Nation
Kaniama Kasese : des ‘Kuluna’ domptés !
Le commandant du Service national, le Général major Jean-Pierre Kasongo Kabwik est en passe de réussir le plus difficile : la conversion des délinquants juvéniles appelés « Kuluna » en bâtisseurs de la République. Un travail salué par le président de la République, Félix A. Tshisekedi.
Published
4 ans agoon
By
RedactionH
Mis en veilleuse depuis la mort de Laurent-Désiré Kabila, le Service national une structure dépendant de la Présidence de la République connait une seconde vie depuis 2018. Son réanimateur s’appelle : JeanPierre Kasongo Kabwik. Cet ancien Général de brigade nommé Général major au moment de sa reconduction au même poste en juillet 2020 par le président Félix Tshisekedi a réalisé des avancées notables à la tête de ce service depuis juillet 2018. Sa plus grande action sociale, est la transformation des délinquants juvéniles appelés communément « Kuluna » en bâtisseurs de la République. Nombreux de ces jeunes délinquants, presque indomptables dans les rues de Kinshasa ont finalement été domptés au centre pilote de Kaniama Kasese. Une transformation qui a séduit le chef de l’Etat.
En marge de la cérémonie d’échange des vœux organisée à Kinshasa, le 17 février 2022, avec les officiers supérieurs de l’Armée et de la Police nationale congolaise, le commandant suprême des Forces Armées de la RDC a dit toute son admiration au Général Jean-Pierre Kasongo Kabwik pour le travail abattu. « Je profite de l’occasion pour féliciter le Général Kasongo Kabwik (…) pour dire combien je vous admire mon Général. Et au nom de la République, je vous remercie pour tout ce que vous faites. », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le président congolais a rappelé combien le travail qu’abat cet officier supérieur donne de l’espoir à des jeunes délinquants pourtant donnés pour « perdus » au départ. « Je resterai toujours attentif à vos besoins, à vos préoccupations pour vous accompagner dans ce que vous faites. Grâce à vous, des jeunes gens qui étaient donnés pour perdus ont pu retrouver un espoir, une identité, une certaine fierté de servir la nation parce qu’ils ont pu être formés au Service national. Ils ont pu être endoctrinés et formés à rendre service à la nation, à devenir utiles pour la nation. », a-t-il poursuivi.

Et le président Félix Tshisekedi de reconnaitre que grâce au Service national, ces jeunes gens qui, hier, donnaient des coups de machettes à la population, produisent, à ce jour, de très bonnes choses. « Et aujourd’hui, grâce à Dieu, grâce au Service national, et aux efforts du Général Kasongo, nous avons des jeunes gens prêts à servir et qui, d’ailleurs, produisent beaucoup de très bonnes choses. Je crois que vous avez dû vous en rendre compte à travers notamment les sacs de maïs qui ont été vendus à un prix vraiment dérisoire et très abordable pour vos familles respectives. Et il y a bien d’autres choses comme la fabrication des bancs qui vont pouvoir maintenant équiper toutes nos écoles et bien d’autres choses encore », a énuméré le commandant suprême des forces armées de la RDC. Ces félicitations, Jean Pierre Kasongo, les a reçues tout en étant débout, au moment des éloges, bouche et nez couverts d’un masque anti-Covid.
Partir de rien…
A son arrivée à la tête de ce service, Jean-Pierre Kasongo était parti de rien. Il a trouvé un personnel démotivé et la plupart des tracteurs en panne. Sans se décourager, il s’est mis à faire avec les moyens de bord. « Par exemple, sur trois tracteurs en panne, nous avons dû rassembler les pièces pour faire marcher un », se souvient-il. Dans des conditions difficiles, il a relancé les activités du service. Avec le commandant de la Police ville de Kinshasa, son homonyme, Sylvano Kasongo, ils vont lancer l’opération de transfèrement, en plusieurs vagues, de « Kuluna » à Kaniama-Kasese, dans la province du Haut-Lomami.
Kuluna et droits de l’homme
Subitement, l’opération de transfert de bandits urbains suscite la polémique lors de sa sixième vague. Le ministre des Droits humains, Albert Fabrice Puela, qualifiera de « relégation » des délinquants, en matière des droits de l’homme. La réaction de Jean-Pierre Kasongo Kabwik ne s’était pas fait attendre. Doué en communication, cet ancien secrétaire permanent de la Commission nationale de contrôle des armes légères et de petit calibre, n’avait pas tardé à apporter de la lumière à ce sujet. « Le centre n’est pas un mouroir. Ils n’ont jamais passé 24 heures sans manger et ils mangent trois fois par jour. Il y a parmi eux, ceux qui refusent actuellement de rentrer à Kinshasa. Ils bénéficient d’une formation et d’un encadrement. Dans le domaine sportif, on organise régulièrement des matches de football avec les villages voisins, c’est vraiment de la vie », avait-il éclairé en août 2021.

Dupliquer Kaniama Kasese
Le commandant du Service national a ouvert un nouveau site de production agricole au Sud-ouest du pays. Le centre de production agricole de Lovo, dans le territoire de Songololo, dans la province du Kongo Central, est un champ à perte de vue qui s’étend sur plusieurs hectares. Il s’agit du deuxième centre de production de maïs après le centre pilote de Kaniama Kasese. Tirant l’expérience de Kaniama Kasese, Lovo a été dupliqué pour lutter contre la carence en maïs dans la ville de Kinshasa et ses environs. « Comme Mbuji-Mayi, Kananga, Tshikapa sont «tombés», cette fois, c’est le tour de Kinshasa et Matadi qui vont «tomber». Donc, le Service national va ravitailler à gogo ce grand centre de consommation. Ce n’est qu’une année expérimentale. La vision du chef de l’Etat, nous sommes en train de la matérialiser, et voilà les résultats en si peu de temps… Donc, dans les deux prochaines années, je ne sais pas quoi ! Nous n’avons pas à envier le maïs produit en Afrique du sud… », avait-il déclaré en janvier 2021, en lançant la récolte d’une phase expérimentale de ce centre agricole.
Du côté de l’encadrement des « Kuluna », les résultats sont aussi satisfaisants. Le tout premier bataillon de ces délinquants, partis pour Kaniama Kasese, abat un travail de qualité. « Nous sommes capables de fabriquer 1000 bancs scolaires par mois. Et ce, avec seulement le premier bataillon et non l’ensemble du régiment qui est en formation. Quand vous faites les calculs, ces 1000 bancs, c’est pour scolariser 3000 élèves. S’ils ont deux vacations, et donc 3000 élèves l’avant-midi et 3000 autres l’après-midi, avec ces 1000 bancs nous sommes en mesure de scolariser 6000 élèves », avait fait savoir Jean-Pierre Kasongo, fin novembre 2021. Pour lui, si une telle expérience est dupliquée dans toutes les provinces, le pays pourra scolariser beaucoup plus d’enfants. « Imaginez maintenant que nous dupliquions cette expérience du Centre pilote Laurent-Désiré Kabila dans chaque province avec ne serait-ce qu’un bataillon de bâtisseurs ! Dans 10 ans, nous serons en mesure de scolariser entre 2 et 4 millions d’enfants », a-t-il projeté.
Bataillon des bâtisseurs, voilà l’appellation de ceux qui étaient hier des « Kuluna » et que le Général Jean-Pierre Kasongo a transformé. D’ailleurs, 2000 parmi eux ont perçu leur premier salaire en tant que bâtisseurs de la République après une période de 14 mois de formation dans plusieurs domaines, notamment la maçonnerie, la menuiserie et autres. Cette étape a concrétisé la volonté exprimée par le chef de l’État, Félix Tshisekedi, qui prône une autre méthode « plus humaine » pour l’encadrement des jeunes bandits urbains et leur réinsertion sociale à travers la formation pour servir de main d’œuvre au profit de la RDC.

« Je remercie le président de la République de m’avoir délivré de la mauvaise vie et de m’avoir offert du travail pour qu’aujourd’hui je sois salariée. Je remercie aussi le [Général] Kasongo pour le bon travail réalisé pour le Service national.
Mon salaire, je vais l’envoyer à ma mère pour lui dire que le président de la République et le Général Kasongo m’ont délivré de la mauvaise vie », a déclaré une ex-Kuluna, début février 2022. D’après le Général Kasongo, cette vague des 2000 bâtisseurs sera retenu parmi les fonctionnaires de l’État au Service national. Ils sont désormais intégrés dans les rangs des fonctionnaires. Le nouveau barème promis par le chef de l’Etat aux agents du Service national sera aussi appliqué à ces nouveaux « bâtisseurs » de la République.
Dido Nsapu
You may like
-
Assemblée nationale : une session de mars potentiellement explosive
-
L’économie congolaise déjà impactée par la guerre
-
Opposition en RDC : Kabila, Katumbi et Fayulu, un front uni pour préserver la Constitution ?
-
Thérèse Kayikwamba, la « Kimpa Vita » de la diplomatie congolaise
-
Autosuffisance alimentaire Lovo, la nouvelle pépite du Service national
-
RDC : Goma assiégée par l’armée rwandaise, Washington promet des sanctions
Nation
Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
Published
2 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
Nation
Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Published
2 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Heshima Magazine
Nation
ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
Published
3 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
Heshima Magazine




























































