir la voie à des modifications constitutionnelles sensibles, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays et de fortes tensions politiques.
Référendum pour un changement de Constitution ?
Du côté de l’opposition, les inquiétudes sont nombreuses. Plusieurs leaders politiques craignent que ce texte ne constitue une étape préparatoire à une éventuelle révision de la Constitution. Ils redoutent notamment que le référendum soit utilisé pour modifier certaines dispositions jugées sensibles, notamment celles relatives à l’organisation des institutions ou à l’exercice du pouvoir, notamment les articles verrouillés tels que 219 et 220 sur la durée des mandats présidentiels.
Ces appréhensions s’inscrivent dans un contexte politique où les débats sur l’avenir des institutions reviennent régulièrement dans l’espace public. Certains opposants estiment que l’examen de cette loi intervient à un moment où les priorités du pays devraient plutôt être centrées sur la sécurité dans l’Est, la relance économique et l’amélioration des conditions sociales de la population. La majorité présidentielle rejette toutefois ces accusations. Elle affirme que le texte ne vise aucune révision constitutionnelle spécifique et qu’il se limite à définir les procédures, les modalités d’organisation et les conditions de validité d’un référendum. Selon ses défenseurs, toute interprétation contraire relèverait davantage de calculs politiques que d’une lecture objective du contenu de la proposition.
Au-delà des divergences juridiques, le débat révèle surtout la persistance d’un climat de méfiance entre les acteurs politiques congolais. Pour l’opposition, les garanties apportées par le texte demeurent insuffisantes pour écarter tout risque d’instrumentalisation politique. Pour la majorité, au contraire, le référendum constitue un outil démocratique légitime permettant de consulter directement le peuple souverain.
Des manifestations prévues cette semaine
Alors que la proposition de loi poursuit son parcours législatif, la controverse est loin d’être terminée. Plusieurs manifestations sont prévues cette semaine à travers le pays. La Coalition Article 64 (C64) a appelé la population congolaise à observer une journée « ville morte » le 3 juin prochain. Cette action vise à protester contre tout projet de révision ou de changement de la Constitution. Le parti politique Alternative 2028, dirigé par l’opposant Ados Ndombasi, a également lancé le même appel. Dans un message diffusé le 31 mai, ses militants affirment qu’une modification de la loi fondamentale pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel pour le chef de l’État, Félix Tshisekedi. Ils invitent ainsi les citoyens à rester chez eux afin de marquer leur opposition à cette éventualité.
L’Alliance pour le Changement (A.Ch), parti de l’opposant Jean-Marc Kabund-a-Kabund, a également appelé ses militants, ses sympathisants ainsi que l’ensemble de la population à observer strictement cette journée « ville morte » décrétée par la coalition C64. « Vous avez vu ce que le Parlement vient de faire récemment ? Cet acte, au niveau de l’Alliance pour le Changement et bien évidemment de la coalition C64, nous l’avons considéré comme une déclaration de guerre. Nous avions dit qu’une fois la loi référendaire votée, nous demanderions au peuple de se prendre en charge et de mettre en application l’article 64 de la Constitution. C’est ce processus que nous avons déclenché », a déclaré Boniface Makobo, secrétaire général adjoint du parti de Jean-Marc Kabund-a-Kabund.
Parallèlement, une marche organisée par les partisans de la majorité au pouvoir est prévue le même jour à Kinshasa ainsi que dans certaines provinces. L’Église de Réveil du Congo (ERC) entend également soutenir l’initiative de changement de la Constitution. Une autre manifestation en faveur d’une réforme constitutionnelle est annoncée pour le 5 juin, selon Ejiba Yamapia, représentant légal de l’Église de Réveil du Congo.
Actuellement examinée par la commission Politique, administrative et juridique (PAJ) de l’Assemblée nationale, cette proposition de loi sera scrutée de près lors des prochaines étapes de son parcours institutionnel. Plus qu’un simple débat juridique, cette réforme apparaît comme un nouveau test de confiance entre le pouvoir et l’opposition dans un pays où toute discussion touchant aux équilibres institutionnels demeure particulièrement sensible.
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La santé mentale, un sujet encore tabou en RDC
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1 semaine agoon
mai 27, 2026By
La redaction
Dépression, anxiété, traumatismes liés aux conflits ou encore détresse psychologique : en République démocratique du Congo, les troubles de santé mentale touchent des millions de personnes, mais restent largement sous-estimés, entourés de silence et de stigmatisation. À Kinshasa, près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. Le manque de structures adaptées, les croyances traditionnelles et l’absence de sensibilisation font que les malades souffrent souvent dans l’ombre.
À Kinshasa comme dans plusieurs provinces du pays, parler de santé mentale demeure un sujet délicat. Beaucoup associent encore les troubles psychiques à la sorcellerie, à une malédiction ou à une faiblesse spirituelle. Résultat : les personnes souffrant de dépression, de bipolarité ou de stress post-traumatique hésitent à consulter un spécialiste par peur du rejet social. Dans le pays, près de 20 millions de personnes, soit un Congolais sur cinq, souffriraient d’un problème de santé mentale.
Les causes des troubles mentaux sont nombreuses en RDC. Les conflits armés dans l’Est du pays, la pauvreté, le chômage, les violences sexuelles, la pression économique et les difficultés familiales exposent une grande partie de la population à d’importantes souffrances psychologiques. Les jeunes figurent parmi les plus touchés, notamment face au manque de perspectives et à la précarité grandissante de la vie, particulièrement à Kinshasa.
Malgré cette réalité, le pays dispose encore de très peu de structures spécialisées. Les centres psychiatriques restent rares et souvent concentrés dans les grandes villes. Dans plusieurs territoires, les patients doivent parcourir de longues distances pour obtenir une prise en charge. Le manque de psychologues, de psychiatres et de moyens financiers limite également l’accès aux soins.
Dans les familles, le sujet reste souvent minimisé. Certaines personnes en détresse sont abandonnées, isolées ou conduites dans des centres de prière plutôt que vers des professionnels de santé. Cette situation aggrave parfois des cas déjà fragiles. « Beaucoup souffrent en silence parce qu’ils ont peur d’être jugés », explique un psychologue à Kinshasa.
Kinshasa, la ville la plus touchée ?
Pourtant épargnée par la guerre, la ville de Kinshasa semble particulièrement affectée par les troubles de santé mentale. En avril, le docteur Emmanuel Epenge, neuropsychiatre au CNPP, a révélé que près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. En cause : la pression du quotidien, entre embouteillages, manque d’eau et coupures d’électricité.
Selon lui, le gouvernement devrait être alerté sur l’ampleur préoccupante de cette situation dans la capitale congolaise. De nombreux habitants seraient victimes, à différents niveaux, des effets directs liés aux conditions de vie particulièrement éprouvantes à Kinshasa.
Au centre Telema, des cas affluent
Au Centre Telema, à Kinshasa, les spécialistes constatent un afflux de patients souffrant de troubles liés à la santé mentale. « Ces derniers temps, nous recevons plus de personnes qu’avant, pour des problèmes allant de légers troubles anxieux à des pathologies sévères. Aujourd’hui seulement, j’ai consulté dix-sept patients. Certains ont dû être invités à revenir un autre jour », expliquait le professeur Josué Ozowa Latem à Deutsche Welle.
Psychothérapeute et consultant au Centre Telema, il affirmait déjà en août dernier que les couloirs du centre ne désemplissaient plus. De plus en plus de patients viennent consulter. « Les causes sont multiples : parfois physiques, comme une malaria mal soignée ou les séquelles d’un accident. Mais la plupart sont d’ordre psychologique et social. Les gens ont des ambitions, des rêves… mais les années passent et ils n’arrivent pas à les réaliser. Les tensions familiales, les ruptures amoureuses, la perte d’un proche, l’insécurité, le chômage… tout cela mine l’esprit », détaillait-il.
Le spécialiste recommande également un accompagnement familial pour chaque patient afin d’augmenter les chances de guérison. « Nous posons un diagnostic précis et nous mettons en place un plan thérapeutique adapté. Mais la clé, c’est aussi l’accompagnement : un patient isolé a moins de chances de guérir. Les familles doivent rester présentes, encourager, écouter et bannir les préjugés qui détruisent plus qu’ils ne soignent », insistait-il.
Des projets pour soutenir la santé mentale
En 2025, un projet intitulé « Amélioration des conditions de vie des populations dans des contextes sécuritaires critiques en République démocratique du Congo, à travers le soutien en santé mentale et services psychosociaux pour la paix » a été lancé. Ce projet, soutenu par la coopération allemande à travers la KfW, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les institutions nationales, s’étendra sur cinq ans. Il vise à promouvoir une approche intégrée de la santé mentale et de la cohésion sociale, ciblant plus de 137 000 bénéficiaires directs grâce à des centres communautaires, des formations spécialisées et des campagnes de sensibilisation. La nécessité urgente d’une telle initiative a été saluée au regard des conflits prolongés dont la RDC est victime, notamment dans l’Est du pays.
Toujours en 2025, plus de 600 personnes ont été ciblées par une campagne de consultations gratuites en santé mentale, organisée du 9 au 10 octobre par le Centre neuropsychopathologique (CNPP) de Kinshasa, en marge de la Journée mondiale de la santé mentale. « Les troubles du sommeil, du bébé jusqu’à la personne du troisième âge, les séquelles des accidents vasculaires cérébraux (AVC), les convulsions, les crises épileptiques, le stress, les maux de tête, les excès de colère mal contrôlés, ainsi que la consommation de drogues, d’alcool, de tabac et de chanvre » figuraient parmi les cas examinés lors de cette campagne, selon le docteur Daniel Okitundu, médecin-directeur du CNPP.
En février 2026, à Kinshasa, un centre médical baptisé « Afyakili », spécialisé en santé mentale, a été inauguré dans la commune de Kasa-Vubu. « Ce centre est spécialisé en santé mentale et psychosociale. C’est une nouveauté dans cette ville d’intégrer les soins généraux dans la santé mentale », avait déclaré le docteur Gédéon Samba, directeur du Programme national de santé mentale en RDC.
Selon lui, le CNPP travaille avec des hôtesses d’accueil, des médecins, des psychologues, des médecins stagiaires ainsi que des étudiants en médecine chargés d’orienter les patients vers les services appropriés.
Faire évoluer les mentalités…
Ces initiatives étatiques, citoyennes et associatives tentent de faire évoluer les mentalités. Des campagnes de sensibilisation sont organisées dans les universités et sur les réseaux sociaux afin d’encourager la parole autour de la santé mentale.
Des créateurs de contenu, médecins et activistes utilisent également Internet pour briser les préjugés et rappeler qu’un trouble psychique est une maladie comme les autres.
Les spécialistes insistent sur la nécessité d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques publiques. Ils plaident pour la création de nouveaux centres spécialisés, la formation du personnel médical et l’éducation des communautés afin de réduire la stigmatisation.
Longtemps ignorée, la santé mentale commence progressivement à trouver une place dans le débat public congolais, notamment depuis la campagne de consultations gratuites lancée l’année dernière par le CNPP. Mais pour vaincre définitivement le tabou, il faudra encore sensibiliser, écouter et surtout reconnaître que le bien-être psychologique est un droit fondamental pour tous.
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