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Politique

Affaire BUKANGA LONZO Quelle suite après le refus du Sénat ?

La chambre haute du Parlement a refusé de lever les immunités parlementaires des sénateurs Augustin Matata et Ida Kamoji cités dans la débâcle du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo. Après ce revers, la justice a-t-elle encore des marges de manœuvre ?

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Humiliation de la justice ? Protection mutuelle des sénateurs ? Les questions continuent de se poser après ce qui s’est passé au Sénat. C’était pour le moins une sorte de douche froide que la justice a subie, le 15 juin dernier, au Sénat, après le refus des sénateurs de lever les immunités parlementaires de l’ancien Premier ministre, Augustin Matata Ponyo et de la sénatrice Ida Kamoji. Après un huis clos décrété à la chambre haute du Parlement pour l’examen du rapport de la commission spéciale chargée d’auditionner chaque sénateur concerné afin de présenter ses moyens de défense avant de procéder à la levée ou non de leurs immunités, la plénière a finalement tranché dans l’urne.

En effet, 46 sénateurs ont voté « Oui », 49 ont voté « Non » et un bulletin nul. « Par conséquent, le Sénat n’autorise pas les poursuites à charge du sénateur Matata Ponyo Augustin », a conclu le président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo. Une décision, bien que souveraine, mais qui passe mal  au sein de l’opinion. Pour Luzolo Bambi, ancien conseiller spécial de l’ancien Chef de l’Etat, Joseph Kabila, en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, le Sénat a humilié le peuple congolais à travers sa justice.

«Je considère la décision du Sénat comme une expression démocratique. Mais, en réalité, c’est une humiliation du peuple congolais à travers sa justice. Sans l’expression de la justice, il n’y a pas d’Etat de droit. Le peuple congolais est allé aux élections à 3 reprises pour qu’à travers la justice le bien-être soit assuré par l’avènement de l’État de droit au sein duquel les gouvernants et les gouvernés sont tous mis de manière égale sous la loi en dehors de tous privilèges des poursuites et des juridictions conçues dans le sens négatif. C’est-à-dire, la consécration de la justice à deux vitesses», a déclaré Luzolo Bambi Lessa.

La justice a d’autres voies…

 Cet ancien ministre de la justice pense que la justice a d’autres voies à explorer pour que l’ancien Premier ministre indexé dans ce dossier de Bukanga Lonzo réponde de ses actes. Luzolo Bambi pense que la justice s’est souvent arrêtée aux portes de l’Assemble nationale et du Sénat. Car, ces deux chambres, par expérience, n’autorisent jamais la levée des immunités parlementaires. Ce qu’il qualifie de « dénie » de démocratie.

« Je demande à la justice de poursuivre toutes les procédures  parce qu’elles ne sont pas encore épuisées. Il appartient à la justice de défendre le peuple congolais en usant de toutes les procédures possibles pour que chaque Congolais quel que soit son rang puisse rendre compte devant la justice. Et que ce soit seule la justice qui déclare quelqu’un innocent ou coupable », a-t-il fait savoir.

L’Assemblée fait un pas…

 Pendant ce temps, l’Assemblée nationale a visiblement refusé d’entrer dans l’œil du cyclone de l’opinion publique après les critiques portées contre le Sénat. Dans une plénière diffusée en direct, l’Assemblée nationale a fait un pas en votant massivement pour l’autorisation de l’instruction contre la députée Louise Munga citée également dans ce dossier de Bukanga Lonzo ainsi que l’élu Lumbu Kiala. Mais la chambre basse du Parlement a pris le soin de préciser : ce n’est pas une levée des immunités. Selon cette chambre, il est accordé au procureur général près la Cour de cassation juste une autorisation d’auditionner les élus incriminés. Et que si la justice réalise qu’il y a des éléments qui peuvent permettre leur mis en accusation, le procureur devra encore retourner à l’Assemblée nationale pour solliciter la levée de leurs immunités en vue de leur poursuite judiciaire. Dieu seul sait si une telle demande sera autorisée.

La débâcle

 Pour rappel, l’Inspection générale des finances (IGF) a qualifié de « débâcle » la gestion du projet du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo. Lors d’un point de presse tenu en septembre 2020, Jules Alingete a fait savoir que sur 285 millions de dollars américains décaissés par le gouvernement, l’enquête a révélé que 205 millions de dollars ont été perdus dans ce projet dont l’échec était planifié dès sa conception. Les inspecteurs ont noté dans leur rapport que parmi les causes de la débâcle figure le choix des partenaires non expérimentés ayant bénéficié en plus des marchés passés de gré à gré. L’IGF constate aussi une surfacturation de 1 à 10 pour l’acquisition des équipements et intrants. Elle ajoute que 80% de paiements des surfacturés étaient logés dans un compte bancaire en Afrique du Sud.

 Dido Nsapu

Politique

Comment Jean-Marc Kabund est devenu incontournable?

Contre vents et marées, le président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) s’impose comme un véritable faiseur de rois sur la scène politique, mettant souvent sur le carreau ses détracteurs à l’intérieur comme à l’extérieur du parti présidentiel.

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Qui pouvait parier que ce jeune b a r o u d e u r venu du Haut-Lomami, nommé à la grande surprise secrétaire général de l’UDPS en août 2016 par Etienne Tshisekedi, allait devenir moins de cinq ans après, l’une des personnalités les plus influentes de la scène politique congolaise? Devenir à seulement 35 ans la deuxième personnalité du parti phare d’opposition dans une période politique aussi décisive (on était à quatre mois de l’expiration du deuxième et dernier mandat du président sortant Joseph Kabila, sans aucune assurance de la tenue des élections dans le délai) est loin d’être un cadeau.

Il fallait donc plus rapidement faire ses preuves alors que son prédécesseur, Bruno Mavungu était jugé complaisant si pas mou pour mener le combat de la contestation. Et Kabund n’a pas loupé l’occasion de s’affirmer, incarnant une aile dure ponctuée d’un discours cru contre le régime de Kabila. Les combattants apprécient et l’adoptent plus rapidement.

Premier test

Kabund réussit son premier grand test de mobilisation un mois après, un certain 19 septembre 2016, lors de la marche de l’opposition exigeant la convocation du corps électoral. L’UDPS paie le plus lourd tribut lors de ces manifestations qui ont fait des dizaines de morts. La nuit de la manifestation, son siège de Limete 11 ème rue est attaqué par un commando, brûlant vifs des combattants à l’intérieur du bâtiment. Après avoir boycotté les discussions de la cité de l’UA entre le pouvoir et l’opposition, conduites par le Togolais Edem Kodjo et ayant abouti à la nomination de Samy Badibanga (président du groupe parlementaire UDPS et alliés) comme Premier ministre, l’UDPS accepte enfin de participer au dialogue du Centre interdiocésain sous la modération des évêques catholiques. Avec Félix Tshisekedi et Valentin Mubake, Jean-Marc Kabund représente la délégation du parti. Mais l’accord de la Saint Sylvestre souffre de son exécution. L’UDPS refuse la condition de proposer trois noms au poste de Premier ministre.

Le 1er février 2017, coup de tonnerre : Etienne Tshisekedi décède à Bruxelles. Le parti reste orphelin. C’est le moment que choisi le pouvoir pour semer la division, en débauchant encore un autre cadre, Bruno Tshibala, fraichement sorti de prison depuis son arrestation à la suite des évènements du 19 septembre 2016. « On savait que Tshibala fréquentait, à partir de la prison, les gens du pouvoir », nous confiera Augustin Kabuya, alors secrétaire général adjoint chargé de la communication. Lui, Kabund et Félix Tshisekedi restent fidèles à la ligne dure du parti et préfèrent se réorganiser à l’interne en vue des prochaines échéances.

Nouvelle légitimité

 Mars 2018, le parti organise son premier congrès de l’histoire qui aboutit à la désignation de Félix Tshisekedi comme président national en remplacement de son père décédé. Fatshi va reconduire Jean-Marc Kabund comme secrétaire général, douchant ainsi les espoirs de ceux qui ne voulaient plus le voir à ce poste. C’est une nouvelle légitimité qui va donner des galons à l’ancien président de la fédération de l’UDPS Kamina. Félix Tshisekedi remporte la présidentielle de 2018. Devenu chef de l’Etat, il doit pouvoir prendre congé de son poste de président national du parti. L’article 26 des statuts de l’UDPS stipule qu’en cas de décès, de démission, d’interdiction d’exercer ou d’empêchement définitif du président du parti, un directoire composé de trois personnalités, à savoir le président de la Convention démocratique du parti (CDP), le président de sa Commission électorale permanente (CEP) et le secrétaire général assument un intérim collégial avant l’organisation d’un congrès sous trente jours.

L’intérim contesté

Mais Félix-Tshisekedi prend tout le monde à contrepied. Il confère un mandat spécial à Kabund comme président intérimaire du parti. Le parti est divisé entre ceux qui saluent un acte politique nécessaire, le président voulant laisser le parti entre les mains d’un fidèle et ceux qui dénoncent une violation des textes sans toutefois s’attaquer au nouveau chef de l’Etat.

Victor Wakwenda Bukasa, président de la CDP, et Jacquemin Shabani, président de la CEP et ancien secrétaire général du parti, ne supportent pas cette situation. Mais leurs voix ne portent pas face à ce qu’il convient de considérer comme la volonté de l’autorité suprême, Félix Tshisekedi. « Jean-Marc Kabund se sert du mandat spécial qui viole les textes au mépris des Statuts et Règlement d’ordre intérieur, il use et abuse de ses attributions au point de réduire le parti à un cercle des clients et des fanatiques inscrits dans la logique de gangstérisme politique », rebondit Victor Wakwenda dans un communiqué daté du jeudi 20 mai. Tout le monde croyait pourtant à une accalmie trouvée avec la nouvelle hiérarchie du parti constituée du tandem Kabund-Kabuya. Rien de tout cela. Wakwenda est allé même loin jusqu’à accuser Kabund d’une démarche tendant à « écarter le Président Félix Tshisekedi avec l’intention de se positionner utilement pour les échéances de 2023 ».

Union sacrée

Ces accusations peuvent elles mettre Kabund en difficulté face à Tshisekedi ? Difficile de le croire, tant le premier-vice-président de l’Assemblée nationale continue de bénéficier de la confiance du chef de l’Etat.

En décembre 2020, il était celui qui a jeté le pont pour la traversée de l’écrasante majorité des députés vers l’Union sacrée de la nation, la plus grande victoire politique de Félix Tshisekedi sur son prédécesseur Joseph Kabila et sa machine politique, le FCC. Chef d’orchestre dans la déchéance du bureau Mabunda qui a conduit à la destitution de Sylvestre Ilunkamba et plus tard à la démission du bureau Thambwe Mwamba au Sénat, Kabund est présenté aujourd’hui comme celui qui a matérialisé sur le terrain l’union sacrée. Il en a profité pour se venger de sa destitution en mai 2020 au poste de premier vice-président après une sortie médiatique contre la tenue d’un congrès pour autoriser l’état d’urgence sanitaire décrété par le chef de l’Etat. Preuve que le rapport de force a depuis changé, les mêmes députés qui l’ont descendu de son piédestal, l’ont réélu à ce même poste dans l’actuel bureau Mboso.

Celui qui était déjà le chef de la délégation de CACH lors des discussions avec le FCC en 2019, a encore pesé dans le processus de désignation des membres de la nouvelle équipe gouvernementale dirigée par Sama Lukonde. Beaucoup l’ont même accusé de former, autour de quelques députés, une équipe gouvernementale parallèle à imposer à Sama Lukonde. Une chose est pourtant vraie : Kabund a parrainé la nomination de plusieurs ministres de ce gouvernement, surtout ceux venus de l’UDPS.

 Le président intérimaire de l’UDPS est devenu dans un laps de temps un véritable faiseur de rois sur la scène politique, mettant souvent sur le carreau ses détracteurs à l’intérieur comme à l’extérieur du parti présidentiel. Aujourd’hui, seul Félix Tshisekedi pourrait remettre en question l’influence acquise par JeanMarc Kabund dont la carrière politique pourrait se résumer à un conte de fées.

 Socrate Nsimba

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Politique

Présidentielles: ces contestations électorales musclées

A travers le monde et particulièrement en Afrique, la gestion de la période pré et post-électorale n’a jamais été aisée. Retour sur quelques contestations électorales les plus marquantes.

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Aux Etats-Unis d’Amérique, un cas récent a cristallisé l’attention de l’opinion internationale. Il s’agit de la présidentielle américaine ayant conduit Joe Biden à la Maison Blanche. Elu il y a quatre ans sur la promesse de « rendre sa grandeur à l’Amérique », le président sortant, Donald Trump, a achevé son mandat en la couvrant de honte.

 Ayant vu les suffrages filer entre ses doigts, Trump a engagé une contestation électorale quasi inédite aux Etats-Unis. Le 6 janvier 2021, par une foule de partisans extrémistes que le président lui-même avait incitée, le Capitole, ce sanctuaire de la démocratie américaine a été pris d’assaut, pour empêcher son adversaire démocrate Joe Biden, d’être officiellement déclaré vainqueur de l’élection du 3 novembre 2020.

Des violences ayant fait plus de deux morts et qui ont fini par diviser le pays en deux. Une partie du respect de l’ordre constitutionnel et l’autre qui vit dans un univers parallèle, nourrie par une théorie de complot.

Toujours dans ce même grand pays de démocratie, l’on se rappellera du duel Al Gore et George Walter Bush en 2000. Les deux candidats, le premier démocrate et le second républicain, sont allés jusqu’au recomptage des voix, notamment en Floride. Comme si cela ne suffisait pas, il a fallu attendre l’arrêt de la Cour suprême de justice pour mettre un terme aux recours et aux contestations électorales.

 Cet arrêt a donné pour vainqueur George W. Bush au détriment d’Al Gore.

Mais cette décision judiciaire fut aussi sévèrement critiquée car la Cour suprême s’était arrogée un rôle « inédit » dans ses attributions.

 Un sport national en Afrique…

Sous les tropiques, les contestations électorales deviennent presque un sport national. Dans la plupart des pays africains où la culture électorale au sommet de l’Etat essaie de s’installer, l’on constate très souvent des contestations musclées.

  La crise électorale la plus marquante de ces dernières années, c’est bien celle de la Côte d’Ivoire. Ce conflit qui débute après le second tour de l’élection présidentielle de 2010,un premier scrutin depuis 10 ans, qui a vu le président Laurent Gbagbo s’affronter à Alassane Ouattara. Un affrontement dans tous les sens du terme puisque le résultat amène à un différend électoral meurtrier, suite à des fraudes présumées. Gbagbo qui dit avoir gagné les élections est reconnu par le Conseil constitutionnel. Alors qu’Alassane Ouattara, victorieux de son côté, est reconnu par la Commission électorale indépendante (CEI) et est appuyé par la communauté internationale.

Après une tentative de médiation de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, Abidjan sombrera dans la violence armée avec plus d’une dizaine de milliers de morts uniquement dans la capitale. Laurent Gbagbo sera envoyé à la Cour pénale internationale (CPI) en 2011.

 RDC, Kabila rempile

Une autre contestation électorale, c’est celle de novembre 2011 en République démocratique du Congo. Le président Joseph Kabila organise, contre l’avis de la communauté internationale, des élections sur fonds propres du pays. Il a, en face de lui, comme challenger principal, l’éternel opposant, Etienne Tshisekedi wa Mulumba.

Selon les résultats communiqués par le président de la CENI, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, Joseph Kabila, 40 ans à l’époque, a rempilé pour un second mandat avec 48,95 % des voix (8.880.994 voix), loin devant l’opposant de 78 ans, Etienne Tshisekedi, qui a totalisé 32,33% des suffrages (5.864.775 voix). Les deux personnalités seront talonnées par Vital Kamerhe, qui recueille 7,74% des suffrages.

L’UDPS, le parti d’Etienne Tshisekedi, crie à un hold-up électoral. Des contestations vont embraser le pays et faire 24 morts. Des dizaines d’autres personnes sont placées en détention arbitraire depuis le 9 décembre 2011, date à laquelle le président Joseph Kabila a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, avait rapporté Human Rights Watch.

 Des violences qui seront calmées par Tshisekedi qui a refusé officiellement d’appeler à des contestations, mais s’autoproclame simplement président.

Kenya, un récidiviste

Au Kenya, les contestations de la réélection du président Uhuru Kenyatta en 2017 ont causé au moins 37 morts dans les violences qui ont suivi l’annonce de sa réélection. Et cela, avant que le scrutin ne soit annulé. Ces chiffres ont été fournis par la Commission des droits de l’homme, qui a pointé une répression surtout « concentrée dans les zones qui ont voté pour son concurrent, Raila Odinga ».

  Et le Kenya n’est pas à ses premières contestations électorales meurtrières. L’on se souvient du duel entre Mwai Kibaki et Raila Odinga. Le 27 décembre 2007, des émeutes avaient éclaté après la réélection contestée de Mwai Kibaki à la présidence face à Raila Odinga.

Dido NSAPU

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Politique

Les alliances : Atout et faiblesse de la politique en RDC

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Àquand la publication de votre premier gouvernement ? Félix Tshisekedi n’échappe pas à cette question toutes les fois qu’un microphone lui est tendu. Souple face aux hommes des médias, le président congolais brandit la meilleure jurisprudence qui soit pour justifier le temps que prend ce gouvernement : la Belgique est restée près de deux ans sans gouvernement. Des sources concordantes rassurent que le gouvernement issu de la première alternance au pouvoir au Congo tarde suite à une mésentente entre les délégués CACH (Cap pour le Changement) de Félix Tshisekedi et ceux du FCC (Front commun pour le Congo) de Joseph Kabila. De Kingakati dans la banlieue-Est de Kinshasa à Mbuela dans la province du Kongo central, ces partenaires au pouvoir ne se mettent pas d’accord sur le quota pour la composition du Gouvernement.

Un pénible décollage ! 

Et alors que le principal couac semblait provenir d’une mésentente CACH-FCC, un événement survenu ces dernières heures met à nu le manque d’unanimité au sein de la plateforme de l’ancien régime. Joseph Kabila comme, dans un dribble dont il est le seul à en détenir la formule, a désigné début juillet Alexis Thambwe Mwamba comme candidat à la tête du bureau du Sénat. Une décision qui a fâché Modeste Bahati, un poids lourd au sein du FCC compte tenu du nombre important de sièges que compte son regroupement Alliances des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) dans les assemblées législatives. 

Ce dernier a, presqu’immédiatement annoncé sa candidature au même poste, défiant ainsi le mot d’ordre de Joseph Kabila, son autorité morale. Un désamour qui a été traduit le mardi 09 juillet par un communiqué du FCC suspendant M. Bahati Lukwebo. L’occasion faisant le larron, Modeste Bahati, fin connaisseur du sérail politique congolais a profité de cette punition du FCC pour montrer ses atouts de félin, apparaissant sur une photo aux côtés de Vital Kamerhe, comme pour annoncer un rapprochement entre les deux camps.

Un tableau assez sombre qui pousse à une analyse sur la nécessité des alliances et des coalitions politiques en République démocratique du Congo.

Une Nation née des alliances !

 Autour des années 1950, le vent des indépendances a commencé à souffler sur le continent africain, ne laissant pas indifférents quelques leaders et animateurs des différents cercles culturels au Congo. Ces derniers ont senti la nécessité de se constituer en groupes de réflexion et de pression afin de solliciter l’indépendance de leur pays. Une succession des mouvements populaires qui a produit les résultats escomptés. Les leaders d’opinions congolais sont conviés à Bruxelles pour parler autour d’une table ronde avec leurs « homologues » belges. L’indépendance était dans la poche. Une date était même proposée et actée. Une formalité doit cependant être remplie : les nouveaux dirigeants du Congo doivent être élus.

C’est alors que des partis politiques, œuvrant dans la plus grande clandestinité et des regroupements connus, vont se joindre à quelques associations culturelles, voire claniques pour aller aux élections.

  L’Alliance des bakongo (Abako) que dirigent dans l’ombre l’Abbé Loya et Kasa-Vubu, celui-ci plus en vue que le premier, le Mouvement national congolais (MNC) de Lumumba, le Parti solidaire africain (PSA) d’Antoine Gizenga, etc. seront le fruit de premières alliances politiques au Congo. La première pierre devant construire l’édifice Congo, orphelin de ses belges concepteurs a été posée sur une alliance Kasa-Vubu-Lumumba (Gizenga, Bolikango et autres).


La RDC aime les alliances !

 En 2006, la République démocratique du Congo s’apprête à vivre ses premières élections générales, libres, transparentes et démocratiques. Joseph Kabila, président de la transition, est candidat à la présidentielle. Conscient des clivages sociaux existant dans ce pays-continent, quatre fois plus grand que la France, il lance son opération séduction à l’attention de quelques partis politiques aux idéologies proches de sa formation politique, le PPRD. Ainsi, au début de cette année électorale, l’Alliance pour le renouveau au Congo (ARC ) d’Olivier Kamitatu, le Mouvement social pour le renouveau (MSR) de Pierre Lumbi Okongo et d’autres partis se joignent au PPRD afin de maximiser les chances d’obtenir une majorité présidentielle. L’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) est donc lancée et c’est tambour battant qu’elle va, dès l’entame des élections, à la conquête des sièges.

Kabila arrive en tête des élections au premier tour, cependant, il n’a pas obtenu la majorité absolue, étant talonné de près par Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC).

  Les deux candidats doivent remettre les gants dans un duel d’ores et déjà annoncé âpre. À ce stade, il n’est plus question de réfléchir par deux fois, les alliances s’imposent. Kabila en sait quelque chose, Bemba doit tenter le coup. Les proies sont connues: Antoine Gizenga, un des pères fondateurs de la Nation congolaise et président du Parti lumumbiste unifié (PALU) est arrivé 3ème au premier tour. Il est très populaire dans les provinces du Bandundu et de Kinshasa. Nzanga Mobutu, un des fils du Maréchal déchu en 1997 par le père de Joseph Kabila, a, quant à lui, raflé la 4ème place grâce à sa prééminence dans la province de l’Équateur nostalgique de son défunt père Mobutu Sese Seko, et enfin, Oscar Kashala, ce médecin installé aux États-Unis, surprise de ces élections est arrivé à la cinquième marche du podium.

Les jeux sont ouverts, que le meilleur gagne !

 Kabila est parvenu à enrôler Gizenga et Nzanga tandis que Bemba n’a pu avoir que Kashala et d’autres candidats ne pesant malheureusement pas sur la balance.

Le résultat est le reflet des alliances comme dans une relation de cause à effet, Kabila a remporté haut la main, le second tour.

Tout chemin mène à Rome!

 Elu en 2011 pour un deuxième mandat, son dernier tel que le prévoit la Constitution congolaise, Kabila doit quitter le pouvoir en 2016. Et les opposants politiques ne sont pas prêts à le laisser finir son mandat en paix. Des réunions et des rencontres s’organisent à Gorée au Sénégal, à Ibiza en Espagne ou encore à Paris en France.


La plus importante de ces rencontres a lieu en 2015 à Genval, une bourgade bruxelloise. Elle est présidée par Etienne Tshisekedi le légendaire opposant aux différents régimes d’après Kasa-Vubu et y prend part la quasi-totalité des opposants congolais. 

Kinshasa tremble et le camp Kabila tangue. L’AMP devenue MP quelques années auparavant va perdre quelques-uns de ses cadres, et ce ne sont guère des poids-plume. 

Olivier Kamitatu, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Dany Banza, José Endundo, Muando Nsimba que rejoint le célèbre et riche homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, exilé en Belgique après des démêlés avec la Justice congolaise. Que de grands noms qui ont décidé de quitter Kabila qu’ils reprochent d’être trop silencieux au sujet de son avenir politique. Ils s’en vont créer le Groupe des sept (G7) et rejoindre l’aréopage des opposants à Kabila.

 Kabila ne dit mot et reste protégé par l’article 70 de la Constitution qui le maintient à son poste jusqu’à l’investiture d’un nouveau président.

Une disposition qui trouvera tout son sens lorsque la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), dans un point de presse, déclarera son incapacité à organiser les élections en 2016, soit à l’expiration du dernier mandat de Kabila.

 Le Congo est trempé de la tête aux pieds dans une sorte de crise de légitimité des institutions.

Successivement deux dialogues seront organisés pour calmer le jeu, apaiser les esprits le temps que la Ceni organise les élections tant attendues.

 Un gouvernement chapeauté par l’opposant Samy Badibanga, transfuge de l’UDPS de Tshisekedi sera investi en 2016 avant d’être remplacé en 2017, juste quelques mois après par celui de Bruno Tshibala, un autre bras droit d’Etienne Tshisekedi, décédé en février 2017.

Le camp présidentiel peut souffler, l’opposition a perdu quelques-uns de ses cadres, mais n’abdique pas. Avec un Katumbi à qui certaines presses attribuent des milliards en banque, l’opposition n’arrête de rugir.

À la mi-2017, Katumbi déplace une bonne partie des opposants, ils sont venus d’Europe, d’Amérique et de Kinshasa et ont posé leurs valises à Johannesburg pour parler du Congo.

À l’issue de ce grand forum, il sera décidé la création d’une grande plateforme : Ensemble pour le changement. Cette fois-ci Katumbi ne se cache pas, c’est lui qui en est le patron. 

À Kinshasa, Kamerhe dont le parti est signataire des accords issus des dialogues de l’Union africaine et du Centre interdiocésain, n’est plus en odeur de sainteté avec Kabila. Il met un terme à leur partenariat, sans cependant convaincre ses lieutenants ayant juré fidélité à Kabila. 

Le Front commun pour le Congo !

 Dans un entretien avec son premier ministre Bruno Tshibala, Joseph Kabila pique ce dernier :«…maintenant que nous travaillons ensemble, devons nous continuer à se considérer comme ennemis ou nous pouvons nous associer dans une grande famille ? »

Une question qui n’a su trouver de réponse séance tenante, mais qui aura dérangé tous les rêves de Tshibala.

 2018, après de nombreuses réunions sous forme de derniers réglages, tous les opposants politiques prenant part au Gouvernement Tshibala, les José Makila, Jean-Lucien Busa, Oly Ilunga, Ingele Ifoto, Basile Olongo et autres, optent pour une alliance avec la Majorité présidentielle (MP). Un mastodonte voit le jour, c’est le Front commun pour le Congo, un ensemble des plateformes et partis politiques réunis autour de Joseph Kabila. Certains approuvent cette initiative tandis que d’autres n’y adhèrent pas. Ainsi, Lisanga Bonganga, pourtant membre du gouvernement Tshibala et Kin-Kiey Mulumba, Kabiliste invétéré ne signeront pas la charte créant le FCC. Ce dernier refusera même de soutenir Ramazani Shadary, le candidat désigné pour le compte du FCC.


Genève, un amour s’est brisé !

La Ceni a annoncé la date des élections, elle rassure, celles-ci se tiendront sans ambages en décembre 2018. L’opposition politique, a été, de manière assez étonnante, unie et solidaire depuis 2015. Les congolais sont émerveillés à l’idée que ces politiques, certains agacés par la tête de Kabila et d’autres désireux de gérer autrement le Congo, puissent désigner un candidat commun.

 La volonté de cette frange de la population tend à se réaliser lorsque Jean-Pierre Bemba, relaxé de son incarcération à la Cpi, Moïse Katumbi, Matungulu, Adolphe Muzito, Martin Fayulu, Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi, ces grands leaders d’opinions, membres de l’Opposition se réunissent à Genève en Suisse.

Autour d’Allan Doss, ancien secrétaire général des Nations Unies et membre de la Fondation Koffi Annan, les leaders congolais vont élire le candidat unique de l’Opposition à la prochaine présidentielle.

 Le vote aura lieu entre Fayulu, Matungulu, Kamerhe et Tshisekedi, les seuls dont les dossiers de candidature ont été validés par la Cour Constitutionnelle du Congo. Et à la surprise générale, Martin Fayulu, jusque-là, pas très populaire, sera le candidat désigné.

Le monde exulte et s’étonne. Le rêve est donc devenu réalité, l’Opposition ira aux élections en étant unie. 

Une joie de courte durée, car peu après, instantanément Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, sommés par leurs bases politico-sociologiques ont dû retirer leurs signatures de l’accord désignant Fayulu. 

Les deux vont se retrouver quelques jours plus tard à Nairobi au Kenya, ce pays touristique de l’Est de l’Afrique pour décider, qui des deux sera candidat à la présidentielle. Ils nomment leur alliance « Cach » : Cap pour le changement.

 Avec une souplesse qui lui colle à la peau, Kamerhe a laissé tendre la main à Tshisekedi. Une décision payante puisque le 10 janvier 2019, la Ceni a déclaré Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2018. Une victoire avec un arrièregoût aigre d’autant plus que le tandem TshisekediKamerhe n’a pu remporter la majorité au Parlement. C’est le FCC de Kabila, qui a la quasi-totalité des sièges dans les deux chambres du Parlement, dans les Assemblées provinciales et même parmi les gouverneurs. Ce qui donne lieu à une coalition dans la gestion actuelle de la Rdc. Deux alliances pour ne former qu’une : FCC-CACH pour le meilleur et le pire.

Au gré des intérêts !

Les alliances se font et se défont. Cette boutade se vérifie merveilleusement bien en République démocratique du Congo dont l’histoire politique est faite d’amour et de désamour. Une question se pose: pourquoi toutes ces alliances ? La politique est l’instrument de gestion de la chose publique, mieux des intérêts du peuple. Toute gymnastique politique est avant tout pour favoriser l’intérêt général.

 En RDC, les avis divergent au sein de la population et dans différents cercles de réflexion. D’aucuns estiment que les alliances politiques se concluent davantage pour des intérêts partisans que pour le bien du peuple.

Il est de coutume de retrouver les mêmes visages, le matin dans l’opposition et dans le camp présidentiel à midi. Des âmes perdues, des litres de sang engloutis et imbibés dans le sol légué par les pères fondateurs de la Nation…la souffrance du Congolais est la seule donne inchangée depuis l’Indépendance.

 Entré dans une nouvelle ère politique où fils et fille clament « le Peuple d’abord », l’espoir quoiqu’infime, reste tout de même vif de voir les alliances politiques servir l’intérêt du peuple congolais.

HESHIMA

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