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Richard Ilunga : l’ONIP va procéder à l’identification de la population avant les élections de 2023

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 Monsieur Richard Ilunga, vous êtes Directeur Général de l’Office National d’Identification de la Population. Quelles sont les missions liées à votre fonction ?

Je suppose que, quand vous parlez des missions liées à ma fonction, vous voulez parler des missions de l’ONIP. Par rapport à ma fonction, j’ai été nommé à la tête de l’ONIP il y a un peu plus d’une année. Mes missions à la tête de cet important établissement public sont celles d’implémenter sa gestion efficace et efficiente pour réaliser les missions qui lui ont été attribuées par le Gouvernement. Ces missions sont pour l’essentiel au nombre de cinq. Il s’agit premièrement de procéder à l’identification systématique et effective des Congolais où qu’ils se trouvent en RDC ou à l’étranger. Il s’agit également de bien connaître les étrangers qui vivent dans notre pays. A partir de cette opération d’identification, et c’est là la deuxième mission, l’ONIP va constituer une base de données que l’on appellera Fichier Général de la Population qui sera la base légale de l’authentification de l’identité de chaque Congolais car il indiquera les données biographiques, les données biométriques, les liens de descendance et d’ascendance, l’adresse de chaque individu. Toutes ces données personnelles seront liées à un numéro national d’identité ; ce qui va renforcer la sécurisation de l’identité légale de chaque individu identifié. La troisième mission de l’ONIP est de délivrer une carte d’identité sécurisée à chaque Congolais, à chaque Congolaise et une carte de résident à chaque étranger vivant sur le sol congolais. La quatrième mission sera d’assurer une mise à jour régulière du FGP et assurer son interopérabilité avec tous les services qui utilisent l’identité des personnes. Enfin, l’ONIP a aussi pour rôle de conseiller le Gouvernement concernant les politiques de population. Mon rôle de Manager est de créer un leadership technique de prise en charge de toutes ces missions dont l’enjeu est de basculer notre pays dans une ère moderne et de répondre aux standards internationaux de gestion de la population et de ses mouvements.


Quelle est la différence entre le recensement, l’enrôlement et l’identification de la population ?

Quand vous parlez recensement, je suppose que vous faites allusion au recensement scientifique car il existe aussi le recensement administratif qui, lui, est lié à l’identification de la population. Le recensement scientifique est une opération qui consiste dans le dénombrement de la population en relevant ses principales caractéristiques sur base de quelques variables de la composition de ménage, de la situation s o c i o é c o n o m i q u e , de l’habitat, de bienêtre, socioculturelles… Le recensement de la population et de l’habitat vise à doter le pays des statistiques qui pourront être utilisées à des fins des études et de planification. L’identification par contre consiste à personnaliser, à individualiser, à donner une identité légale à chaque individu en partant de ses données biographiques et biométriques qui l’authentifient comme tel. Ce que l’on ne retrouve pas dans le recensement scientifique. Comme vous pouvez le constater : seule l’identification nous permet d’identifier les Congolais au pays et à l’étranger Quant à l’enrôlement, je suppose que vous voulez parler de l’enrôlement électoral. Il s’agit d’une identification dont le but est d’enregistrer les personnes de nationalité congolaise qui remplissent les conditions fixées par la loi électorale.


Lors de la rentrée parlementaire de mars, le Président de l’Assemblée nationale avait souligné  la nécessité de procéder au recensement de la population avant les élections de 2023 et le Président du Sénat l’a relayé en clôturant ladite session. En quoi cette opération est-elle importante aux autres missions de votre fonction ?


A l’Office National d’Identification de la Population, nous applaudissons cette volonté politique exprimée par les hautes autorités de notre pays qui ont pris la mesure des enjeux de cette opération tant sur le plan national qu’international. Au plan national, il n’y a plus l’ombre d’un doute que les congolais et les congolaises ont pris conscience de l’importance de détenir une carte d’identité comme un droit humain légitime dans un Etat de droit. L’Etat congolais d’avoir une réelle maîtrise de sa population sur laquelle il exerce sa souveraineté en plus du territoire national. C’est une question de souveraineté nationale. Au plan international, la carte d’identité sécurisée est l’un des objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Aussi, voyez-vous que sur le plan régional, les pays africains se mettent de plus en plus d’accord sur la libre circulation des biens et des personnes. Il faut que chaque pays rassure les autres de ses citoyens contre la fraude à l’identité et des pratiques illicites qui peuvent résulter d’une identité usurpée par exemple. Les enjeux liés à la carte d’identité sont énormes.


Quelles sont les chances qu’on a à voir la population de la RDC identifiée ou recensée ?


Aujourd’hui, au moment où l’unanimité se dégage au sommet de l’Etat pour aller tous dans le même sens, l’ONIP a toutes les chances de procéder à l’identification de la population. SEM le Président de la République, Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, SEM le Premier ministre Sama Lukonde et tout son Gouvernement poussent la machine pour que cela arrive dans de meilleurs délais. Le Président de l’Assemblée Nationale Mboso Nkodia Mpuanga et tout dernièrement le Président du Sénat ont souligné l’importance du recensement. Tout récemment, le Premier Ministre a mis sur pied une commission interministérielle sur cette question. L’ONIP a pris part aux travaux en tant que structure attitrée du Ministère de l’Intérieur. Le Premier ministre avait imposé des délais très serrés et aujourd’hui les conclusions sur la solution technique, financière et opérationnelle se trouvent sur sa table. Le dossier est suffisamment avancé à ce jour et l’optimisme pointe à l’horizon.

Quel est le lien que l’ONIP a avec la CENI ?

Sur le plan administratif, il n’y a aucun lien entre les deux structures. L’ONIP est un établissement public sous tutelle du ministère de l’intérieur avec autonomie de gestion tandis que la CENI est une structure indépendante d’appui à la démocratie qui a pour mission principale l’organisation des élections. Sur le plan pratique cependant, on peut trouver des passerelles de collaboration entre les deux institutions. Ainsi par exemple, l’ONIP peut mettre à la disposition de la CENI un fichier électoral extrait du Fichier Général de la Population. La technologie moderne sur les questions d’enregistrement de la population le permet aujourd’hui; ce qui  ressemble à un exploit uniquement. Sur le terrain, les deux peuvent mener des opérations conjointes et chacune se préoccupant de ses objectifs. Mais cela relève de la volonté politique qui peut en décider ainsi car il y a un avantage certain sur le plan financier de réduction des coûts des opérations. L’ONIP pourrait aussi bénéficier de l’expérience et des infrastructures de la CENI qui a déjà procédé à trois cycles électoraux.


En mars 2021, vous avez vu le Président de l’Assemblée nationale en vue de plaider pour la mise sur pied d’un collectif budgétaire qui prendra en compte la question de l’identification générale de la population congolaise. Qu’en est-il ?


 L’initiative du collectif budgétaire relève de la seule compétence du Gouvernement. L’ONIP n’a aucun pouvoir en la matière. Tous les contacts que nous avons eus avec les institutions relèvent d’un plaidoyer bien pensé afin de sensibiliser ceux qui ont la décision à la nécessité de doter enfin l’ONIP des moyens afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle et répondre ainsi aux  missions qui lui ont été assignées. Partout où le responsable de l’ONIP est passé, il a rencontré des oreilles attentives et des personnes qui partagent le même souci que nous. Aujourd’hui, nous pouvons nous réjouir quand nous entendons le Ministre des finances annoncer qu’un collectif budgétaire sera introduit au Parlement dès le mois de septembre. Notre espoir est que ce collectif rencontre nos attentes.


L’ONIP avait évalué à 300 millions de dollars le montant nécessaire pour l’identification de la population. Ce n’est pas exagéré ?

Exagéré par rapport à quoi ? Les chiffres que nous donnons, sont le résultat d’une étude minutieuse. D’ailleurs, nous parlions de 350 millions et non 300. Ce coût comprend l’achat des équipements ; de la technologie et de l’intelligence artificielle pouvant nous permettre de faire notre travail ; les coûts de fournitures sécurisées et de consommables ; le coût des opérations de terrain; etc. Ce ne sont pas des chiffres tombés du ciel. Tout est ventilé dans les détails.

Richard Ilunga Directeur Général de l’Office National d’Identification de la Population (ONIP)

Tenant compte du manque d’infrastructures en RDC, notamment les routes, de combien de temps avez-vous besoin pour identifier la population ?


Notre plan opérationnel est défini dans le temps. A l’ONIP, nous avions pris le pari de doter chaque citoyen congolais d’une carte d’identité nationale d’ici le mois de décembre 2022 mais pour cela, il faut que rapidement les moyens soient mis à la disposition de l’ONIP et que les opérations préalables commencent déjà cette année pour pouvoir tenir cette échéance. Plus tard, on commencera, plus il y aura de risques sur les opérations.


En 2014, lorsqu’on avait parlé du recensement de la population à l’approche des  élections, Vital Kamerhe avait dénoncé ce qu’il avait qualifié de moyen de prolonger le mandat de Joseph Kabila. Tente-ton d’utiliser aujourd’hui l’ONIP pour passer outre l’organisation des élections en 2023 ?

Je venais de vous dire que l’ONIP a mis le cap sur décembre 2022 pour délivrer la carte d’identité nationale à chaque citoyen. En quoi, cette échéance dérangerait-elle les élections ? Moi, je vous parle de ce qui se fait et va se faire sur le terrain. C’est un engagement pris au plus haut niveau. Pour le reste, les Congolais sont libres de s’exprimer mais il est préférable qu’on s’approche de l’ONIP pour bien comprendre les choses. Vous faites référence à 2014. Regardez votre calendrier, on est en 2021.


Parce que la carte pour citoyen devra être délivrée au terme de l’identification de la population, devra-t-on tenir compte des Congolais nés de père et de mère congolais et ceux nés d’un seul parent congolais ?


Je vous ai dit que la Carte d’Identité Nationale sera délivrée à TOUS les Congolais vivant sur le sol congolais et ceux vivant à l’étranger. Vous êtes Congolais, vous avez droit et vous aurez votre Carte d’identité.


Propos recueillis par Hubert MWIPATAYI

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Débat sur la Constitution : Modeste Bahati rouvre une boite de pandore

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Après ses déclarations, le 4 mars, jugées moins favorables à une modification ou au changement de la Constitution par certains de ses pairs de l’Union sacrée de la Nation, le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, se retrouve au cœur d’une vive controverse en République démocratique du Congo. Malgré des excuses et une tentative de clarification faites le 10 mars 2026, la tempête politique ne semble pas totalement retombée. Son intervention a rouvert une boite de pandore sur un sujet qui déchaine déjà les passions. 

Le débat autour d’une éventuelle modification ou changement de la Constitution continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise. Dernier épisode en date : les propos de Modeste Bahati Lukwebo, qui ont suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et de la scène politique. Lors d’une intervention publique, le président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) a laissé entendre que le pays n’avait pas un problème de texte mais plutôt un problème d’homme. Des déclarations rapidement interprétées comme opposées à la ligne de la majorité au pouvoir qui, selon l’UDPS – parti présidentiel – compte « toucher à la Constitution ». Dans une communication faite le samedi 7 mars, le bureau du Sénat, à travers sa Rapporteure, Néfertiti Ngudianza, a tenu à préciser que les propos tenus par le deuxième vice-président du Sénat lors de son point de presse n’engage pas cette institution. 

Son regroupement politique (AFDC-A) s’est immédiatement désolidarisé de ses propos, montrant son soutien au président de la République, Félix Tshisekedi. Une pétition visant à le faire tomber du bureau de la chambre haute du parlement a été initiée. L’initiative portée par le sénateur Dany Kabongo a déjà récolté plus de 37 signatures. L’auteur de la pétition reproche à Modeste Bahati d’avoir tenu des propos jugés « incorrects » et « d’un manque de respect » au président de la République, Félix Tshisekedi en affichant son opposition au changement ou à la révision de la Constitution.         

L’homme politique Steve Mbikayi, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, s’en prend frontalement au sénateur Modeste Bahati, qu’il accuse de semer la confusion au sein de la majorité présidentielle à propos du débat sur la révision de la Constitution. Selon lui, la sortie médiatique de Bahati a agi comme « un pavé dans la mare », au moment où l’attention des Congolais est tournée vers la situation sécuritaire dans l’Est du pays et l’attente du retrait annoncé des forces d’occupation.

Bahati fait marche arrière et s’excuse… 

Face à la polémique grandissante, Modeste Bahati a rapidement tenté d’éteindre l’incendie. Dans une mise au point diffusée peu après, Modeste Bahati Lukwebo a présenté ses excuses tout en clarifiant ses propos. « Ma réponse a été mal comprise lorsque je disais qu’il faut d’abord changer de mentalités avant de changer la Constitution et donc le problème des textes ne se pose pas mais c’est plutôt un problème d’application par les hommes. Nulle part, il est sorti de ma bouche que je m’opposais à la modification de la Constitution. J’avais plutôt suggéré qu’on en débatte dans le cadre de l’Union sacrée de la Nation », a-t-il expliqué, avant de renouveler sa loyauté au chef de l’Etat Félix Tshisekedi. Pour Bahati, « certains se sont accrochés à quelques passages, les sortant de leur contexte ». Il était interrogé, ce jour-là, sur un slogan largement vulgarisé ces derniers temps par les sympathisants du pouvoir qui affirment que « Tshisekedi n’a pas de mandats, mais plutôt de mission », sollicitant la prolongation de son bail à la tête du pays. En réaction, Bahati Lukwebo affirmait qu’il considère le Chef de l’État comme un républicain disposant d’un mandat qui s’achève en 2028, avant d’envisager toute autre possibilité.

Une boite de pandore rouverte  

Mis dans le tiroir suite à l’aggravation du conflit sécuritaire dans l’Est du pays, le débat sur la révision ou le changement de la Cconstitution est remis à jour. L’intervention de Modeste Bahati sur le sujet a rouvert la boite de pandore. Malgré ses clarifications, la controverse persiste. Le 7 mars 2026, lors d’une « matinée politique » au siège de l’UDPS à Kinshasa, Augustin Kabuya, secrétaire général de ce parti, a déclaré : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution ».A Luozi, au Kongo Central, où il était en meeting, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a carrément appelé à un « troisième mandat » pour Félix Tshisekedi et au changement de la Constitution. Dans le stade Budimio de la cité de Luozi, acquis à sa cause, il a lancé l’opération intitulée « Tout droit ti na 3 » (tout droit au 3e mandat, Ndlr) pour marquer la position de son parti, Autre Vision du Congo (AVC), sur la question.

La société civile désapprouve ce débat en pleine guerre 

Dans les rangs de l’opposition comme au sein d’une partie de la société civile, certains estiment que les propos entendus ces derniers jours traduisent une volonté latente de rouvrir un débat « clivant » qui divise profondément le pays. Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) s’est montré opposé aux velléités du régime en place de vouloir à tout prix modifier la constitution au moment où l’intégrité du territoire reste menacée dans les provinces des Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, où des Congolais sont massacrés, d’autres obligés de se déplacer pour fuir la mort. Dans un communiqué, ce mouvement dénonce une tentative de vouloir accorder « un bail permanent » au président Tshisekedi. Selon la LUCHA, l’ambition de l’Union Sacrée de la Nation est non seulement une « erreur politique » mais surtout une « indécence criminelle », insistant que la priorité n’est pas celle-là mais la récupération des terres conquises par l’AFC/M23. « Nous n’accepterons aucune confiscation de notre démocratie », rappelle ce mouvement, citant l’article 64 de la Constitution qui impose le devoir de faire échec à quiconque détient le pouvoir en violation des dispositions constitutionnelles.

Lors d’un discours prononcé à Kisangani le 23 octobre 2024, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait proposé des mesures visant à modifier la Constitution du pays, laissant planer la possibilité d’une modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il avait qualifié la Constitution actuelle de « dépassée » et « pas adaptée aux réalités du pays ». Il avait annoncé son intention de mettre en place une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution en 2025, tout en précisant qu’il appartiendrait au peuple de décider de l’éventuelle suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Mais avec la guerre dans l’Est du pays, ce projet avait été mis en veilleuse.    

Avec le retour de ce débat, reste à savoir si cela pourrait raviver les tensions politiques au pays. Dans un contexte où la question constitutionnelle demeure hautement sensible en République démocratique du Congo, chaque mot prononcé par un acteur politique – surtout détenant des fonctions officielles – semble désormais pesé et parfois lourd de conséquences.

Heshima

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Guerre dans l’Est de la RDC : les femmes, premières victimes d’un conflit chronique

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Depuis plus de trente ans, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de conflits armés récurrents. Au cœur de cette tragédie humanitaire, les femmes paient le prix le plus lourd : violences sexuelles, déplacements forcés, perte des moyens de subsistance et traumatismes durables. En 2025, au moins 1 534 victimes, dont une majorité écrasante de femmes et de filles ont été violées, selon l’ONU. En tête de la liste des violeurs, la rébellion de l’AFC/M23.     

Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, les affrontements entre groupes armés, milices locales et forces régulières plongent les populations civiles dans une insécurité chronique. Si toute la société congolaise subit les conséquences de cette guerre prolongée, les femmes en sont incontestablement les principales victimes. Les violences sexuelles sont devenues une arme de guerre utilisée pour terroriser les communautés et contrôler les territoires. Des milliers de femmes et de jeunes filles sont chaque année victimes de viols, d’enlèvements et d’esclavage sexuel. Ces crimes laissent des séquelles physiques et psychologiques profondes, aggravées par la stigmatisation sociale qui frappe souvent les survivantes.

Plus de 1500 victimes de violences sexuelles en 2025

Le 9 mars 2026, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a tiré la sonnette d’alarme sur la persistance des violences sexuelles liées au conflit dans l’Est de la RDC. Selon son dernier rapport, au moins 1 534 personnes ont été victimes de ces crimes en 2025, dont une majorité de femmes et de filles, dans un contexte marqué par l’occupation de plusieurs zones par l’AFC/M23 et d’autres groupes armés. Dans ce rapport, le BCNUDH dénonce l’usage persistant du viol comme arme de guerre et met en garde contre l’émergence d’une génération d’enfants nés de ces violences et confrontés à la stigmatisation. Selon les données collectées en 2025, cet organisme onusien a documenté 887 cas de violences sexuelles ayant affecté 1 534 victimes, dont une majorité écrasante de femmes (854) et de filles (672). D’après ce document, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrent près de 80 % des victimes, confirmant que l’Est du pays demeure l’épicentre de cette tragédie humanitaire dans un contexte de conflit armé persistant.

Le BCNUDH accuse les groupes armés opérant dans ces zones d’être impliqués dans environ 75 % des violences documentées, avec le Mouvement du 23 mars (M23) – aujourd’hui intégré à la coalition AFC/M23 – cité comme l’un des principaux responsables, avec 439 victimes recensées. D’autres groupes armés sont également cités dans ce rapport, notamment les milices Wazalendo, la CODECO, les groupes Maï-Maï, les FDLR et les ADF. Au-delà des chiffres, le rapport décrit des crimes d’une extrême gravité. Des femmes et des jeunes filles seraient maintenues en captivité dans certaines zones contrôlées par des groupes armés et soumises à des viols répétés, à l’esclavage sexuel et à des grossesses forcées. Ces violences donnent également naissance à des enfants souvent rejetés par leurs familles et confrontés à la stigmatisation sociale. Le BCNUDH souligne par ailleurs que si environ 70 % des survivantes reçoivent des soins médicaux d’urgence, moins de 2 % bénéficient d’une prise en charge complète, incluant l’assistance psychologique, sociale et juridique. 

Des femmes assument seules la survie des familles…

À ces violences s’ajoutent les déplacements massifs de populations. Dans les camps de fortune, les femmes doivent assumer seules la survie de leurs familles, souvent après la disparition ou la mort de leurs conjoints. Elles parcourent de longues distances pour chercher de l’eau, du bois ou de la nourriture, s’exposant encore aux agressions et aux abus. Le conflit a également détruit une grande partie du tissu économique local. Dans une région où l’agriculture constitue la principale source de revenus, l’insécurité empêche les femmes d’accéder aux champs et aux marchés. Beaucoup perdent ainsi leur autonomie financière, ce qui accentue la pauvreté et la dépendance.

Malgré ce contexte dramatique, de nombreuses Congolaises se mobilisent pour la paix. Associations locales, réseaux de survivantes et organisations communautaires s’engagent pour soutenir les victimes, promouvoir la justice et reconstruire le tissu social. Leur courage et leur résilience sont devenus des piliers essentiels dans la quête de stabilité dans la région. Alors que la guerre continue de ravager l’Est de la RDC, la situation des femmes rappelle l’urgence d’une réponse durable, à la fois sécuritaire, humanitaire et judiciaire. Car au-delà des statistiques et des rapports internationaux, ce sont des millions de vies brisées qui attendent encore que la paix devienne enfin une réalité.

Heshima

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30 ans d’insécurité dans l’Est de la RDC : des solutions envisagées sont-elles durables ?

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Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure le théâtre de violences armées récurrentes. Entre rivalités pour le contrôle des ressources naturelles, présence de groupes armés et tensions régionales, cette instabilité continue d’avoir de lourdes conséquences sur les populations civiles et le développement du pays. Les solutions envisagées actuellement par le président de la République, Félix Tshisekedi, peuvent-elles mettre définitivement un terme à ces trois décennies de violences ? Tentative de réponse.

La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo reste l’une des crises les plus complexes et prolongées du continent africain. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri sont régulièrement secouées par des affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et parfois des acteurs étrangers. Plusieurs facteurs expliquent cette insécurité chronique. D’abord, la présence de nombreux groupes armés locaux et étrangers qui se disputent le contrôle des territoires et des ressources naturelles, notamment l’or, le coltan et d’autres minerais stratégiques. Ces ressources, essentielles pour l’économie mondiale, alimentent souvent une économie de guerre et renforcent les capacités de ces groupes.

Ensuite, les tensions communautaires et les conflits fonciers contribuent également à l’instabilité. Dans certaines zones, les rivalités entre communautés pour l’accès à la terre et au pouvoir local exacerbent les violences. C’est le cas de Hema et Lendu dans la province de l’Ituri. À cela s’ajoute la faiblesse de l’autorité de l’État dans certaines régions, où les institutions publiques peinent à assurer la sécurité et les services de base.

Les conséquences de cette situation sont dramatiques pour les populations. Des milliers de civils sont victimes de violences, tandis que des millions d’autres sont contraints de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps de déplacés. L’insécurité perturbe aussi l’agriculture, le commerce et l’éducation, aggravant la pauvreté et freinant le développement local.

Des solutions envisagées sous Tshisekedi

La crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC demeure l’un des défis majeurs pour les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux. Pour de nombreux analystes de cette situation chronique, la première solution passe par le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité de la RDC. Une armée mieux formée, mieux équipée et mieux encadrée pourrait jouer un rôle déterminant dans la protection des populations et la restauration de l’autorité de l’État dans les zones sous influence des groupes armés. Sur ce point, Félix Tshisekedi a mis en place à travers le gouvernement et le parlement une loi de programmation militaire qui assure une montée en puissance des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Cette loi de programmation militaire prévoit que 30 % du budget général de l’Etat soit alloué aux forces de défense et de sécurité. Ces crédits visent à renforcer l’équipement militaire, améliorer la logistique et assurer une meilleure prise en charge du personnel militaire et policier. Ces chiffres représentent une progression par rapport au budget précédent qui consacrait 13,12 % pour l’ensemble de défense, sécurité publique et justice.

Une présence efficace de la police 

La RDC a entamé depuis quelques années un processus de réforme profonde du secteur de la sécurité. Après la loi de Programmation militaire, le gouvernement avait présenté en mai 2025 un projet de loi ambitieux au Parlement pour refonder la Police nationale congolaise (PNC) une institution souvent critiquée pour des dérapages et divers abus. Pour réformer cette grosse machine de sécurité, le gouvernement met des grands moyens : 2,3 milliards de dollars sont prévus sur cinq ans, soit de 2025 à 2029. Le 16 mai 2025, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité Jacquemain Shabani avait défendu ce projet de loi à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit un programme de réformes qui va nécessiter la mobilisation de moyens considérables. Il prévoit de former 90 000 policiers pour renforcer l’effectif.

En sous-effectif quasi permanent, la police a toujours du mal à accomplir efficacement sa mission régalienne. Il se constate une répartition inégale des effectifs sur le territoire national. Au Sud-Kivu, par exemple, après le départ des casques bleus pakistanais, la Police nationale congolaise n’avait pas pu réoccuper pleinement la province. Fin avril 2024, plus de la moitié des 115 policiers censés occuper la base de Kamanyola l’avaient désertée, selon le constat d’un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Le peu de policiers qui restaient se plaignaient de leurs conditions de vie et de l’absence de rémunération. « Un policier qui passe deux jours sans manger alors qu’il a une arme, ça devient facile pour lui d’attaquer de paisibles citoyens » pour se ravitailler, dénonçait Joe Wendo, un acteur de la société civile locale.

Pour une paix durable, les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu devraient bénéficier d’un nombre considérable de policiers pour assurer l’autorité de l’Etat dans les parties ayant subi l’insécurité des groupes armés.   

Des programmes fonctionnels de démobilisation 

La réintégration de certains combattants à travers des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) pourrait contribuer à réduire la violence sur le terrain. Ce processus doit cependant s’accompagner d’efforts de réconciliation entre communautés, souvent divisées par des rivalités anciennes liées à la terre, à l’identité ou au pouvoir local. Ces programmes de démobilisation doivent être fonctionnels pour assurer que les combattants démobilisés ne retourneront plus dans la brousse pour reprendre des activités subversives.       

En parallèle, plusieurs experts insistent aussi sur la nécessité d’un dialogue politique inclusif au niveau du pays mais aussi de la région. La coopération régionale apparaît également comme un levier essentiel. Les tensions et les accusations mutuelles entre pays voisins compliquent souvent la résolution du conflit. Un dialogue sincère et une collaboration sécuritaire renforcée entre les États de la région pourraient permettre de limiter le soutien ou la circulation des groupes armés à travers les frontières. C’est aussi le sens de l’Accord de Washington signé entre le Rwanda et la RDC le 27 juin et paraphé le 4 décembre 2025 par les présidents Paul Kagame du Rwanda et Félix Tshisekedi.

Par ailleurs, la gouvernance des ressources naturelles constitue un enjeu majeur. Une exploitation transparente et réglementée des minerais stratégiques, combinée à une lutte efficace contre les circuits illégaux, pourrait réduire le financement des groupes armés et favoriser une meilleure redistribution des richesses au profit des populations locales. Il faut couper le pont du pillage des ressources naturelles effectué par le Rwanda et l’Ouganda.   

Si la pacification de l’Est de la RDC représente un défi majeur, elle reste une condition essentielle pour garantir la sécurité des populations et ouvrir la voie à un développement durable. Seule une approche combinant action militaire, dialogue politique et réformes économiques permettra d’espérer une paix durable dans cette région meurtrie. Et Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu et ministre du Commerce extérieur, a pris le risque d’annoncer que la rébellion de l’AFC/M23 est la dernière en RDC. « Le gouvernement et le président de la République ont coupé toutes les branches qui servaient de prétexte au Rwanda » pour attaquer la RDC, a-t-il déclaré. Les accords de Washington, qui ont un volet économique important, pourraient aussi changer l’histoire de cette région congolaise meurtrie depuis 30 ans.

Heshima Magazine     

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