Nation
JULES Alingete : le Shérif des finances publiques
Jamais dans l’histoire de cette institution, 34 ans durant, l’opinion nationale et internationale n’avaient autant parlé de l’Inspection générale des finances (IGF). En près d’un an et demi, le Shérif des finances publiques, avec le concours de ses différentes brigades, a enchainé des audits et des contrôles des finances et des biens publics, des enquêtes, inspections, vérifications, contre-vérifications et surveillance de toutes les opérations financières, tant en recettes qu’en dépenses, du pouvoir central, des provinces et des entités territoriales décentralisées ainsi que des organismes ou entreprises de l’Etat.
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RedactionH
Chez le commun des mortels en République démocratique du Congo, beaucoup penseraient que l’IGF a commencé avec lui.
De son nom complet, Jules Alingete Key, 57 ans, originaire de la province du Maï-Ndombe, l’inspecteur général des finances, chef de service, a presque tout révolutionné.
Après 34 ans d’existence, ce service aujourd’hui rattaché à la Présidence de la République est désormais connu du grand public. Son travail est salué des deux mains par la majorité des Congolais.
Dans le difficile combat contre la corruption et le détournement endémique des deniers publics, le président de la République, Félix Tshisekedi, a trouvé la pièce du puzzle. Jules Alingete est devenu aujourd’hui l’incarnation du contrôle des finances publiques. Depuis un temps, il passe pour l’un des hommes les plus craints du pays. Pour avoir une telle image, un travail s’est fait en amont.
Nommé le 7 juillet 2020 par Félix Tshisekedi, Jules Alingete Key a su proposer des réformes dans le but de lutter efficacement contre les détournements des deniers publics et la corruption afin d’implémenter une nouvelle gouvernance. Seulement après une année et quelques mois de service, le Shérif des finances publiques, avec le concours de ses différentes brigades, a enchaîné des audits et des contrôles des finances et des biens publics. Plusieurs enquêtes, vérifications et contre-vérifications des dépenses des fonds publics ont été lancées au niveau du pouvoir central, des provinces et des entités territoriales décentralisées ainsi que des organismes ou entreprises de l’Etat.
Heshima Magazine donne un coup de projecteur sur les actions d’un homme qui a révolutionné un service, jusqu’hier, inconnu du grand public.
Et plus d’une année après un travail d’hercule, Heshima Magazine évalue l’impact des missions d’encadrement et de contrôle de l’Inspection générale des finances sur la trésorerie de l’Etat. Expert-comptable agréé, spécialiste en fiscalité et expert en matière du climat des affaires, l’homme qui supervise et coordonne le programme ponctuel des missions de l’IGF, connaît tous les rouages des finances publiques.
Jules Alingete est diplômé en sciences économiques de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), diplôme obtenu en 1988. Le 4 janvier 1989, soit deux ans après la création de l’Inspection générale des finances (IGF) – le 15 septembre 1987 – l’homme rejoint l’IGF comme Inspecteur stagiaire et sera nommé Inspecteur en 2000, avant d’être désigné inspecteur général des Finances en 2010. Pendant tout ce temps, le travail de ce service ne se fait pas sentir dans un pays longtemps miné par la corruption. Il fallait attendre juillet 2020, lorsque le président Félix Tshisekedi a décidé de lui confier les commandes de ce service, pour qu’il bénéficie alors d’un appui politique et de la confiance du Président de la République. Et Jules Alingete s’est fixé un objectif : celui de « faire reculer les antivaleurs » en démantelant les réseaux mafieux. Ceux entretenus par ceux qui étaient, autrefois, des intouchables. Pour ce faire, le conseil des ministres, sous les orientations du chef de l’Etat, a ajusté l’organisation de l’IGF afin de faciliter l’audit, le contrôle et l’encadrement permanent des services soumis à ses interventions dans le but de lutter efficacement contre la fraude et la corruption, et ainsi promouvoir des méthodes de travail conformes à loi dans le secteur public.
Des innovations
Considérant que le propriétaire des fonds publics pour lesquels le contrôle est mis en exécution s’avère être la population, Jules Alingete a procédé, en premier lieu, au changement de la méthode de communication des résultats du travail. Pour atteindre l’objectif principal de ses missions, il lui fallait des lieutenants, des inspecteurs des finances intègres. Or, pour compter sur des personnalités intègres, il importe de les motiver et tenir à leur bienêtre afin de ne pas les soumettre à la tentation de corruption. Le travail abattu dans ce cadre a porté sur la révision à la hausse, soit le double, de la rémunération de son équipe. Ce qu’il y avait comme frais de fonctionnement alloués au service, Jules Alingete les a orientés vers la motivation des agents et inspecteurs des finances. Dans le même ordre d’idées, il a également œuvré pour améliorer les conditions de travail au niveau des bureaux et dans tout ce qu’il y a comme infrastructures, notamment en y pourvoyant en outils informatiques et autres commodités de travail.
À son arrivée, Jules Alingete a trouvé, dans les bureaux des inspecteurs, des chaises en plastique. Les conditions étaient piteuses. A son actif, il a dû pratiquement réhabiliter tout le bâtiment de l’Inspection générale des finances : les bureaux des inspecteurs, les salles de réunions, les restaurants, le parking,… pour que les inspecteurs travaillent dans de bonnes conditions.
Ne se limitant pas là, Jules Alingete veut bâtir une nouvelle voie. « Lors de ma prise de fonction, j’ai trouvé quatre grandes structures de l’IGF qui dataient d’au moins 33 ans depuis sa création ». Tenant compte de l’évolution des finances publiques, il s’est adapté aux nouvelles méthodes pour une meilleure performance. Il décide alors d’éclater les 4 structures en dix (10) :
• Brigade de coordination ;
• Brigade des recettes et services fiscaux ;
• Brigade des recettes et services de douane et d’accises ;
• Brigade des recettes des organismes et services non fiscaux ;
• Brigade des marchés publics ;
• Brigade des dépenses publiques ;
• Brigade des entreprises et établissements publics ;
• Brigade des provinces et entités territoriales décentralisées ;
• Brigade de contre-vérification douanière, fiscale, para – fiscale et comptable ;
• Brigade d’audit.
Ayant élargi les structures à dix, Jules Alingete a ensuite fait face au vieillissement du personnel. Sur – tout que la demande en missions de contrôle était devenue importante. Le dernier inspecteur jeune étant âgé de 55 ans, il lui a fallu un recrutement. Et les nouveaux inspecteurs ont permis le rajeunissement du personnel. Au total, 85 nouveaux inspecteurs des finances ont été recrutés et sont déjà opérationnels. Un mois plus tard, un autre groupe de 65 a été recruté pour porter le nombre des nouvelles recrues à environ 150. Le dernier recrutement s’est fait en octobre 2021. Contrai – rement à une certaine période, le service est constitué actuellement, outre des juristes et économistes, des ingénieurs en informatique et ingénieurs. « A ce jour, nous avons la capacité de contrôler une banque avec 1000 ou 2000 opérations par jour. [Nous] comptons à ce jour des agents spécialisés dans l’informatique », se félicite le chef de service. Le but de toutes ces spécialisations est de tenir une équipe forte et compétente de l’IGF.
Dans sa vision managériale, Jules Alingete veut rendre ses lieutenants plus performants à travers des formations. Il faut donc une salle capable d’accueillir plus d’une centaine d’inspecteurs des finances. C’est ainsi qu’il a construit un amphithéâtre moderne répondant aux standards internationaux baptisé « amphithéâtre Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo » en signe de remerciement en vers le Président de la République qui, par sa vision, a rendu les missions de l’Inspection générale des finances plus performantes dans la lutte contre la corruption et le détournement des fonds publics.

C’est pour la première fois, depuis sa création en 1987, qu’un président de la République visite le bâtiment de l’Inspection des finances. Ceci témoigne de la place prépondérante que Félix Tshisekedi accorde à la lutte contre les antivaleurs et à l’impunité dans la gestion des finances publiques mais est également perçu comme un message fort de soutien du Président de la République à ce service qui constitue son bras séculier contre les mauvais gestionnaires publics afin qu’ils s’imprègnent de la bonne gouvernance prônée par le chef de l’Etat.
En présence des cadres et agents de l’IGF, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi qui a inauguré cet amphithéâtre s’est félicité, sans ambages, de la détermination de l’Inspection générale des finances en matière de lutte contre la corruption.
Il n’a pas hésité de dire qu’«aujourd’hui, de plus en plus, on sent qu’il y a la peur de l’État, un responsable avant de mettre l’argent dans sa poche, il réfléchit et dit, ah si l’IGF passe par ici, je suis pris ». Il s’agit, pour le président de la République, de réitérer son engagement pour lutter, via l’IGF, contre la corruption et autres crimes économiques. Autrement dit, des mandataires et autres manipulateurs des deniers publics qui sont encore loin de comprendre les signes du temps, continuant de s’adonner au détournement des fonds, au coulage des recettes, à la corruption ainsi qu’aux autres pratiques illégales, privant ainsi l’État des moyens de sa politique, se retrouveront coincés.

Résultats des missions de contrôle et encadrement
Le contrôle concomitant que font les inspecteurs aux côtés des gestionnaires des établissements et des entreprises publics illustrent mieux l’importance du suivi dans ce secteur. Des hémorragies financières se sont estompées et des malversations financières arrêtées, bien que la lutte doit continuer.
Désormais, on parle de la transparence et de l’orthodoxie dans la gestion des fonds publics. A la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), au Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) où les mandataires ont été suspendus à titre conservatoire, les gestionnaires intérimaires, en collaboration avec les inspecteurs de l’IGF, font tourner ces établissements tout en craignant de se retrouver dans l’œil du cyclone IGF.
Grâce aux enquêtes et audits, aux patrouilles financières et à ses misions permanentes d’encadrement des régies financières, l’Inspection générale des finances a, en l’espace de 15 mois, abattu un travail de titan dans le domaine des finances publiques congolaises. Le tableau est plus que reluisant.
Le Directeur général intérimaire de la CNSS, Jean-Simon Mfuti Kiaku, qui est aux commandes depuis le 20 juillet 2021, a rendu performant son établissement : recettes en hausse, amélioration des conditions de travail, la CNSS a réalisé des recettes évaluées à plus de 7 milliards de francs congolais, soit près de 4 millions de dollars se basant sur les orientations et recommandations de l’Inspection générale des finances. Au moment du passage des inspecteurs de l’IGF, la CNSS qui avait comme trésorerie 204 millions de dollars, a atteint 314 millions de dollars, six mois après.
Au FONER, les recettes ont atteint 21,9 millions de dollars contre les prévisions de 9,4 millions au mois d’octobre, soit un taux d’accroissement de 116 %. En ce qui le concerne, Jean-Claude Kalenga, le directeur général ai du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) a déclaré avoir atteint les prévisions annuelles 2021 de ses recettes au mois d’octobre soit 114 millions encaissés.
Quant aux recettes arrêtées au 31 octobre 2021, elles se chiffrent à 943,7 milliards CDF, équivalant à 132 % par rapport aux prévisions budgétaires mensuelles. Ainsi, ces recettes se répartissent de la manière suivante :
• DGDA: 255,5 Milliards CDF sur 235,1 Milliards CDF, soit 109%
• DGI : 531,6 Milliards CDF sur 339,1 Milliards CDF, soit 157%
• DGRAD : 156,5 Milliards CDF sur 142,3 Milliards CDF soit 110%.
• Des fonds récupérés
En plus d’empêcher le détournement des deniers publics et de stopper la mégestion, il faut relever le fait que, grâce au travail de l’IGF, plusieurs millions de dollars ont été repris. Grâce à sa patrouille financière, l’IGF a pu récupérer la somme de 1,5 millions de dollars de fonds détournés au ministère de l’Agriculture, 712.988 dollars de la prime des agents de la riposte, plus de 1 million de dollars à la Fédération congolaise de football association (FECOFA). Jules Alingete a également réussi à retourner la TVA aux comptes de l’Etat détournée par une entreprise espagnole venue travailler dans le cadre du Projet Bukanga-Lonzo, mis en cause les gestionnaires du projet Bukanga Lonzo, indexé la BGFI Bank pour le détournement de 43 millions de dollars ; enquêté sur la redevance de développement des infrastructures aéroportuaires, IDEF (Go-pass) ; et aussi sur l’affaire de la mafia dans les droits de retransmission des matches.
Dans le même cadre, l’IGF a dénoncé le détournement à Congo Airways (23 millions de dollars et plusieurs cas d’irrégularités financières), la dilapidation de 62 milliards de francs au SECOPE, service de la paie des enseignants… (existence de faux arrêtés ministériels de recrutement…), et autres malversations. Dans le dossier Bukanga Lonzo, par exemple, les enquêteurs ont découvert que sur les 287 millions de dollars décaissés, juste 80 millions ont pu être utilisés.
Il faut dire que les inspecteurs de Jules Alingete ont, outre le contrôle concomitant, effectué des contrôles a priori et a posteriori. Plus de 60 misions ont été menées dans plusieurs domaines en 2021, une trentaine en 2020.
Dans la continuité de la lutte contre le coulage des recettes, le chef de service, Jules Alingete, avait déclaré illégales les indemnités allouées aux mandataires publics, le numéro un de l’IGF ne trouve pas correct d’accorder la rémunération de base, les primes et les avantages sociaux aux mandataires non actifs. Il a aussi relevé le caractère illégal des primes de bilan, des crédits, avances et autres avantages que s’octroient les mandataires actifs. Ce qui a conduit les présidents des Conseils d’administration de plusieurs entreprises et établissements publics de l’État congolais, notamment, SNEL, CEEC, OCC, RVA, SONAS, FONER, SCTP, INPP, FPI, OGFREM et REGIDESO à solliciter l’avis des juges de la haute juridiction administrative sur la teneur de la lettre du 13 mai dernier de l’Inspecteur général des Finances, Jules Alingete, adressée aux inspecteurs généraux des Finances en mission de contrôle dans les entreprises du Portefeuille de l’Etat et les établissements publics.
Après avoir analysé cette requête, à la lumière des textes de loi qui régissent ces matières, les juges du Conseil d’Etat ont donné raison à l’IGF : seuls les mandataires publics actifs ont droit à la rémunération de base, aux primes et aux avantages sociaux.
La chambre consultative de la haute juridiction administrative a estimé fondées les remarques de l’IGF dans la mesure où ce sont les mandataires actifs qui participent à la gestion courante de leurs établissements et que leurs fonctions sont incompatibles avec l’exercice d’un mandat politique ou toute activité similaire ou concurrente. Les juges du Conseil d’État ont motivé leur avis en se référant notamment à l’article 10 du décret numéro 13/055 du 13 décembre 2013 portant statut des mandataires publics dans les entreprises du portefeuille de l’Etat. Une fois de plus, le Shérif des finances publiques a corrigé des mauvais actes posés par des gestionnaires.
La reconnaissance et les encouragements
Partout où on parle finances publiques, l’IGF est à ce jour incontournable. Ses actions sont louées partout. Après l’accord trouvé entre la RDC et le Fonds monétaire international (FMI), concernant le plan de financement de 1,5 milliards de dollars sur trois ans, le Représentant du FMI en RDC a été voir Jules Alingete pour dévoiler à l’intention des inspecteurs de finances le contenu de leur appui. « Le Représentant résident du FMI en RDC est venu présenter à l’ensemble du corps des inspecteurs des finances le contenu de l’appui du FMI au programme économique du gouvernement et définir le rôle que doit jouer l’IGF dans l’accomplissement des objectifs fixés dans ce programme ». Nous avons compris que l’appui du FMI vise à obtenir de la RDC la bonne gouvernance ainsi que l’amélioration de la qualité de vie des Congolais. Pour cela, l’IGF est appelée à renforcer ses contrôles dans tous les volets prévus dans cet appui.
Tobin Jules, délégué du secrétaire d’Etat adjoint en témoigne : « Il m’a été très utile de comprendre comment vos travaux contribuent à la lutte contre le détournement de fonds et la corruption dans le secteur public ». Quant au Bureau des affaires internationales dans le domaine des stupéfiants et de l’application de la loi du Département d’Etat, il est reconnaissant envers l’IGF pour ses contributions importantes. Grâce au travail de l’IGF, le département d’Etat américain reprend la RDC parmi les 15 premiers pays au classement 2021 du niveau de transparence budgétaire des pays africains, avec mention « progrès significatif ». L’IGF y a beaucoup contribué notamment par ses missions auprès des régies financières.
En un an et demi, l’inspecteur Général des Finances, Chef de service, Jules Alingete Key, s’est investi en tant qu’instrument de contrôle des finances publiques pour implémenter la bonne gouvernance à tous les niveaux des institutions de l’État.
Olyncia MUHONG KASHEMA
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Nation
Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise
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1 jour agoon
mai 29, 2026By
La redaction
Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.
Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.
Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.
Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD
Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.
Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.
À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.
Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.
Plus de 225 000 emplois annoncés
Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.
Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.
Des entreprises chinoises privilégiées ?
La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.
Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.
Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »
Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.
Un défi colossal
Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.
Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.
Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.
Heshima Magazine
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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Published
2 jours agoon
mai 28, 2026By
La redaction
À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.
La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.
Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.
Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.
Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.
Stage de préparation annulé à Kinshasa
La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.
Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.
Des supporters vivant au pays privés du Mondial
Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.
Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.
Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.
En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude
Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.
La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.
Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.
Heshima Magazine
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C64 contre C4 en RDC : l’UDPS riposte face au front anti-révision constitutionnelle
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5 jours agoon
mai 25, 2026By
La redaction
À peine l’opposition congolaise avait-elle lancé la Coalition Article 64 (C64) pour barrer la route à toute réforme de la Constitution que l’UDPS a contre-attaqué avec la création de la C4. Derrière cette bataille de sigles se profile un affrontement politique majeur autour de l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo (RDC) et du débat explosif sur un éventuel changement constitutionnel.
Le duel politique est désormais lancé. En République démocratique du Congo, la question de la révision ou du changement de la Constitution cristallise de plus en plus les tensions entre le pouvoir et l’opposition. Après la naissance de la coalition « C64 », initiée par plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, pour défendre l’ordre constitutionnel actuel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a répliqué en annonçant la création de la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution », en sigle C4.
L’annonce a été faite par Augustin Kabuya Tshilumba, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS. Selon le parti présidentiel, cette nouvelle plateforme vise à fédérer les Congolais favorables à une réforme des institutions jugée nécessaire pour adapter le pays aux réalités actuelles. Le chiffre « 4 » symboliserait les quatre grandes aires linguistiques de la RDC, dans une volonté affichée de donner une dimension nationale à cette initiative.
Déjà, plusieurs figures de la majorité présidentielle commencent à rallier la nouvelle plateforme pro-révision. C’est notamment le cas de Modeste Bahati Lukwebo, qui a officiellement rejoint la dynamique C4, renforçant ainsi le camp favorable à une réforme institutionnelle. En difficulté au sein de l’Union sacrée de la Nation, Modeste Bahati semble avoir saisi cette opportunité pour tenter de se repositionner politiquement, après ses déclarations controversées autour du débat constitutionnel. Une autre adhésion remarquée est celle de Mussa Mondo, ancien vice-ministre et ancien cadre du Front commun pour le Congo (FCC), qui a récemment rejoint le camp présidentiel.
L’opposition craint un troisième mandat
Face à cette offensive politique, l’opposition campe sur ses positions. Réunis autour de la coalition C64, des leaders comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund ou encore Delly Sesanga accusent le camp présidentiel de vouloir ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Leur stratégie repose sur l’article 64 de la Constitution, qui impose aux citoyens de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la loi fondamentale.
Au cours d’un point de presse tenu le samedi 23 mai 2026 à son siège de Kinshasa, le parti de l’opposant Jean-Marc Kabund, l’Alliance pour le Changement (A.Ch), a réitéré son opposition catégorique à tout projet de modification de la Constitution, tel que prôné par le parti présidentiel.
« Aujourd’hui, leur serment repose sur le changement de la Constitution et la révision constitutionnelle. Nous leur disons que, qu’il s’agisse d’un changement ou d’une révision, rien de tout cela n’aura lieu. Eux-mêmes le savent », a déclaré le secrétaire général du parti, Tonay Atwana Jean-Paleki.
L’UDPS amorce des consultations
Dans les rangs de l’UDPS, les responsables rejettent ces accusations et défendent plutôt une réforme destinée à corriger certaines faiblesses institutionnelles. Le parti invoque même l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi, présenté comme l’inspirateur historique d’une nouvelle architecture constitutionnelle. L’UDPS n’hésite d’ailleurs pas à rappeler son boycott du référendum constitutionnel de 2005 ayant consacré l’actuelle Constitution. Le 22 mai, le parti a démarré des consultations dans le cadre de sa coalition pour le changement de la Constitution. Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (P.T), était parmi les premiers à être reçus par Augustin Kabuya. À la fin de la rencontre, Steve Mbikayi a réaffirmé son engagement à accompagner l’UDPS dans le processus de changement de la Constitution. « Nous allons l’accompagner jusqu’à l’aboutissement heureux de l’adoption d’une nouvelle constitution », a déclaré le président national du P.T. Selon lui, la Coalition Article 64 lancée par l’opposition ne représentera pas un obstacle pour leur démarche.
Cette montée des tensions révèle une polarisation grandissante du paysage politique congolais. En l’espace de quelques jours, deux blocs antagonistes se sont constitués autour d’un même sujet : conserver ou changer la Constitution. D’un côté, la C64 entend verrouiller toute tentative de réforme ; de l’autre, la C4 veut mobiliser partis politiques, société civile et confessions religieuses en faveur d’un changement constitutionnel.
À Kinshasa, le bras de fer constitutionnel ne fait que commencer. Entre la C64, qui brandit la défense de l’ordre constitutionnel, et la C4, qui plaide pour une nouvelle architecture institutionnelle, la bataille politique promet d’occuper le devant de la scène dans les prochains mois. Une confrontation à haut risque qui pourrait redessiner l’avenir politique de la RDC à l’approche des échéances électorales de 2028.
Heshima Magazine
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